‹ Les origines de la Ligue de l'enseignementChapitre 7 sur 89 · E.N FRANCE · texte numérisé non relu

E.N FRANCE

Si VOUS causez de son pays avec un Allemand qui soit en veine de confiance, il vous dira volontiers qu^une chose manque à rAUemagne, c^est un Paris. Et beaucoup de Français, s^ils descendaient au fond de leur pensée secrète, vous confesseraient qu^il y a quelque chose de trop en France, c^'est Paris.

Depub les Girondins, il s^est fait bien des plaintes contre Paris.

I Paris mangela France, et la tyrannise. Il tire à lui toutes les forces vives du pays, et dicte ses volontés à la province soumise, qui ne peut que courber la tète quand il a parlé, et reconnaître humblement, après coup, les gouvernements quUl improvise à ses heures de caprice. •

C'est là ce que Ton entend tous les jours, et par une raison bien simple, c'est que c'est vrai.

II est facile de concevoir qu'un pareil état de choses pèse lourdement aux vieilles cités, qui ont été autrefois des centres, et qui ne sont plus que des points perdus dans la circonférence. L'Alsace, entre toutes les anciennes provinces, l'Alsace arrivée l'une des dernières, et qui se sent encore un pays à part, derrière ses montagnes, l'Alsace est tourmentée peut-être

(1) ReTue d* Alsace, janvier 1862.

DE LA DÉCENtRAUSÂTIO:! INTELLECTUELLE 39

plus que toute autre par ce besoin de décentra* lisation, qui fait en ce moment son tour de France ; besoin légitime, qui doit finir par trou- Ter satisfaction, mais qui ne me parait pas sur le bon chemin, quand il se traduit par des jalousies et des récriminations contre Paris.

Je voudrais essayer d^ndiquer une autre voie, plus lai^e et plus féconde.

Il n^est question, c^est entendu, que de la décentralisation intellectuelle, Tautre n^étantpasici de notre compétence ; mais la première suffirait déjà, en attendant mieux, et si elle était une fois réalisée, le reste suivrait de lui-même, comme une conséquence obligée.

Dans Fétat actuel des choses, prêcher des croisades contre Paris, c^est tout simplement conspirer contre la vie nationale, je parle de la vie de Pintelligence, puisqu'elle s'est concentrée là, et qu'on l'attaque dans sa place de refuge, c'est positivement le mot. L'Allemagne aurait demain son Paris que Dresde, Munich, Stuttgart, Heidelberg et tant d'autre villes, grandes et petites, resteraient encore des centres intellectuels, vivant de leur vie propre, et taisant rayonner autour d'eux leur pensée. Pourquoi? C'est qu'il y a là des hommes qui savent et qui pensent, qui parlent et qui écrivent, qui sont groupés autour d'institutions sérieuses, et qui, par les associations, par les livres, par les journaux, sont en rapports continuels entre eux, d'un bout de l'Allemagne à l'autre. On ne centralise pas l'intelligence quand elle trouve à vivre partout. Que demain

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