ORDRE DU JOUR
De Futilité d*un enseignement coopératif :'
Création à Paris d'une école professionnelle coopérative.
Les signataires de la déclaration légale :
Antide Martin»
Barttiélemy,
Lecoq de Boisbaudran,
AchUle Mercier,
André Bousselle,
Achille Delorme,
Ernest Hendlé.
La seconde réunion publique, en vertu de la
nouvelle loi, a été provoquée par la Société des professeurs libres, dont il était fait mentioa également dans le dernier bulletin et qui cherche à se donner par la coopération Pinstrument de travail du producteur d^instruction (1).
Ce droit nouveau de réunion est pour la Ligue un moyen d^action dont Pimportance a été comprise du premier coup, et le sera chaque jour davantage à mesure qu^on se familiarisera avec la manière de s^en servir.
J^ai deux conseils à donner à ce sujet aux hommes de la Ligue :
Le premier, c^est de se rappeler que les restrictions apportées par la loi nouvelle à Texercice de la parole publique ne sauraient avoir rien de gênant ni d^irritant pour nous, puisque,
(1) La gratuité, en fait de distribution populaire de l'instruction, a certainement sa raison d'être au début, et l'aura toujours dans une certaine mesure ; mais on aurait tort de la considérer comme le procédé absolu et définitif. Il est contraire aux lois économiques, qui s'appliquent aussi à la richesse intellectuelle. Tout ira mieux et plus vite quand il y aura, à côté de renseignement bénévole, qu'il ne saurait être question de supprimer, des professeurs du peuple, rétribués par lui, comme la classe aisée rétribue les siens, à meilleur marché naturellement.
M. Mulatier, commis d'économat au lycée de Rodez, m'écrit qu'il va commencer dans une salle à lui, dont le prix d'entrée sera de 10 c, des lectures publiques, avec explications données sur le texte à qui le désirera. « Plus tard, me dit-il, je verrai à employer pour l'audition des lectures le système des jetons en usage dans certaines sociétés de consommation. »
C'est une excellente idée, à laquelle je souhaite tout le succès d'imitation qu'elle mérite.
dés le principe^ nous nous sommes interdit à nous-mêmes, les terrains qui se trouvent défendus, et que c'est à notre propre loi que nous obéissons en n^y mettant pas le pied. La recherche des moyens pratiques pour arriver à la réalisation du but que nous poursuivons doit suffire, et largement, à remplir les séances. L^on fera le sacrifice, si Ton prend son œuvre au sérieux, des excursions à coté, des malices d^al* lusions et des phrases héroïques, à Paide desquelles un orateur peut, à propos de tout, quand cela le démange, faire la cour aux applaudissements. Ces choses-là ont Pinçon vénient, pour oublier les autres, de perdre un temps qui est mesuré, et de détourner les esprits de l'objet réel de la réunion. Il vaut la peine, ici, qu^on ne lui fasse pas d'infidélités. • Age quodagis, • doit être la devise de ceux qui veulent agir. Faire deux choses à la fois, c^est courir le risque de les faire mal toutes les deux.
Le second conseil, c^est d^imiter les Anglais quand ils se réunissent à Peffet de fonder une œuvre utile, et de la créer par le fait avant de se séparer, si on la veut, en lui donnant les premiers moyens d^existence. J'ai lu dans les journaux qui ont rendu compte des deux premières réunions publiques de la salle Pilodo qu^ellcs s^étaient terminées par un vote unanime en faveur des créations proposées. Ce sont là des votes platoniques qui ne coûtent rien, mais qui ne créent rien non plus. Les votes ne comptent, en pai eille circonstance, que quand ils sont doublés d'^un versement à Pappoi.
Savoir garder sa langue dans sa poche, quand cela vaut mieux, et savoir y mettre la main, quand il le faut, sont deux vertus civiques, dont Tune aide à Fautre dans le cours d^une séance. Le renoncement au patriotisme en paroles est moins pénible quand on a devant soi le patriotisme en acte qui vous attend à la clôture (1).
Le Cercle parisien^ qui a débuté par Pacte, à publié en juin son dernier bulletin : il n'est pas verbeux.
Un groupe de laLigue de V Enseignement s'est organisé à Paris, dans le but de propager Tinstruction dans les départements. Ce groupe simpose la mission de travailler au développement de Tinstruction générale en France, et slnterdit toute participation aux questions politiques et religieuses.
G^estlà toute sa rhétorique.
Puis vient immédiatement la liste de ses 234 membres, sur laquelle je trouve le nom d'un sénateur, — il est vrai qu^il s'appelle Sainte- Beuve ; — le montant des cotisations annuelles, qui de 532 50, chiffre que j^accusais dans le bul-
(1) Pendant que j'achève ceUe clironiqae, il m'arrive un numéro du Réveil du 16 juillet, où je trouve les deux conseils que je donne mis d'avance en pratique.
M. Tardif, le représenUnt de Marseille, y écrit à la date du 2^ juiUet :
« Hier a eu lieu à Marseille la première réunion publique. Notre génération n'est pas habituée à ce genre d'exercices, aussi craignait-on que ce défaut, joint à l'ardeur méridionale, ne produisit des scènes dont le parlementarisme n'aurait pas fait tous les frais. Je coniu tate avec plaisir qu'il n'en a rien été, et que tout s'est passé dans Tordre la plus pariait... La grandeur du
letin du 15 mai, s'est élevé à 1037, et l'emploi des sommesversëes au 1*" juin.
Un nouvel envoi de 100 fr. a été fait dans Pintervalle à Yauchassis (Aube) pour coopérer à la fondation d'un orphelinat-école normale de filles pour le canton d^Estissac, dont une femme énergique poursuit la fondation avec ses propres res^ sources, qui sont très-modestes.
inespéré avoir à parler bientôt de cette institution, qui me parait appelée à rendre de grands services dans nos campagnes, si elle parvient à se généraliser.
Le rôle du Cercle Parisien pour la progagande de l'inslniclion dans les départements — c^est la dénomination qu^il a adoptée — sera surtout de venir en aide aux efforts isolés qui se produisent dans les campagnes, et de préparer ainsi les voies à l'organisation de la Ligue dans les pays demeurés en retard, en la faisant connaître par son intervention effective, ce qui est bien la meilleure de toutes les propagandes. Je signale
but sufTisait à elle seule pour imposer la dig;iiité et le respect de l'assistance. Il s'agissait de la propagaUon de la Ligue de l'enseignement.
