‹ Les origines de la Ligue de l'enseignementChapitre 29 sur 89 · PREMIÈRE LISTE DES ADHÉRENTS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LISTE DES ADHÉRENTS

Cotis. Sommes aoQ. Terséej.

1 J. Larmier, sergent de Tille, 27, rue

de la Santé, Paris. 5

2 Antoine Mamy, cond. chef au chemin de fer de Lyon, 23, Grande- Rue,

Nogent-sur-Marne. 5 5

3 Jean Petit, taill. de pierres, 4, r. des

Dames, Ternes. 5

A Jean Macé, professeur, Beblenheim

(Haut-Rhin).

(1) Daté du 15 décembre 1866.

(2) On ne reproduit ici que les premières adhésions individuelles reçues par M. Macé, et la première liste de la Gironde.

Colis. Sommes ann. versées*

5 GoérouU, réd. en chef de VOpinion

Nationale^ Paris.

6 Verdure, délégué de la Sœ. du Crédit

du iravaily 3, rue Baillet, Paris. 10

7 Glipet, directeur de T Athénée Polytech-

nique, 12, rue d'Ulm, Paris.

8 E. Yauchei, 8, rue Ribouté, Pari«. 5

9 Ch. BoudeviUe, pharmacien, Méru

(Oise). 10

10 StreifTy professeur, Chartres

(Eure-et-Loir). 10

11 Ch. Held, huissier, Colmar

(Haut-Rhin). 16

12 Arlès-Dufour, père, fabricant, Lyon

(Rhône). 20

13 GusUre Arlès-Dufour, fabricant, Lyon

(Rhdne). 20 li Alphonse Arlès-Dufour , fabricant,

Lyon, (Rhône). 20

1 5 Armand-Arlès-Dufour , fabricant, Lyon

(Rhône). 20

16 Chabrières Arlès-Dufour, fabricant,

Lyon, (Rhône). 20

17 Geoffroy, à la Rochefoucauld^ 15, route

d'Orléans. Paris. 5

18 M"* Yarenet, direct, du pensionnat du

Petit-Chàteau, Beb lenheim Ht-Rhin. 50 50

19 Gérodias, ancien oITic. de marine,

Brest, (Finistère). 20 10

20 Lafargne, étud. 22, Broad street Blom- *

bury, square, Londres. 10

21 Dubarry, fondateur, 26 rue Tenesse,

Bordeaux. 5

22 Marchet, homme de lett., 11, St^Genès,

Bordeaux. 10

23 Prud'homme, commis, 2S, rue Tenesse,

Bordeaux. 10 2i Emile de Lagarde, commis, place Laine

Bordeaux. 10

222 LE PROJET d'^ÉTABLISSBHEXT DE LA LIGUE

25 Chevalier, nég., 50 r. du Jardin public,

Bordeaux. 10 50

26 Ch. Nauroy, empl., rue Neuve, Li-

bourue, (Gironde). 10

27 E. Barilion, culliv., Chevilly (Loiret). 5

28 Raveaud, cons. à la Cour Imp. Riom

(Puy-de-Dâme , 18

29 Ettdeline, dir. de la Mutualité^ Colmar

(Haut-Rhin).

30 Ambroise Bœhler, prop., Wettolsheim

(Haut-Rhin).

31 Delvaille, médecin, Rayonne

(B. Pyrénées;.

