‹ Les origines de la légende napoléonienneChapitre 213 sur 286 · C O U R C A U D ET SON JOURNAL · texte numérisé non relu

C O U R C A U D ET SON JOURNAL

ses compagnons d'exil d'une situation (jue son caractère rendait intenable.

Brouillé ou non avec Napoléon, Gourgaud eut auprès des autorités anglaises le bénéfice de la brouille. Le gouverneur avait depuis longtemps un faible pour lui : Gourgaud lui avait donné moins de soucis que les autres, refusant d'envoyer réclamations et protestations, se prêtant avec répugnance aux conversations avec les commissaires ' ; et puis Gourgaud subissait moins passivement que ses compagnons l'influence de l'Empereur". Il lui épargna la quarantaine politique que Las Cases avait subie au Cap de Bonne-Espérance, et pria le marquis de Montchenu de le recommander à l'am-

1. Voir le rapport de sir H. Lowe à lord Balhurst, du 30 octobre 1817 {Forsyth, IV, 284) ; le rapport de Montchenu du 12 mars 1818 (Aff'. étrang., 1804, p. 301, pièce 152) : « le guiirerneiir Vaime; » — le mémorandum d'uneconversation entre Sturmer et sir H. Lowe, du 11 septembre 1817 (ff. O. 11) : « Le général Gourgaud est le seul qui ait l'air comme il faut, des manières franches, il ne se mêle de rien. » — Voir aussi le Rapport de Balmaiji du 27 février 1818 : " Le gouverneur fait un pompeux éloge de Gourgaud, il l'élève jusqu'aux nues; c'est un homme, dit-il, de grand jugement, et qui n'a jamais violé les règlements. Que n'ajoute-t-il : un homme qui, étant brouillé avec Bonaparte, et en querelle avec ses compatriotes, parait approuver ma conduite illibérale envers eux, me donner raison sur tout, être ma créature! Voilà au fond ce qui lui fait aimer, estimer, prôner ce général. »

2. •. Le général Gourgaud, qui a l'habitude d'exprimer ses sentiments avec plus d'indépendance qu'aucune autre des personnes de la maison du général Bonaparte » (Rapport de sir

H. Lowe à lord Bathurst, du 5 août 1817; — Forsylli, II, 323). — Cf. le passage de Forsyth, II, 6, où sir H. Lowe pai-le de la « candeur et de la sincérité de Gourgaud ->.

2'.I0 OUI G INES ni; I.A LÉGENDE N A P « L li 0 M E \ N E.

b;iss;ulenr iVniuiiis de Londres ', ce que Montchcnii ne fil pas sans reslriclions -. Aussi, à son arrivée ;i IamkIios, Ciourgaud fut-il assez favorablement reçu, il conversa avec les ministres, et l'ambassadeur français, duc d'Osmond, chercha ii le faire rentrer en Fiance^. Mais celte bonne entente ne dura pas : Gonrgaud, en exécution du plan convenu ii Sainte- Hélène, ou peut-être reconquis par les napoléoniens d'Angleterre, se mil, à partir d'août 1818, ii plaider la cause de son maître auprès de Marie-Lonise et des souverains européens ', et les journaux donnèrent à ses lettres une publicité qui déplut"^. Dans le courant de novembre 1818, Gourgaud fut expulsé d'Angleterre, et se réfugia h Hambouro ^ Il v vécut c^uelque temps, grâce aux douze mille francs de pension annuelle que lui payait le prince Eugène",

Page 1