‹ Les origines de la Ligue de l'enseignementChapitre 5 sur 89 · LETTHES D^UN PAYSAN D^ALSACE · texte numérisé non relu

LETTHES D^UN PAYSAN D^ALSACE

a dix ans que la loi du 31 mai a disparu, je n^ai pas besoin de vous dire dans quelle circonstance^ et la loi imaginée pour la plus grande gloire de Pignorance est encore debout. Ne trouvez-vous pas bientôt qu^il est temps de jeter un coup d^œil de ce côté-là. Les cadeaux que vous laissent les gens qui ne vous aiment pas, on ne les garde pas si longtemps d^habitude.

Tenez, pour vous dire toute ma pensée, il pourrait bien se faire que dUci à quelque temps, on nous appelât tous à décider, par un vote universel, si nous avons bien fait d^aller en Italie et si le sang de nos enfants a coulé pour une bonne cause à Magenta et à Solferino. Croyez-vous pas quHl soit juste que des hommes qu^on fait juges dans de pareilles questions apprennent, étant petits, où est placée Rome, et de quel côté est l^Autriche ? Et qu^est-il besoin de vous dire quUl est bon d^enseigner Thistoirede son pays à celui qui plus tard pèsera pour sa part sur ses destinées ?

JUrai plus loin. Il parait quUl y a eu des choses écrites en français (dont sont fiers ceux qui les ont lues, et que c^est là une de nos gloires nationales, aussi prisées par certaines gens que toutes nos batailles. Serait-ce trop de hardiesse de demander qu^on montre aussi à nos enfants quelque chose de ces richesses d^un*pays dont ils seront un jour les maîtres, car, nous autres paysans, nous sommes bien, à Pheure quUl est, les maîtres du pays, voyez-vous, et nous Pavons prouvé, je le crois, à ceux qui voulaient en douter. Ne pourrait-on pas, en faveur de nos grands

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écrivains, dérober quelques heures à la grammaire qui Réapprend rien, pas même le français, à ce que m^a prétendu du moins un homme qui doit s^y connaître, car c^est son métier?

Et puis, il y a encore autre chose. J^entends dire autour de moi que la science a fait de nos jours des progrès étonnants, que ces messieurs qui sont de rAcadémie,et bien d^autres qui n'en sont pas, arrachent tous les jours à la nature quelques-uns de ses secrets, et que notre siècle sera grand à cause de cela parmi tous les autres. On ne s^en aperçoit guère dans nos villages. Il nous serait pourtant bien utile à nous, qui vivons plus que ceux des villes en tête à tête avec la nature, à nous qui lui demandons à grand renfort de travail notre pain et le vôtre aussi, à vous tous, il nous serait pourtant bien utile d^apprendre aussi un peu de toute cette science dont s^enrichit Thumanité, comme le disait le JQurnal il n^y a pas longtemps. Nous sommes aussi du genre humain, et pourquoi nous laisser à la porte en déclarant que rien de tout cela ne doit entrer dans nos écoles ?

Vous allez me dire que j^en demande trop à la fois. Non, monsieur le sénateur, je vous demande seulement ce qui existe à deux pas d^ici, dans un pays qui n^en a pas besoin autant que le nôtre, puisqu^il n^a pas encore le suffrage universel, yon m^a raconté qu^on avait ouvert dernièrement un grand concours entre tous les instituteurs de France, afin de voir ce qu^il y aurait de meilleur à faire pour nos écoles, et qu^à eux tous ils avaient écrit là- dessus des milliers et des mil-

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