32 Flotard, 58, rue Impériale, Lyon,

(Rhône. 25

23 Lettré, ancien cap. de vaisseau, Brest

(Finistère). 20

34 Lallemand. Brest (FinUtère). 10

35 Girodias, Fils, Brest (Finistère). 5

36 Bellamy, noUire, Brest (Finistère). 10

37 Desmares, ancien méd. de la marine,

Brest (Finistère). 5

38 Constantin, pharmacien, Brest

(Finistère). 5

39 Girard, agent général de la Soc. Phi-

lotechniquc, 16, rue de Condé, Paris. 5 5

40 Palaudaux, appareilleur, 40, rue des

Daines, Paris. 5

41 Gab. Ferniot, compt. au chemin de fer

de Lyon, Gare de Paris 5

42 Buffo, taill. de pierres, 180, rente de

Clioisy, Paris. 5

43 Gustave Cliauvet, clerc de not., Pons

Charente-Inférieure). 5 5

/^ lifte de la Gironde

44 Larronde, père, 5, r. Blanc du Brouilh

Bordeaux. 10 10

45 J. Bur, emp. de comm., 5, placé du

Palais Bordeaux. 10

46 Eyqnem. conseil, mim., 54, rue Pom-

me-d'Or, Bordeaux. 10

47 Vigneau, fab. de chaussures, Bordeaux. 25

48 Th. Delvaille, 2, rue Dunour-Duber-

gter, Bordeaux. 10

49 £. Bays, 2, rue Duffour-Dubergier,

Bordeaux. 10

50 Ulysse sabotier, 2 r. DutTour-Duber-

gier, Bordeaux. 10

51 Une ouvrière, id. 5

52 Schrader, directeur des classes adultes

de la Sjdélé PhiUmalhique, Bordeaux. iO

53 Paul Lourde» Bordeaux. 5 51 Léonce Molina 9 id. 5 K Lavertujon, père, 8 rue de Gheverus,

Bordeaux. 5

56 André Latertuion, rédacteur en chef

de la Gironde, 162, rue Judaïque,

Bordeaux. 10

57 Alfred Larertujon, péristyle du Grand

théâtre, Bordeaux. 10

58 Charles Lavertujon, 8, rue de Gheve-

rus, Bordeaux. 5

50 Gounouilbou, 8, rue de Gheverus,

Bordeaux. 10

60 MarUnelli, prop., 68, cours deTourny,

Bordeaux. 100

61 Aubemy, 22 r. Saint- Remy, Bordeaux. 10

62 Amédée Gârdoze, 75, rue Saint-Genès

Bordeaux. 10

63 J. Duhoul, 17, rue du Saujeon,. Bor-

deaux. 5

6i Massicanlt, 50, rue Maurilie, Bordeaux. 5

65 Faxon, 77, quai de Bacalan, Bordeaux. 5

6i Jules Delpit, Izon (Gironde). 10

67 Badaud-Laribière, Viliechaise

(Gharentej. 20

68 Gamille Braylens, banquieè*, La Béole

(Gironde). 10

2S4 LE PROJET D^ÉTABLISSEMEXT DE LA UGUE

60 Armand Caduc, aToeat, La Réole

(Gironde). 10

Voici quel a été remploi des 1612 fr. 30 Teraéa au 15 décembre :

Tirage de 500 list^ d'adhésion 28

» de 1000 feuilles de mises au net. . • 40

Frais de port de 178 Ustes à 8 c 14 25

» de 275 lettres à 20 o. .... 55

Frab d^encaissement et de port de la liste n* 61. 2 Sommes iléposées à la MututUité de Colmar.

2 novembre 15

5 décembre 200

En caisse au 15 décembre. . 5 0>

ToUl égal. . 1612 30

Ue certain nonoibre d^adh^.renis, comme on a pu le voir sur la liste qui précède ont préfère attendre Torganisation définitive de la Ligue pour fixer le chiffre de leur cotisation annuelle ; d'^aotrès ont déclaré que le chiffre quHls donnaient n^étaitque provisoire. Toute latitude doit être laissée à cet égard à ceux auxquels on présentera la liste d^adhésion.

Le seul chiffre qui importe présentement est celui des versements à la souscription ouverte pour les frais de propagande du projet, la publicité donnée aux bulletins devant être en raison des fonds disponibles.

Ce premier bulletin ne sera tiré qu^'à 6000

exemplaires ; mais la composition sera conservée pour qn^on puisse faire ensuite autant de tira* ges qu^il y aura lieu. Les adhérents sont invités à m^envoyer toutes les adresses auxquelles ils croiront utile de le faire expédier.

De nombreuses demandes d^explications sur le but et Porganisation possible d'une Ligue de PEnseignement en France m^ont été faites, et je sais qu'elles ont été faites également presque partout à ceux qui se sont chargés de recueillir des signatures sur les listes d^adhésion.

Je crois devoir reproduire ici ma réponse aux observations bienveillantes de M. Bader, le rédacteur en chef de Plnduslriel Alsacien sur la nécessité de formuler plus nettement Tidée que je me fais de la Ligue dont j^ai proposé rétablissement.

