‹ Les origines de la légende napoléonienneChapitre 110 sur 286 · Forsyth, I · texte numérisé non relu

Forsyth, I

et de tous ceux en génér;il qui lui disputaient le monopole de rafTection impériale : ce témoignage ab iralo ne vaut pas. Et pour ce qui est de M. de Montchenu, la malveillance inintelligente avec laquelle il accueillait sans critique tous les racontars défavorables aux partisans de l'usurpateur ôte toute valeur à ses affirmations. Au reste, constatons que les accusations se contredisent : si madame de Montholon, comme le dit Montchenu, est « montée jusqu'au lit impérial » en mars 1818 seulement, Napoléone de Montholon, née le 18 juin 1816, et Joséphine-Napoléone, née le 2G janvier 1818, seraient difficilement issues de ce commerce illégitime, comme le prétendent madam.e Bertrand et Gourgaud. Ecartons donc ces commérages, dont l'historien n'a pas à se faire l'écho, et voyons ce qui a pu y donner occasion.

Ce qui a déterminé toutes ces jalousies, c'est que, Las Cases parti, les Montholon ont été, à Sainte-Hélène, les plus appréciés de Napoléon, ceux qui ont joui le plus de son amitié et de sa confiance. Mais la cause est facile à trouver de cette faveur. L'insupportable caractère de Gourgaud le mit rapidement hors de cause; Montholon, au contraire, était, je l'ai dit, un charmeur. Les Bertrand n'eurent pas à se plaindre d'être tenus un peu à l'écart : ils s'y étaient mis eux-mêmes, refusant de se sacrifier entièrement à la distrac-

tion de l'Empereur, et prétendant réserver quelque chose de leur temps et de leur cœur pour l'intimité familiale'. C'est là une réserve que Napoléon n'admettait pas; il voulait le dévouement absolu, l'abnégation complète : il les trouvait dans Las Cases, mais Las Cases partit : Montholon le remplaça, capable de rester deux ans seul à Sainte-Hélène, privé de sa famille, et de consacrer littéralement toutes ses journées h un écrasant tète-à-tète avec le captif-. Au dévouement se joignait l'agrément d'un commerce dont Bertrand, sorti du peuple, très habile dans la technique de son métier, mais dépourvu de culture géhérale et de grâce mondaine, ne pouvait offrir l'équivalent. Une différence analogue se faisait voir entre madame de Montholon et madame Bertrand. Cette dernière, belle et majestueuse toujours, aimable et spirituelle par moments, éclipsait d'abord sa

1. Ils refusèrent de demeurer à Longwood. dans la maison de Napoléon, et se fixèrent à quelque distance, à Hut's-Gate : voir l'effet produit sur Napoléon, Redis de la cnptirit,-, I, 192; — Gourgaud, 25 janvier 1816, 12 février 1817; — Berlrand, lorsque sa femme n'était pas invitée à Longwood, dînait avec elle plutôt qu'avec Napoléon {Récils de la capiwile, I, 1<J5; — Gourgaud, 5 mai 1817.) — Cf. l'Amni-piupus de la campagne d'Éiftjpte, publiée par Bertrand, p. xxxvii.

2. Lettre de Montholon, du 14 juillet 1811) : « A trois heures, je vais chez l'Empereur, nous dînons à quatre heures, et je reste chez lui jusqu'à ce que je l'aie endormi, en g-énéral, à huit heures ou huit heures et demie. Cependant, hier, la soirée s est prolongée jusqu'à dix heures et demie. » [B. .V. 14, p. 3-4.) ^ Lettre du Kl novembre 1820, d'où il résulte que Montholon passe plus de dix heures jjar jour avec Napoléon {R. .V. 14, p. 51-."»2).

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