DÉLIBÉRATION BU GROUPE HAVRAIS
ne prendront pas, je Pespère pourTexpression d^un blâme ce qui n^cst que Tafllrmation de mon avis personnel. Où ils n^ont vu qu^un service à rendre au pays, je vois un danger pour le service, selon moi plus grand qu^ils lui rendent déjà, et c^étaitmon devoir de le signaler à leur attention, moins peut-être pour le cas présent que pour ceux qui pourraient se produire par la suite.
Ceci dit, je me trouve à Taise pour recommander aux lecteurs du bulletin la publication pleine dMntërêt que le groupe havrais a mise en vente, et dans laquelle se trouvent groupés, à Tappui de sa délibération, les documents les plus précieux, les arguments et les faits les plus frappants que puissent mettre sous les yeux du public ceux qui entreprendront d^agir sur Popinion en faveur du principe de Tinstruction obligatoire.
Je mentionnerai en particulier un travail entièrement nouveau dû au dévouement infatiguable du secrétaire du groupe, M. Edouard Robert, qui donne, par provinces et départements, la statistique du progrès annuel moyen de rinstruction primaire en France depuis 1827 jusqueset y compris 1869. Ce travail, qui a quelque chose d^effrayant quand on suit de Pœil les longues colonnes de chiffres qui s^entassent dans les deux tableaux in-folio annexés à la brochure, a été entrepris pour établir la lenteur du progrès accompli sous le régime scolaire actuel, et ses révélations sont plus éloquentes que toutes les phrases du monde.
510 BULLETUf LÀ LIGUE
Le groupe havrais a dû consacrer une partie notable de ses ressources à cette publication, rendue dispendieuse par les cartes et les tableaux coloriés qui y sont joints. Il fait appel au concours de tous les amis de instruction populaire pour Paider à la fois à couvrir ses frais et à répandre son instructive brochure, dont le prix est de 2 fr. (2 fr. 50 par la poste).
Pour cet appel-là, je joins sans hésitation ma voix à la sienne, et j^ai bon espoir qu^il sera entendu.
1 • Pablications
20 Cercles ont déjà commencé la publication de leurs Bulletins.
Je ne saurais trop engager les autre» à imiter leur exemple. Le Bulletin dMne Société est à la fois la garantie de son action et son certificat de vie. Sa perspective stimule le zèle des comités, et sa lecture entretient l'intérêt pris à Tœuvre par les souscripteurs, qui se sentent faire partie d'un corps vivant. Ajoutez à cela que les exem* pies donnés et les résultats obtenus perdent beaucoup de leur utilité s^ils ne sont pas mis sous les yeux de tous, pour encourager les bons vouloirs et déconcerter les mauvais. Enfin, c'est par l'échange de leurs publications que les Cercles de la Ligue se mettront le plus facilement et le plus pratiquement en rapports entre eux.
La liste suivante pourra peut-être aider à l'établissement de ces rapports.
Groupe Colmarien Cercle Mulhousien
bulletin .
. 19 juillet i863 31 janvier 1869 Mai 1869.
Cercle Messin
l»» octobre 1867.
!«' janvier 1868.
avril 1868.
août 1868.
février 1869.
(1) BuUeUn n* 5-, !'• partie. 1870.
BOLLETDi VE LA UGUE
. décembre 1869.
Cercle d'Ars-^, ^Moselle !»• —
. Septembre 1868.
Cercle de Remilly
Compte rendu
delà t'* année
d'eûstcnce
Janvier 1869.
Cercle de Soigne
1« bulletin.
Décembre 1869,
Cercle Nancéien
Septembre 1869.
Cercle Toulois
15 Août 1869.
Cercle Spinalien
20 décem. 1868.
20 décem. 1869.
Cercle de Saint-Dii
20 novem. 1868
25 juillet 1869.
Cercle de^Sénones
31 octobre 1869.
Cercle Parisien
10 juin 1868.
Novembre 1869.
Cercle Rouennais
Septembre 1868.
27 novem. 1869.
Groupe Havrait
Juillet 1868.
Octobre 1868.
Séance pu-
blic^e du
27 décembre 1868.
Vœu en fa-
Cercle Dieppois
veurderinscript. dansia loi du caractère obligatoire de rinatruclion primaire . . .
1« buUetin.
Séance d'ouverture du 2? bulletin.
LiguedesDeux^èvres Bul. mensuel Ont paru les n«* de novembre et décembre 1869 et janvier 187Q. Ligue Marseillaise l*' bulletin . Septembre 186d. Associât, Phocéenne 1» — . Novembre 1869. CercleAlgérienfBôneJ i"» — . Novembre 1869. Cercle de Pkilippevillei*^ — . Juillet 1869.
Janvier 1870.
Octobre 1868.
14 octobre 1868.
Mai 1869.
Octobre 1869.
CEUYRES DES CERCLES 513
2* Bibliothèques
La création dMne Bibliothèque populaire, quand elle n^existait pas, et quelquefois même quand il en existait déjà une, a été partout le premier emploi des fonds mis àla|disposition des comités des Cercles. C'est, en effet, ce qu'il y a de plus urgent et en même temps de plus facile à faire.
Partout les livres sont emportés pour être lus à domicile. Les salles de lectures, qui ont été ouvertes, sont restées en général sans emploi. Elles attendront, je crois, que les cours populaires leur aient créé une classe de lecteurs assez avancés déjà, assez désireux d'aller plus loin, pour venir y faire ce qu'on peut appeler des recherches et consulter plusieurs ouvrages à la fois, comme il arrive dans les bibliothèques fréquentées par les lettrés.
Il y a pourtant utilité sérieuse à ce que le local conS()cré à la bibliothèque soit assez spacieux pour qu'on puisse, à certains jours, y réunir une partie des lecteurs et leur faire des leçons, moitié lecture, moitié conversation, sur les livres de pure récréation. C'est une pratique excellente, dont ceux qui en auront essayé reconnaîtront bientôt les avantages, et que je continuerai à conseiller jusqu'à ce que les bulletins des Cercles le fassent avec plus d'autorité par la mention des progrès réalisés. Grâce à elle (1), ceâ
(1) Une idée, que je crois bonne, m'a été suggérée. Elle met ensemble la lecture publique et la distribution des livres, en leur enlevant à toutes les deux ce caractère de gratuité qu'il importe d'éliminer des œu-
lectures, accompagnées d^explications, peuvent très-bien se faire à domicile, surtout dans les villages où tout le monde se connaît. Lie Cercle de Cheviily en a fait Tessai, il y a longtemps déjà, avec le plus grand succès. Dans les villes, ce serait un moyen de faire connaissance.
Sur la note que m^a envoyée le Groupe Colmarien, je lis :
Bibliothèque. — Dépôts : d C hôpital mililairej au quartier de cavalerie^ à la caserne d'infant terie^ à la maison de santé protestante.
Le Cercle de Pont- Audemer a mis en circulation dans la prison de la ville une partie des livres dont il dispose.
vres populaires, toutes les fois que Ton sera en mesure de le faire.
CeUe idée, la voici :
Prélever à l'entrée des salles où se feront les lectudes publiques un droit d'entrée minime, 10 centimes, par exemple, et remettre à chaque personne qui entre une carte portant son numéro d'ordre à partir du n» 1:
Tirer au sort, à la fin de la séance, entre tous le numéros délivrés, des exemplaires du livre qui en aura été Tobjet, pour une valeur égale à la somme encaissée par le receveur, soit 10 exemplaires d'un livre valant 1 fr., s'il a été délivré 100 cartes d'entrée. Les auditeurs rendront leurs cartes en sortant et les exemplaires seront remis aux porteurs des numéros gagnants.
On placerait ainsi à demeure dans dix malsons un livre choisi avec soin nécessairement, inspirant d'avance un intérêt et susceptible détre lu avec plus de
A Técole fondée dans la prison par le Cercle mulhousien est annexée une bibliothèque spéciale à laquelle M. Duruy, alors ministre deTinstruction publique, a fait coup sur coup, dès sa créa* tion, deux dons de cinquante volumes chacun.
Le Cercle Bordelais a entrepris de doter aussi d'une école et d'une bibliothèque la prison de Bordeaux. Il y réussira : c'est une dame qui en a eu la première idée, et qui, après Ta voir fait adopter, a été chargée d'en poursuivre l'exécution.
La prison, l'hôpital et la caserne, il y a là pour les Ceicles de la Ligue un champ d'activité à conquérir, qui mérite de fixer leur attention. Je dis : à conquérir, car l'on peut s'attendre à rencontrer des obstacles dont il faudra bien pourtant qu'on triomphe, à force de faire appel à la conscience publique.
Le deuxième bulletin du Cercle rouennais contient ce passage, que je ne puis m'empécher de citer en entier. Le fait qu'il révèle est trop grave pour le laisser passer inappérçu. Je l'extrais du rapport du secrétaire du Cercle, M.
Eugène Yiénot, à l'assemblée générale du 27 novembre 1869 :
.... Dans le môme esprit de propagation du goût
fruit, puisqu'il aurait été expliqué en partie, un livre qui n'aurait rien coûté au distributeur et qui n'aurait pas été donné, mais gagné, un détail plus important qu'on pourrait le croire. Je ne parle pas de l'attrait spécial ajouté par ce tirage au sort à l'aUrait, insuffisant peut-être pour beaucoup, de la lecture annoncée. {Bulletin du ibmai 1867).
de la lecture utile, un achat de livres a été voté par votre comité.
Ces livres ont été adressés à MM. les administrateurs des hospices de Rouen, pour être mis à la disposition des malades de THôtel-Dieu de Rouen.
Nous regrettons d'avoir à vous faire connaître, de la part de Tadministration des hospices, un défaut presque absolu de bonne volonté. Il nous a été impossible de savoir s'il avait été fait usage, par les malades convalescents, des livres par nous donnés.
M. E. Rondeaux, spécialement désigné à cet effet par le comité, n*a pu être admis à s'en rendre personnellement compte, sous le prétexte que les règlements ne permettent pas Tadmission dans l'hospice des personnes étrangères au personnel de son administration. Il lui a même été impossible d'obtenir un seul renseignement utile. La seule chose qui lui ait été répondue, c'est que les livres se trouvaient à la disposition des mcdades dans une armoire, dont la clef était entre les mains de la sœur chargée de la direction de la salle. Dans ces conditions, votre comité croit devoir s'abstenir de tous dons ultérieurs, et proposer à l'assemblée générale de s'associer aux regrets que nous exprimons.