Beblenheim, 3 décembre 1 866

Mon cher monsieur Bader,

• Vous me demandez ma façon de penser sur cette. Ligue de TEnseignement dont je viens de mettre Pidée en avant. Je ne pouvais, en la proposant à mes concitoyens, leur dire d^avance ce qu^elle serait, n^ayant pas à le décider, et c^est pour cela que j^avais jugé inutile de leur dire ce que je voudrais qu^elle soit, ne voulant rien mettre qui me fût personnel dans un appel fait à tous. Vous avez supposé que j^avais pourtant un plan conçu à part moi. Cest vrai, et je

226 LE PROJET d'ÉTA«LISSE11E.NT DE LÀ UGUE

VOUS remercie de Poccasion que vous me donnez de Pexposer.

c Mous sommes tous les deux membres dn comité de la Société des Bibliothèques, et vous savez aussi bien que moi comment les choses s^y passent. Nous n^avons autorité sur personne. Chaque commune fait sa bibliothèque et Tadministre comme elle Pentend. Nous n^avons rien à faire entre nous qu^à constater les résultats obtenus, nous communiquer les tentatives faites pour propager notre œuvre, chercher quels moyens, quels hommes on pourrait employer pour la faire pénétrer dans les cantons rebelles, extraire enfin de notre correspondance les renseignements utiles. Le bulletin de nos séances en porte ensuite le résumé à la connaissance de tous les membres de la Société. Il va même plus loin, si vous vous le rappelez, et nos publications n^ont peut-être pas été inutiles au mouvement de bibliothèques populaires qui se répand aujourd^mi par toute la France.

c Cest à ce que j^avais sous les yeux que j^ai pensé en émettant une idée que je n^ai pas apportée de Belgique. C^était elle qui m^y avait fait aller.

• Elargissez le cadre de notre œuvre des Bibliothèques pour y faire entrer toutes les formes possibles de renseignement populaire ; étendez à toute la France ce qui est circonscrit ici dans un département : vous aurez juste notre Ligue de TEnseignement telle que je la conçois.

• Quant aux détails d^organisation, je crois quMl est inutile d^y penser maintenant. Serons-

LE PREMIER BiULX^niX 227

nous dans un temps donné mille, dix mille, un million ? Ce ne serait pas trop, savez^vous bien, d^un dixième des électeurs français pour aider directement ou indirectement à Péducation des neuf autres. Et encore n^y aura-t-il pas que des hommes sur les listes de la Ligue. C^est déjà fait, et j^espére bien que Pélément le plus puissant, quand il veut, de la Société française, ne fera pas défaut & cette œuvre de salut pour la patrie. Dans quelle proportion Télément popu* laire tiendra-t-il à d'honneur id'y figurer pour son compte ? De quelle nature seront les adhésions? — Il est déjà venu des magistrats, des fonctionnaires, et ce serait à mes yeux une aberration coupable, je ne dis pas irapolitique, de s^en méfier, au lieu de s'en réjouir. Quand nous saurons tout cela, nous pourrons parler des détails d'organisation.

c Au surplus j'en vois une, en gros, qui me paraît à peu près forcée. Les cercles locaux commenceraient par s'organiser partout où les adhérents pourront former un noyau suffisant. Ils s'entendraient entre cercles voisins, si leurs membres ne sont pas assez nombreux, pour envoyer des délégués à une première assemblée générale qui réglerait ce qu'il y aura à régler. Le tout sous l'œil de l'autorité et d'accord avec elle, c'est entendu. Je ne demanderais pas mieux pour mon compte, quand bien même ce ne serait pas nécessaire.

• Si les choses vont comme je le voudrais, puisque c'est mon avis que vous désirez avoir, cette assemblée générale se tiendrait à Paris, au

moment de la grande Exppsiiion de 1867. Il me semble que ce serait un produit de la sagesse et de la volonté nationale qui pourrait figurer avantageusement parmi ceux que nous aurons à montrer à Tétranger,

• Maintenant cette Ligue une fois organisée, que fera-t-elle ? Elle fera ce qu'elle voudra.

« Je suppose les hommes qui la composeront assez grands garçons pour que je ne me fatigue pas en ce moment la tête à le trouver pour eux. i

La Ligue fera ce qu'elle voudra : c'était peutêtre aller trop loin. Disons mieux : elle fera ce qu'elle pourra. Mais, quoi qu'il advienne, elle pourra beaucoup si elle est forte, et pour qu'elle soit forte, il faut qu'on vienne à elle. Ceux qui questionnent sur son action future ont donc la réponse entre leurs mains. Entrez-y, vous élargirez d'autant le champ de son action en lui apportant une force de plus.

