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PREMIÈRES ADHÉSIONS

MM. J. Larmier, sergent de ville, à Paris, rue de la Santé, 27, (Maison Blanche).

Antoine Mamy, conducteur-chef au chemin de fer de Lyon, 23, Grande-Rue à Nogent-sur-Mame (Seine).

Jean Petit, tailleur de pierres, 4, rue des Dames, aux Ternes, (Paris.

Cela fait quatre noms, avec le mien, sur la première liste d^adhésions au projet d^établisscment d^une Ligue de PEnseignement en France.

Je propose à tous ceux qui voudront se mettre avec nous, à quelque chose et à quelque opinion qu^ils appartiennent, de me le faire savoir, en m^indiquant le chiffre de leur cotisation future. Je me charge provisoirement de recueillir les premières adhésions, en attendant que le projet réunisse les deux conditions nécessaires à sa réalisation, le concours de bons citoyens et Tassentiment de Fautorité, et je ne vois rien qui fasse désespérer de Pun plus que de Tautre.

Ayez, je vous prie, Pobligeance de publier ce simple avis, qui me parait suffisant pour entamer TafTaire. Elle fera son chemin toute seule si rheure est venue.

Tout à vous, Jzk^ Macë.

Si quelqu'un peut faire réussir cette idée c*est M. Jean Macé. Il a le dévouement, l'intelligence, la persévérance et la modération. Nous n'avons pas besoin de lui dire que dans cette campagne, VOpinion Nationale est toute à son service.

Adolphe GuÊROULT.

Les adhésions au projet d^établissement d^une Ligue de renseignement en France m^arrivent de tous les côté, et je suis déjà aux prises avec les embarras. On m^envoie de Pargent que je n^ai pas demandé ; on me demande des explications que je ne suis pas en état de donner ; on me pose des programmes dont je ne puis me faire juge. Il est évident désormais, pour moi, que ridée a des chances sérieuses de réussite, qu^elle rencontrera de Pappui dans toutes les classes de la société. Restent les difficultés pratique de la mise à exécution dont je n^ai pas voulu m^occuper en commençant, de peur de ne pas commencer, et quMl faudra bien résoudre à mesure, maintenant que Paffaire est en train. C^est la manière la plus sûre de faire les choses qui paraissent difficiles, quand on veut quMUes se fassent.

(1) Opinion Nationale du 15 noTembre 1866.

Si nous étions en Amérique, ou en Suisse, ou en Angleterre, ou en Belgique, ou même dans la Prusse de M. de Bismarck, la mise à exécution serait bien simple. On convoquerait quelque part les partisans du projet, sans rien demander à personne ; chacun dirait son mot ; on nommerait un comité quelconque chargé d'exécuter les décisions prises, et, Pagitation gagnant de proche en proche, notre Ligue se trouverait bientôt oi^anisée, sa raison d\Hre étant donnée dans un besoin public.

Nous sommes dans un pays qui a eu cette liberté-là, et qui en a eu pour. Parmi ceux qui la réclament à grands cris maintenant, j^en sais qui parleraient moins haut s^ils avaient de la mémoire. Mais les récriminations n'avancent à rien, non plus que les regrets. On prend son pays comme il est, quand on veut travailler pour lui ; on ne va pas regarder chez le voisin quand on ne peut pas l'imiter.

Or, que cela nous plaise ou non, il y a un fait auquel nous ne pouvons rien; c'est que pour organiser'une Ligue de l'enseignement par toute la France il faut, au préalable, l'autorisation du gouvernement ; et il serait puéril de se figurer qu'on l'aura s'il peut supposer qu'il y ait une menace pour lui là-dessous.

Là est la première, la grosse et^ à vrai dire, la seule difficulté.

Comment donner au gouvernement l'assurance qu'on ne fera pas de ce mouvement universel d'instruction populaire une affaire de parti? Je dirai même plus : comment persuader

à tous dès le commencement que cela ne doit pas se faire? Quel programme présenter à Tautorisation, quels statuts à ceux qu^on cherchera à recruter ? Quels hommes choisir au début, qui ne donnent pas une couleur déterminée à ce qui ne doit pas en avoir ?

Je ne me reconnais pas autorisé pour une besogne à la fois si lourde et si délicate, et le yrafmot de la situation, c^estqu^il faudrait que la Ligue existât d^abord pour demander elle-même la permission d^exister, et qu^elle prit mesure à sa taille pour se faire elle-même ses statuts. L'on a ici Tinconnu devant soi. Quelle organisation imaginer pour des éléments que Ton ne peut même pas encore soupçonner ?

Voici donc, autant que je puis en juger, le seul rôle qui me convienne ici.

Je ne puis provisoirement me charger que de centraliser les adhésions qu'on recueillera à ridée pure et simple de rétablissement de la Ligue nationale de renseignement. De programme, il ne m'appartient pas d'en dresser; de statuts, je n'en ai pas à proposer; d'autorisation, je ne suis pas compétent pour en demander ; de cotisations je ne puis en recevoir pour une société qui demeure à l'état de projets.

