Mémoires, Consuls provisoires, XI
XAl'OLÉON ET LES PRINCIPES DE 89. 205
la justice criminelle », et les peuples qui l'avaient reçu de la conquête française ont partout deniamlé à le conserver.
On a fait grand bruit des prisons d'Etat rétablies par Napoléon ; mais ces huit bastilles, comme on les appela, contenaient, en 1814, 24,3 détenus (( pour un empire de quarante millions de population qui était agité par des guerres étrangères, sortait d'une terrible révolution qui avait soulevé toutes les bases de la société, et qui avait été en proie à la guerre civile' ». Ces détenus étaient pour la plupart d'anciens chouans ou émigrés, qui, traduits devant les tribunaux, eussent été condamnés à mort, « rigueur que l'on ne voulait pas exercer », et qu'on se bornait à retenir jusqu'à la paix générale. Des inspections annuelles, faites par des conseillers d'Etat et suivies de rapports au Conseil privé de l'Empereur, écartaient toute possibilité de détention arbitraire ou indûment prolongée ; le décret qui instituait ces prisons était donc « un règlement libéral et un acte d'administration bienfaisant » ; il « rendait en France la liberté individuelle plus complète et plus assurée que dans aucun pays de l'Europe,... sans en excepter même les Anglais' ».
1. Si.ri<-me note sur les Quatre Concordats, très complète sur la question.
2. Mémorial, 20 juillet 1816 (très analogue à la Sixième note sur les Quatre Concordats). — Napoléon en exil, 30 mai 1817.
Par suite des mêmes principes, Napoléon n'avait accepté qu'avec répugnance l'institution du cabinet noir, la violation du secret des lettres, tradition fort ancienne à son arrivée au pouvoir : la jugeant peu utile et même dangereuse, il l'avait toujours maintenue dans les plus étroites limites'.
La liberté religieuse ne lui était pas moins chère que la liberté civile : « Je voulais établir une liberté de conscience universelle; je voulais que chacun crût et pensât à sa manière, et que tous les hommes, catholiques, protestants, mahométans, déistes, fussent égaux '^ ». De là, en particulier, sa politique vis-à-vis des Juifs, qu'il voulut retirer de l'état d'infériorité où ils vivaient, et assimiler aux autres citoyens'.
II était sympathique à la liberté de la presse, conséquence et prolongement de la liberté de pensée, et il l'avait prouvé lors des Cent Jours ''.
Enfin, son autoritarisme était loin d'avoir les proportions qu'on lui attribuait communément; les grands corps de l'Etat n'étaient pas ses instruments serviles. Au Conseil d'État, au Corps législatif, au Sénat, la liberté des délibérations était ,
1. Bécits de la captivité, I, 211; II, 370. — Mémorial. 18-19 décembre 1815.