L'on est ici en présence d'un inconnu pratique, cela ne peut pas se nier ; mais la chose à faire est nettement déterminée. Qu'on soit là pour la faire, voilà ce qui importe; le choix des voies et moyens n'est qu'une question secondaire, dont la solution retardée ne saurait embarrasser les hommes qui se sentent une intelligence et une volonté.

Quand des Settlers américains s'en vont droit devant eux à la recherche d'un établissement dans le Far West, savent-ils toujours

OÙ et comment ils le feront ? Ce quMIs savent c^est qu^ils sont des hommes, et qii^il y a de la terre à défricher là-bas. Allez voir dix ans après à Tendroit où ils se sont arrêtés. Yous y trouverez une ville dont il est bien certain qu^ils n^avaient pas le plan dans leurs poches quand ils sont partis. Elle est faite pourtaht.

Ainsi se fera notre Ligue, si nous sommes des hommes.

Du reste, il n^est pas nécessaire de s^armer d'un si grand courage, d'un courage d'aventurier, un mot qui sonne mal en français, je le sais bien. Je ne vois pas pourquoi Ton se préoccupe tant de ce qui peut se faire. Il n^y a qu^à regarder ce qui se fait déjà, et dans beaucoup d^endroits, et avec Tapprobation hautement exprimée de Tautorité.

L^élément essentiel de la Ligue, son unité * numérique, si je puis m^exprimer ainsi, doit être le cercle local, s'administrant lui-même et déterminant sur place le meilleur emploi à faire de ses movens d'action.

C'est là d'abord, et avant tout, ce qu^on doit avoir en vue, partout où se formera un noyau sérieux d^adhérents. Or il en existe déjà, sous mille noms différents, de ces cercles locaux de la Ligue future de l'enseignement, qui travaillent dès. à présent à répandre l'instruction dans le peuple. Les nouveaux n'auront pas besoin de chercher longtemps leur programme : ils n'auront qu^à prendre celui des anciens.

Il existe à Moulins une Société pour la propa-

330 LE PROJET n'^ÊTABLISSEMENT DE L\ LIGUE

galion des connaissances utiles dont le président M. Clairefond, m^ècrivait ceci ces jours derniers en m^annonçant son adhésion et celle de ses amis à notre projet de Ligue :

Je vous remercie de Tenvoi des comptes-vendnd de rœuvre des bibliothèques. J'y ai puisé les premières bases de l'organisation de notre bibliothèque pour les adultes qui va fonctionner à partir du 1» janvier prochain, je Tespère.

Depuis 7 à 8 mois, nous avons mené à bien une assez grande opération. L'école professionnelle de Moulins, existant depuis 1833, une des plus an^ ciennes de France, menaçait de sombrer. Nous avons organisé une souscription et nous avons la satisfaction d'avoir conservé à la ville un établissement qui avait rendu de grands services. C'est encore une œuvre d'initiative toute locale. Nous nous occupons maintenant de l'asseoir sur des bases solides par l'organisation d'un enseignement pratique, agricole et industriel, qui réponde aux besoins du pays.

J'ai réussi aussi à fonder une salle d'asile d'enfants payants, institution que j'ai vue fonctionner ailleurs et qui manquait à notre ville. Elle sera organisée sur le modèle des Ecoles maternelles, ou Jardins d'Enfants de Frœbel.

£t plus loin :

Ma présidence de la Société de propagation des connaissances utiles devant cesser au mois de juillet prochain, je tâcherai de former une association pour les bibliothèques populaires communales, embrassant tout le département. Vos travaux que vous avez bien voulu m'adresser me seront d'un grand secours. Si je trouve des éléments pour une Société coopérative, je m'en occuperai aussi. C'est là que sont les œuvres vives de notre siècle, et c'est là ce qu'il faut fonder et développer partout.