Déjà, au mois de juin 1867, les internes de PHôtel-Dieu de Lyon s^étaient cotisés pour créer une bibliothèque à l^usage de leurs malades. L'un deux M. Gus*ave Goyard m'écrivait, en réclamant mes conseils pour le meilleur emploi d'environ 200 francs qui restaient encore dans la caisse du groupe :
Nos premiers livres sont distribués. Nous avons la satisfaction de voir que nos malades, gens du peuple, par conséquent laborieux, et à qui l'oisiveté est à charge, en sont avides.
J'ai appris que les administrateurs de l'Hôtel-
Dieu avaient mis leur veto à cette distribution. LMntervention d^un des hommes les plus considérables de Lyon, dont j^avais invoqué Tappui, est demeurée sans résultat, et depuis je n^en ai plus entendu parler.
II est indubitable qu^on aura raison de ces résistances-là quand on voudra s^en donner la peine, et user jusqu^à solution, sous toutes les formes, de cet appel à la conscience publique dont je parlais tout à Theure. Si Ton montait à Tassant partout à la fois, on trouverait bien à faire brèche quelque part. La brèche une fois ouverte quelque part, on passera partout.
Une foule de sociétés s^organisent en ce moment dans nos villages pour y fonder des bibliothèques. J^en ai cité déjà beaucoup, dans les précédents bulletins, auxquelles il ne manque que d'en prendre le nom pour être des cercles de la Ligue. Une lettre qui m'arrive à Tinstant de Saint-Martin, le chef-lieu de Pile de Ré, m'apprend qu'il s'en forme là quatre d'un coupj à Saint-Martin, la Flotte, la Couarde et Ars. On peut juger, par ce seul petit point, de ce qu'il doit s'en taire ainsi spontanément sur toute la surface de la France.
c Notre bibliothèque est établie sous la forme coopérative • m'écrit mon correspondant : ce qui veut dire qu'elle est lapropriété des associés et à leur usage exclusif.
Le premier avantage de faire les choses soimême, c'est de les faire comme on l'entend, et je n'aurai garde de critiquer la marche suivie par les Sociétés de l'Ile de Ré, qui ont eu certai-
nement leurs raisons pour Fadopter. Toutefois, je profiterai de Poccasion, puisqu'elle se présente pour exprimer mon opinion sur la forme de bibliothèque qui me parait la meilleure dans les villages.
Je n'en vois pas qui présente plus de garantie de durée, plus de chances de développement que la bibliothèque communale, propriété de la commune, ayant son chapitre ouvert au budget municipal, ce qui n'empêche pas une Société d'en prendre l'initiative, de la soutenir, de l'administrer même par délégation du conseil municipal, délégation d'autant plus simple à donner, que d'habitude, en pareil cas, le maire et les conseillers font eux-mêmes partie de la Société. C'est ainsi que s'est fondée, à Beblenheim, il y a sept ans, la première bibliothèque communale de village dont it a été question en France.
Il ne faut pas toujours se laisser prendre aux mots. Ce que l'on appelle l'autorité locale dans un village n'a plus le même caractère qu'à Paris ou à Lyon, et plane de moins haut sur la population. Dans bien des cas, son intervention n'empêchera pas une bibliothèque de se fonder en famille.
Je retrouve dans un vieux numéro de V/fidicaleur de Cognic^ qui m'a été envoyé en novembre 1867 par le président de la Société des bibliothèques communales de la Charente, l'histoire de la fondation de la bibliothèque de Gimeux. On pourrait assurément s'en contenter pour tous les villages qui sont encore à . pourvoir.
Sous le patronage éclairé de M. François Yvon, maire de cette commune, une liste de souscription — en tète de laquelle, bien entendu, il avait inscrit son nom — était dressée, il y a peu de temps, et grâce aux soins obligeants et dévoués de spn fîls et do M. Guimbelot, instituteur, elle circulait chez les divers habitfiuits, qui tous, ont voulu y figurer. On a bientôt pu compter 107 souscriptions dont le montant a dépassé la somme de 500 ft*ancs : double résultat vraiment encourageant et des plus satisfaisants, si on considère que la localité dont nous parlons ne possède guère plus de 400 Âmes.
S^il n^y avait d^écoles publiques dans nos campagnes que celles entretenues des deniers privés, on se garderait bien, je le suppose, de contredire celui qui viendrait proposer Finstitutiition de Técole communale. Les Anglais, qui ne Pont pas, font justement une Ligue en ce moment pour ravoir. Eh bien ! il s^agit d^une institution nouvelle à implanter dans le pays. La bibliothèque n^est que le prolongement de Pécole, à le biqp prendre ; c^est un besoin du môme ordre, et le but à poursuivre est qu^il soit dit en France que la commune doit avoir sa bibliothèque, comme elle a son école, son église et sa mairie. Ce grand progrès national, des j[)ibliothèques coopératives ne le réalisent pas. Si utiles qu^elles puissent être d^ailleurs, elles n^auront jamais pour moi Pimportance de la propriété communale, qui demande à être constituée dans nos villages.
Je parlais, il y a un an, de Poffre faite, de Poissy, par M. Daliphard, au conseil municipal de Blangy-sur-Bresle (Seine-Inférieure), d'un don de livres et d'argent, destiné à doter la com-
mune d^une bibliothèque. J^en ai reçu des nouvelles datées du 10 janvier. La bibliothèque de Blangy avait, à cette date, plus de 200 souscripteurs, 1671 volumes, et une encaisse de 250 fr. Ouverte le 26 septembre, elle avait déjà, le 2 janvier, fourni 811 volumes à ses lecteurs (1). Il est indubitable pour qui a vécu dans un village que le résultat aurait été moindre si Tinitiateur s^était restreint à une entreprise privée.
Malheureusement, il faut bien le reconnaître, tous les maires ne sont pas comme H. François Y von, et il ne manque pas de municipalités hostiles à Pinstitution. Ceux qui veulent se donner des livres sont bien forcés alors de renoncer à leurs concours, et ce n^est paslà ce qui doit les arrêter.
Si la création d'une bibliothèque, propriété privée, n'est à mes yeux qu'un pis-aller, en re* vanche, elle n'a rien de compliqué. Acheter les livres, les mettre chez l'un des sociétaires, et les lire entre voisins : ce n'est pas là une affaire qui vaille la peine de déranger le gouvernement.
Enfin, rien n'est plus facile, pour qui tient à voir le goût de la lecture se répandre autour de lui, queM'avoir des livres et de les prêter. €eci échappe nécessairement à toute formation préliminaire.
J'ai cité déjà l'exemple de M. Deville, ce cultivateur de Saône-et-Loire qui a loué un cabinet à Paray-le-Monial, et s'y est mis le dimanche, lui et ses livres, à la disposition du public ;
(1) Blangy a 1,836 habitants.
— celui de M™® Giraud-Lesourd, qui a fait un choix délivres dans sa bibliothèque, à Pusage des gens de Saint-Georges-le-Thoureil (Maineet-Loire), où elle va passer la belle saison.
J'ai cette fois à citer celui de M"** Prin, à Yauchassis (Aube), qui m'envoie cette note, curieuse dans son laconisme :
Sur le refus de la commune de voter les fonds pour la bibliothèque, ouverture le 1*' juillet 1869 de la bibliothèque particulière de Mme Prin. Le public est admis moyennant une légère rétribution. Il y a des lecteurs.
A Saveme, M"® Eliza Hirtz, la fondatrice du Cercle Savemois, en a fait autant. Elle a mis sa bibliothèque à la disposition du Cercle, qui commence maintenant à s'en acheter une.
Qu'on me laisse aussi mentionner deux demoiselles de Saar-Union (Bas-Rhin)', — deux de mes anciennes élèves, je suis fier de pouvoir le dire, — qui, au 1**' septembre, ont ouvert de leur chef, chez leur père, une petite bibliothèque populaire, et qui avaient prêté, le 12 janvier, 135 volumes, à 10 centimes par volume et par mois, sans plus reculer que Mme Prin devant cette rétribution qui met le lecteur à l'aise. On peut être assuré que les choses sont bien faites quand les femmes se décident k les faire,
8« Conférences
Seize Cercles ont organisé déjà des conférences publiques : à Colmar, Sainte-Marie-aux-
Mines, Metz, Soigne, Nancy, Toul, Versailles, Rouen, le Havre, Dieppe, Pont-Audemer, Marseille (les deux Cercles), Anduze, Nérac et Bordeaux.
Ce sera certainement un des services rendus par la Ligue au pays que de contribuer à y faire prendre Thabitude de la parole publique, en appelant chaque jour un plus grand nombre de citoyens à dire ce qu'ils savent pour Papprea dre aux autres. Ce qu'ils y gagneront eux-mêmes, et ce qu'y gagnera le pays, je n'ai pas besoin d'en parler.
Les séances en petit comité, dans les salles de bibliothèques, dont je parlais tout à l'heure, seront une excellente préparation à l'accomplissement de ce qui s'imposera insensiblement comme un devoir à tout homme instruit, désireux d'être utile.
Celui qui sait, m'écrivait ces jours-ci M. Angelo Garbinl, le fondateur du Cercle véronais de la Ligue italienne, finira par comprendre qu'il doit enseigner celui qui ne sait pas. C'est une dette publique que nous nous habituerons à payer, et qui deviendra pour nous quelque chose de tout naturel.
Cela me parait aussi facile à comprendre en
France qu'en Italie, et il n'est pas nécessaire
d'avoir un Cercle de la Ligue derrière soi pour
payer sa dette de cette façon-là. Rien ne laisse
le champ plus libre à l'action, je dirai plus, à
la fantaisie individuelle, que cet enseignement
partiel que chacun peut faire à sa guise, à son
heure, sans charge de frais onéreux et d^engage-
ments pris. Il a suffi de l'entente de quelques
habitants de Ribeauvillé, à une lieue de chea moi, pour y faire donner Tannée dernière toute une série de conférences qui se continuent d'^elles-mêmes, en quelques sorte avec le plus grand succès. Un pharmacien a parlé de chimie, le maire, d^astronomie, le pasteur, de botanique. Un enfant de la ville, qui a passé plusieurs années en Amérique, a raconté les mœurs et les institutions du pays. Un autre, à son retour de rinauguration du canal de Suez, a fait l'histoire de Pisthme, et décrit dans tous ses détails ce merveilleux triomphe de Thomme sur la nature, dont il avait Pimagination encore pleine. On y a pris goût, à commencer par les conférenciers.
Il en sera de même ailleurs, selon toute probabilité. Les sujets à traiter ne manqueront nulle part, non plus que les hommes, quand on s^y mettra ; et tel qui se croyait incapable de parler en public, se découvrira une faculté qu^il ignorait. Comment savoir si Pon a le don de la parole avant d'en avoir fait Pessai ?
