‹ Les origines de la Ligue de l'enseignementChapitre 80 sur 89 · MOYENS · texte numérisé non relu

MOYENS

1« Les autorités locales seront contraintes, par une loi, d'aviser à rétablissement d'écoles suffisantes pour tous les enfants de leur district ;

2* Les fonds nécessaires à l'établissement et à l'entretien de ces écoles seront fournis par des taxes locales, avec l'aide de subventions du gouvernement;

3"* Toutes les écoles soutenues par les taxes locales seront sous la direction des autorités locales et soumises à l'inspection du gouvernement ;

4* Toutes les écoles soutenues par les taxes locales seront non-sectaires (1) (insectarian) ;

(1) « Un des obstacles qu'a rencontrés rétablissement d'un système général d'éducation a été l'esprit sectaire, — le désir de faire régner dans les écoles des formes spéciales de cultes, des doctrines religieuses déterminées. On ne peut pas compter davantage sur cet esprit sectaire que sur l'esprit de charité pour une action imiforme, générale, de longue durée, efficace. 11 est de sa nature — lui-même s'en Tante — ennemi de l'action commune, désintéressée. Il prend des enfants, et de propos délibéré, pour en faire des épiscopaux, des non-conformistes, des juifs, des catholiques romains, non pas pour en faire des enfants du pays, et par les moyens sur lesquels tout le monde est d'accord : semblable à la fausse mère de l'Ecriture, il consent dans la pratique à les voir périr, s'ils ne doivent pas lui élre adjugés. Les apôtres les plus ardents de l'éducation sectaire sont forcés d'avouer que leurs visées sont heurtées de front par la réclamation d'un système national, applicable à toutes les classes de citoyens, à quelque culte qu'ils

b^ Toutes les écoles soutenues par les taxes locales seront gratuites ;

ô"* Une fois les écoles étsd)lies, TEtat ou les autorités locales auront le droit d'en rendre la fréquentation obligatoire pour tous les enfants d*un âge déterminé, dont Téducation ne se fera pas ailleurs.

Le manifeste du comité de Londres, auquel nous avons emprunté la note de cette page, débute par des considérations qui méritent sussi d'être reproduites :

appartiennent. Quelle commission d'école soutenue par les taxes locales pourrait forcer un père anabaptiste, par exemple, à donner à son enfant l'exemple du mensonge en déclarant, dans une école nationale, qu'il a été fait enfant de Dieu par une cérémonie dont il n'a pas été question pour lui. Ni l'établissement d'écoles spéciales pour les différents cultes, ni la conrainte d'une formule religieuse imposée (conscience clause) ne sont applicables ici. Le premier expédient entraînerait une perte inutile d'argent et d eflorts, forcerait chaque payeur de taxe d'un district à subventionner les opinions religieuses de ses voisins, désapprouvées par lui. Le second créerait dans les écoles des distinctions injurieuses auxquelles pas un citoyen d'un pays libre ne consentirait à s'exposer. Le seul moyen pratique de tourner la difficulté, c'est d'établir des écoles nationales dans lesquelles confessions de foi, catéchismes, dogmes religieux, seront laissés en dehors du programme, Tinstruction donnée se réduisant à ces éléments du savoir qui consttuent la préparation ordinaire aux devoirs de la vie. Quelques-uns, faute de réflexion, sinon par esprit départi, ont attaqué ce moyen comme irréligieux. Cependant si cela constitue ime éducation irréligieuse d'enseigner à l'enfant les éléments des connaissances humaines, de l'élever dans les principes généraux de justice, de bonne foi, d'honnêteté, dans les habitudes d'obéissance à ses parents^ à la loi,

L'idée que la Société est responsable de l'éducation des enfants qui deviendront plus tard des ci* toyens, cette idée ne s'est fait jour que dans ces derniers temps, et beaucoup la comprennent mal encore. Il y a soixante ou quatre-vingts ans elle était inconnue en Angleterre. Depuis, Tœuvre de l'éducation populaire, entamée d'abord par des personnes charitables, entreprise ensuite par de puissantes sociétés, soutenue enfin par le gouvernement, a fait sans aucun doute des progrès consi* dérables ; mais ils ne sont pas de nature à permettre Tespoir qu'elle puisse jamais, dans les conditions actuelles, répondre aux besoins d'une population toujours croissante, encore moins donner satisfaction à l'esprit de notre époque. Si complaisante que puisse être la confiance accordée à l'efficacité des efforts faits jusqu'à présent, on se trouve encore en présence d'un grand nombre d'enfants