J'ignore ce qu'il faudra de temps à ce projet pour réunir un nombre suffisamment imposant d'adhésions. D'ici là, j'enverrai aux adhérents, à intervalles que je ne saurais déterminer d'avance, le bulletin des résultats obtenus, contenant chaque fois la liste des adhésions nouvelles, le chiffre des cotisations consenties, et

Tëtat des sommes qu^on voudra bien m^envoyer personnellement pour m^aider à couvrir les frais d'^impression et d^envoi du bulletin. Ces sommes seront déposées au fur et à mesure à la Banque populaire de Colmar ; s'^il reste un excédent à la fin de la période de préparation, il sera versé avec les pièces justificatives des dépenses faites, à la caisse de la Ligue, aussitôt après la nomi* nation du trésorier.

On avisera, quand il y aura lieu, aux moyens de réunir une première assemblée générale où Pon conviendra des statuts de la Ligue et du plan d^organisation à présenter à Passentiment du gouvernement.

Cesi là, je crois, la meilleure marche à suivre au début. Quant au succès définitif, il va dépendre et comme rapidité et comme certitude, de Tempressement des amis des Tinstruction à s^aflirmer en se ralliant au projet, et surtout du concours que lui prêtera la presse française sans laquelle son existence pourrait demeurer longtemps inconnue de beaucoup. C^est, au surplus, un concours qui n^est pas douteux.

Il y a quelques jours à peine que le premier appel a été lancé, et déjà deux des plus importants organes de la presse départementale, le Courrier du Bas-Rhin à Strasbourg et la Gironde à Bordeaux, Pont reproduit ; et non content de le reproduire, le rédacteur en chef de la Gironde^ M. Lavertujon, a fait lui-même un chaleureux appel à tous ses lecteurs pour les inviter à s^inscrire avec lui sur la liste des adhérents.

Je ne puis m^empècher de dire ici quHmmèdia-

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tement après avoir lu rarticie de la Gironde^ j^ouvrais une lettre dictée à la maisop de retraite de La Rochefoucauld par un pauvre paralytique qui demandait à être inscrit pour une cotisation de 5 francs, i La Ligue de renseignement a déjà une première chance de succè, avait écrit M. Layertujon après avoir cité les noms des trois pre* miers adhérents, puisque, comme presque toutes les grandes choses, elle commence humblement et n^a pour appui dans ses débuts que les pauvres et les petits. »

Quand les malades s^inquiètent dans leur lit du succès d^une entreprise, c^est là aussi un symptôme qui doit donner courage à ses champions. J^ajouterai autre chose : qu^on écrive de Paris à Beblenheim — un village des bords du Rhin — pour une afTaire qui intéresse la France entière, cela me parait de la bonne décentralisation, de celle quHl est inutile de demander aux gouvernements, parce qu^ils ne peuvent pas la donner. Débuter avec un village pour centre, c^est aussi un humble commencement qui pourra porter bonheur.

Du reste, s^il en faut faire Taveu, il y. a pour moi un point d^honneur national attaché à la réussite de Tidée que j^ai mise en avant. Tai bien vu qu^on haussait un peu les épaules en Belgique, quand j^ai parlé d^une Ligue à établir en France sur le plan de la Ligue belge, et j^ai encore sur le cœur les airs dédaigneux que j^ai vu prendre en Suisse et en Allemagne à propos de ce que nous avons le pouvoir de faire pour renseignement du peuple, nous autre Français.

Nous somme& mal placés en Alsace pour endurer patiemment le sommeil de Tinitiative individuelle dans notre pays. Nous y recevons de première main les mépris pafois inintelligents de nos voisins, qui ne se rendent pas encore bien compte de la partie qui se joue en France depuis dix*huit ans. Il est temps de leur apprendre, sMIs ne le voient pas déjà, qu^un gouvernement dont la force principale est dans le peuple n^empèchera jamais personne de travailler pour le peuple, quand il n^y verra pas un sujet d^inquiétude personnelle; qu^il ne saurait Fempôcher de gaieté de cœur sans se diminuer, forcé qu^il est de donner lui-même rezemple, et qu^on aura toujours le pouvoir de faire ce qui est utile, partout où Ton cessera de s'occuper de lui, ce qui n^est pas bien difficile, après tout, quand on s^est donné quelque chose à faire. Je sais bien quel sera Pennemi de notre Ligue de renseignement, là où elle cherchei a à s^organiser : ce ne sera pas le gouvernement.

Je fais appel à tous ceux qui conçoivent la Ligue future comme un terrain neutre politiquement et religieusement parlant, et qui placent assez haut la question de Pinstruction populaire, dans le sens strict du mot, pour accepter de la servir toute seule sur ce terrain-là, abstraction faite du reste.

Ce ne serait pas la peine d^essaryer, si Ton voulait autre chose. On ne vivrait pas, en supposant qu^on pût parvenir à naître.

PROJET D'ÉTABLISSEMENT D'DNE

UfiOE M LlfSflfiHBKIIT H nUGE

Situation au 15 décembre Î866

C'est le 15 noTembre dernier qu'a été lancé Tappel définitif en faveur de rétablissement en France d*uue Ligue de TEnseignement, à l'imitation de celle qui existe depuis deux ans en Belgique, et Toici la situation de l'affaire, au 15 décembre, juste un mois après :

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