‹ Les origines de la légende napoléonienneChapitre 103 sur 286 · MONTHOLON · texte numérisé non relu

MONTHOLON

une preuve de ma satisfaction des soins filials qu'il m'a rendus depuis six ans, et pour l'indemniser des pertes que son séjour à Sainte-Hélène lui a occasionnées » une somme de deux millions ; d'autres legs lui assuraient en sus 250 000 francs et il était désigné comme un des exécuteurs testamentaires du défunt. Il rencontra de nombreuses difEcultés dans l'accomplissement de ces fonctions et ne toucha qu'une assez faible partie des sommes léguées, Napoléon ayant dépassé, dans ses largesses, le capital dont il disposait réellement '.

Il s'occupa, de concert avec Gourgaud, d'éditer les Mémoires de Napoléon (1822-1825). Puis, s'étant lancé dans des entreprises industrielles, il ne réussit pas, fit faillite en 1829, mais fut réhabilité en 1838. La monarchie de Juillet l'avait réintégré dans les cadres de l'armée, mais sans l'employer. Il prit part en 1840 à l'affaire de Boulogne, qui lui valut six ans de séjour à Ham. Sorti de prison, il publia en 1847 ses Récits de la captivité. Député en 1849 à l'Assemblée législative, il mourut en 1853".

Lord Rosebery a défini Montholon « un mondain correct et bienveillant ». C'est exact, mais ce n'est

1. Le second Empire compléta les legs (1854), mais Montholon était mort.

2. En dehors des Mémoires et des Récits, Montholon a publié un opuscule : De l'armée française (Bibliographie, 79) et des articles dans le Dictionnaire de la conversation.

pas assez; il faudrait dire : un diplomate et un eharineur. Tous ceux qui l'ont connu à Sainte- Hélène reconnaissent l'agrément de son commerce, la netteté et la finesse de son esprit. « Très agréable, dit le docteur Henry, souple, courtois, de bonnes manières; un adniiiable raconteur^ ... » « Homme de beaucoup d'esprit, » dit à son tour Montchenu". Et le baron de Sturmer : « Montholon a l'air très fin ; il doit avoir beaucoup d'esprit... il a un air de coquin, d'intrigant^ ». Etant donné que Sturmer considérait avec peu de bienveillance les exilés, la seconde partie du- jugement ne fait que confirmer la première. Mais si l'on veut sentir la supériorité que la nature, les traditions de cour, l'éducation donnaient à Montholon dans le commerce quotidien ou les discussions, il faut parcourir les conversations qu'il eut maintes fois avec sir Hudson Lowe, auprès de qui il fut très souvent l'ambassadeur de Napoléon : l'aisance, la bonne grâce, la souplesse avec laquelle il évolue entre le gouverneur décidé à appliquer sa consigne et Napoléon résolu à résister, ses ménagements pour adoucir les heurts, apparaissent visiblement à travers les secs procès-verbaux du major Gorrequer*.

Page 1