‹ Les origines de la légende napoléonienneChapitre 253 sur 286 · Forsyth, IV · texte numérisé non relu

Forsyth, IV

S'i'l APPENDICES.

a eu là i|u'un rôle joué par (iourgauil ', une bi-ouille toute diplomatique, et ils en donnent les raisons suivantes : Gourgaud a bien été envoyé en Europe par Napoléon, chargé d'une mission secrète, et s|)écialement pour entrer en rapports avec le tsar Alexamlie. Mais si les autorités anglaises avaient su la véritable cause de ce départ, que d'entraves à prévoir, et de tracasseries! Gourgaud aurait subi, comme Las Cases, une longue quarantaine au Cap; il iuirait été surveillé en Angleterre, ou interné dans quelque ville d'Allemagne, mis dans l'impuissance d'agir. Pour éviter ces inconvénients, on donna au départ une cause fictive, propre à rendre Gourgaud sym|>athique aux Anglais : Gourgaud persécuté par Napoléon, hostile à Napoléon, devait être mieux traité que Gourgaud agent de Napoléon, "et le fut en effet : il alla directement en Angleterre, et le gouverneur lui prêta de l'argent ! De là la brouille apparente, le cartel, fabriqué pour les besoins de la cause. Le rôle fut si bien joué que tout le monde à Sainte-Hélène y fut pris. Anglais et commissaires, malgré quelques soupçons que donna l'exagération même des déclamations de Gourgaud contre son maître -.

1. Voir la Préface du Journal de Gourgaud. par MM. de Grouchy et Guillois.

2. Sturuier, rapport du 23 février 1818. — Bairuain, rapport du 14 mars 1818. — Dans une conversation du 10 mars IbIS, Gourgaud assurait à sir Hudson Lowe : « Je n'ai jamais voulu entrer dans aucune affaire politique: c'est bien pour cette raison et parce que je n'ai pas voulu me prêter à ce qu'on voulait me faire faire que je dois tous mes soucis et tous mes chagrins » (sic). — Le 11 mars, il assurait « qu'il n'était chargé d'aucune commission quelconque; qu'il n'entrait pour rien dans les aS'aires de Longwood, n'ayant jamais voulu se mêler à aucune affaire politique depuis son arrivée ici ». {B. M. 20121, p. 295 et :iO'i.)

Une raison analogue explique que le journal de Gourgaud soutienne le même rôle. Le journal de Las Cases, au moment de son départ, avait été lu et retenu par le gouverneur. Gourgaud prévoyait que le sien pourrait l'être; déjà, à un moment où il se cro3'ait menacé d'ttre arrêté et enlevé de Sainte-Hélène, il avait pris des précautions, brûlé des papiers ' ou les avait cachés dans des bouteilles qu'il avait enterrées ensuite-; il avait eu soin de biffer dans son journal le nom d'un capitaine anglais qu'il aurait ])U compromettre '. Si le journal, lu par le gouverneur, n'était pas d'accord avec la cause ostensible du départ, tout pourrait être découvert. Il fallait donc que la même version y fût donnée; et le journal fut systématiquement arrangé, truqué à cet effet; les querelles de Gourgaud avec Monlholon (d'ailleurs réelles), ses piques avec Napoléon, furent représentées avec une exagération qui rendait vraisemblables la crise et le départ de Gourgaud. Ce ne fut pas — les défenseurs de cette thèse le reconnaissent — une pure invention. La jalousie et le caractère difficile de Gourgaud avaient provoqué entre Las Cases et lui de violentes querelles du temps où Las Cases était le préféré; Montholon aussi s'était trouvé aux prises avec lui ; il y avait eu

Plus tard, après que Gourgaud fut officiellement redevenu napoléonien, Sturmer écrivait à sir Hudson Lowe : « Que dites-vous de la conduite que Gourgaud a tenue en Angleterre?... Je crois pourtant encore qu'il était de bonne foi, lorsque nous l'avons entendu déclamer contre son ancien maître; des circonstances que j'ignore paraissent l'avoir fait retomber dans ses erreurs passées. » (S. M. 20151, p. 99.)

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