Les villages peuvent avoir leurs conférences comme les villes ; assez d'exemples le démontrent déjà. Le dernier bulletin parlait de la Société des conférences agricoles de Dieppe, dans la Meuse, des conférences qui s'organisaient à Hérépian, dans PHérault ; il donnait le programme de celles du Cercle de Soigne dans Phiver de 1868-69. J'ai reçu le programme affiché à Soigne pour Phiver 1869-70, et je tiens à le mettre encore sous les yeux des membres de la Ligue. Ils penseront comme moi que les ins-
titutions de villages sont celles qui méritent le plus d^appeler leur attention.
LIGUE DE L'EiNSEIGNEMENT
CERCLE DE SOLGNE
Programme des conférences organisées par le Cercle pour V hiver 1869-70
16 janvier. — M. Vacca, professeur au Lycée : Phosphore, usage des os dans Tagriculture.
23 janvier. — M. Parent, vétérinaire : Des terrains agricoles.
6 février. — M. Jules Pâté, docteur : Hygiène, Alimentation, Habitations rurales.
20 février. — M. Vacca : De TEau.
6 mars. — M. Perdrizet, vérificateur des tabacs : Arpentage, Levé des plans.
Ces conférences auront lieu aux jours susindiqués', dans la salle de la Mairie, à trois heures, àllssue des vêpres.
Des lectures publiques sur l'Histoire de France auront lieu dans le môme local, à sept heures du soir, les dimanches 30 janvier, 13 et 27 février, 6, 13, 20 et 27 mars.
Arrêté en séance du Comité, le 15 décembre 1869.
Le Président du Comité
Docteur Jules PATÉ
Le nom de M. Vacca, le président du Cercle Messin, revient deux fois dans ce programme. Il représente Papport du Cercle de ville a Tœuvre du Cercle de campagne, et c'est là une des tâches que doivent se donner les
groupes de la Ligue dans les centres importants, apporter leur concours aux hommes qui agiront dans leur rayon : sHl ne s^en présente pas, en envoyer eux-mêmes qui donneront le branle.
Les Cercles de la Ligue belge ont ainsi leurs missionnaires qui vont par le pays développer les intelligences et réchauffer les âmes. Il faut que les Cercles de la Ligue française aient aussi les leurs, et qu'on n'enferme pas son action dans l'enceinte de sa ville. Je puis citer déjà le pré sident du Cercle Rouennais, M. Raoul Duval, qui, non content d'inaugurer à Rouen les conférences, est allé en faire à Dieppe et au Havre. Le 2"" bulletin du Cercle contient ces lignes :
M. Raoul Duval, dans le but de propager TŒuvre de la Ligue, a fait à Gisors deux conférences qui auront très-probablement pour résultat la création d'un Cercle correspondant dans le département de FEure.
M. Edmond Turquet, dont le nom est bien connu de tous ceux qui s'occupent chez nous d'instruction populaire, pour s'être fait l'instituteur de ses prisonniers, alors qu'il était procureur impérial à Vervins, m'écrit qu'il se met à la disposition des Cercles qui l'appelleront, pour aller faire des conférences sur une question qu'il a pu étudier de si près . Il en a fait une, le mois dernier, à Senlis sur les conséquences du défaut d'instruction au point de vue de la criminalité, et le président du comité Rémois l'a invité déjà à venir parler à Reims de l'école de la prison. La parole de M. Edmond Turquet ne sera pas moins efûcace, j'en suis
très certain, que celle de M. Raoul Duval. Ce qu'il dira est de nature à faire réfléchir les plus indifférents. JPajouterai que le nouvel exemple qu'il donne ne saurait manquer d'avoir aussi des imitateurs, comme le premier en a déjà eu.
4« Cours populaires
Voici des renseignements que je trouve dans les bulletins des Cercles sur les cours populaires organisés par eux :
GROUPE COLMARIEN (2« bulletin, p. 8).
M. Ed. Eudeline. Comptabilité commerciale (ouvert le 5 décembre, avec 40 înscriplions).
G. Schelbauin, Mécanique appliquée (7 décembre, 17 inscriptions).
£m. Dreyfus. Géométrie (8 décembres, 22 inscriptions).
J. Stsecklin. Arithmétique (11 décembre, 24 inscriptions).
Julien Sée. Lecture écriture et grammaire fran^ çaise(\l décembre» 18 inscriptions).
A. Ranch. Droit commercial (19 décembre, 10 inscriptions).
Tous ces cours, dont le tableau affiché dans la salle indique la distribution, ont ôtô portés à la connaissance des intéressés, au fur et à mesure de leur création, par tous les moyens dont nous disposions : journaux, affiches et circulaires, adressés aux chefs d^établissements ou d'ateliers, etc., etc.
.... Un cours de syntaxe et de littérature française est en voie d' organisation, ainsi que le cours de dessin, le plus important par les nombreux services qu'il est appelé à rendre aux artisans de tous métiers. Un grand nombre de matériaux ont été
rassemblés, grâce à robligence de M. Buis (1), secrétaire général de la Ligue belge, et nous faciliteront Tétude d'un programme, qui entrera en exécution dès qu'il aura été adopté.
CERCLE MESSIN (3* bulletin, p. 8).
DESSIN GRAPHIQUE. — MM. Demoget et Larivière, deux fois par semaine.
GRAMMAIRE. — M. PUlon, uuB fols par semaine.
ARITHMÉTIQUE. — M. Well, deux fois par semaine.
GÉOMÉTRIE DESCRIPTIVE. — M. Porchou, uue fols par semaine.
MÉCANIQUE. — M. Mehrmann, une fois par semaine.
CHIMIE. — M. Perret, id.
PHYSIQUE. — M. Vacca, id.
HYGIENE. — M. Herpin, id.
HISTOIRE. — M. Réau, id.
LEGISLATION. — M. Glatiguy, id.
COMPTABILITE. — M. Goudchaux, id.
ECONOMIE INDUSTRIELLE. — M. RoYcly tous les dimanches, dans la journée.
LECTURE ET ECRITURE. — M. X..., deux fois par seniame.
DESSIN d'imitation, — M. Vatriu, uïie fois par semaine.
Tous ces cours, qui ont commencé à partir du 12 novembre, sont suivis en moyenne par un nombre d'élèves variant de 15 à 20.
(1) M. Charles Buis fait au Cercle de Bruxelles un cours d'histoire des arts décoratifs, et chaque auditeur reçoit à la porte une feuille lithographiée sur laquelle se trouvent d'un côté, le résumé de la leçon, ou plutôt les notes qu'ils pourrait prendre, de l'autre des dessins au trait représentant des échantillons du style de toutes les époques.
Les élèves du cours peuvent ainsi emporter chez eux et consulter à loisir une collection de 6 feuilles qui se trouve être une histoire complète de l'art : art grec, romain, romay, gothique, de la Renaissance, styles Louis XIY et Louis XY.
CERCLE NANCÉIEN (1" bulletin).
Le cours de dessin, commencé le dimanche 21 février, a été arrêté le 25 avril dernier. Vingt-sept élèves Tout fréquenté, sous Thabile direction de M. Tabellion, assisté de deux de ses élèves, MM. Larcher, et Poultier, avec le concours d'une commission composée de trois membres du comité.
Dans le cours de Tannée, le comité a perdu un de ses membres les plus dévoués, M. Nicldès, professeur de chimie à la Faculté, qui est mort victime de son zèle, au moment où il avait terminé les préparatifs pour Tinstruction des ouvriers par corps de métier (1).
CERCLE DIEPPOIS (3« bulletin, p. 10)
Nous allons recommencer cet hiver nos cours primaires, mais seulement pour les jeunes gens ayant leur dix-huitième année.
Une autre feuile, accompagnée de la liste explicatiye des objets dessinés, leur donne toute l'histoire de l'orfèvrerie depuis les Egyptiens jusqu'à la Révolution frapçaise.
On comprendra sans peine de quelle utilité cette distribution serait pour Télève, et quelles facilités elle donnerait au professeur, surtout pour les cours qui demandent des tracés de figiu*es au tableau. Une seule feuille pourrait servir pour plusieurs leçons.
Je conseille au Cercles, qui voudraient user du procédé de se mettre en rapport avec M. Charles Buis, .103, Marché aux Herbes, à Bruxelles. Ils ne sauraient douter de l'empressement avec lequel il mettra à leur service l'expérience qu'il en a faite.
(1) J'ai sous les yeux l'avis publié par M. Nicklès, à la date du 28 février 1869. Il énumère 51 corps d'état, ramenés, au point de vue de la chimie, à 21 classes.
Des conférences, ayant pour objet les diverses industries qui viennent d'être énumérées, auront lieu successivement au laboratoire d# chimie delà Faculté ; les personnes qui s'y intéressent sont priées de s*in8-
Ces cours seront faits par M. Masse, instituteur libre.
Nous rétablissons en même temps des cours d'histoire, d'arithmétique et de chimie élémentaire. Nos collègues, MM. Hardy, Mathieu et Lelong nous ont promis leur concours.
Nous espérons encore pouvoir traiter de Phygiène de temps en temps, et faire assister ceux de nos concitoyens qui en sentiront Futilité à des lectures tirées des auteurs les plus recommandables de notre littérature, par nos amis MM. Le Baron et Morisse.
Enfin, tous ceux d'entre vous qui seraient disposés à payer de leur personne pour instruire les fillettes, seront accueillis avec i-econnaissance.
crire en indiquant leur adresse, Tindustrie à laquelle elles appartiennent, ainsi que les jours et les heures dont elles peuvent disposer : dès qu'il y aura un certain nombre d'adhérents, cinq au moins par corps d'état, on fixera le jour de la conférence et on le fera connaître par ayis direct.
Chaque corps d'état aura sa séance à lui. Chacun des assistants poarra y prendre la parole et interroger le professeur sur ce qui l'intéresse.
Les chefs d'industrie et les patrons sont admis aussi bien que les contre-maitres, les ouvriers et les apprentis.
M. Nicklés avait été un des premiers adhérents de la Ligue. La mort ne lui a pas permis de mettre à exécution l'idée généreuse que lui avait suggérée son amour da bien public ; mais elle lui survivra. J'espère bien avoir à désigner, dans un autre Bulletin, les laboratoires qui se seront ouverts aux corps d'état, à l'effet d'y vulgariser des notions d'un si grand intérêt pour eux.
En attendant que Técole primaire initie chez nous le peuple à la science, comme elle le fait déjà dans des pays plus favorisés, c'est une tâche digne de sourire aux plus savants que de lui taire voir clair dans les phénomènes qui interviennent i chaque instant dans son travail.
LIGUE MARSEILLAISE (!•' Bulletin, p. 14).