Voilà un pays où Tœuvre de la Ligue est en plein exercice, et des gens qui n^ont plus rien à apprendre de leur métier de ligueurs. Les adhérents de Reims et de Bordeaux, qui forment déjà un groupe suffisant, n^ont pas à se demander ce qu^iis feront quand ils se seront organisés. Ils feront comme on fait à Moulins ; comme fait la Société Philomathique de Bayonne, qui publiait Tautre jour avec orgueil son chiffre de 1001 membres ; qui a fondé de ses deniers une bibliothèque populaire, déjà riche de lecteurs autant que de livres ; et dont les membres se relayent pour faire à la population de la ville des cours de toute nature ; comme font les sociétés de bibliothèques et de cours populaires qui se sont fondées spontanémeut dans ces dernières années à Nîmes, à Cognac, à Toulon, à Mende, à Périgueux, à Laon, à Montbéliard, à Strasbourg, à Mulhouse et dans d^autres endroits ; comme fait depuis trente-cinq ans la Société d^instruction primaire du Rhône, dont le budget annuel se règle aujourd'hui par centaines de mille francs à la fois, et dont le président, M. Humbert Valois, m'envoie son adhésion, avec ses promesses de concours, pendant quej'écris ce bulletin. On ne court pas les aventures en s'engageant sur une voie si bien frayée.

Croit-on que j'aurais eu la témérité de mettre en avant, de mon village, ce projet de confédération universelle pour toute la France des hommes qui veulent travailler à propager Tinstruction dans leur pays, si je n'avais su par avance qu'il existait déjà assez de groupes tout faits,

fonctionnant en pleine liberté, dans la limite du rôle qu^iis se sont donné, pour que ceux dont j^allais provoquer la formation se trouvassent du premier coup protégés et guidés par de nombreux et sérieux précédents ?

Quant aux garanties d'ordre que pourra réclamer le gouvernement, Fexemple des sociétés de ce genre qui fonctionnent en ce moment sous ses yeux est fait, je crois, pour le rassurer. S'il faut le dire, il ne peut que gagner à ce que ceux dont il croirait devoir se méûer viennent s'enrôler avec les autres dans la croisade nationale contre l'ignorance ; et ceux-là aussi ne peuvent qu'y gagner. Les plus ardents se calment quand ils se sentent pris dans l'engrenage d'une œuvre utile : je me sens fort de ma propre expérience pour l'affirmer. C'est une loi d'ordre physique aussi bien que d'ordre moral, la loi de conversion de la chaleur en mouvement.

Une femme de cœur, qui a entrepris de recruter pour la Ligue de l'Enseignement, m'écrivait ces jours-ci qu'on voulait savoir, avant de signer la liste d'adhésion, à quoi l'on s'engageait en la signant. On s'engage pour le moment à appuyer de l'autorité de son nom, quel qu'il soit — les noms d'cmvriers et de paysans font ici autorité comme les autres — le projet de créer en France un lien commun entre tous ceux qui travaillent actuellement ou qui voudront travailler plus tard, et de leur personne, et de leur bourse, à propager les connaissances utiles, pour prendre à la société de Moulins son mot de ralliement. On s'engage pour l'avenir à être un de ceux-là.

MEMIER BULLETIN 233

C^est un engagement qui ne doit pas paraître compromettant.

Au surplus la liste générale publiée en tête de bulletin, avec 10 listes seulement de rentrées sur 178 mises en circulation au 15 décembre, est une preuve suffisante, je crois, de Pavenir réservé à notre Ligue de renseignement, si le Mouvement d^opinion en sa faveur continue à se produire librement, comme il a pu le faire jusqu^à présent. Prés de 48 départements y sont représentés. — Je ne parle pas des adhésions venues d^ Allemagne^ d^ Angleterre, de Suisse et de Belgique, qui témoignent pourtant du retentissement qu^a eu le projet et des sympathies quMl a éveillées, même hors de chez nous. Toutes les classes de la société y ont apporté leur contingent, et je serais bien sûr d^avoir raison des dernières décisions si je pouvais publier ici Pâmas déjà formidable des lettres qui m^ont apporté les adhésions.

Je me contenterai de deux extraits, qui suffiront à donner une idée du reste.