«Trois cents personnes environ s'étaient rendues & cette réunion : discours et conversation intimes se sont écliangés, et l'on a ouvert une liste de souscriptions qui a donné» séance tenante, cent cinq adhérents. L'assemblée s'est séparée après la nomination d'une commission composée de vingt membres, chargés de recueillir de nouvelles adhésions. »
Modération de langage et résultat immédiat, voilà un exemple complet et commode à suivre. A quoi bon se donner rembarras de courir ensuite après les gens quand on les tient réunis ?
encore une fois son existence aux adhérents de Paris qui n^ont pas fait leur choix. Les cotisations qu^ils ont consenties trouveront là un emploi dont Putilité n^èst pas contestable.
Le siège actuel du Cercle parisien est chez M. Emmanuel Vauchez, 9, rue de Provence. Les versements se font chez MM. Guilloteau, Bouron et C*, banquiers, 32, rue de Trévise.
Le Cercle de Chevilly a envoyé, le 2 juin, au préfet du Loiret une première somme de 20 fr. pour entamer la fondation dans la commune d^une caisse des écoles^ qui se trouve fondée actuelleipent. M. Barillon, en m'annonçant cette nouvelle, m^apprend qu^il est parvenu en6n à faire pénétrer le mouvement de la Ligue à Orléans. Une des listes qui lui avaient été envoyées Tannée dernière s'y couvre en ce moment de signatures, et Ton procédera bientôt à la constitution du Cercle Orléanais. Le village aura entraîné cette fois la ville, à charge de revanche pour celle-ci, je le suppose bien. Il ne manque pas d'autres villages autour d'elle.
A Versailles, la fusion que j'annonçais il y a deux mois a eu lieu. La Société de la Bibliothèque popidaire s'est déclarée centre de la Ligue de l'Enseignement à Versailles, et Mme Hippolyte Meunier (1) m'apprend que le comité de dames
(1) Mme Hippolyte Meunier a mis à la disposinon des cercles de la Ligue 50 exemplaires d'un exceUent livre d'hygiène populaire, le Docteur au Village (librairie Hachette, 1 franc), qu'elle vient de publier. Je lui transmets ici les remerclments que plusieurs in*ont chargé de lui adresser.
entrera en fonctions Phiver prochain. Il fonctionne déjà, à vrai dire, et Ton n^aura qu^à développer Tœuvre entamée depuis deux ans par Mme Henriette Blanckley, qui s^est ralliée à la Ligue dès le commencement, et à qui le conseil municipal de Versailles décernait Tannée dernière une médaille d'or pour le Cours normal qu'elle fait gratuitement aux jeunes filles de la ville.
Les organisateurs des cercles de Normandie ne sont pas restés inactifs pendant les deux mois qui viennent de s'écouler.
Le Cercle Rouennais a publié au mois de juin son manifeste, dont j'extrais les lignes suivantes :
Rechercher les enfants qui ne fréquentent pas encore les écoles et user de tous les moyens d'influence morale pour amener les parents à leur assurer les bienfaits de l'instruction;
Mettre des prix ou livrets de caisse d'épargne à la disposition des administrations municipales ou directeurs d'institutions, en vue de récompenser les élèves les plus méritants ;
Exciter à la fréquentation des écoles par la distribution de jetons de présence aux enfants nécessiteux ;
Développer ou créer pour les ouvriers des villes et des campagnes des conférences gratuites, dans lesquelles on leur enseignera les éléments des 8cience.s exactes et les grandes lois de la nature ;
Procurer à bon marché et répandre les instruments nécessaires à cet enseignement ;
Fonder ou contribuer à fonder des bibliothèques populaires ;
Tels sont les principaux moyens dont la Ligue déclare vouloir user dans le Cercle Rouennais.
40 i BULLETIN DE LA LIGUE
Quatre listes d^adh^sions ont déjà paru succèssivement dans le Journal de Rouen^ et le recrutement, du reste, était facile. Ilavait été préparé d^avance par MM. Jules Sourdois et Emile Rondeaux, qui ont fourni des listes importantes aux premiers bulletins de la Ligue. M. Viénot m^écrit que Rassemblée générale de constitution est sur le point d^a voir lieu.
Le Cercle Havrais a eu la sienne le 1 8 juin. A cette date, il comptait déjà 291 membres, ayant souscrit entre eux tous une somme d^environ 5400 francs. Son bulletin, en ce moment à rimpression, et qui sera envoyé à tous les cercles formés déjà, ou en voie de formation, leur donnera les détails de son organisation.
Le Comité, m'écrit M. Ed. Robert, le secrétaire du cercle, a commencé par nommer une commission chargée de lui faire des propositions. Jusqu'ici le programme de Giromagny est celui qui a le plus vivement attiré Tattention de cette commission
M. Manier, Tauteur des célèbres cartes de Pignorance publique en France, a commencé pour le Cercle Havrais, grâce à Pinitiative de ^. E. Robert, une carte spéciale du département de la Seine-Inférieure, où les cantons seront classés par teintes différentes, selon le degré dMnstruction. M. Lasseau, de Clermont-Ferrand, avait eu de son coté Tidée d^une carte semblable pour le département du Puy-de-Dftme, et je suis certain qu'elle sera acclamée dans beaucoup d^autres. On ne pouvait guère rien imaginer de meilleur pour faire honte aux pays dUgnorance,
et tenir éyeillëe Pëmulation locale. Les Cercles de la Ligue feront bien de s^entendre dans chaque département à TefTet de se donner à frais communs un instrument de propagande aussi puissant.
Le Cercle Dieppois,' le premier en date dans la Seine-Inférieure, a déjà commencé ses conférences et ouvert sa bibliothèque.
Celui de Pont-Audemer (Eure) annonce, dans un bulletin publié au mois de mai, qu^il a rassemblé les premiers éléments de la sienne, et témoigne des mômes préoccupations que celles signalées tout à Theure par M. Ed. Robert.
Ce qui empêche le Cercle de Pont-Audemer de dormir, ce sont les lauriers de Giromagny. Là, on a trouvé le moyen d'arracher à la mendicité et au vice tous les malheureux enfants qui n'allaient pas à l'école. Pourquoi ne ferait-on pas de même ici ?
Je puis bien ajouter : Pourquoi ne ferait-on pas de même partout ?
De la Bourgogne, M. Charles Moiset m^écrit que la réunion publique, dans laquelle sera constituée la Société d^instruction pour le département de PYonne, aura lieu le l**" août ; le D" Tenting, qu^il vient de se fonder à Chfttillon-sur-Seine une Société pour la propagande de Finstruction dans le canton, laquelle compte déjà trois cents souscripteurs à un minimum de cotisation annuelle de 2 fr, f Elle ne s^est point agrégée à la Ligue, pour ne pas effaroucher i , me dit le D*" Tenting. Qu^à cela ne tienne ! Pourvu que la chose se fasse, chacun peut bien rester juge de la façon dont elle peut le mieux se faire.
