Paragraphes II-III
6. A noter aussi, dans les Observations sur la campai^ne de 1815 : dans la première version, Napoléon, comme étourdi, écrasé encore de sa défaite, songe à se justifier, à montrer qu'il n'est pas responsable, que les fautes ne sont pas de lui; — dans la seconde, il édicté, juge, condamne Ney. Grouchy, 'tt^ellington. 11 s'est ressaisi, il a repris le ton du maître.
LA METHODE I) K TRAVAIL Dlî NAPOLEON. 59
2° D'une version à l'autre, le ton général est sensiblement modifié. Dans la première, Napoléon est plus familier; il parle quelquefois à la première personne du pluriel : «nous nous battîmes,... nous eûmes à souffrir... » Jamais ce nous n'apparaît dans la seconde version ; c'est toujours : « l'armée se battit, l'armée eut à souffrir. » Souvent au « Napoléon » de la première version se substitue, plus solennellement, « le général en chef ». Détail significatif : des soldats qui adressent la parole à Napoléon, le tutoient, à la républicaine, dans le premier récit; dans le second, cette familiarité a disparu, et les soldats disent ^'ol/s h leur général. Et ce n'est pas sotte vanité de la part du conteur : là il se laissait aller à conter ses souvenirs; ici, il veut s'élever à la dignité, à l'impersonnalité de l'histoire.
D'autres indices existent de ce désir d'effacer la personnalité de l'auteur; des réflexions souvent fort intéressantes disparaissent d'une version h l'autre : sur la constitution de l'an III ', sur la guerre maritime^, sur l'islamisme et le christianisme', sur les usages des Égyptiens*; c'est que