Le premier est tiré d^une lettre de Pun des trois qui m^ont lancé de force, je puis bien le dire, dans une entreprise pour laquelle je ne me jugeais pas encore suffisamment préparé, et qui ne m^ont pas permis d^attendre, en s^y jetant d^eux-mémes. Je cite sans changer un seul mot :

Connaissant pour moi-même le besoin de Tinstniction, je ne serais pas fàchê que nos petits enfants ne fussent pas privés comme nous de ce qui est si utile à tout le monde* Voilà pourquoi je me

fiuis porté avec MM. Larmier et Mamy pour vous otfHr nos humbles deniers, qui sont, il est vrai» bien minimes, mais qui feraient une bien forte somme si chacun voulait y coopérer selon ses far cultes comme nous.

Le second extrait émane d^une sphère, tout autre :

Comme magistrat j*ai été appelé à constater souvent que le défaut d'instruction mène au crime. Je m'empresse donc de me joindre à vous, et j'espère que bientôt votre association sera assez forte pour chasser Tignorance du sol de TEmpire. C'est le seul ennemi que nous devions craindre.

Quand le tailleur de pierres et le magistrat sont d^accord pour pousser à la réalisation d'aune idée, elle doit avoir sa raison d^ètre dans un besoin public, et Ton pourrait se tromper en la déclarant inutile ou impraticable.

Elle a trouvé du reste assez d^appui déjà pour qu^on puisse commencer à se rassurer sur son compte. Le concours de la presse française que j^avais invoqué pour elle ne lui a pas fait défaut, et là encore, des hommes, qui ne frayent pas ensemble d^habitude, se sont trouvés d^accord pour la soutenir, à peu près dans les mêmes termes, preuve assez claire que c^estun terrain de réconciliation sur lequel on peut venir s^'entendre, ne s^entendant pas ailleurs. Mise en avant pour la première fois dans VOpinion Nationale^ elle a été soutenue sur-le-champ, et avec une grande vivacité, par la Gironde et le Courrier Français^ puis par le Temps^ puis par le Siécley le Travail et les Annales du Travail^ à Paris. La liste des journaux de province qui ont fait en sa

laveur un appel direct à leurs lecteurs, ou reproduit les appels de leurs confrères, coinmence à devenir assex longue pour qu'on puisse la donner.

La Voici, yar ordre de date des premières manifestations, car il en est qui y sont revenus déjà à deux, trois ou quatre reprises, et j'omets ceux qui se sont contentés d'une mention bienveillante :

La Gironde^ Bordeaux. l^^* Novembre.

Le Courrier du Ba^-Rhin , Strasbourg. 3 id.

Let Echoê de VAdour^ Bayonne. 4 id. L' Indépendant de ta Charente^

inférieure^ Saintes. 13 id.

V Union des Deux-'VilteSj Saint-

Malo. 17 id.

La Constitution^ Auxerre. 20 id.

Les Echos de la vaUée de Munster^

Munster (Haut-Rhin). 25 id.

Le Journal de Rouen^ Rouen. 27 id.

Le Journal de Montreuil^ Mon-

treuil-sur-Mer. 26 id.

V Industriel Alsacien^ Mulhouse. 2 Décembre. Le Journal de Clermontj Cler-

mont (Oise). 6 id.

Le Journal d'Amiens^ Amiens. 8 id.

L'Album dôloisy Dôle. 8 id.

Le Glaneur du Ilaut^Rhin^ Col-

map. 9 id.

Le dnirrier FranC'^omtois^ Besançon. 13 id.

Je n'ai pu tenir note que de ceux qui me sont

236 LE PROJET D^ÉTABLtSSEHENT DE L\ LIGUE

arrives à Beblenheim, mais il y en a eud^autres, je le sais positivement par les lettres qui m^en ont parlé, et j'ai bien le droit de supposer qu^on ne m^a pas parlé de tous.

' La presse étrangère adéjà commencé à s^occuper de notre projet de Ligue. Le Mercure Souabe^ de Stuttgardt, et la Gazette d^Elberfeld en ont pris texte -pour rappeler à leurs lecteurs les efforts sérieux qui se font chez nous en faveur de Pinstruction. Le Précurseur d'Anvers^ la Liberté^ de Bruxelles, le Journal de Liège ont envoyé à Beblenheim leurs applaudissements sympathiques. Dans le dernier, ua des membres lois plus dévoués delà Ligue belge, M. Jules Beauprez, a fait un appel chaleureux à ses collègues, pour les inviter à fournir un rapport à la Ligue française. Un ami m^écrit enfin de Sicile quUl a été mis au courant du projet par un journal italien, et la Reforma de Madrid vient d^en parler aux Espagnols qui pourraient assurément Putiliser pour leur compte.