En revanche, la Ligue vient de voir venir à elle la Société agricole et industrieUe de Beaure^ gard^ à Vienne (Isère), la plus complète sans contredit de toutes nos sociétés coopératives, et qui a fait aussi la part de Pinstruction dans son programme, puisqu'elle joint à tout ce qu'elle possède d'autre part : meunerie, boulangerie, boucherie, magasin de charbon, établissement alimentaire, fabrique de draps, ateliers divers, maison de campagne, une école pour les enfants de ses sociétaires, une bibliothèque et im salon de lecture pour eux-mêmes.
Notrebibliothèque et salon de lecture, m'écrit le D' Couturier, le président et TÂme de la société, qui doivent dans nos intentions servir à des conférences, n'arriveront que par leur développement et la préparation de nos associés à leur développement intégral.
C'est un résultat qui ne saurait se faire attendre longtemps. Des hommes qui recueillent déjà le bénéfice de l'association sous tant de formes, auront bientôt compris qu'elle peut servir aussi à conquérir la richesse intellectuelle, dont l'inégale distribution est la vraie plaie sch ciale.
De 394 membres qu'il comptait l'hiver dernier, le cercle d'Àrs-sur-Moselle s'est élevé à près de 700 recrutés presque tous dans le personnel des deux grandes usines de la commune. Ingénieurs et employés font les cours ; les ouvriers les suivent : tous sont membres du cercle au même titre. C'est la vraie manière de concevoir la Ligue. Ainsi que le dit très-bien
M. Heutte dans le bulletin de Poni-Audemer :
On n'y entre pas seulement pour instruire les autres, mais encore et surtout pour s'instruire.
Le Cercle Messin vient de renouveler son comité, dont les pouvoirs expiraient au mois de juin. Ce n^est qu^un détail d^administration intérieure ; mais il ne sera pas sans intérêt pour ceux qui auront plus tard à le régler chez eux.
Quinze jours avant Pélection, une liste d^inscription avait été ouverte au siège de la Société pour les candidatures. Cette liste a été imprimée et distribuée à tous les adhérents. Elle contenait 22 noms, dont 13 de Pancien comité et 9 nouveaux. Trois autres noms y ont* été portés au moment même de Pélection.Le scrutin est resté ouvert pendant 5 jours, et 283 adhérents sont venus déposer leurs bulletins de vote. Les 13 membres de Pancien comité ont été tous réélus à une très-grande majorité, M. Yacca réintégré dans ses fonctions de président.
Les cours du cercle Messin ont été fermés au mois d^avril pour rouvrir en automne ; mais le service de sa bibliothèque, qui compte aujourd'hui plus de deux mille volumes et de quatre cents lecteurs, n'a pas été interrompu, et les hommes intelligents qui la dirigent ont trouvé un admirable moyen de faire continuer pendant Pété les études de leurs élèves.
Nous avons remplacé nos cours, m'écrit M. Vacca, par des excursions du dimanche qui ont parfaitement réussi, tantôt excursion botanique, tantôt excursion géologique, tantôt excursion industrielle.
Ainsi nou3 sommes allés visiter les ateliers du chemin de fera Montighy, près Metz; nous étions plus de soixante. Le directeur des ateliers, M. Dielz, aujourd'hui de notre comité, avait eu la gradeuseté de faire fonctionner toutes les machines, ce qui à rendu la visite des plus intéressantes. Dimanche prochain, nous allons visiter une des plus grandes tanneries de Metz, chez M. Sendret, qui vient de m'écrire une lettre charmante pour me dire qu'il se meta notre disposition.
Le Cercle Strasbourgeois entre enfin da ns sa période active d^organisation, retardée, comme je Tai déjà dit, par inexistence antérieure d^autres sociétés d^instruction. Il a fait imprimer ses listes d^adhésion, en tête desquelles est son manifeste :
Déjà, dit-il, parTlnitiative privée de plusieurs de nos concitoyens, fonctionnent à Strasbourg des Institutions tendant au but même que nous. Loin de chercher à les entraver dans leur mission nous nous efforcerons au contraire de travailler de concert avec eux pour élargir leurs attributions et les nôtres.
Une réunion publique sera provoquée sous peu de jours par les membres de la commission provisoire.
Le groupe Colmarien de la Ligue a tenu, le 12 juillet, sa deuxième assemblée générale, présidée par M. Kœppelin, dans Pancien local de la justice de paix, qui a été mis à sa disposition par le maire de la ville.
Le rapport présenté par M. Kœnig, le secrétaire du groupe, constate qu^il compte actuellement 230 membres, ayant versé ensemble 857 francs, sur lesquels 486 ont déjà été dépensés pour frais d^impression, aménagement
du local et achats des premiers livres de la bi-^ bliothèque. Celle-ci compte aujourd'hui 288 volumes, catalogués, reliés et déjà entrés en circulation, grâce au zélé et à Pactivitë du bibliothécaire, M. Julien Sée. Les membres de la commission de la bibliothèque se tiennent à tour de rôle, tous les dimanches, à la disposition des lecteurs, de 10 heures à midi et de 2 heures à 4 heures.
La commission des cours et conférences s'est assuré déjà du concours de plusieurs membres du groupe, et a dressé son programme, qui sera mis à exécution cet hiver.
S'il y avait en France une ville où Ton pût dire que la Ligue n'y trouverait rien à faire, c'était bien Mulhouse.
C'est là qu'a été inauguré le plus populaire et le meilleur enseignement professionnel, celui donné aux ouvriers sur les choses de leur profession par leurs chefs d'atelier.
120.000 volumes y ont été mis en circulation dans les i 2 derniers mois, d'après le rapport de M . Pénot, par les diverses bibliothèques ouvertes à toutes les classes de la population.
Mulhouse a une Société de cours d'adtUtes qui a établi, à ses frais, dans les différents quartiers de la ville des classes du soir, suivies par 6 à 700 élèves.
Là est le siège de la Société des bibliothèques communales du Haut^tthin^ le berceau de la Ligue, — j'ai qualité pour le dire, — qui aura bientôt une centaine de bibliothèques rurales dans le département, et qui, élargissant son
410 BULLETCr DE hk UGVE
cercle d^actioa, vient d^entreprendre rétablisse* ment de conférences et de lectures publiques dans le département.
Avec tout cela, il s^est trouvé pourtant quelque chose encore à faire pour le Cercle Mulhousien de la Ligue de renseignement.
Voici ce que vient de m^écrire son président H. Auguste Dollfus, qui est en même temps le président de la Société industrielle de Mulhouse :
A la réunion du comité qui a eu lieu après Tautorisation de nos statuts, on s^est subdivisé en quatre commissions chargées :
l'*del*in8tructiondes prisonniers(l).