à sa conscience, il est difficile de comprendre comment ont pu se ralliera ce système, en 1866, le primat d'Irlande, la moitié de ses éTèques et de son clergé, quarante-cinq nobles et plus de six cents juges de paix qui, dans leur déclaration signée, expriment l'espoir prochain qtie le principe d'une éducation uniforme et laïque prévaudra en Irlande sur le système de l'éducon (ion sectaire. Les termes de cette déclaration sont en substance la formule adoptée par la Ligue, et ceux qui s'obstinent à confondre Téducation non-sectaire, ou laïque, avec l'éducation irréligieuse devraient aller en Irlande pour y apprendre la valeur des mots. Il est superllu d'ajouter que rien dans le système non-sectaire, ou laique, ne vient entraver le zèle des croyants qui, parents ou ministres de cultes^ prennent en main les intérêts spirituels de la jeunesse^ qu il est bien plutôt stimulé, et que leur neseignement d'aujourd'hui porterait assurément plus de fruits^ s'il trouvait des esprits mieux préparés à le recevoir. »

(Manifeste du comité de Londres).

dont les uns ne reçoivent aucune éducation, dont les autres sont lancés dans la vie avec un budget d'instruction eictrèmement mince, si mince qu'il n'est presque pour eux d'aucune utilité. Il est difficile de donner ici des chiffres précis ; mais ils doivent égaler, selon toute apparence, ceux qui s'alignent dans les rapports des inspecteurs scolaires du gouvernement. Bref, en combinant dans l'évaluation des résultats obtenus jusqu'ici les deux éléments de quantité et de qualité, on arrive à cette conclusion que, sur environ 190 enfants pauvres de l'Angleterre, 25 à peine reçoivent la dose d'instruction, non-seulement considérée comme étant de droit, mais possédée de lait par tous les enfants de la même classe, presque sans exception, en Saxe et en Suisse.

Le manifeste ne parle pas de la France, et pour cause. Nous pourrions certes, sans y mettre beaucoup de modestie, nous appliquer une partie de ce qu^il dit ; mais ce qui doit appeler surtout notre attention dans la Ligue anglaise, ce sont ses actes encore plus que ses dires.

J'ai sous les yeux les numéros de février et de mars de son Bulletin mensuel. Il se vend (1) un penny (10 centimes), et je conseille fort à ceux qui peuvent, à tout le moins, deviner Panglais, de se le procurer. Ils y verront comment se mène une campagne d'agitation dans un pays où les grosses questions d'utilité publique trouvent des hommes pour les prendre à cœur.

Le Bulletin de février accusait 75 Comités entièrement constitués et 79 en voie de formation.

Au l^*" mars, le nombre des Comités constitués

(1) Central oCBce, 74, Annstreet, Birmingham.

MOUVEMENT EXTÉfUEUR 593

se trouve porté à 113, sans compter 11 commissions auxiliaires, dont les anciens Comités se sont enrichis dans le cDurant du mois. 15 Sociétés ouvrières, de ces grandes associations anglaises qui comptent leurs membres par milliers, se sont ralliées à la Ligue en février, et forment un groupe à part, non compris dans les 113. Le chiffre des Comités en voie de formation à cette date est de 63.

Vient ensuite la liste des meetings du mois : l^"" février. Birmingham. Président, PAlderman Avery.

2 — Rochester. Président, le Maire.

2 — Liverpool. Président, le Maire.

3 — Tipton.

3 — Birmingham. Président, Thomas GrifSths.

4 — Norwich.

4 — Manchester. Président, PAlderman Rumney.

7 — Falmouth.

7 — Morley, Président, le Maire de Leeds.

Et jour par jour ainsi, jusqu^au dernier. 11 y en a tout 48.