Les rédacteurs de. journaux qui recevront ce bulletin me permettront-ils d^en profiter p'our les prier de m'envoyer les numéros où il sera question de la Ligue, soit pour la soutenir, soit pour la critiquer? Les critiques sont encore meilleures à connaître que les éloges.

Je n^avais connaissance au 15 décembre que d^n seul blftme direct, publié par VEtendard de Tavant-veille. Il avait été dicté par une appréciation du rôle futur de la Ligue, contre laquelle j^ai cru utile de protester dans le journal même où il avait été question de la Ligue pour la première fois.

Ce n^esi pas ici le lieu pour reproduire cette protestation contre la supposition d^ne concur^ rence projetée au Ministère de Plnstruction publique, concurrence dont Tidée ne saurait entrer en ce moment dans aucun esprit sérieux. S^en défendre serait du reste insuffisant, car il n^y a pas que les bureux du Ministère où Ton s^occupe de Pinstruction publique pour toute la France. Il existe à Paris une Société pour (tinslruelion élémerUaire qui date de 1815, inscrite au modeste budget ministériel pour une subvention annuelle de 500 fr., ayant autorité, aux termes de Fordonnance royale de 1831, par laquelle elle a été reconnue comme établissement d^utilité publique, pour entretenir à ses frais des écoles, former et procurer des maîtres, examiner les nouvelles méthodes d^enseignement ; laquelle distribue chaque année des récompenses aux meilleurs ouvrages pour la jeunesse et à des centaines d^instituteurs et d^institutrices choisis dans tous les départements. Il existe une Sociélé Franklin qui s^est mise à la disposition de tous ceux qui veulent fonder des bibliothèques populaires, leur offre ses conseils et son entremise auprès des libraires, et se charge de Pexpédition de leurs commandes. Il existe deux grandes Sociétés, non pas rivales mais parallèles, les Associations Polytechnique et Philotechnique qui se sont donné depuis de longues années la mission d^organiser des cours publics, ouverts à qui veut en profiter, non-seulement dans Paris, mais sur tous les points de la France où Ton fait appel au concours de leurs membres.

La Ligue ne fera concurrence à rien de tout cela.

Le bureau qui la représentera, tel que je le conçois, ne sera pas un rayonnement du centre à la circonférence, mais de la circonférence au centre, ce qui est bien différent Nommé et sou« tenu par tous les groupes qui se sont organisés d^eux*m6mes sur tous les points du territoire pour travailler, satis toutes les formes poshiblesj à la propagation des connaissances utiles — je garde le mot qui est bon, — il n^aura Tentreprise d^aucune œuvre spéciale, et ne sera qu^un centre de publicité pour toutes les œuvres existantes, un centre de renseignements où Ton pourra venir puiser pour en créer de nouvelles, ou développer celles qui existent déjà. Son œuvre, à lui, sera de déterrer les dévouements obscurs pour les mettre en lumière, de servir de point d^appui aux efforts isolés, trop souvent impuissants à triompher des obstacles locaux, de susciter des hommes et de provoquer des efforts dans les endroits qui dorment, en mettant sous les yeux de tous Pexemple de ceux qui ont essayé de faire et qui ont réussi. Il n^y a rien là-dedans qui puisse porter ombrage à quoi que ce soit, rien qui soit de nature à contrecarrer Faction des institutions déjà existantes, à la diminuer, en s'établissant sur son terrain. Tout au contraire. La Société Franklin verra certainement affluer davantage les commandes de livres au fur et à mesure que se multiplieront les cercles locaux delà Ligue ; laSoeiété pour l'Ins" truction élémentaire y trouvera des auxiliaires de

PREMIER BUELETIN 239

plus, heureux de contribuer à Péclairer pour le meilleur choix de ses récompenses, et le Ministre de rinstruction publique, qui se préoccupe à si juste titre de Tamélioratton du sort de ses insti* tuteurs, peut se figurer aisément que ce sera là un article forcé du programme des cercles locaux, qui pourront agir sur les conseils municipaux des villes et des villages plus utilement que des circulaires qu^on ne lit pas toujours.

