‹ Les origines de la légende napoléonienneChapitre 102 sur 286 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ilONTHOLON

Montholon représente à Sainte -Hélène, plus encore que Las Cases, l'ancienne noblesse. Las Cases était de noblesse authentique, mais provinciale : Montholon appartenait à la noblesse de cour. Son père, Mathieu, marquis de Montholon et comte de Lee, commandait le régiment de Royal-Penthièvre-dragons, et remplissait la charge de premier veneur du comte de Provence, charge dont Charles-Tristan de Montholon hérita en 1788, à la mort de son père. II n'avait pas encore cinq ans, étant né à Paris le 21 juillet 1783.

La Révolution vint couper court pour lui à tout espoir de fortune à la cour : mais le second mariage de sa mère lui procura une protection utile pour se tirer d'affaires sous le nouveau régime : elle épousa M. de Sémonville, ancien conseiller au Parlement, qui, ayant su, avec une souplesse admirable, s'accommoder de tous les chan-

gements politiques, servit la Révolution, Napoléou, la Restauration, Louis-Philippe, dans un grand nombre de fonctions différentes, et mourut en 1839 grand référendaire de la Chambre des pairs. N'ayant pas d'enfants, il s'attacha à ceux de sa femme, qu'il adopta, et semble avoir rempli à leur égard les devoirs d'un père '.

Lorsque, en 1792, Sémonville, nommé ambassadeur à Constantinople, pensa s'y rendre par mer, sur la frégate Jiinon, son fils adoptif l'accompagna et, dans la relâche prolongée que l'ambassadeur dut faire en Corse, des rapports se nouèrent entre la famille Bonaparte et lui. Napoléon, en congé h Ajaccio, donna au jeune Montholon des leçons de mathématiques. Ce furent leurs premières relations.

A l'âge de seize ans, Montholon fut emmené comme volontaire, sans grade ni engagement, dans l'état-major du général Joubert, qui venait d'épouser sa sœur, et assista à la mort de son beau-frère à Novi. Il resta à l'armée d'Italie auprès du général Championnet, comme adjoint du génie (1799), et suivit dès lors une carrière militaire régulière et assez brillante : lieutenant en 1800, capitaine en 1801, chef d'escadron en 1807,

1. Montholon écrivait à sa femme (22 juin 1820) : .. Il ne m'est pas permis d'oublier que pendant Ting-t ans il m'a servi de père. .. (B. jV. 14, p. 34.)

MOXTHOLOX. IJl

adjudant-coiiimaiiduiit eu 18ÛU, il fit les grandes campagnes de l'Empire. Chambellan de Napoléon et comte d'Empire en 1809, il passa temporairement (1811) dans la diplomatie : nommé, le 5 décembre 1811, ministre plénipotentiaire auprès du grand-duc de Wurtzbourg, il entra en fonctions au début de 1812'. Mais, le 8 octobre, sur les ordres de Napoléon alors h Moscou, le ministre des Affaires étrangères lui ordonnait de quitter ses fonctions. La cause de cette disgrâce fut le mariage que Montholon venait de contracter'. Albine-Hélène de Vassal, née en 1780, était la femme divorcée du comte Roger, financier d'origine suisse, qui avait pendant la Révolution représenté la Confédération helvétique h Paris, et en avait eu un fils, qui fut le comte Roger (du Nord). Le mariage déplaisait à Napoléon à la fois à cause du divorce qui l'avait précédé, et du monde de financiers où avait vécu madame de Montholon '.

1. Arc/tires des Affaires étrangères. Allemagne, 67, années 1810-

2. " Sa Majesté m'ordonne de vous faire connaître qu'il est dans sa volonté que vous cessiez immédiatement d'exercer l'emploi de son ministre auprès du grand-duc de Wurtzbourg. Elle a jugé le mariage que vous avez contracté incompatible avec les honorables fonctions qu'EUe avait daigné vous confier. » Uoc. cit., fol. 191.)

3. Ce mariage n'avait pas plu davantage à la mère de Montholon, devenue madame de Sémonville. — Un rapport de police du 20 juillet 1812 {Archives nationales, F"! 6811, n» 1729) donne sur .a cérémonie des détails curieux : le mariage, célébré presque

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Désigné en 1813 pour différents emplois militiiires, Montholon, malade ou irrité, ne put ou ne voulut les remplir. Au mois de mars 1814, il l'ut chargé de défendre contre l'invasion le département de la Loire.

La Restauration lui fut clémente, à la fois par égard pour son nom et par l'influence de Sémonville. Il reçut le grade de maréchal de camp, et le comte de Provence, devenu Louis XYIII, le confirma dans sa charge de premier veneur. Mais Montholon resta à l'écart, et retourna auprès, de Napoléon dès son retour de l'île d'Elbe. Celui-ci le prit pour aide de camp et le nomma général de division le 15 juin 1815, grade qui ne fut pas confirmé. Au moment de l'abdication, il suivit Napoléon à Rochefort, puis en Angleterre, puis à Sainte-Hélène, le tout avec une simplicité dénuée de phrases, qui fut remarquée'. Il emmenait avec lui sa femme et son fils Tristan, âgé de deux ans. Sa femme, que le climat de Sainte-Hélène éprouvait, dut quitter l'île avec ses enfants -le 2 juillet 1819. Montholon n'en sortit que le 27 mai 1821.

Napoléon lui laissait par son testament « comme

clandestinement à Draveil, n'aurait suivi que de trente-si.ï jours le prononcé du divorce d'Albine-Hélène de Vassal avec le comte Roger. — alors qu'elle avait loué depuis six mois un appartement à Draveil, probablement pour y accomplir la cérémonie.

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