La Ligue avait eu 14 meetings en novembre, 22endécembre,33enjanvier. On est au l'^'mars et déjà Ton peut donner une liste de 23 meetings organisés à Tavance du 2 au 23 du mois. L^on annonce que tous les comités de la Ligue vont être appelés à en organiser, dans le courant de mars, pour appuyer les amendements qu^elle réclame au bill sur l'éducation nationale présenté

à la Chambre des Communes par le gouvernement.

Les publications de la Ligue annoncées dans le Bulletin de mars sont au nombre de 17.

Voici quelques titres :

Le système scolaire américain^ avec des remarques sur rétablissement des écoles publiques en Angleterre par Jessie CoUings, esquire.

AmendemerUs aubill^ préparés par la commission executive de la Ligue, pour être soutenos au Parlement dans la session de 1870.

Llnsirvction obligatoire^ lettre au Times par le Révérend J. Macnaught.

V Education non-sectaire^ réponse à TEvêque de Pétersborough, par le Rév. W. Caldicon.

Formule de pétition à la Chambre des corn munes^ etc.. etc.

Ces publications, dont quelques-unes m^ont été envoyés, ne sont, pour la plupart, que des feuilles volantes, sur papier mince, pour diminuer les frais de poste ; mais elles se tirent à un grand nombre d^exemplaires et vont partout.

Tout ce mouvement est dirigé par une commission executive de 40 membres (1) (président M. Joseph Chamberlain), représentée d^habitude par une députation dans les meetings de la Ligue. Au nombre des orateurs qu^elle envoie ainsi sur tous les points du pays, il faut citer en première ligne le président de la Ligue, M. Georges Dixon, à la parole éloquente duquel,

(1) n n'y a qu'une dame dans ce comité ; mais il y en a une, mistress FawceU.

dit le Bulletin de février, est due une grande partie du succès obtenu.

Cette commission, qui a pour secrétaire M. Jessie CoUings, et pour trésorier M. John Jaffray, a formé dans son sein trois sous-commissions :

Des finances^ président : M. William Harris.

De publicité^ président : M. Thackeray Bunce.

D^ organisation des comités^ président : M. F. Martineau.

Birmingham, d^où est parti le mouvement, en est resté le centre. Il a fourni plus de la moitié des membres de la commission executive et tousses présidents.

Deux lignes, imprimées en tète de la Ligue, feront apprécier comme il convient le dévouement des hommes assurément très occupés déjà d^autre part, qui n^ont pas reculé devant cette lourde tâche de la direction dMn pareil mouvement.

Les souscriptions ne seront versées que par dixièmes chaqtAe année^ les versements pourront cessera la mort d'un souscripteur ou quand le but de la Ligue aura été atteint.

G^est donc un travail de 10 ans dont les hommes de la Ligue anglaise acceptent la perspective, et nul doute qu^ils n^aillent plus loin, si par hasard les 10 ans n^y suffisaient pas. Avis au Comité de Strasbourg !

Il faut dire que la Ligue anglaise est assez riche déjà pour se permettre d^ëchelonner ainsi ses recouvrements par dixièmes, d^année en année ; et ce dixième annuel menace de prendre

d^assez belles proportions, comme on va pouvoir

en juger.

Les souscriptions recueillies pendant le mois

de janvier de cette année se montent à ..... . 168.098 50

L^apport de février a été de . 117.765 50

Au 15 février dernier, le fonds de propagande delà Ligue française avait reçu, en 3 ans et 3 mois, depuis le 15 novembre 1866, date de la première prédication, 26.461 fr. 15 c. Il pouvait troquer avec avantage contre le dixième de la récolte anglaise en deux mois. (1).

Un mouvement analogue à celui de la Ligue de Birmingham, mais en dehors de lui, s^était produit dans le pays de Galles. Le Bulletin de février annonce qu'une entente cordiale est sur le point de se faire pour assurer le concours, sinon Punité d'action, entre la Ligue anglaise et les réformateurs gallois.

Je lis enfin dans ce bulletin :

Une National Education League vient de se former en Irlande pour soutenir le système nonsectaire, actuellement en vigueur dans les écoles du pays, mais qui est battu en brèche à la fois par le clergé anglican et le clergé catholique-romain, coalisés pour rétablir Fancien système, d'après lequel

(1) Je ne fais pas entrer en ligne de compte les sommes souscrites au profit de nos Cercles iocaux; mais il faut bien supposer que chacun des 113 Comités anglais, constitués au mois de mars, s'était assuré des moyens d'action propres, et avait par conséquent son budget particulier.

on employait les fonds deTEtat à mettre chacune des deux églises en mesure d'enseigner des doctrines considérées par Tautre comme de dangereuses hérésies.