2* — des conscrits.
3* -^ des adultes.
4* — des enfants.
La première commission avance rapidement et peurra bientôt commencer son œuvre. C'est M. Klenck, son président, qui s*en occupe surtout. La deuxième attend des documents de la mairie. Elle se confond un peu du reste avec la troisième, dont le programme est encore à Tétude.
La quatrième va se rassembler de nouveau. Elle réunit les éléments d'une statistique des enfants de
(1) L'instruction des prisonniers mérite de figurer au premier rang dans le programme des cercles de la Ligue, partout où l'on est sûr de ne faire concurrence k personne.
Le procureur impérial de Venrins, M. Edmond Turquet, un des premiers et des plus zélés adhérents de la Ligue, a donné le signal d'une campagne â entreprendre pour fonder dea écoles dans toutes les prisons de France, en commençant par se faire lui-même l'instituteur de ses prisonniers. J'xttends les derniers renseignements sur les résultats obtenus jusqu'à présent pour en faire le sujet d'un article spécial.
SITUATION AU 15 JUUXET 1868 411
six à huit ans de huit à dix et de dix à douze, qui sont en ville, 'et une autre de ceux qui suivent les écoles. La différence nous donnera le nombre d^enfants privés d^instruction. C*est par les enfants de six à huit ans que nous commencerons nos efforts. Là, nou3 avons plus d*action, la loi défendant qu'il aillent aux fabriques.
Quelqu'un me reprochait dernièrement de faire la sourde oreille aux attaques dont la Ligue a été Tobjet, et de continuer, c confiant dans mon œuvre, mon petit bonhomme de chemin. •
Après avoir lu tout ce qui précède, on pourra juger si je n^ai pas eu raison.
La prédication de la Ligne a commencé il y a aujourd'hui juste deux ans. Les applaudissements ne lui ont pas manqué dès le début ; mais parmi ceux-là même qui applaudissaient du meilleur cœur, beaucoup ne comprenaient pas bien ce que pourrait devenir un mouvement abandonné à lui-même, sans pouvoir directeur et sans unité visible. Les plus affamés de décentralisation et de liberté se seraient plaints volontiers d'en voir trop dans le plan de Pœuvre proposée.
Avons-nous déjà le droit de chanter victoire ? Mieux vaut attendre encore. Il ne plait pas à tout le monde qne des Sociétés se forment sans arborer d'antre drapeau que celui du développement pur et simple de l'instruction populaire, et les oppositions grandiront avec le succès de l'œuvre, c'est très-certain. Qu'elles finissent par être les plus fortes, à dire le vrai, je n'en crois rien ; mais les luttes à soutenir ne sont pas terminées : elles commencent.
(1) Bulletin n» 3.
En attendant, les racines que la Ligue jette dans le pays deviennent chaque jour plus nombreuses et plus fortes, et elle y a conquis désormais droitde cité. La preuve eh est déjà dans ce qui précède, et ce qui va suivre le prouvera mieux encore. — Pour deux ans, c^est assez. Qn'esVce que deux ans dans la vie d^un peuple?
Voyons d'abord de combien s'est grossie, depuis la publication du dernier bulletin, la liste des Cercles ofTiciellcmcnt constitués.
Dans la réunion tenue le 11 juillet à Marseille, et où les choses s'étaient passées d'une façon si calme et si pratique, ainsi que le constatait la Chronique du 15 juillet, avait été fondé, séance tenante, un Cercle de la Ligue, V Association phocéenne pour le développement de l'instruction et de t éducation^ autorisé par arrêté préfectoral le 20 du même mois. On ne lui avait pas fait faire longtemps antichambre.
Il parait que c l'ardeur méridionale • dont parlait le correspondant du Réveil dans sa note sur la réunion du 11, a repris le dessus dans celles qui sont venues ensuite. Il y a eu des orages, à la suite desquels MM. Daumas et de Pleuc, les premiers organisateurs de l'Association phocéenne, ont pris le seul parti qu'il y ait à prendre en pareil cas. Ils se sont retirés avec ceux qui étaient de leur avis et tous ensemble ils ont fondé le 29 août un nouveau Cercle, la Ligue marseillaise de l'Enseignement^ qui a été autorisé le 4 septembre. Il y aura place pour deux sociétés partout où l'on ne tombera pas d'accord sur la marche
à suivre, et Marseille est assurément de taille à en contenir plus de deux au besoin.
Je n^ai pas eu d^autres nouvelles de TÀssociation phocéenne qui restait forte, après la séparation, de 340 à 450 membres ; mais je puis dire de la Ligue marseillaise qu^elle n^a pas perdu son temps. Le 26 septembre, elle comptait plus de 700 membres, et ouvrait ses cours dont voici la liste :
i« Grammaire, M. Pays, samedi ;
2* Arithmétique, M. Jamet, mercredi ;
3* Géométrie appliquée, M. Rûss, jeudi ;
4* Chimie industrielle, M. Payen, mardi;
50 Physique, M. Labouchëre, lundi ;
6* Biologie (notions élémentaires d^anatomie et de physiologie comparée), M. Picard, vendredi,
M. Thourel, avocat, fait tous les dimanches matin, à neuf heiu*es, depuis le 4 octobre, un cours de droit usuel sur les contrats et obligations, et M. Daumas s^est chargé de faire, deux fois par semaine, des lectures publiques, avec explications.
Enfin, M. de Pleuc m^écrivait à la fin de septembre qu^une bibliothèque populaire allait être établie au local du Cercle, et que des conférences s^y feraient, au moins une fois par semaine, sur des sujets historiques, littéraires etscientifiques.
L^ardeur méridionale a aussi son bon côté.
Le 6 septembre a eu lieu à Spinal une assemblée générale des adhérents de la Ligue. On y a constitué le Cercle spinalien^ dont les statuts ont reçu Pautorisation préfectorale dans le courant du mois. Il comptait déjà au 10 septembre plus
de 200 membres ayant souscrit ensemble une somme d^environ 2000 francs, et son comité s^est mis immédiatement à Tœuvre pour organiser cette école libre de filles qu^on me réclamait déjà d^Epinal, au mois de mai 1867, en faisant appel au trésor delà Ligue, un trésor absent, heureusement pour moi.
L^Ecole a dû s^ouvrir le 9 novembre, aux termes d'une affiche qui m'a été envoyée, et sur laquelle sont énumérées les matières de l'enseignement qui s'y donnera :
Lecture^ écriture^ langue et liUércU are française ^ arithmétique y histoire et géographie^ travaux à l'aiguille^ notions usuelles de physique et de chi^ ffite, tenue de livres^ dessin linéaire et d'ornement^ noliofis d'hygiène^ langue allemande, gymnasti-^ que et musique vocale.