Urne reste a calmer un scrupule, venu à quelques-uns au sujet de. ce mot de Ligw^ qui rappelle, j^en conviens, de mauvais souvenirs.

Ayant débuté par proposer d^établir en France ce qui existe chez nos voisins de Belgique, je ne pouvais guère faire autrement que de leur prendre le mot avec la chose. J'avoue qu^il ne me déplaît pas pour mon compte, et que Pidée de lutte qu^il rappelle est contenue en effet dans la pensée de Finstitution, car c^est bien d^une lutte qu^il est question, il ne faut pas se le dissimuler, d^une lutte contre rindiiïérence de ceux qui ne se sentent pas intéressés à son œuvre, contre Fincurie de ceux pour lesqi^els elle est faite. Qu^à cela ne tienne cependant. Je ne puis que répéter ici ce que je viens de répondre à un journal ami, qui me transmettait les observations t de personnes très-bien disposées qu^effarouchec rait une telle dénomination : •

t Comme vous le dites fort justement, les partisansde Fidëe d^une grande association française, en faveur du développement de Finstruction, seront toujours les maîtres, une lois réunis, de choisir le nom qui leur conviendra. Us pourront,

s iO LE PROJET D^ÉTABUSSEBf ENT DE LA LIGUE

du reste, s^assurer dès à présent, en jetant les yeux sur les quelques lignes en tète (1) de la liste quHls auront à signer, qu^il n'y a pas lieu de s^efTaroucher d^une Ligue de TEnseignement, au sein de laquelle il demeure erUendu qu'ion ne servira les iniiréls particuliers d'aucwie opinion religieuse ou politique. •

Si Pignorance pouvait avoir des partisans, eux seuls auraient une raison de s^effaroucher, car c^est contre elle seule quHl s^agit de se liguer, de s^associer, si Ton aime mieux. Le mot n^y fait rien : c^est la chose qui est l'important. (1)

Beblenheim^ ^0 décembre 1866.

Au moment d'envoyer le manuscrit de ce bulletin à Timpression, une liste d^adhësions me revient de Yalenciennes avec cette déclaration en tète :

1 Les soussignés n^adhërent qu^à l'idée de la c formation d^une Ligue de renseignement, et t n^entendent faire partie de cette Ligue qu^au 1 tant que son existence aura été légalement f autorisée. •

(1) Les soussignés, désireux de contribuer personnellement au déTeloppement lie rinstruction dans leur pays, déclarent adhérer au projet d'établissement en France d'une Ligue de l'Enseignement, au sein de laquelle il demeure entendu qu'on ne servira les intérêts particuliers d'auc^ine opinion religieuse ou politique.

Ils s'engagent à en faire parUe, quand elle sera constituée, et à souscrire annuellement chacun pour la somme portée à la suite de son nom.

LE PROJET D^ÉTABLISSEMENT DE LA LIGUE 2 il

Cest entendu pour tous les adhérents, à commencer naturellement par celui qui a pris sûr lui de faire un appel public aux adhésions. Sans autorisation légale, il n^y aura pas de Ligue comiituée. C^est dans ce cas-là seulement qu^on s'^engage, en signant les listes, à en faire partie.

LE PROJET DtTABLISSEMENT D'UNE

mu M l'ERSHCimim eh fraicb

Doit

En caisse au 15 décembre 5 05

Solde au 15 décembre du compte ouvert à

la Mutualité de Colmar 1468 n

Sommes versées du 15 décembre au 15 février 5071 90

Avoir

Dépenses,

15200 exempl. du premier bulletin (Colmar) 1150 »

10750 exempl. du premier bulle*

tin (Paris) 529 »

68676 bandes (maison Piard). . 206 05

14200 timbres-poste à 05 ... 710 »

Tirage de 500 listes d*adhésion. 28 »

Ports payés au chemin de fer. . 71 40

Affranchissement de paquets de

bulletins 53 05

Frais d'envoi des souscriptions

de la liste 110 35

Frais de port de 279 listes à 07. 10 55

^ 440 lettres à 20* 88 »

3251 90 Solde au 15 février du compte ouvert à la

Mutualité de Colmar 2663 95

Compte ouvert à la Caisse d'escompte des

assurances populaires 110 50

Entre les mains des collecteurs. . • • 368 »

En caisse au 15 février 150 60

Total égal 6544 95

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