Les cours, installés dôs le mois de septembre, subirent une transformation vers le milieu de janvier. Ces premiers cours, très-élémentaires, s'adressaient à la classe laborieuse, mais ils présentaient un inconvénient : le professeur faisait sa leçon, sans se mettre en rapport direct avec ses auditeurs. De plus l'ouverture de Técole des adultes rendait ces cours superflus : et dès lors il n'y eut plus au siège de la Ligue que des conférences.
Plus tard, vers le mois de mai, on ouvrit encore un cours d'italien, mais il fut décidé qu'il y aurait un registre d'inscription ; le professeur, M. Furitani, interrogeait ses auditeurs, qui étaient de véritables élèves, et il leur Ht faire ainsi de rapides, progrès en quelques mois.
ASSOCIATION PHOCÉENNE (l» Bulletin, p. 13)
Cours *et conférences qui ont eu lieu pendant l'hiver 1868-1869.
MM. Rivière de la Soucbère. — Chimie indus-trielle.
Grawe, Paul. — Cosmographie*
Guichenet. — . Histoire de France*
G. Crémieux. — Morale.
D' Laugier. — Causeries scientifiques*
Guizou. — Sociologie.
Delpech. — Tenue des livres.
Bouchet. — Droit commercial,
Tognocchi. — Langue italienne.
M. Carbonnel. — Histoire des guerres de re^ ligion.
GUly. — Associations ouvrières.
Bouvier. — Grammaire française.
Vertul. — Mathématiques.
J,-L. Noble. — Dessin (limitation.
Th. Fabre.— Sciences exactes.
Pascal. — Dessin linéaire.
Surand. — Cours d'anglais.
Les renseignements sont moins complets sur les notes sommaires qui m^ont été envoyées par les Cercles, Voici ce que je trouve à en extraire:
Cercle de la vallée de Sainte-Marie. — Cours d'adultes scientifiques (physique, chimie dessin^ arilhmé^ tique, hygiène). Des cours d^adultes élémentaires (lecture et écriture) existaient déjà. Nous leur donnons notre appui.
Cercle Savemois. — Cours de lecture» d'ouTrage à aiguille.
Cercle d'Ars^ur-Mosellé (1). — Cours de physique, mécanique, métallurgie, géométrie et dessin.
Cercle de Remilly, — Cours d'adultes, avec quelques essais de Tulgarisation des sciences.
Cercle de Toumus, — Cours d'adultes.
Cercle VersaiUais. — Cours, conférences.
Cercle Pont^Audemérien, — * Cours et conférences.
Cercle Condéen. — Cours et conférences gratuites.
Cercle Poitevin. — Cours populaires.
Cercle Anduzien. — Cours divers, leçons, conférences.
Cercle Bordelais, — Le mercredi soir, à huit heures et demie, hygiène, par le ly Gyoux; arithmétique et comptabilité, par M. Laporte.
Il y a un des cours de la Ligue qui mérite une mention particulière : c'est le cours d^adultesfemmes essayé à Metz par M. et Mme Yacca, dans leur domicile, avec le concours de quel-
(1) A côté du Cercle d'Ars, continue de fonctionner la Société des cours d'adultes, fondée, il y a quatorze ans, par M. Revel. Elle a tous les soirs des séances dans lesquelles, sous forme principalement de lectures et de conyersatioQs, se donnent des leçons de sciences, dHiistoire et de littérature. Un cours de dessin industriel y est joint.
ques amis. J^en ai raconte les débuts dans le bulletin du 15 février 1869. Le développement rapide qu^il a pris (1) a lancé le Cercle Messin dans une voie nouvelle, et voici ce que M. Vacca m'écrivait au mois d'octobre dernier :
II vient d'être décidé, dans notre assemblée générale, que le comité serait désormais composé de 30 membres, dont iO dames, nommées en assemblée comme les hommes et siégeant au comité au même titre qu^eux. Elles ont été nommées, se sont réunies, et notre nouvelle organisation de cours d*adultes-femmes va fonctionner immédiatement. Nous avons loué rue de la Chèvre, au rez-dechaussée, un local où nous allons installer une bibliothèque pour les jeunes fîlles, et un ouvroîr sous la direction d'une maîtresse-ouvrière qui y sera logée. Tous les soirs il y aura des cours de français et d'arithmétique fait par deux institutrices que nous payons. Cela n'empêchera pas les autres cours qui pourront être faits par M. Bamberger et par moi. 11 y aura un cours de musique par la méthode Chevé.
Le Comité de dames aura son œuvre spéciale consistant à surveiller Touvroir, à tenir la bibliothèque, à faire acte de présence aux cours pour aider les professeurs.
Nous allons faire l'ouverture le 30 novembre.
Il se trouvera assurément d'autres Cercles pour entrer dans la voie ouverte par le Cercle Messin. Elle réalise un double progrès : 1* étendre aux femmes renseignement donné ; a** leur faire prendre une part active aux tra-
(1) Commencé avec 20 élèves, U en comptait 40 au bout de deux mois, et le chiffre des inscriptions dépassait la centaine avant la fin de l'été. .
vaux de la Ligue. L'on me dispensera dMnsister sur Fimportance capitale de ce double progrès.
Il aura été dû à la généreuse pensée de M. et Mme Yacca d^ouviir leur domicile à des leçons qu^on désespérait d'abord de pouvoir faire dans un local public.
Ceci m'amène à parler d'un genre de Cours que je recommande d'une façon toute particulière aux hommes de dévouement : du Cours à domicile.
Parmi les Cercles de la Ligue, il en est un, modeste entre tous, qui figure sur son état statistique pour un chiffre de trente-trois membres et un budget annuel de 45 fr. 80 c. C'est le Cercle de la rue Yillehardouin, à Paris. Il a commencé par un cours gratuit d'histoire et de géographie, donné à l'école de M. Gonnet, instituteur libre, par un jeune homme de bonne volonté, M. Alexandre, dont le Bulletin du 15 novembre 1868 reproduisait l'avis inséré quelque temps auparavant dans le Siècle.
Les premiers élèves se sont bientôt constitués en Société, sous la présidence du professeur, et, M. Gonnet ayant quitté Paris, la Société a transporté son siège au domicile du président, où les leçons se donnent depuis le mois d'avril 1869. Tous les mois, une soirée littéraire y réunit le dimanche les anciens et les nouveaux élèves du cours, et la conversation s'engage sur les lectures faites. C'est un enseignement en famille dont je puis attester le charme et l'utilité, pour avoir assisté à l'une des séances. Il trouve lu^ aliment inépuisable dans une bibliothèque com-
mune, produit des cotisations hebdomadaires, dont chaque élève emporte les livres à tour de rôle, non pas pour se distraire, mais pour apprendre.
Le Bulletin de la Ligue Marseillaise parlait tout à Fheure de cours interrompus, pour absence de rapports ét^lis entre le professeur et les élèves. C^est un écueil qui n^est pas à redouter dans le cours à domicile, où le lien de Thospitalité sHmpose de lui-même. Il offre en plus ce grand avantage, que je relevais pour la bibliothèque à domicile, d^échapper à toute formalité, et cet autre qui mérite bien aussi qu^on en parle, de ne rien coûter. Je conseillerais volontiers à ceux qui pourraient reculer devant le manque apparent de place, de faire Pescalade des cinq étages par où Ton arrive au logement que M. Alexandre occupe avec sa mère. Us se rassureraient sur la possibilité de faire une bonne chose dans une petite chambre, dans une trèspetite même. Le procédé ne permet pas, c^est vrai, de compter les élèves par centaines ; mais, en revanche, c^est le chiffre des professeurs qui peut ainsi aller à la centaine, dans une grande Ville. Pour qui voudra réfléchir, le choix sera bientôt fait.
Une note insérée dans V Opinion nationale du 29 janvier me donnerait à supposer que le professeur de la rue Yillehardouin commence à faire école, et quHl aura recruté au moins trois imitateurs. Je la reproduis dans Fespoir de lui en recruter d'autres encore :
Cours du soir^ à huit heures et demie du soir.
OEUTRES DES CERCLES 535
graiuils et familiers^ par des amis du progrés.
Mardi : Orthographe et littérattire, boulevard Rochechouart, 58.
Histoire et géographie, rue de Flandre, 93.
Mercredi : Géographie et chronologie, rue Ville^ hardouin, 20.
Jeudi : Droit administratif, faubourg St-Martin, 188.
Vendredi: Uisioïreei géographie, rue de Flandre, 63.
Samedi : Anglais, faubourg St-Martin, 188.
On pourrait, dans tous les Cercles de la Ligue, ouvrir un registre semblable à celui qui a été déposé, en avril 1 867, à la Librairie des sciences sociales de la rue des Saints-Péres, — sans résultat utile, je regrette d'avoir à le dire.
Sur une page devaient s'inscrire ceux qui demanderaient à apprendre, sur la page en regard ceux qui s'offriraient à enseigner, chacun indiquant son jour et son heure, et l'enseignement de son choix. L'offre et la demande se faisant face mutuellement, on se serait bien vite rcn^ contré (1).
C'est une tentative à recommencer, et le meilleur moyen que je puisse concevoir d'arriver promptement à une organisation du cours à domicile. On ne sait pas assez se servir du chez soi, et l'on oublie trop combien on y est à l'aise pour faire ce qui est utile.
Le cercle de la rue Yillehardouin m'en rappelle un autre, plus modeste encore (27 membres^ 45 /r. de budget annuel)^ celui de Pontoise, composé déjeunes gens qui, ne se sentant pas encore
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(1) Pour être historien fidèle, je dois rappeler que la page de l'offre contenait six noms, inscrits d^avance. L*autre sera restée blanche, j'en ai bien peur.
536 BULLETm DE LA LKHJC
de taille à aborder Penseignemenf public, ont imaginé d^en faire entre eux Fapprentissage, et se réunissent aussi à domicile, pour traiter en petit comité les sujets qu^ils pourront avoir plus tard à professer devant un auditoire plus considérable :
Nous venons d'acheter, m'écrit M. Chennevières, un des fondateurs du Cercle, Tappareil Tremeschini, et celui d'entre nous qui se sentira assez fort entreprendra, à Taide de cet ingénieux instrument, un cours de cosmographie. Je pense commencer dans un mois ou deux, pour quelques per^ sonnes, un petit cours de grammaire, et aussi, ce qui excitera bien plus leur curiosité» une série de leçons de bibliothèque sur des voyages.
Je vous envoie la liste des questions qui feront Tobjet de nos causeries hebdomadaires du mercredi pendant ce semestre. Quelques-unes des questions vous paraîtront peut-être un peubizarrea; mais peu importe. L'essentiel c'est que certaines de ces causeries puissent inspirer l'idée d'un cours. Nous prendrons vie peu à peu au fur et à mesure du développement de nos forces.