L'école libre d'Epinal est ouverte à tous les ' cultes. L'instruction religieuse s'y donnera aux élèves dont les parents en feront la demande, en dehors des heures réglementaires.
Le Cercle dont M. Demenge préparait l'organisation à Raon-1'Etape est constitué. Ses statuts lui sont revenus le 4 octobre de la préfecture des Vosges, revêtus de l'approbation officielle. Son budget de souscriptions se montait à cette date à 650 francs. La commission du Cercle Raonnais était convoquée pour aviser au choix d'un local et réunir les premiers livres de sa bibliothèque qui doit fonctionner maintenant.
Le Cercle Nancéien a reçu, le 29 août, l'autorisation qu'il sollicitait depuis assez longtemps pour ses statuts. Son organisation définitive
s^est trouvée retardée jusqu^à présent ; mais rassemblée générale, dans laquelle elle doit avoir lieu, est convoquée pour le 29 de ce mois, et la composition de sa commission provisoire où se trouvent réunis des fabricants, des médecins, des hommes de loi, des professeurs à la Faculté de Nancy, trois conseillers municipaux, ne peut laisser aucun doute sur Taction sérieuse de ce Cercle important, qui donnera, sans aucun doute, Pélan dans la Meurthe, comme le Cercle messin Va fait dans la Moselle.
Déjà une réunion préparatoire a eu lieu au mois d^aoùt à Lunéville, chez M. Lebrun, qui a reçu les premiers fonds versés pour le Cercle futur (1).
Des réunions semblables, suivies du même résultat, se sont tenues vers la même époque à Remiremont, dans les Vosges, chez M. Mougin ; à Thann, dans le Haut-Rhin, au Cercle de la ville ; à Lurc, dans la Haute-Saône, chez M.Coutherut ; àChâlons-sur-]!liarne,cbez M.Cordier. Je ne saurais trop engager les citoyens qui se réuniront pour le même objet à faire de même et à ne pas se séparer sans s^élre donné un trésorier, j^entends un trésorier entré en fonctions. L^argent versé est inexorable. On peut le laisser dormir ; mais il reste là. Si mince quHl soit, sa présence est une protestation permanente dont
(1) Une lettre de M. Lareher, le président de la commiasion provisoire du Cercle Nancéien, que j*ai reçue pendant l'^impression du bulletin, me donne avis de l'organisation d'un Cercle de la Ligue qui se prépare à Toul,
on ne parvient à se débarrasser qu^en lui trouvant son emploi.
Une lettre de M. Coutherut, du 13 octobre, m^apprend que la bibliothèque du Cercle de Lure s^organisera dans le courant de novembre .
Une autre de M. Edouard Georges, un des promoteurs de la réunion de Remiremont, me consulte sur la bibliothèque qu^il se propose de fonder dans sa commune, en attendant que son Cercle se mette en activité.
inorganisation dn Cercle thannois a rencontré des oppositions et des mauvais vouloirs de plus d^une sorte. Les organisateurs ont tenu bon, et maintenant des listes d^adhésions, établies sur le modèle des listes havraises, circulent dans la ville. Rassemblée générale aura lieu, et les statuts seront envoyés à Pautorisation préfectorale dès qu^on aura réuni une soixantaine d^adhé^ rents. Il en viendra d^autres ensuite^ c^est plus que probable.
On ne va pas partout aussi vite qu'à Marseille ; mais il faut en prendre son parti. LUmportant est d'arriver, et pour arriver, il suffit de faire comme le docteur Brierre qui poursuit aussi de^ puis le mois d'août la création du Cercle Orléa" nais et qui m^écrivait le 3 octobre :
Soyez tranquille ; Je le veux.
Onze jours après, le Journal du Loiret annonçait la mise en circulation des listes d^adhésions dans Orléans. Le résultat pourra se faire attendre ; il est inévitable. Une volonté ferme, mise au service d^une œuvre d^utilité publique évi-
418 BCLLCTDf DE LA UGUE
dente, finit toujours par avoir le dessus. Les obstacles ne sont pour elle qu^une question de temps.
Notre Ligue est sortie de ce • mou yement magnifique! que glorifiait H. Charles Robert dans le discours cité plus haut ; elle y a sa force, irrésistible comme lui. On peut aller de Pavant de confiance quand onsesait travaillera c la grande affaire nationale. »
M. de la Plesse, maire de Vitré, et M. Foucqueron, avocat à Rennes, ont entrepris de faire pénétrer la Ligue dans le département dllle-et- Vilaine, d^où il faudra bien qu^elle gagne le reste de la Bretagne : la besogne ne lui manquera pas. Heureusement que Faction y sera aussi têtue que la résistance, on peut y compter :
Songez, m'écrit M. Foucqueron, que notre sol est de granit, et que la goutte d*eau peut seule le tra^ verser en tombant continuellement. Attendre, c'est le seul moyen do réussir.
À Rennes, en particulier, il y a le comité de M . Arthur de la Borderie qui a donné Texemple et réclamé en faveur de la diffusion complète de Tinstruction populaire c le concours incessant et énergique de toutes les forces sociales ( 1 ) • » On ne peut pas se dispenser de répondre à son appel.
M. Coudreuse m'^annonce la création prochaine (2) d^un cercle de la Ligue à Baugé, dans le département de Maine-et-Loire. Il y trouvera un terrain tout préparé ; une bibliothèque popu-
(1)2« Bulletin.
laire qui fonctionne depuis trois ans, et qui compte en ce moment cent trente-huit lecteurs; deux cours d^adultes qui attirent déjà des élèves de la campagne, et par-dessus tout un maire M. Langlois, entièrement dévoué à la cause de rinstructioi) populaire. Il lui sera facile de marcher.
M. Chennevière, le secrétaire delà Société Franklin, et M. Lavoye ont entamé à Pontoise la fondation d^un cercle qui joindra ses efforts à ceux d^une Société des Bibliothèques populaires de Pontoise et des environs^ établie depuis quelque temps. Le Cercle de Pontoise se chargera des lectures publiques et des conférences, et ses membres ont déjà commencé à se préparer à leur tftche par des causeries entre eux, en petit comité, sur des sujets d^histoire, d^économie sociale et d^industrie désignés quinze jours à Pavanée. G^est un exemple bon à imiter pour ceux qui ont le désir de se rendre utiles et le besoin de se familiariser avec la parole publique.
Le cercle de Mclun, qui commençait à sWganiser au mois de juillet dernier, avait réuni une centaine d^adhésions il y a un mois. Il préparait des cours populaires de chimie, de littérature et d'anglais, qui doivent s^ouvrir en ce moment.
