JEAN MAGE
vaillent au perfectionnement moral et intellectuel de leurs compatriotes. Songez mcdntenant que cette lueur, qui scintillait à peine il y a quatre ans, est devenue une flamme qui brille déjà dans des centaines de régions ; que sa chaleur bienfaisante se propage de proche en proche ; qu'autour d'elle viennent se grouper des milliers dliommes qui, sans cela, fussent restés isolés ; qu'elle échaufTe les indifférents et leur fait apporter leur obole ; qu*elle anime les timides et les rend éloquents pour persuader la foule ; vous reconnaîtrez alors que votre initiative n'a pas été stéiile.
Certes rinitiative des hommes de cœur qui ont inauguré ce grand mouvement de la Ligue de l'enseignement n Vira pasété stérile : la mosison^ on peut l'affirmer hardiment, n'est encore qu'à son début. Je ne saurais mieux commencer cette revue que par le juste tribut de regrets dû à la mémoire de Jules Tarlier, l'un des principaux fondateurs de la Ligue belge, son président depuis le commencement, qui vient d'être arraché par la mort, dans les derniers jours de février, à la noble tâche qu'il s'était donnée. J'ai pu juger par moi-même de l'action qu'exerçaient sur tous les éléments de la Ligue belge le talent et le caractère de son président, et il a été assurément pour beaucoup dans le bonheur avec lequel la Ligue-mère a traversé la phase critique de ses premières années d'existence. C'est un nom qui mérite de rester inscrit en tête de nos annales. Il grandira, j'en ai le ferme espoir, avec l'œuvre que l'homme éminent qui le portait a contribué si puissamment à fonder.
Le budget de la Ligue belge ne se monte, d'après le dernier arrêté de compte de son tréso-
rier, M. Fr. Van Meenen, qu^à un peu plus de 2000 fr. ;à environ 15.000 fr., en y comprenant les budgets particuliers des cercles locaux. Mais il ne faut pas mesurer à la taille de son budget le rôle qu^elle joue dans son pays. En dehors des bibliothèques populaires qu^elle subventionne, des conférences et des cours organisés dans les vingt cercles qu^elle comptait au mois de septembre 1869, son active intervention dans les questions d^instniction publique se fait sentir partout.
Elle a provoqué à la chambre des représentants, de concert avec les adminbtrations communales des villes les plus importantes de la Belgique, une longue et vive discussion d^où sortira très-certainement une loi protectrice des enfants employés dans les mines et les ateliers. Ses bulletins nous la montrent figurant par ses pétitions, en faveur des bibliothèques populaires et des instituteurs, dans les procès-verbaux de tous les conseils provinciaux, qui sont de véritables pouvoirs publics chez nos voisins. Elle a mis dernièrement à Tétude un projet de révision de la loi condamnée de 1842, qui régit encore les écoles belges, en dépit de tout le chemin fait dans les esprits depuis bientôt trente ans. M. Charles Buis m^écrivait, au mois d^avril, que le principe de Pobligation venait d^y être inscrit à Punanimité, moins une voix et une abstention.
Une fois notre projet arrêté, ajoutait-il, nous le soumottronB à nos cercles locaux ; nous provoquerons des discussions publiques, des meetings ;
nous enverrons notre phalange d'orateurs le défendre en province, de façon à provoquer une agi* tation générale dans le pays.
Je me suis expliqué déjà sur ce mode d^action de la Ligue belge, qui n^est pas le nôtre, et j^ai dit pourquoi. (V^ partie du 5* bulletin, p. 506.) Mais, en le déclinant pour la Ligue française, je n'ai pas entendu nier son importance pratique. Il y avait une place à lui faire hors de nos cercles. Le Comité de propagande de Vinstruction obligatoire^ constitué au mois de mars à Strasbourg (1), s'en est chargé, et les 200.000 signatures qu'il avait pu déjà recueillir dès les premier? jours de mai, témoignent assez de l'appui que ses efforts sont appelés à trouver dans le pays (2).
Il a un bel exemple sous les yeux dans la National Education League des Anglais, dont voici le programme, tel qu'il a été lancé, le 2 mars 1869, par le Comité fondateur, réuni à
(1) Le Comité a son siège au cercle du Miroir, 144, Grande Rue.
(2) Un excellent article de M. Henri Saint-René Taillandier, publié dans la Revue des Deux^Mondes du ^•^ juin, se termine par cette phrase :
« Alors sera réalisé le vœu de ces paurres paysans qui couvrent les listes de la Ligue de l'Enseignement de petites croix, signatures éloquentes, et qui demandent qu'une génération plus heureuse ne soit point privée de rinstruction qu'ils n'ont pas et dont ils apprécient toute l'importance, d
Ce sont les listes du comité de . Strasbourg dont il est question, la Ligue n'a pas mis de listes en circulation.
Birmingham sous la présidence de M. George Dixon.