Voilà un exemple que je suis trop heureux de pouvoir mettre sous les yeux d\m groupe, bien dévoué pourtant, où Ton se récriait, il n^y a pas longtemps , à ma proposition de conférences
et de cours faits par d^autres que des gens du métier.
Les plantes exotiques s^acclimatent en serrechaude. Pourquoi le domicile ne serait-il pas la serre-chaude, où s^açclimaterait chez >nous la parole publique, qui n^est pas encore du pays ?
GEUVRES DES CEBCLES 537
5*ExciirsionsdaDiinaiiche(Voyage8encommiin).
Les cours populaires chôment ordinairement en été. Le Cercle Messin a comblé cette lacune de la façon la plus heureuse en instituant, pour le dimanche, des excursions, ayant un but d^enseignement, dans lesquelles élèves et professeurs marchent côte à côte, et où mille occasions se présentent de revenir sur les sujets traités dans les leçons de Phiver.
Voici le passage consacré à ces excursions dans le 6"* Bulletin du Cercle (page 9) :
Dès le moisd^avriU un des membres du Comité, M. Bamberger, a commencé ses conférences de botanique. Elles ont eu lieu les mercredi et samedi de chaque semaine, à huit heures du soir. Elles ont servi de préparation aux excursions botaniques du dimanche. Un sentiment généreux de fraternité anime ces promenades en commun qui, dès la belle saison, remplacent les cours d*hiver. Grâce à elles, des hommes, dont les travaux et la situation sociale diffèrent, apprennent à se connaître et à s*aimer. Grâce âces rapprochements sympathiques, r ancien antagonisme des riches et des pauvres se résoudra dans une intimité réciproque, par une fraternelle union. — Si, par les lectures qu'il provoque, par les cours, par ses conférences, le Cercle Messin oombàt Tinégalité civile et politique qui naît de la différence dlntelligence et d'instruction, c'est surtout par ses excursions et voyages en commun qu'il fait naître la connaissance et la mutuelle amitié de tous ses membres, et qu'il favorise l'heureuse harmonie des bourgeois et des ouvriers.
Voici l'indication, sans commentaires, des principales excursions d'été :
Dimanche 9 mai. Visite aux moulins de MM. Bouchotte.
Dimanche 6 juin. Excursion botanique bous la direction de M. Bamberger.
Dimanche 13 juin. Visite à la fabrique des glaces de M. Soyeur.
Dimanche 20 juin. Visite aux forges d'Ars-snr- Moselle (Dupont et Dreyfus).
Dimanche 27 juin. Visite aux usines à laines et foulons.
Dimanchell juillet. Visite aux usines deMM. Kar* dier et Westermann (hauts fourneaux et ustensiles de ménage).
Dimanche. Visite chez M. Kraft, fabricant de caoutchouc, auSablon.
Enfin, dernière visite à la fabrique de verres à bouteilles, àRichemont.
Soixante ou soixante-dix personnes assistaient à ces excursions. Toutes les indications utiles ont été fournies par les directeurs ou contre-maitres des usines, sur les machines en fonction. Partout les adhérents du Cerde ont trouvé un bon accueil, des explications bienveillantes. Ils ont à cœur de témoigner publiquement leur gratitude pour Texcellente réception qui, partout, leur a été faite.
J^ai eu la bonne fortune de pouvoir être, au mois de. juillet, d'une de ces parties qui sont bien, comme le dit le Bulletin, des rendez-vous amicaux de bourgeois et d^ouvriers, et où j^ai vu des dames au bras de leur père, de leur mari. Je les considère comme une des idées les plus heureuses qu'on ait eues jusqu^à présent dans la Ligue. Elle ne saurait manquer d^ètre utilisée ailleurs qu^à Metz, Pété prochain (1).
J^en dirai autant des voyages en commun
(I) La note euToyée par M. Naquard, le président du Cercle Toulois, porte déjà : insiiiué et inauguré des excursions scientifiques et industrielles.
GEUVRES DES CERCLES 539
dont le Cercle Messin a également Thonneuf d^avoir pris Pinitiative.
Une excursion de dix jours en Alsace et dans les Vosges a été organisée par son président, M. Yacca, qui avait obtenu de la Compagnie des chemins de 1er de TEst des billets à prix réduits pour ses compagnons de voyage. Ils ont trouvé Paccueil le plus amical auprès des Cercles de la Ligue établis dans les villes qu^ils traversaient, et partout on s^est empressé de leur ouvrir les portes des établissements intéressants pour eux à visiter.
Nos voisins de la Suisse et de TAllemagne sont familiarisés depuis longtemps avec ces voyages en commun dont il est désirable devoir Fusage s^introduire chez nous, et dont le devis peut s^établir facilement d^avance sur telle base qu'il conviendra. M. Charles Rimestad, le fondateur du Cercle ouvrier de Copenhague, qui compte près de 2500 membres, me racontait cet automne, qu'il en avait emmené en Suède par centaines à la fois. Il est vrai que le Sund est bientôt traversé, et que Thospitalité Scandinave lui est venue en aide; mais d'un Cercle à l'autre, on peut aussi s'entr'aider chez nous. Les Cercles qui distribuent des encouragements aux cours d'adultes pourraient très-bien leur donner la /orme de billets de voyage, qui seraient, j'en suis convaincu, un merveilleux stimulant. Cela devrait faire aussi partie de l'éducation du peuple de voir du nouveau, et on l'a compris à peu près partout lors de la grande Exposition de 1867. Le sentiment qui a dicté
cette utile et généreuse innovation n^a-t-il pas sa raison d^étre en permanence ?
Du reste, il ne faut pas perdre de vue que les institutions de la Ligue, bibliothèques, conférences, cours et le reste, sont à Padresse de toute les classes de la société, et que chacun peut en user dans la mesure de ses facultés comme de ses besoins.
Le personnel de cette première expéditicm du Cercle Messin, qui n^était qu^un essai, se composait presque en entier de professeurs et de jeunes gens.
M. Yacca en prépare une autre pour le mois d'août, qui se dirigera vers la haute Italie (1).
Mon ami Charles Buis, le secrétaire général de la Ligue belge, m^a fait la proposition de préparer des réceptions dans ses Cercles à ceux de nos Ligueurs français qui voudraient s^entendre pour venir visiter ensemble la Belgique.
Ce sont là des voyages tels qu'il devrait s'en faire beaucoup et dont la portée n^échappera à personne, mais qui ne sont pas assurément, quelqu^économie qu^on puisse y mettre, à la portée de tout le monde. On peut, à côté de ceux-là, en organiser d^autres plus modestes, où les questions de temps et d^argent seront un
(1) Des jeunes gens de Reims et le président du Cercle Toulois étaient venus se joindre aux Messins pour leur voyage dans les Vosges et TAlsace. Les membres des autres Cercles de la Ligue, qui désireraient les accompagner dans celui-ci, sont invités à en prévenir M. Yacca.
obstacle moins sérieux, et qui auront encore attrait et utilité pour ceux qui les feront.
Ceux qui, dans notre pays, s'intéressent au bien du peuple, n*ont pas commencé par poser distinctement les bases d'une éducation générale pour Toctroyer ensuite au peuple. Ce qu'ils voulaient atteindre d'abord, était de faire naître dans le peuple même le désir d'améliorer son état intellectuel. Dès que s'est éveillé chez lui le désir de savoir quelque chose de plus, on peut et on doit lui laisser, à lui-même, l'organisation de tout le reste. Ses amis n'ont plus alors qu'à le soutenir de leur mieux dans ses louables efforts.
C'est ainsi qu'il s'est formé en Allemagne, sous une influence supérieure, il est vrai, mais par l'initiative populaire, un certain nombre de Sociétés ayant pour but d'étendre les institutions propres à l'éducation du peuple, surtout des ouvriers, et qui visent en général à l'amélioration matérielle, intellectuelle et morale de tous les citoyens. Ces Sociétés, qui se nomment Sociétés de culture (éducation pour les ouvriers, Arbeiter Bildung Yerein), ou simplement Clubs d'ouvriers {Arbeiter Verein), se recrutent particulièrement entre les ouvriers. Tout membre de la Société paie par mois une cotisation fixe,' qui fournit les moyens de louer un local où l'on se réunit le soir. Il y a même des Sociétés placées dans des conditions plus favorables qui possèdent déjà une maison qui leur est propre.
Le premier soin de toutes ces Sociétés a été de se donner une bibliothèque et un salon de lecture, où l'on trouve quelques-uns des meilleurs journaux. En outre, on vient en aide aux connaissances insufflsantes, par les leçons et des conférences. Le plsdsir n'est pas oublié ; seulement on veille à ce que les amusements soient.toujours convenables. Les jeux de cartes et de dés sont prohibés dans le local de la Société, mais il s'y trouve de quoi jouer aux échecs, aux dames et ai^x do-
minos. Il y a quelquefois un bal pour ceux qui aiment la danse ; les concerts ne sont pas non plus négligés, et dans la belle saison, on fait souvent des promenades en commun.
Tout ce qui concerne ces Sociétés est confié aux mains des membres eux-mêmes, qui choisissent dans leur sein un président du conseil de surveillance, auquel toute la direction et Tadministration restent confiées.
Ceux qui s'intéressent aux ouvriers, et les propagateurs de Tamélioration du peuple, n'ont plus rien à faire alors qu'à soutenir les efforts tentés : il ne manque jamais d'occasions pour pouvoir faire preuve de ses sentiments. Beaucoup de gens entrent comme membres dans ces associations et paient leur part pour aider au soutien de l'œuvre ; d'autres font des dons volontaires ; d'autres offrent des livres à la bibliothèque ; d'autres font des conférences instructives ; enfin, quelques-uns donnent des leçons gratuites. 11 y a toujours lieu pour ceux qui en ont la bonne volonté de joindre leurs efforts à ceux qui tendent au bien général de ces établissements, sans fh)isser aucune susceptiUlité légitime.
A l'heure qu'il est, l'Allemagne possède environ 300 de ces sociétés, formant un total d'au moins 80.000 membres. Tous ces établissements sont en relation les uns avec les autres, et tous les ans ils envoient leurs délégués à un congrès, où les expériences faites sont communiquées, et où l'on se concerte sur les intérêts généraux.
De temps & autre, on a essayé de faire toUt» ces associations au profit des partis politiques ; mais avec un tact parfait, les sociétaires ne se sont prononcés, comme sociétaires, pour aucun parti. Il résulte de la nature même de ces établissements que la presque totalité de leurs membres rend hommage aux opinions libérales et à l'action bienfaisante du Progrès ; mais en tant que sociétés, elles ne se mêlent pas de la politique du jour.
