Troisième lettre
192 oniGINES DE LA LEGENDE NAPOLEONIENNE.
armé et conquérant par nécessité, des principes de la Révolution ; il les a sauvés des royalistes en Vendémiaire', en Fructidor-, en 1815^; il les a appliqués dans son gouvernement'; il a « consacré la Révolution, il l'a infusée dans les lois'^ »; il en reste « le Messie », son nom sera pour les peuples « le cri de guerre de leurs efforts, la devise de leurs espérances" ». Ces principes se résument en deux mots, en deux aspirations : liberté, égalité.
L'égalité avait été le désir profond, la passion, jamais assez satisfaite, de la bourgeoisie et du peuple français; c'est avant tout ce qui leur avait fait accepter le despotisme impérial, ce que la Restauration avait été forcée de leur laisser.
Napoléon avait bien senti la profondeur et la violence de ce désir; aucun passage ne peut être relevé, dans la littérature de Sainte-Hélène, où il
1. Il Si la Convention succombe, que deviennent les grandes vérités de notre Révolution? » {Treize Vendémiaire, version de Las Cases, éd. Garnier, I, p. 452.)
2. Las Cases, 9 juin 1816. — Campagne d'Italie, 18 fructidor.
3. En 1814, n les seigneurs et les prêtres avaient repris l'ascendant qu'ils avaient dans l'ancien régime, et traitaient le peuple avec la même hauteur; chacun s'attendait au retour des droits féodaux, et ressentait déjà la chaîne qui avait été brisée par la Révolution n. {Cent-Jours, chap. vu, vu.)
4. « Les principes du gouvernement représentatif et de la Monarchie impériale, qui étaient ceux du peuple français depuis la Révolution. » {Cent-Jours, chap. Ti, II.)
5. Derniers Moments de tXapoléon, 22 octobre 1820. G. Mémorial, 9-10 avril 1816.
NAPOLEOX ET LES PlilNCIPES DE SO. 103
démente la passion que partout il affiche pour l'égalité : « Tout ce qu'il est possible de donner d'égalité, les Français l'ont reçu de moi '. » — « Je désirais introduire un système d'égalité générale,. . . je cherchais à établir un gouvernement qui, quoique dur, fût un gouvernement populaire' », et, ajoutet-il à O'Meara, « c'est pour ce sj'stènie d'égalité que votre oligarchie me déteste tant' ».
Deux principes sont à la base d'un gouvernement égalitaire : égalité des charges, égalité des droits. Napoléon a tenu compte de tous les deux.
La Révolution lui avait tracé la route : elle a « assujetti tous les citoyens h supporter les dépenses de l'Etat; elle a établi l'égalité des droits : tout citoyen peut, selon ses talents, parvenir h tous les emplois... elle a rendu les lois civiles et criminelles les mêmes dans tous les lieux*... » Napoléon a maintenu cette douljle égalité.
Le fardeau le plus pesant de tous, celui des charges militaires, a pesé également, lui régnant.