Les efforts de M. Robin Duvemet pour orga-
(2) Au moment de terminer la correction des épreu- Tes du Bulletin, je reçois une lettre de M. Coudreuse m'annonçaat qu'un arrêté préfectoral, en date du 25 novembre, vient d'autoriser la fondation du groupe baugeois de la Ligue.
niser un cercle à Là Châtre ont enfin abouti. La Société quMI est parvenu à constituera déjà fonde une bibliothèque à Yerneuil, une commune voisine de La Châtre. C^est un premier acte qui ne restera pas longtemps seul.
M. Petitbien, propriétaire à Blénod-les-Toul (Meurthe) s^est proposé pour fonder un Cercle dans son canton.
Pareilles propositions ont été faites par M. le docteur Gindrey, àPontarlier(Jura) ; MM. Guyot et Paul Morel pour les cantons de Rougemont et de Yillersexel, dans la Haute-Saône ; M. Lecherbonnier à Issoudun (Indre)^ et M. Poujade, professeur au lycée de Mont-de^Marsan.
M. Sébastien Mauget, qui a puissamment contribué à la création du Cercle de Nérac, en organise un en ce moment à Sos (Lot-et-Garonne).
A Caen, M. Talleau vient de lancer ces joursci dans le Suffrage universel le manifeste de la Ligue et d^ouvrir chez lui la liste d^adhésions qui ne tardera pas à se couvrir de signatures, car il s^est assuré déjà du concours d^un noyau d^hom-
mes dévoués.
L^organisation du Cercle bordelais, retardée jusqu^à présent (1) vient d^étre reprise en sousœuvre par les Loges de Bordeaux. Une commission spéciale vient d^étre nommée, avec mission spéciale d'y aviser, et le Cercle a déjà trouvé un
domicile dans le vaste local de la rue Roland,
•■■■^«.^^^i— ^— ^^i^^— — ^^— ■■"^«^■^^^■^~~^^^^^"^^^^"^^"^^^~— ^■^■"^-^~^^~"~"^"^^"~^ (1) Une Société des Amis de l'Instruction élément taire qui s'est établie dans le quartier Sud de Bordeaux, peut être considérée, à Trai dire, comme un véritable Cercle de la Ligue, moins le nom.
occupé par M. Laurendeau, qui Ta mis généreusement à sa disposition.
Je crois devoir constater ici les progrés que ridée de la Ligue a faits dans les Loges maçonniques. Elle a été acclamée par leurs représentants au Congrès international qui s^est tenu, en septembre, au Havre, aussi bien qu^au Convent de Cognac qui réunissait, le mois suivant, deux cents membres des Loges de POuest. Le besoin des^associer activement à la lutte nationale contre rignorance se fait sentir chaque jour davantage dans la Maçonnerie française, et c^est un renfort précieux qui viendra de là aux citoyens déjà engagés dans cette lutte. S^en effaroucher, de peur d'être compromis aux yeux de certaines gens, serait une faiblesse. Ceux qui ne veulent pas de la Ligue n^en voudront jamais, quoi qu^on fasse, et elle ne saurait être compromise par personne vis-à-vis de ceux sur lesquels on peut sérieusement compter, quelles que soient
Elle a tenu, le i2 octobre, sa seconde assemblée générale semestrielle, et la Gironde du 31, 'en rendant compte de la séance, définit ainsi le but et le caractère de son œuvre :
« Le but de la Société des Amis de l'Instruction élétnentaire est de répandre parmi les personnes -privées des bienfaits de Téducation les notions Indispensables de la science.
« Cette association n'arbore, par conséquent, aucun drapeau poliUque ou religieux. Elle admet dans son sein les représentants de toutes les opinions et de tous les cultes. EUe s'efforce uniquement d'éclairer les inteUigences. »
C'est exactement le programme général de tous les Cercles de la Ligue.
leurs croyances, tant qu^elle restera fidèle à son principe d^abstention en matière de controverse politique ou religieuse. Ce n^est pas la Maçonnerie qui le lui fera jamais trahir : notre principe est aussi le sien.
Le mouvement de la Ligue commence à gagner PAlgérie.
M. Gries-Trant, qui en a fait une propagande active dans toute la colonie, vient d'entrer dans la voie des applications pratiques, en organisant* à Alger une Société à^ Asiles agricoles sur le modèle des établissements du même genre qui fonctionnent si admirablement en Suisse. Il en existe un depuis une vingtaine d^années dans le Haut-Rhin, fondé par la générosité des fabricants du pays, et dirigé avec le plus grand succès, depuis sa fondation, par M. et MmeSweifel : le ménage est de rigueur ici. Cet essai limitrophe d^acclimatation en France de Pinstitution suisse était resté isolé. Il serait assez curieux qu^elle finisse par entrer pour de bon chez nous, en passant par rAgérie.
M. Olivier Delamarche, rédacteur de la Sey^ bouse j à Bone, a fait au mois de septembre à ses concitoyens un appel qui a été entendu. La Ligue comptait déjà parmi eux un certain nombre d^adbérents. M. Zeys, juge au tribunal de Bone, a accepté la mission de donner un but d^action aux aspirations généreuses qui se sont manifestées, et de rallier autour de lui ceux qui voudront agir.
Je me sui^ adjoint, m*écrit-il, un de mes amis, M. Durrbach. Nous nous sommes partagôla ville, afin
de réunir des adhésions. Ce résultat obtenu (ce qui ne tardera pas), je compte indiquer une réunion préparatoire dans laquelle on posera la première pierre du futur édifice.
Le juge de paix de Mascara, M. Constant Durr, vient de se mettre en rapport avec moi pour entamer i^œuvre de la Ligue sur la liiqite de la barbarie musulmane, et sa lettre respire la plus grande confiance :
Mascara, un des derniers postes civilisés de nos possessions danâ la province d'Oran, est une forte ville de garnison et contient une population européenne assez considérable. Depuis remployé jusqu'à Touvrier, l'artisan et beaucoup de vignerons, toutes les classes de la société y sont représentées par des gens travailleurs, intelligents, et qui sont dès lors devenus aisés. Cette population est trèsbienveillante, et dès lors accessible à toute bonne Institution.
Qui sait si nous n^entendrons pas bientôt parler d^une Ligue Arabe de renseignement ? C'est par là qu'on aurait dû commencer en Algérie. Mais revenons en France.