Ainsi s^exprimait, il y a trois ans passés, dans une lettre adressée à La Coopération^ et qu^a déjà reproduite le Bulletin du 15 mai 1867, M. Edouard PfeifTer, le président de V Union des Arbeiter-Vereine du Wurtemberg.
Un grand progrès aura été accompli dans notre pays, quand il se sera couvert, comme rAlIemagne, de sociétés semblables.
J^ai cité déjà le Cercle des amis de ^instruction (1), fondé à Mazamet (Tarn), sur un plan presque identique, par MM. Bordes et Camille Rabaud ; le Cercle des travailleurs du quartier des Brotteauxj fondé à Lyon au commencement de novembre 1867; et la tentative de M. Léon Walras (2) pour créer à Paris le Cercle des associations coopércUives^ tentative qui n^a pas réussi malheureusement, mais qui aboutirait maintenant, je le suppose, si on la renouvelait.
Le Bulletin du 15 février dernier parlait du don de 100.000 francs fait à la Société industrielle de Mulhouse, par M. Jules Siegfried, le président actuel du Groupe havrais, pour rétablissement d^n Cercle ouvrier dont le bâtiment, déjà construit, se. meuble en ce moment.
Il contenait un travail très-intéressant de M. Engel-Dollfus, consacré aux sociétés allemandes, et accompagné du plan de la salle de réunion qu^il a fait construire à pomach, pour y installer un Cercle du Dimanche^ composé de
(1) Bulletin du 15 mai 1867, voir page, 276.
(2) ^Rapport sur la première année de propagande, voir page 316.
tous les éléments déjà groupés dans les diverses Sociétés populaires de Dornach, sociétés de chant, de gymnastique, de consommation, de la bibliothèque communale (1).
Tai sous les yeux un projet de création d^un Cercle popiUaire^ publié à Tadresse des fabricants de RoubaixparM. Ch. Junker, qui m^annonçait, au mois de septembre dernier, son espoir de voir le projet se réaliser au grand profit d'une ville où Pantagonisme entre les classes constitue — les faits l'ont prouvé — un danger public quUl importe de conjurer.
Mon poste de directeur d'une filature assez importante, m'écrit M. Ch. Junker, me permet de parler aux patrons comme je parle aux ouvriers.
(1) J'ai visité dernièrement cette salle, que l'on a inaugurée au muis de décembre 1868. Le plan du bulletin de novembre n'est plus conforme déjà, en raison des agrandissements qui ont été jugés nécessaires dès le commencement. Une salle spéciale a été disposée pour recevoir un musée local dont les premiers éléments sont déjà rassemblés. La grande salle peut contenir maintenant de cinq à six cents personnes, et des aménagements établis dans le sous-sol permettent aux Sociétés qui ont la jouissance du bâtiment d'y donner leurs banquets annuels.
C'est là qu'ont lieu les concerts des Sociétés de musique et de chant, les fêtes de famille, les représentations théâtrales, les conférences et les lectures publiques organisées par les soins du comité du Cercle.
L'on m'a communiqué une feuille distribuée au public d'une de ces conférences, à l'imitation de celles imaginées par M. Cliarles Buis. C'est une collection d'objets vus au microscope solaire, fils de soie, de laine, de coton, cheveux, pointes d'aiguille, globules du sang de l'homme et de la carpe, etc., étiquetés et nu-
Je crois qu'à nous, intermédiaires des deux classes» incombe la tâche sinon d'opérer, au moins de tenter ce rapprochement.
CenV.st donc plus tout à fait une nouveauté chez nous que cette idée des Cercles populaires, et les conditions ne me paraissent meilleures nulle part ailleurs que dans la Ligue pour organiser ce contact personnel entre ouvriers et bourgeois, qui devient chaque jour davantage une question de salut pour le pays.
J^ai pu en juger dans l£| visite que je viens de
mérotés. Il n'en faut pas plus quelquefois pour ouvrir des horizons nouveaux à des intellij?ences sans culture et les amener à se meltre en marche.
Chaque Société fait les frais de ses réunions particulières, et le comité, qui est composé de leurs délégués, règle à l'amiable avec elles les jours et les heures où elles disposeront des salles.
Faut-il le dire ? l'unique souci de 1 homme de bien qui n'a pas reculé devant la dépense considérable d'un pareil établissement, dans son désir d'aider au développement intellectuel et moral de la population au milieu de laquelle il vit, c'est la difficulté qu'il rencontre à lui faire prendre elle-même la direction du progrès auquel elle est conviée.
« Le plan complet de la salle de Dornach, m'écrivait M. Engel-Dollfus à la fin de décembre, nous revient de TËxposition d'Amsterdam avec une médaille pour le Cercle du Dimanche. Mais ce nest encore que du patronage. Nous allons bien lentement du coté de Finitiative. C'est égal, notre expérience se fait. Elle profitera à d'autres, n
Nous sommes encore loin des Allemands sur ce terrain de l'initiative populaire, en fait d'organisation pratique et d'instruction I Raison de plus pour travailler à les rejoindre.
faire aux denx Cercles de Marseille, qui conip* lent 1600 et 2500 membres recrutés en majeure partie dans la classe ouvrière. J'ai trouvé là deux locaux spacieux, avec des journaux et une bibliothèque , ouverts en permanence à tous les membres du Cercle qui viennent y converser ensemble sur un pied d'affectueuse égalité, et auxquels il ne manque qu'une part plus grande faite à la récréation pour reproduire le type si bien décrit par M. Edouard PfeifTer. •
C'est sous forme de Cercle populaire qu'entend se constituer le Cercle Thannois, indiqué sur notre tableau statistique comme étant en voie d'organisation.
C'était aussi sous cette forme-là que devait se constituer un autre Cercle que je n'ai pu y faire figurer : celui qui avait commencé à se former à Bischwiller, au mois de septembre dernier. Son travail d'organisation s'est arrêté net devant une grève que le Cercle aurait prévenue peut-être, s'il avait existé.
Le Cercle Messin, dont les 1750 membrer se composent aussi en majeure partie d'ouvriers, a trouvé dans les excursions du dimanche mentionnées plus haut, le moyen de faire en plein air ce qui se fait dans la salle de VArbeiter-Vem rein allemand. 11 ne s'arrêtera pas là, on peut s'en fier à ce que m'écrivait au mois d'octobre son président, M. Vacca :
Je viens de lancer, à notre assemblée générale, une idée dont je suis Impatient de voir la réalisation : création d'une Société civile pour arriver à
GEUYRES DES CERCLES 547
l'achat d'une maison où sera installé notre Cercle avec tous les développements qu'il doit prendre : salles de cours pour les femmes, bibliothèque, musée (1), ouvroir, et surtout une grande salle de réunion permanente, où serait constitué un vrfd Cercle, avec des journaux et le reste.
L'idée est lancée : je ne Tabandonnerai pas ; je crois qu'elle représente l'avenir du Cercle, et que c'est le seul moyen d'assurer solidement son existence.
Il appartenait à Thomme qui s^est fait le fondateur pratique de notre Ligue, en lui donnant son premier Cercle en règle, modèle et point d^appui pour les autres, d'hêtre aussi le premier à assurer solidement son existence, en Passeyant sur le sol par la propriété foncière. Le succès de
(1) Nous aTons cru utile de faire tous les samedis une conférence sur un sujet industriel, tel que fabrication du Terre, du papier, du fer, des tissus, etc. Ces conférences vont nous conduire à ce résultat : création d'un musée industriel, où nous tâcherons de représenter les industries, celles du département surtout de la manière la plus complète. (Même lettre).
A Giromagny, le docteur Benoît a commencé, il y a quatre ans déjà, un Musée d'histoire naturelle locale qu'il a joint à la Bibliothèque communale. « Je suis heureux, m'écrivait-il en 1867, de pouvoir utiliser, pour le plus grand nombre, des collections qu'il m'était agréable d'avoir sous la main dans mon laboratoire, mais que je verrais avec non moins de plaisir figurer à côté des livres utiles que nous avons déjà, et que nous augmenterons encore par la suite.
Le docteur Vannaire m'écrit, en m'envoyant les renseignements sur la Bibliothèque popubire de Gannat : « Quoique nos statuts oe comprennent pas la fondation d'un musée, je me suis mis en tête d en créer un, car je considère ces établissements comme les compléments obligés des bibliothèques. Mais c'est un musée
tout ce qu'ail a entrepris jusqu^à présent me parait un sur garant que Fidëe, lancée par lui à Metz, y fera son chemin. Il s'en trouvère d'autres ensuite pour la réaliser ailleurs.
7* JBeoles
Les fondations d'écoles ont tenu peu ds place jusqu'à présent dans les œuvres de la Ligue. Ce sont des entreprises lourdes pour un début, et qui demandent, avant toute chose, à être réclamées par les familles, dont le concours effectif me parait ici une condition indispensable.
vraiment populaire que je désire établir. Pour cela, le nombre des objets exposés importe peu : ce qui est nécessaire, c'est que tous aient xine valeur d'enseignement, et fassent connaître surtout le pays au point de vue de ses productions et de ses ressources.
Cette question des musées populaire mérite, à juste titre, d'appeler l'attention de tous nos Cercles. Il y a là un moyen puissant d'enseignement, attrayant à la fois pour l'élève, et précieux pour le professeur, comme tout ce qui parle aux yeux.
On pourrait en attendant la création de ces musées spéciaux , utiliser ceux qui existent déjà dans la plupart de nos villes, et qui n'offrent la plupart du temps qu'un;spectacle stérile aux visiteurs, faute des connaissances voulues pour en apprécier les collections.
M. Charles Buis s'est aidé très-heureusement, pour son cours d*Histoire des arts décoratifs du Musée de l industrie de Bruxelles, où il a conduit ses élèves à plusieurs reprises- Ce seraient aussi d'utiles excursions à organiser que des promenades en commun dans nos musées, sous la conduite d'un peintre, d'iin archéologue, d'un natu-
Le seul Cercle qui ait concentré son action sur une fondation d^école est celui d^Epinal. Sa première œuvre a été Pouverture d'une école laïque de filles, réclamée depuis longtemps par un grand nombre de familles, et préparée par une souscription antérieure à la création du Cercle, laquelle avait réuni déjà plus d'un millier de francs. Cette école reçoit aujourd'hui 55 élèves, tout ce qu'elle peut contenir; et cette attestation, par les faits, du besoin public qu'elle ne suffisait pas à satisfaire, a déterminé la création d'une école laïque communale db filles, votée par le conseil municipal le 8 novembre dernier, un an juste, moins un jour, après l'ouverture de l'école du Cercle.
