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LETTRES D^UN PAYSAN D^ALSACE

liers de mémoires. Ce n^était pas beaucoup la peine d^ablmer tant de papier. Allez prendre aux Allemands Técole qu^ils ont dans leurs villages, et donnez-nous la. Je ne vous en demande pas davantage. Elle est obligatoire.

Je suis au bout de mes raisonnements ; pourtant avant de nous quitter, j^ai encore un appel à faire, non plus à votre raison, mais à votre cœur.

Quand le suffrage universel nous est arrivé sans crier gare, — et Dieu nous est témoin que nous ne Tavions pas demandé, — quand nous nous sommes vus, un beau matin, la maison à gouverner sur les bras, sentant que nous n'en étions pas capables, nous sommes allés tous du même mouvement, d^un bout de la France à Tautre, chercher celui qui gouverne aujourd'hui à notre place, pour lui donner notre procuration. On a eu beau dire, on a eu beau faire : nous n'avons rien écouté, rien redouté, et ce qui existe aujourd'hui est là parce que nous l'avons voulu.

C'est à nous que vous devez votre habit brodé desénateur et vos appointements. Nous avions voté tout cela en principe, le iO décembre. Ceux qui nous encourageaient ce jour-là, et qui s'en repentent maintenant, auraient bien pu le voir s'ils avaient eu des yeux. Ne vous sentez-vous pas le débiteur de ce peuple des campagnes qui vous a fait ce que vous êtes, et voUârez-vous

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quHl soit dit quHl aura moins appris sous votre autoritë que sous celle de M. Guizot?

Si j^ètais ce gouvernement-ci, moi qui vous parle, le ministre de Pinstruction publique serait mon premier ministre, et ce peuple qui se serait jeié dans mes bras en confessant son ignorance, je me ferais une question d^honneur de le débarrasser, bon gré malgré, de cette ignorance, la vraie raison d^ètre de mon trop grand pouvoir. Je sais bien que ce n^est pas Pœuvre d^un jour, ni d'un homme ; mais un champ commence par un sillon, et le premier sillon à creuser ici, c^est de nous faire une loi qui donne le signal d'un nouvel ordre de choses.

A ce signal, je puis bien vous assurer que beaucoup répondront, même parmi ceux que vous pourriez considérer comme mal disposés pour vous. Ils y ont tous un trop grand intérêt. Les libertés qui leur font si grande envie sont au bout. On a parlé souvent de réconciliation, depuis les querelles de 1848. Voilà le véritable terrain de la réconciliation entre les petits et les grands, celui sur lequel tout le monde pourra se rencontrer, parce qu'on y attaquera l'ennemi commun, l'ignorance du pauvre mondé.

Et pour en finir par cette question du père par où j'ai commencé, ce peuple s'est mis comme un petit enfant entre vos mains, monsieur le sénateur : envoyez-le de force à l'école; c'est votre devoir.

Daniel Ortueb.

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