En dehors du mouvement attitré de la Ligue, si je puis m'exprimer ainsi, Pinitiative des citoyens grossit chaque jour la liste des Sociétés d'instruction qui se sont formées d'elles-mêmes dans le pays. Je ne puis parler naturellement que de celles dont les fondateurs se sont mis en rapport avec moi»
Une réunion de 400 personnes, présidée par M. Guichard, a eu lieu, le 29 juillet, à Auxerre, dans laquelle a été décidée la création d'une Société pour la propagation de l'instruction popu-
laire dans le département de FYonne, principalement à la campagne. Le docteur Tenting, qui, depuis cinq ans, a fait déjà plus de deux cents conférences scientifiques dans les villages de la Gote-d^Or, assistait à la séance, où il était une preuve vivante de ce qu^on peut faire à la campagne. La ConsliltUion de C Yonne du lendemain a reproduit une phrase de son discours qui est bonne à citer : .
Un jour que j'étais allé dans une commune de la C6te-d*0r pour y faire une conférence, je rencontre en revenant le brigadier de gendarmerie : je le fais monter dans ma voiture.
— Ah I me dit-il, vous m*avez fait manquer le but de mon voyage ; j'étais venu pour surveiller les cabarets ; ils étaient déserts !
J^ai reçu le manifeste lancé par le comité provisoire (1) de la nouvelle Société. Le projet de statuts quMl contient a été fait sur le modèle adopté jusqu^à présent par tous les Cercles de la Ligue.
Une Société dUnstruction générale pour Parrondissement de Senlis existe depuis le mois d^octobre, grâce à l'activité persévérante d'un groupe d'hommes dévoués qui travaillent depuis plus d'un an à cette création.
Le Courrier de l'Oise^ dont le rédacteur, M. Duriez, a puissamment secondé les initiateurs,
(1) Ce comité se compose de MM. Guichard, ancien représentant, à Soucq ; Charles Moiset, k Saint-Florentin; Dupont Delporte, au domaine de Montpierreux; Prudent, à Courson ; Rouby, à Carisey ; Jules Chasle, Mérat, Gustave Perriquet, Lepère, Rouillé, Ribière et Arthur Saratier -Laroche, à Auxerre.
rendait compte, dans son numéro du 9 octobre, de la réunion qui avait eu lieu le 5, à la salle de la mairie, et dans laquelle, à la suite d^uné discussion où avait été posée nettement la stricte neutralité à observer sur le terrain politique et religieux, soixante-neuf sociétaires présents avaient nommé un bureau provisoire, composé de MM. Cabot, Yemois, Cossin, Àrpillière, Moniot, de Caix de Saint-Aymour, Thirion et de Maricourt. La Société comptait déjà deux cent cinquante membres, et, dix jours après, M . de Caix de Saint-Aymour m^écrivait :
Le Préfet nous a parfaitement accueillis, Il nous a promis i*autorisation à bref délai, et nous a dit que nous pouvions nous occuper de notre organisation. Les souscriptions marchent donc toujours, et le règlement est en train.
Le docteur Yannaire m^adressait, àlafm d^aoùt, une demande de renseignements, en qualité de secrétaire d^une Société qui venait de se créer à Gannat (Allier) pour la fondation dMne bibliothèque et de cours publics.
Pareille demande m^a été adressée en septembre par M. Bonne ville pour une Société qui se formait à Dreux ; en octobre, par M. Femand Baboin, au nom d^une Association de Saint- Romain-d^Albon, dans la Drôme, pour fonder une bibliothèque et des cours d^adultes, et je viens de recevoir, hier, une lettre, dans laquelle la Société de Saint-Romain-d^Albon, déclare i se rattacher et adhérer à la Ligue de FEnseignement, dont elle répandra dans le pays les bulletins et le programme. >
Enfin, le docteur Tenting m^a donné avis, il y a quelques mois déjà, de Texistence à Laignes d^une Société d'^instruction qui poursuit c pour son compte • laréalisationderœuvredelaLigue, je veux dire la diffusion de instruction, sans vouloir en prendre le nom. Comme tous nos Cercles en titre en sont là, chacun travaillant aussi pour son compte, dans sa pleine et entière liberté, il importe peu que la Société de Laignes décline sa parenté avec eux. Elle a raison si elle y voit un inconvénient local.
Passons maintenant aux nouvelles que je puis donner des cercles dont il a été question déjà dans nos précédentes chroniques.
Le Groupe colmarien^ mon plus proche vobin, quim^a fait Thonneur de m^admettre dans son bureau, a pris rinitiative d^ne mesure dontj'invite les autres Cercles à prendre note. Il s'est adressé au général commandant la subdivision militaire du Haut-Rhin pour se faire autoriser par lui à mettre les livres de sa bibliothèque à la disposition de la garnison de Colmar . Sur la réponse favorable du général, des démarches ont été faites auprès des chefs de corps et dePintendant militaire. Des bibliothèques spéciales fournies par le Groupe sont installées actuellement à Phûpital militaire et dans les deux casernes de la ville. Le tour de la prison et des hôpitaux civils viendra ensuite.
Les conférences du Groupe Colmarien ont été inaugurées le 11 novembre par M. Gauckler, ringénieur des travaux du Rhin, qui avait choisi pour sujet : La Pluie et le beau lemps^ un sujet bien simple en apparence, et qui se rattache aux
SITUATlO.'f AU 15 NOVEMBRE 1868 427
questions les phis élevées de la constitution physique de notre globe. Le préfet du Haut-Rhin a voulu donner une marque de sa sympathie pour Pœuvre de la Ligue en venant assister a la conférence de M. Gauckler.
Les cours vont s^ouvrir au commencement de décembre dans les deux salles de Pancien hôtel de ville mises au service du Groupe par la municipalité qui fournit le chauffage, Téclairage et le mobilier. .
Voici Pétat de ces cours, tel qu'il vient d'être arrêté dans une séance spéciale, à laquelle avaient été convoqués tous les citoyens disposés à se rendre utiles :
ComptabilUé^ M. Eudeline. Mardi et samedi. Arithmétique^ M. Stœcklin. Vendredi.
Géométrie^ M. Dreyfus. Mardi.
Mécanique^ M. Scholbaum. Lundi.
Droit usiiel^ M. Mathieu. Samedi.
Droit commercial^ M. Rauch. Samedi.
La circulaire répandue dans la ville, lors de l'inauguration des conférences, porte que f dés qu'un cours quelconque sera réclamé par un nombre tant soit peu sérieux d'auditeurs, ce cours sera fait. »
Le Groupe colmariena publié, le 19 juillet, son premier bulletin, contenant ses statuts, la liste de ses membres, le catalogue et le règlement de sa bibliothèque. J'en ai reçu un certain nombre d'exemplaires pour être distribués à ceux qui désirent en prendre connaissance.
A Mulhouse, les organisateurs du Cercle de la
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Ligue ont attendu qu^il se fût affirme par des actes pour en faire sérieusement le recrutement.