C'est assurément une année bien employée : mais il faudra que le Cercle spinalien avise à grossir son budget, s'il veut aborder à son tour quelqu'une des institutions dont il a été question précédemment, et qui constituent pour moi l'œuvre essentielle de la Ligue. La note qu'il m'a envoyée contient cette mention unique, faisant suite à la fondation scolaire :
Bibliothèque populaire. Environ 500 volumes,
raliste, à def heures spéciales qu'U sera très-certainement facile d'obtenir. Les conservateurs, au besoin, seront enchantés, je n'en doute pas, de pouvoir mettre en lumière les richesses dont ils ont la garde, et devant lesquelles trop de gens défilent sans y rien comprendre. Pour le dire en passant, cela devrait faire partie de de leurs fonctions, peu écrasantes en général, d*avoir à certains jours des leçons publiques à donner dont leurs musées feraient aisément et tructueusemeut les frais.
provenant tous de dons (1), et pas de fonda pour en acheter. L'école €Q)8orbe toutes les ressources.
L^ Association Phocéenne avait fondé une école primaire dans un quartier éloigné des écoles de la ville ; elle a reporté les ressources dont elle dispose sur une école professionnelle à créer, après rétablissement d^une nouvelle école communale dans ce quartier, oublié jusque-là par la municipalité.
J^ai visité l'école primaire ouverte par la Ligue Marseillaise. Les enfants y abondent, mais il est difficile de s^en réjouir, à cause de rinsufQsance du local. Ce sera certainement une démonstration pour la municipalité de Marseille que les besoins d^enseignement laïque y sont en souffrance, une invitation muette, et d^autant plus éloquente, à y pourvoir : mais pour entreprendre de se substituer dans une grande ville à Pactipn communale, en fait d^école primaires, il faut chiffrer son budget par centaines de mille francs, comme la Société d'Instruction primaire^ à Lyon. La meilleure cotisation que je conçoive, quand on n'en est pas là, c^est le vote du citoyen aux élections municipales.
Je ne dis pas cela pour décourager les fondateurs d^écoles privées, là où l'enseignement donné par la commune déplaît à une partie des habitants. Le Cercle de Saint-Dié, par exemple,
(1) [1 y a BOttTent des non-valeurs, comme lecture populaire, dans les litras donnés. Il n'est pas un bibliothécaire qui n'en sache quelqua chose.
a entrepris la création d^une école laïque de filles que je serais mal venu à déconseiller, puisque j^en ai été le premier souscripteur.
Seulement, il me parait convenable que ces créations, à Padresse directe des familles qui comprennent la gravité de la direction première donnée aux enfants et Pimpor tance i^une instruction sérieuse, prennent surtout le caractère d^associations de pères de famille, et demeurent, pour la plus grosse part du moins, à la charge des intéressés. Si désirables qu^elles puissent être, il serait fâcheux qu^elles paralysassent Paction des Cercles sur tous les autres points, en vidant à elles seules d^s caisses encore trop peu garnies. Mous sommes dans un pays où Ton se croit un grand citoyen quand on a donné 5 fr. par an pour le régénérer. C^est un état de choses qui doit nous imposer la modestie dans nos visées, jusqu^à ce que nous en soyons sortis.
Le côté vraiment sérieux de ces fondations, jusqu^à présent, c^est Faction exercée sur les autorités municipales, mises en demeure par rinitiative des citoyens, Cesi ainsi que le Cercle de Chevilly a pour ainsi dire forcé la main à son maire, longtemps sourd aux réclamations réitérées du conseil municipal, en louant de son chef et cédant à Famiable la commune le local de cette salle d^asile laïque, dont Phistoire a été racontée dans notre dernier Bulletin et qui est maintenant une institution communale.
Les écoles n^en ont pas moins été Pobjet d^une sollicitude active pour les Cercles de la Ligue,
552 BULLETLN DE LA LÎGUE
qui ont trouvé là plus d^un moyen d^utiliser avantageusement leurs ressources. On pourra en juger par les extraits suivants de leurs notes de rerseignements :
Cercle Mulhousien. — Recherche des enfants ne fréquentant que les école. On les y envoie, on paie Técolage, on les habile, et quelquefois, dans des cas spéciaiucj on donne un secours pour remplacer le gain que leur travail procurerait aux parents.
Cercle Toulois. — Encouragement aux écoles ; donné en prix des livrets de la caisse d^épargne aux enfauts des deux sexes des écoles municipales (50 fr.)
Cercle de Soigne. — Paiement d'écolage. Distribution de cahiers et de livres aux écoles.
Cercle de Bemilly. — Encouragement à Fassiduité pour les écoles primaires.
Cercle de Joinville. (Haute-Marne). — Fondé quatre bourses au profit de filles d^onvriers, pour soutenir Técole de Mlle Clémence Mugnerot, en butte à des persécutions locales.
Cercle Bouennais. — Distribution de secours aux familles dont les enfants sont empêchés par rindigence de fréquenter lea écoles. Allocation aux insttiuteurs d^instruments scolaires, tels que sphères, cartes, etc. Allocation de fonds pour rembourser aux instituteurs les dépenses scolaires aux élèves assidus.
Groupe Havrais. — Encouragement aux écoles laïques du Havre (gratuité obsolue des livres et fournitures scolaires) ; prix d^assiduité à tous les élèves des écoles municipales ; recherche des
enfants indigents ayant besoin de .vêtements pour aller à Técole.
Cercle Pont^Andemérien — Chasse aux enfants qui ne vont pas à Tëcole (1).
Cercle de Chevilly. — Création d^une caisse des écoles à Chevilly (versement : 20 fr.) Fondation de deux livrets de caisse d^épargne pour les écoles communales laïques (60 fr.). Création d^une salle d^asile laïque (maintenant communale), loyer de la maison et mobilier (137 fr.). Bois de chauffage aux écoles d^asile laïques. Paiement de la rétribution scolaire pour des familles peu aisées. Secours annuels aux instituteurs laïques.
Groupe Baugeois. — Encouragements donnés aux instituteurs du canton pour les classes du jour et les cours d^adulets.
Citons aussi parmi les institution scolaires de la Ligue Técole du Cercle de P Enseignement coopératif fondé à Paris, grâce à Pinitiative et à la persévérance de M. Ernest Hendlé. C^est moins une école proprement dite qu^un ensemble de cours faits gratuitement par les membres du Cercle, dans un local (34, rue Picpus) fourni gratuitement aussi par un des sociétaires, H. Barthélémy. Voici le programme de ce cours:
Tow les soirs à 8 heures et demie:
Lundi. Motions élémentaires sur le droit civil,
(1). « L'œuvre des petits Tagabonds n'avance pas, m'écrit M. Heutte, le fondateur du Cercle ; le premier qui me tombe sous la main, je le mène moimême à Técole. J'ai les sympathies de toute la ville ; on applaudira à tout ce que je ierai. »
le droit commercial et le droit criminel ; droits et devoirs des citoyens par M, Goirand.
Mardi. Littérature française, par M. Louis Herbette.
Mercredi. Arithmétiqne et géométrie élémentaire, par M. Rab«
Jeudi. Histoire moderne, par H. Ernest Hendlé.
Vendredi. Physique et chimie, par M. Stoppin.
Samedi. Histoire comparée des Associations ouvrières dans les différents pays de TEurope.
M. Ernest Hendlé m'écrivait le 24 avril dernier :
Nqus avons tous les soirs une quarantaine d'auditeurs, dont les deux tiers sont adultes, et nous aurions beaucoup plus de monde si nous n'étions pas dans le quartier le plus extrême et le plus solitaire de la ville. Malheureusement, nous n^avons pas d'argent pour louer un loced indépendant.
Et le 29 octobre :
Nous essayons de doubler les cours d'adultes d'une école primaire du soir. J'espère que nous réussirons. C'est une question d'argent.
Toujours la même question !
J^ai réservé une place à part pour le Cercle Sa-
vernoisy dont la note porte :
Enfants assistés, 104. Fournitures de livres» cahiers, cahiers, plumes, crayons, etc., d'effets d'habillements, de coton, dés à coudre, fil, aiguilles, etc. Crèche, 20 enfants inscrits.
Cette crèche est la garderie de poupons dont il a été fait mention dans un Bulletin précédent, et qui a pour but de rendre la liberté aux enfants empêchés de fréquenter Pécule par Tobligation de veiller à la maison sur les petits
frères et les petites sœurs. C^est une idée de femmes, et elle ne pouvait guère venir qu^à une femme; mais, maintement que la voilà mise en pratique, elle peut trouver son application partout. Je la recommande à tous ceux qui se verront en présence du même empêchement.
C^est aussi une femme qui a imaginé VOrphe^ linat école normale de filles j fondé à Yauchassis (Aube), par Mme Prin, dont je mentionnais tout à Pheure la courageuse initiative, au chapitre des bibliothèques.
Un des obstacles sérieux que rencontre rétablissement de ces écoles laïques de filles qui font défaut dans un si grand nombre de communes rurales, c^est la pénurie des institutrices élevées à la campagne, réunissant les conditions voulues pour y être et s'y trouver à leur place. Mme Prin a pensé qu'on aurait bientôt comblé cette lacune, si l'on ouvrait dans les campagnes des refuges pour les^ orphelines dont on dirigerait l'éducation de façon à en faire plus tard des institutrices, et prêchant d'exemple, elle a commencé dans son village.
Malheureusement ses ressources personnelles ne sont pas à la hauteur de son dévouement et de son courage ; les oppositions qu'on pouvait prévoir ont fait le vide autour d'elle ; le Cercle Parisien est venu deux fois à son aide, mais la tftche qu'il s'est donnée ne lui permet de prendre à sa charge aucune œuvre spéciale ; l'éternelle question d'argent se pose encore ici en travers d'une création, la plus féconde peut-être en résultats pour l'avenir, qui ait pu se concevoir.
La Ligue n^a pas de caisse centrale qui la mette en mesure de rien sut)ventionner — j'y verrais, pour mon compte, de tels inconvénients que je n^y pousserai pas — mais elle compte dans son sein beaucoup d'hommes assez intelligents pour comprendre la portée de l'idée dont la réalisation s'essaie à Yauchassis, assez riches pour y aider utilement s'ils la prennent à cœur. Ou'ils me permettent de réclamer ici leur concours personnel en faveur de ce premier établissement d^une pépinière d'institutrices pour la campagne. Il y en aura d^autres avant peu, sans aucun doute, si cela réussit.
8« Action extérieure
J'ai déjà dit un mot, à propos des Conférences, de Faction que les Cercles de la Ligue sont appelés à exercer hors de l'enceinte des localités dans lesquelles ils se sont fondés.
