M LA DÉCENTRALISATION INTELLECTUELLE
• Je in^magine que le plaisir est grand de se voir imprimer, i
Se veir imprimer, ^oâsd oû n^avait rien à dire, c^est un sot plaisir. Mais il peul arriver qu^on ait quelque chose à dire, et cela doit arriver pour toutes les têtes qui pensent. 11 fout alors mettre sa pensée dehors, si Fan veut qu^I en soit tenu compte ; autrement comment voulez-vous que le genre humain devine ce que vous avez pensé ?
Encore une fois, je le répète, si la province veut être autre chese qu^un satellite de Paris, qu'elle s'affirme et qu'elle imprime. On n'y est pas dans des conditions plus déiavord)les qu'à Paris pour la production, il s'en faut : le calme d'esprit, la vue des arbres et les longs loisirs compensent, et au delà, cette excitation fébrile que l'autre donne au cerveau. Quand les maîtres veulent travailler amoureusement une idée, et qu'ils ont ce grand bonheur de pouvoir s'échapper, ils l'emportent au grand air, et vont se cacher dans un coin de cette pro^nce qui se croit stérile, quand on y a écrit, dans ce siécleci, plus des trois quarts des chefs-d'œuvre de la littérature parisienne.
Ainsi donc,N au lieu de crier à la décentralisation, et de la regarder venir, faites-la vousmême ; ce n'est pas le meilleur moyen, c'est le seul. Et n'attendez pas, pour commencer, qu'un décret vienne proclamer la liberté absolue de l'intelligence. Avant l'affranchissement par décret, n'y en a-t-il pas un autre dont vous seuls pouvez être les artisans ?