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PHILOSOPHIE DE LA LIGUE

d^elles le fatal cortège de souffrances, d^erreurs, de haines et de crimes que Tignoraoce traîne partout à sa suite, est une de ces vérités devenues banales, dont les adversaires à visage dé* couvert ne comptent pas, on peut bien le dire,

A quelque classe, à quelque opinion que Ton appartienne, on est donc sur de se rencontrer dans un but, dans un intérêt commun, en tra-» vaillant de concerta chasser de son pays Tigno* rance, et d^avoir à se rendre mutuellement ce témoignage qu^on faii par là acte de citoyen. Là encore, il n^y a pas de place pour la controverse, dont le champ est dépassé.

Est-ce à dire que cette œuvre de justice et de salut social soit assurée de réunir dans un con* cert unanime toutes les forces groupées sous les différents drapeaux, religieux et politiques ?

Non, sans aucun doute.

Dieu, la justice et la patrie sont quelquefois des montures qu^on enfourche pour aller plus vite et plus loin, et Ton fait alors bon marché du triomphe des idées qui vous portent, si Ton ne doit pas triompher de sa personne en même temps. QuHmporte au cavalier que son cheval arrive, s^il reste lui-même en route? Les besoins de domination, les appétits matériels ne sauraient avoir de terrain commun ; ils condamnent à des guerres sans trêve ni merci ceux qui combattent pour eux.

Mais ce n^est là que le moindre obstacle.

Le corps d^armée, dans tous les camps, est fait de ceux qui combattent pour des convictions.

Oo peut les mener, c^est vrai ; mais sHls n^étaient pas là, on n^aurait rien à mener. Malheureusement, Phonnéteté, qui seule fait les vrais soldats, n^élargit pas toujours TAme, et Pintolërance étant une doctrine, on peut être honnête et intolérant. Cela n^arrive que trop souvent. L'ardeur même que Ton met au service des causes que Ton a épousées par amour de la jus* tice, est une cause fréquente d^obscurcissemenl du sens de la justice. Le sang qui monte aux yeux les trouble. On se laisse envahir par de saintes indignations, qui font descendre Panathème des idées sur les personnes ; on recule devant les contacts jugés impurs, même pour faire plus sûrement le bien reconnu; Ton va même jiisqu^à le méconnaître quand il se présente en mauvaise compagnie. Ce qui serait le bien, si on le faisait soi-même, devient le mat, fait par les adversaires. Ne devient-il pas une protection pour eux contre Pécrasement qu^ils méritent! D^où la conséquence très-légitime que loin d'y coopérer avec eux, il faut Pentraver pour leur faire échec*

n en est enfin qui perdant de vue la dette sa* crée de la famille humaine envers tous ses membres, le droit qu'ont tous les hommes à la possession de ce qui appartient à tous, et le devoir des aînés d'y aider les cadets, ne voient dans le développement de l'instruction populaire qu'une arme de guerre au profit de leurs idées, un moyen de battre en brèche directement ce qui leur fait opposition. Ceux-là, j'en ai bien peur, ne prendront qu'un intérêt médiocre

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à un mouvement dHnstruction pure et simple, et diront : à quoi bon ? Us ne sont pas assez sârs d^avoir raison pour se fier au résultat nécessaire du progrès des intelligences.

À plus forte raison notre Ligue ne ralliera-telle pas ceux qu^effraye la perspective d^un peuple qui se mettrait à penser, et qui se figurent qu^on ne trouvera plus personne pour travailler quand tout le monde saura quelque chose. Cela fait PefTet, imprimé, d^une plaisanterie ; mais si je ne Tavais pas entendu dire, et le plus sérieusement du monde, je ne Paurais certes pas imaginé.

Il reste assez, Dieu merci, de braves cœurs, de vrais citoyens, d'hommes capables de s'élever au-dessus des considérations de doctrines et de personnes, pour qu'une Ligue puisse se former entre gens d'opinions différentes, à l'effet de répandre autour d'eux, comme il était dit dans le Bulletin du 15 mai, • ce qui est au-dessus de toute controverse dans le trésor des connaissances humaines, à commencer par ces sciences premières, inconnues encore à un si grand nombre de nos citoyens, la lecture et récriture, t

L'accord mutuel entre les membres d'une semblable Ligue pour lui interdire le terrain sur lequel ils ne pourraient plus la suivre tons ensemble, est une chose qui va de soi. C'est la condition $me qiAd non de son existence, et sans cela il saute aux yeux qu'il y aurait rupture à chaque instant.

Il n'y avait donc pas lien de l'accuser, comme on l'a fait, d'indifférence et de mépris pour les

questions dont elle a renoncé, par sagesse, à s^occuper. Ce n^est pas mépriser la religion, ce n^est pas oublier la patrie que d^éviter de froisser les croyances religieuses et politiques de ceux avec lesquels on travaille côte à côte quand ce travail en commun est pour tous Taccomplis* sèment d^un devoir de conscience, d'un devoir de citoyen.

Qu'un enseignement aussi limité soit incomplet, c'est positif.

Mais dans quel travail a-t-on jamais fait fi de la première ébauche et de ses ouvriers spéciaux? N'y en a-t-il pas d'autres pour achever l'ouvrage commencé, qui doivent s'estimer heureux de le trouver commencé ? Ce que la Ligue s'interdit d'enseigner, elle ne saurait l'interdire à per^ sonne, et les lacunes de son enseignement sont faciles à remplir par ceux qui les déploreraient. Le champ reste libre à côté d'elle pour qui voudra faire plus qu'elle, autrement qu'elle. Ce qu'elle aura fait n'en perdra rien de sa valeur, s'il est vrai que les lois de la chute des corps retrouvent leur application dans l'ascension des intelligences, et que l'effort antérieur, les connaissances acquises servent incessamment à en précipiter la vitesse.

Les membres de la Ligue demeurent au sur-» plus toujours maîtres de défendre et de propager leurs idées personnelles, en leur nom personnel, bien entendu. Ils n'ont abdiqué, en y entrant, ni leurs convictions, ni le droit illimité qu'ils ont tous individuellement vis-à-vis d'elle, de chercher à les faire partager»

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