C'est la seule œuvre inscrite au programme du Cercle Parisien, et c'était bien la mission la plus utile qu'il pût se donner, celle qui convenait le mieux à sa position exceptionnelle.
Je lui laisse la parole :
Le Cercle Parisien ne s'est pas trouvé en face de besoins locaux véritablement impérieux. A Paris, l'initiative individuelle, Faction municipale ou celle dos grandes sociétés, ont suppléé à .i'insuffisance évidente du département de l'instruction publique. Mais Paris ne saurait être considéré comme une ville homogène. Ses habitants, provenant de tous les points de la France, lui apportent et renouvellent incessamment sa vie et sa force.
C'est^ donc un devoir naturel et (firatemel pour
tout habitant de Paris que de rappeler dans quel état lamentable, au sein des populations rurales, se trouve renseignement élémentaire : ni bibliothèque, ni cours du soir, ni enseignement agricole ou arboricole. Rien que la routine des traditions, et çà et là quelques almanax^hs semés de préjugés. D'autre part, aucun éveil des goûts intellectuels : le cabaret, à qui rien ne vient faire concurrence, et les suites déplorables de sa fréquentation.
Le CerclQ Parieien a donc cru bien faire en reportant toute sa sollicitude vers les départements. Il compte provoquer et entretenir, partout où une initiative quelconque ïy invitera, un mouvement intellectuel adapté aux besoins locaux. Fondation de bibliothèques et écoles, encouragements aux cours d'adulés et aux cours du soir, conférences populfidres, renseignements et conseils sur tout les points, etc. (Deuxième àuUetin^ p. 5.)
Il a été question au comité du Cercle d^organiser, comme à Bruxelles, un service de conférences au dehors, dans un rayon d^una vingtaine de lieues autour de Paris. Déjà Pun de ses vice-présidents, M. Camille Flammarion, s^est transporté à Joinville, dans la Haute-Marne, pour présider une distribution de prix à Pécole de Mlle Clémence Mugnerot, à qui le Cercle avait décerné une récompense pour son dévouement à l'instruction des femmes. Sa présence y a déterminé la fondation d'une bibliothèque populaire et d'un nouveau jCercle de la Ligue.
Les lettres de M. Yauchez, le fondateur et l'actif secrétaire du Cercle, m'apprennent que les commandes de livres pour bibliothèques populaires lui arrivent déjà de tous les côtés. Une récente décision du comité a rendu plus efGcaces encore les facilités oflertes par le
Cercle Parisien à tous ceux qui travaillent à rë pandre le goût de la lecture dans les départements. Non-seulement il leur abandonne entièrement la remise quHl a obtenue des librairies, mais il se charge encore des frais de port et d'^emballage. Il suit en cela Pexemple de la Société des Bibliothèques communales du Haut- Rhin, qui a déjà rendu ce service à plus de cent bibliothèques communales dans son département.
Les sommes envoyées par le Cercle Parisien, sur les différents points de la France, pour provoquer ou soutenir des créations de bibliothè*ques populaires, aider à des créations d^écoles ou de cours d^adultes, leur fournir un matériel de démonstration, récompenser des instituteurs, ou les couvrir des frais de leurs cours d^adultes, se montaient en novembre 1869, date de son deuxième Bulletin, à 1106 fr. 35, répartis sur dix-huit localités ( 1)
Il y a loin assurément de ces modestes chiffres à ceux auxquels il est en droit d'aspirer ; mais ce n^est qu^un début. Son organisation défînitive avait à peine quatre mois de date quand la liste de novembre a été arrêtée. Ceux qui ont de Targent à donner pour aider chez nous au mouvement général de Pinstruction populaire peuvent le verser de confiance dans sa caisse. Il en trouvera toujours Pemploi.
(1) Depuis le mois de noTembre, une somme de 700 francs a été répartie par le comité du Cercle parisien entre 13 bibliothèques et trois instituteurs pour leurs cours d'adultes.
Au surplus, les autres Cercles sont là pour faire, chacun dans son rayon, ce que le Cercle Parisien a entrepris de faire dans toute la France. Il n'y suffirait jamais, s^il était seul.
Le Cercle qui s^organise en ce moment à If imes y trouvait la place prise par la Société de la Bibliothèque et des Cours populaires^ qui est un véritable Cercle de la Ligue, fonctionnant à régal de nos meilleurs, et dans le même esprit. Il a été facile d^assigner un but déterminé à ses efforts futurs, sans le mettre en concurrence (1) avec la Société établie. Il dirigera toute son action sur les campagnes qui entourent la ville, et les occasions de travailler utilement ne lui manqueront pas.
Je sais des villes où Ton s^est persuadé qu^un Cercle de la Ligue n'y trouverait rien à faire parce qu'elles ont déjà quelque part une bibliothèque populaire et des écoles ouvertes le soir aux adultes illettrés. Même à le prendre ainsi, on pourrait toujours se rabattre, comme à Nimes, sur le travail extra-muros. Il y a plus encore à faire dans les campagnes que dans les villes, et c'est là qu'il y a le moins d'ouvriers.
Le Cercle Rouennais a une commission des écoles, avec une allocation spéciale de 1000 francs, pour encourager la fréquentation des écoles dans les campagnes de l'arrondissement, et aider les instituteurs qui ont ouvert des cours
(1) Il serait boa pourtant de prendre son parti de ces concurrences-là. Pouquoi Toaloir que ce soit trop de deux bibliothèques et de deux salles de cours dans des Tilles où ce n'est pas asseade cinquante cafés ?
d^adultes. Le rapport présenté par M. Eugène Viënot à rassemblée du 27 novembre 1869 énumère dix-neuf communes où le Cercle est intervenu pendant sa première année d^exercice.
Le rapport présenté le 27 décembre 1868, à rassemblée du groupe ha vrais par son président, M. Bazan, sur les premiers travaux du comité, mentionnait déjà des subventions accordées aux bibliothèques et aux cours d^adultes de Sanvic, Bléville, Etretat.
Le Cercle Pont-Audemérien s'occupe activement deses campagnes. • Quant aux bibliothèques rurales, m^écrit son secrétaire M. Eugène Heutte, nous n^en avons encore que trois qui marchent bien ; mais je suis en corrrespondance avec quinze communes pour en fonder d^autrescet hiver. •
M'^"" Eliza Hirtz, la fondatrice du Cercle Savernois, après avoir mis sa propre bibliothèque en circulation comme M""^ Girault-Lesourd et M"* Prin, m'écrivait le 30 décembre, en m'annonçant le premier achat de livres pour la bibliothèque du Cercle : Ten suis à ma seconde bibliothèque de village, celle d'Echartwiller. C'est le maire, un ancien instituteur, qui s'en occupe. Je travaille deux autres villages en ce moment.
Les opérations de la Ligue de l'enseignement des Deux-Sèvres, qui a son siège à Niort, embrassent tout le département. Ses statuts, approuvés le 13 novembre dernier, débutent ainsi:
ART 1'*" Le bulde l'Association est de propager dans le département des DeuX'^évres les meil^ eures méthodes d'ensetgnem^tU.
ART. 2. Dans ce but^ l'Association s'efforce d'élabUr dans chaque commune une bibliothé^ que^ d^y ouvrir des cours, et d'y organiser des conférences.
La Société se réserve d^établir des sous-sections partout où elle réunira nn nombre suffisant d^adhérents ; et au bulletin de souscription que m^a envoyé son fondateur M. Antonin Proust, est jointe cetteannotation :
Toute souscription adressée à Is, Ligue de VEnsei" gnement est attribuée à la création d'une bibliothèque ou à Touverture de cours dans la commune d'où cette souscription provient, avec une retenue d*un quart pour la formation d'un fonds commun.
Citons enfin la propagande faite dans les environs de Marseille par PAssociation Phocéenne, dont le comité a envoyé quelques-uns de ses membres à Roquevaire etEndoume, pour y expliquer dans des réunions privées Pœuvre de la Ligue et y provoquer la création de nouveaux Cercles.
Ce dernier mode d^action extérieure est, à mon avis, le meilleur de tous nos Cercles. Les résultats quHls pourront obtenir de loin n^égaleront jamais ceux que détermineraient sur place les efforts d^une société locale, se taillant la besogne à elle-même, en ayant Thonneur et la responsabilité, etentrainée insensiblement, par la pente même de son œuvre, à la développer.
Le Cercle Messin était entré dés le premier jour dans cette voie de propagande ; les trois
Cercles d^Ars-sur-Moselle, Soigne et Remilly, se sont fondé coup sur coup, dans ses alentours à quelques mois de date après lui. Il n^en restera certainement pas aux créations du débat. C^est un chapitre de plus qu^il doit tenir i honneur de pouvoir ajouter à ses bulletins, déjà si bien remplis, et qui figurera bientôt, je Tespëre, dans les bulletins de tous les autres Cercles.
Au surplus, ce n^est pas aux Cercles seulement quHl appartient de se mettre en avant pour provoquer de nouvelles créations de groupes de la Ligue. C^est une mission que Ton peut très-bien se donner à soi-même, sans avoir de comité derrière soi. Il n^y a pas de Cercle de la Ligue à Beblenheim, si Ton veut me permettre de rappeler un détail qui me vient tout naturellement à Pesprit.
Le procédé à employer pour fonder un Cercle est des plus simples. Il a déjà servi bien souvent et récemment encore en Egypte: je puis en toute sécurité le recommander aux initiateurs.
On réunit où Ton veut quelques amis : la question du nombre n^a pas d^importance, mais bien celle du bon vouloir des personnes présentes. Le but de la Ligue est facile à faire comprendre. Tout lecteur de son Bulletin doit être surabondamment au fait de ses principes, de son organisation, de ses moyens d'action. Quant à la place qu^elle tient déjà dans le pays, la liste des sociétés fondées en donne assez éloquemment la mesure pour qu'il suffise de le montrer.
Entre gens d'accord, il n'est pas besoin de
CEUVRES DES CERCLE3 563
longues délibérations ; ce quUi faut seulement, c'est donner un corps à l'idée, un commencement de réalisation à l'aspiration commune.
Or, des hommes réunis pour fonder une société p'ont rien autre chose à fair^ qu'à déclarer qu'elle existe, et à le signer. Il suffira donc au promoteur d'avoir préparé une pièce sous laquelle se mettront les signatures. Qu'il reste juge de la rédaction, il est superflu de le dire ; en voici une pourtant que je crois pouvoir proposer comme laissant d'une part le champ libre à l'initiative des fondateurs, et réservant de l'autre tous les droits de la société future à se régir comme elle l'entendra.