‹ Les origines de la légende napoléonienneChapitre 254 sur 286 · Gourgaud, 30 juillet 1817, 7 octobre · texte numérisé non relu

Gourgaud, 30 juillet 1817, 7 octobre

2. Rapport du major Gorrequer sur l'examen des papiers de Gourgaud, 16 février 1818 («. O. 14).

•3. Gourgaud, 14, 17 juillet 1817.

dès 181(5 des menaces de duel, sui' la date desquelles, au reste, personne n'est d'accord ' : on n'eut qu'à dramatiser un peu, et tout se trouva vraisemblable -'.

Mais tout ceci n'est encore qu'hypothèse, et il faudrait au moins un texte pour confirmer ces suppositions et faire échec à ceux que l'on peut invoquer en faveur de l'autre version. Ce texte existe : c'est un billet adressé par Montholon à Gourgaud, pendant la période qui sépare son départ de Longwood de son dé])art de Sainte-Hélène. Les éditeurs du journal de Gourgaud l'ont donné dans leur préface. Mais, l'importance de ce billet m'excusera de le reproduire en entier :

« L'Empereur trouve, mon cher Gourgaud, que vous chargez trop votre rôle. 11 craint que sir Hudson Lowe n'ouvre les yeux : vous savez combien il a d'astuce. Soyez donc constamment sur vos gardes, et hâtez votre départ, sans cependant paraître le désirer. Votre position est très difficile. N oubliez pas que Sturraer est tout dévoué à Metternich ; évitez de parler du roi de Rome, mais mettez en toute occasion la conversation

1. Voir Gourgaud, 19 décembre 1816; — Récits de la cajilirilf, I, 305; Mémorial, 27 avril 1816. ^ Il y eut aussi une période de crise à la fin de juillet 1817, comoie on le voit dans le journal de Gourgaud, — et dont le gouverneur était informé : Gourgaud avait demandé à partir {Forsyfh, II, o2ii), et, en septembre 1817, dans une lettre à sa mère, il exprimait encore le désir de s'en aller (Forsi/t/i, IV, 297).

2. Nous avons vu plus haut (chup. xx) que Las Cases, en apprenant le départ de Gourgaud, crut à une brouille sérieuse, causée par le caraclûre difficile de son ancien compagnon. — Dernière remarque : la même raison qui a fait truquer le journal, aura fait écrire la lettre d'adieux de Gourgaud à Napoléon, où il est question de la « bienveillance perdue » de l'Empereur [Forsyth, IV, 315). Ce billet laisse cependant inquiet ; il devait rester aux mains de Napoléon. Pourquoi le truquer?

sur la tendresse de l'Empereur pour l'Impératrice. Méfiez-vous de O'Meara. Sa Majesté a lieu de craindre qu'il n'ait conservé quelque rapport avec sir Hudson Lowe. Tâchez de savoir si Cipriani n'est pas double. Sondez madame Sturrner, puisque vous croyez être en mesure. Quant à Balmain, il est à nous autant qu'il faut. Plaignez-vous hautement de l'affaire des 500 £ et écrivez dans ce sens à Bertrand. Ne craignez rien de ce côté-là : il ne se doute pas de votre mission. Votre rapport d'hier m'est bien parvenu, il a fort intéressé Sa Majesté. Montchenu est un vieil émigré, homme d'honneur, qu'il faut faire bavarder : mais voilà tout. Toutes les fois que vous allez en ville, remettez un rapport à 53 : c'est, au définitif, la voie la plus sûre. — Longwood, le 19 février 1818. — 15. 16. 18. Montholon '. »

î. Il est naturel, quand il s'agit d'un texte de ce genre, de recherctier aussi rigoureusement que possible les preuves de son authenticité. — Quant aux caractères extérieurs du billet, je n'en puis rien dire, ne l'ayant pas vu. M. Guillois, qui Ta eu entre les mains assez longtemps, m'a déclaré n'avoir aucun doute sur son authenticité. « L'écriture de Monlholon est de celles qui ne s'imitent pas », vu « son très curieux caractère moderne, absolument anormal pour cette époque ; écriture couchée et très fine, comme s'il s'était servi d'une plume d'acier, bas des jambages à forme très spéciale ». — Personnellement, je puis ajouter que la teneur du billet, par son accord avec ce que nous savons de Sainte-Hélène, est de nature à inspirer confiance. Les appréciations sur Balmain, Sturracr et Montchenu, les méfiances exprimées à l'égard de O'Meara et mémo de Cipriani, concordent avec tous les renseignements extérieurs. Le rôle attribué à Bertrand paraît aussi fort vraisemblable. Voici en (juci consiste la question des 500 livres. On voit, dans le journal de Gourgaud et les rapports des commissaires, que, au moment du départ, Napoléon oQ're à Gourgaud, pour son voyage, 500 livres sterling; que celui-ci les refuse, ne voulant rien devoir à l'Empereur, mais demande à Bertrand de lui prêter de l'argent; — et qu'enfin Bertrand refuse le prêt, pré-

Ce billet est, clans la question, d'une iiuportuiice décisive. Il paraît exj)liquer tout, et ne laisse place à aucun doute. Cependant, des nuages restent à dissiper, des explications à fournir, si l'on admet l'hypothèse dont il est la base. Examinons les objections qui subsistent.

En premier lieu, les événements antérieurs au départ de Gourgaud. Montholon indique, comme cause déterminante de ce départ, les espérances, que Balmain aurait laissé concevoir, de dissiper la rancune d'Alexandre contre Napoléon, de regagner le tsar. Ces espérances, ces quasi-promesses de Balmain, Montholon les indique de façon de plus en plus nette de juillet 1817 àjanvier 1818 ', pour arriver, le 11 janvier, à cette note : « Communication importante du comte de Balmain, transmise par le général Gourgaud. Rêve d'un retour en Euroi)e, et d'une hospitalité royale en

tendant qu'il ne peut aider Gourgaud à offenser l'Empereui-. Cette petite scène, faite pour donner l'impression d'une brouille irrémédiable, a très bien pu être combinée à l'insu de Bertrand, qui y aurait joué son rôle sans s'en douter. — C'était une excellente idée que de tenir Bertrand, en cette occasion, en dehors du .secret : d'abord, il ne voulait pas se compfomettre; — ensuite, cet homme d'honneur susceptible, « estimé de toute l'Europe ", était un garant de bonne foi que Gourgaud était bien parti par suite de sa brouille avec Montholon. — Tout nous fait donc croire que le billet en question est authentique. Du reste, l'hypothèse qu'il aurait été forgé après coup entraine des hypothèses d'une invraisemblable complication. Il faudrait admettre que Gourgaud, revenu par la suite à de meilleurs sentiments, ait voulu éviter la honte d'avoir quitté Sainte-Hélène brouillé avec Kapoléon, et ait constitué un faux billet, pour soutenir l'hypothèse du « départ diplomatique ». Et alors, comment expliquer qu'il n'ait pas tiré parti de ce billet, publié cinquante ans après sa mort, par le hasard de la découverte d'un habile et heureux chercheur?

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