La Ligue irlandaise s^est donné pour but nonlement de maintenir le système d^écoles existant, mais encore de le développer, en le purgeant d'une part de tout ce qui a pu s^y glisser en opposition avec le principe non-sectaire, en établissant de Pautre de nouveaux programmes d'écoles et s'efforçant de relever le niveau de renseignement doimë dans les écoles nationales.

Je citerai, à ce sujet, un passage d'une lettre qui m'a été écrite de Rotterdam :

Ici aussi, il se forme en ce moment une Ligue ou des Ligues de TEnseignement. Il y en a déjà de constituées dans diverses villes. On va en instituer une à Rotterdam. La Néerlande est assez bien plaxîée sur Téchelle de Tinstruction, mais son système scolaire est violemment attaqué par les ultramontains et les orthodoxes protestants. On voudrait y ruiner renseignement clérical. En effet, renseignement publie, chez nous, est entièrement neutre au point de vue religieux. Il laisse chaque église enseigner ses principes et ses dogmes à ses prosélytes. Vous savez ce que les esprits intolérants pensent d'un tel système. Il s'agit de le défendre contre les entreprises de l'intolérance, de répandre llnstruction dans les masses plus largement qu'elle ne l'est déjà, de leur donner surtout une instruction moins routinière. Je vous tiendrai au courant des efforts tentés dans ce but (1).

(1) Une lettre du 30 juin me donne quelques détails sur cette Ligue néerlandaise, qui a pris pour nom Néderlandish Scoolverbond et qui est tout à fait indépendante de la Société du bien public [Tôt nul van

Notre Ligue s^est placée sur un autre terrain que les Ligues anglaise, irlandaise, néerlandaise, qui concentrent tous leurs efforts autour d^une mesure législative, les unes pour la réclamer les autres pour la maintenir, tandis que la Ligue françaisene vise qu^à provoquerdes actions individuelles, s^exerçant directement et sur place.

On me permettra de revenir, à leur occasion, sur ce que je disais tout à Theure, à propos de la Ligue belge.

l'Allegemeen) dont il a été parlé dans le Bulletin du 15 février 1879.

La Ligue scolaire néerlandaise a tenu sa première assemblée générale à Amsterdam, le 2 mars 1879. Elle a pour président M. L. Molder, et pour secréUire M. D. Harting, Le nombre de ses membres s'élève déjà à 8.U0, et elle a coastitué 103 Cercles, éUblis sur tous les points du pays. Le Cercle de Rotterdam compte 375 membres.

La Ligue scolaire n*a pas d'écoles à elle» comme la Société du Bien public. Elle concentre tous ses efforts sur la fréquentation des écoles existantes» quelles qu elles soient, neutres ou confessionneUes, et recrute ses membres indistinctements dans toutes les nuances d'o« pinion qui se prêtent à cette conception de rinstrucUon avant tout.

La question de l'instruction obligatoire, m'écrit mon correspondant, a été discutée dansle sein du Scboolverbond, mais a été écartée pour le moment La contrainte répugne profondément aux mœurs naUonales, et déployer ce drapeau aurait été compromettre l'œuvre. Cependant, .non opimon est qu'on y Tiendra. Je crois tous les autres moyens impuissants, et je suis convaincu que, rexpérience ayant bien et duemeiit constaté cette impuissance, il faudra bien en venir 4 denunder aux Etats-Généraux une loi qui consacre le principe de rinstruction obligatoire.