Le rapport de M. Klenck, reproduit plus haut, a donné déjà Phistorique de Pécole fondée par le Cercle dans la prison.
Les conscrits de la classe 1868 ont été convoqués ensuite à la salle de la Bourse. Sur deux cents jeunes gens environ qui se sont rendus à rappel du Cercle Mulhomien^ cinquante-sept illettrés se sont fait inscrire pour suivre les cours d^adultes, et une indemnité de route a été promise, au moment de leur départ pour Parmée, à ceux d^entre eux qui auront assidûment suivi les cours et qui pourront justifier d^un résultat obtenu.
A la suite d^un rapport trés-intéressant, présenté le 6 octobre à la commission de Penfance par M. Hurbin, et constatant, diaprés les documents fournis par la mairie, que sur deux mille quatre cent quarante enfants de six à huit ans f 1) reconnus devoir exister actuellement à Mulhouse, mille environ ne fréquentent pas les écoles, les membres de la commission ont commencé eux-mêmes aux parents les visites qu^il a été convenu d'organiser dans tous les quartiers de la ville.
(1) La commission a cru devoir limiter sa première tentative d'action à cet âge de sii à huit ans, où les enfants de la classe ouvrière à Mulhouse se trouvent entre la salle d'asile qu'ils viennent de quitter et la fabrique qui les attend. Ou peut juger, par Tétat de choses constaté dans une des villes de France où l'on s'occupe le plus des écoles, de ce qu'il doit être ailleurs.
Cela fait, on a mis en circulation de nouvelles listes d^adhësion, qui se couvrent en ce moment de signatures. Lechiflre actuel, qui est loin d'être dënnitif, est de 300 à 400, et celui des souscriptions promet de s'élever à une somme relativement considérable. On m'a cité une liste revenue avec cinq noms et 600 francs de cotisations annuelles. Un des principaux chefs d'industrie de la ville s'est fait incrire pour une cotisation annuelle de 2000 francs. L'argent ne manquera jamais au Cercle miUhousien^ c'est très-certain, ni les hommes pour lui trouver un emploi utile, c'est heureusement très-certain aussi. Tant valent les hommes, tant vaut l'argent.
Le Cercle qui s'était formé au commencement de juillet à La Poutroye n'a pu parvenir encore à se constituer régulièrement ; mais son fondateur, M. Pierre Dollfus,a commencé sans lui. Il a ouvert dans sa fabrique l'école d'adultes et la salle de lecture dont il avait annoncé l'établissement. La bibliothèque du Grand-Trait, dont je raconterai l'histoire une autre fois, possède un noyau de cercle tout fait dans ses abonnés, et les oppositions locales au mouvement d'instruction dans le canton seront, sans aucun doute, impuissantes à l'arrêter.
Le Cercle de Saint-Dié comptait 158 membres inscrits lors de son assemblée générale du 19 juillet. Il avait en caisse plus de 400 francs, et sa bibliothèque naissante possédait déjà 255 volumes. J'ignore s'il est parvenu à organiser un enseignement oral ; mais son comité a décidé, à
la séance du 14 octobre, quHl publierait tous les quatre mois le bulletin de ses travaux, et le mouvement des livres de sa bibliothèque ne saurait suffire assurément à le remplir.
Le Cercle d^Ars-sur-Moselle a publié le 20 septembre son premier bulletin annuel. Sa bibliothèque possédait à cette date 976 volumes qui, en neuf mois, du 15 décembre 1867 au 15 septembre 1868, avaient donné lieu à 5232 prêts. Son budget de Tannée se montait à 3641 fr. 25 c. Sur la demande signée de soixante-quatre pères de familles, une école supérieure, à Pusage des enfants sortants de Pécole primaire, a été ouverte à Àrs par le Cercle qui a, d^autre part, des cours spéciaux destinés aux sociétaires adultes.
On enseigne dans Técole supérieure :
La langue française, avec la composition et le Btyle ; — Thistoire et la géographie ; — Tarithmétique théorique et pratique, la tenue des livres; — Tadgèbre ; — la géométrie élémentaire, Tarpentage, le xiivellement, la trigonométrie, les éléments de la géométrie descriptive et le dessin graphique ; — enfin, des notions de mécanique, de cosmographie, de chimie et d*histoire naturelle.
Je dois rappeler qu^à côté des cours donnés par le Cercle d^Ars se continuent ceux que M. Revel fait depuis quinze ans aux ouvriers de Tusine Karcher, avec lesquels il a commencé. Tété dernier, des excursions scientifiques dans le genre de celles qui on été imaginées à Mets.
Le Cercle de Soigne (Moselle), un village de quatrecentsflmes,compteactuellementsoixantequatre adhérents, dont trois dames. Il a sa bibliothèque à lui, fonctionnant à cdté de la bi-
biîothëquc communale, et est sur le point d'inaugurer ses conférences, pour lesquelles on viendra de Metz de son secours.
L^af fiche du Cercle Messin, reproduite en regard de la circulaire du Cercle belge de Bruxelles, fait connaître suffisamment le plan de sa campagne d'hiver.
Son quatrième bulletin trimestriel, publié au mois d'août, constate, non sans un légitime orgueil, le terrain gagné dans une seule année :
Nos lecteurs ont pu se convaincre,' en parcourant ces pages, que notre Cercle marche aujourd'hui sans secousse et d'une manière régulière ; si nos débuts ont été difHciles, nous avons été soutenus par la conscience du bien que nous pouvions accomplir. Dans le courant de cette année notre institution a donc passé par des phases diverses : organisation générale, choix d'un local» création d'une bibliothèque, de cours, de conférences, de courses scientifiques, aujourd'hui tout fonctionne avec ordre.
Au 8 novembre, le nombre des membres du Cercle Messin se montait à treize cent cinquante. (1) Sa bibliothèque était riche de deux mille deux cents volumes, ayant été prêtés huit mille sept cent cinquante-sept fois, depuis Pouverture, à trois cent soixante-douze lecteurs inscrits. Je tiens ces chiffres du président du Cercle, M. Yacca, le meilleur soldat qu'ait rencontré la Ligue jusqu'à présent, celui qui me
(1) Dans ce nombre figurent plusieure centaines d'où, mersdes ateliers deMontigny, dont le directeur, M. Dietz, est entré dans le comité du Cercle. La compagnie de TEst, à qui appartiennent ces ateliers, rient de renoureler sa souscription de 200 francs de Tannée dernière.
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remplacera, je Pespère, dans la gestion de ses affaires générales, quand mes yeux, quis^en vont, n^en voudront plus.
Yoici le tableau des cours du Cercle dieppois, tel qu'il m'a été envoyé à la fin d'octobre :