La question des écoles publiques, et de la législation qui le^ régit, est trop grave assurément pour ne pas appeler — je puis bien le dire, en première ligne, — Fattention des amis de rinstruction dans tous les pays. Nul plus qu^elle ne mérite qu^on s^organise pour la lutte, quand elle est en jeu. Mais c^est une organisation à part quUl faut ici pour bien faire, en raison du but à atteindre, qui est collectif, et non plus local, en raison surtout des moyens d^action qui différent essentiellement de ceux d'une société comme la nôtre, où Ton ne connaît pas d^autre lutte que celle de la science contre l'ignorance, de la vie intellectuelle contre le sommeil d^esprit. Il y a là deux œuvres distinctes, dont chacune a son chemin tracé, bien qu^elles soient appelées à cheminer côte à côte, et à se prêter un mutuel appui. Aussi, de même que le mouvement de la Ligue Française vient de se compléter, si je puis m'^exprimer ainsi, par celui que le comité de Strasbourg a si énergiquement entamé, de même il reste une place à prendre en Angleterre, à coté de la Ligue de Birminhgam ; la place que la nôtre s^est faite en France. Elle sera d^autant plus facile à prendre, quand on le voudra, que les habitudes d^esprit, aussi bien que les institutions anglaises, s^y prêtent admirablement (1)

(1) Je n'ai entendu parler ici que d*une organisation générale s'étendant sur tout le pays, car les sociétés d'instrucUon, non plus que les efforts individuels et les actions locales, ne manquent pas en Angleterre, et elle n'a pas, que je sache, à nous envier de

G^est dans ce sens que travaillera la Ligue luxembourgeoise qui s^est fondée dans Tautomne de 1869.

Conformément à notre entretien, m'écrivait le 24 octobre M. Joseph Simons, ingénieur du chemin

ce cdté-là.

J'ai reçu d'une de mes anciennes élèves, gouvernante en Angleterre, sur une de ces institutions de vUlages qui se rencontrent de l'autre côté de la Manche et dont je ne connais pas d exemple chez nous, les détails suivants que je conserve dans toute leur naïveté. A par l'exemple donné, c'est un petit tableau de mœurs anglaises prises sur le fait, auquel je me garderais bien de toucher.

« M. Beever a fait bâtir, au mois d'octobre 1862, une petite salle destinée à servir de bibliothèque pour les habitants de Pencraig. Ce village est situé sur la limite du cpmté de Ghester et du pays de Galles, et ne contient qu'environ 150 habitants.

« La salle fut ouverte le l*' novembre. Je crois que tous les hommes du village s^ sont présentés, tellement ils étaient heureux de trouver un lieu de réunions qui leur offrait tant d'avantages. On paie dix centimes, Ton a une tasse de café. Le café se fait chea M. Beever. Un des hommes du village vient le chercher quelques minutes avant l'ouverture de la salle. On n accepte pas de jeunes gens avant l'âge de seize ans, parce qu'on permet de fumer.

u Chaque lundi, les hommes de village choisissent entre eux un président, qu'on place dans un fauteuil. 11 reçoit l'argent pour l'entrée de la salle et le café, et il a le soin de la salle pendant la soirée ; il allume le feu dans le poêle et l'entretient pendant la soirée ; il allume aussi la lampe.

« On trouve dans lit salle tous les journaux locaux qui mettent les gens de Pencraig au courant de ce qui intéresse le pays autour d eux. Ils ont aussi un journal agricole qu'ils lisent avec un grand intérêt, et un journal de Londres illustré, qui parait toutes les semaines.

de fer, j'ai fondé à Luxembourg la Ligue de l'Enseignement. Elle a adopté Técole professionnelle dont j'avais pris l'initiative en 1860 et a trouvé ainsi un terrain tout préparé pour agir. Nous allons fonder une bibliothèque populaire annexée à l'établissement d'instruction professionnelle. Ce sera notre commencement.

Nous n'avons pas fait de grands statuts.

Fait partie de la Ligue qui veut. Tous les pouvoirs résident dans l'assemblée générale des adhérents, qui nomme tous les ans un comité et un président. Le comité, dont provisoirement je suis le président, gère et agit au nom de la Ligue. Il rend, à la fin de l'année, compte & rassemblée de sa mission.

Quelques timides attaques d'un journal à Luxembourg ont cessé quand on nous a vus résolus à ne leur opposer que le silence.

Le développement de la Ligue espagnole, fondée au lendemain d^une révolution, a été retardé jusqu^à présent par les agitations qui ont suivi la secousse.

Le Cercle de Madrid a ouvert ses cours : c^est lout ce que j^en ai appris.

et donne une revue générale de ce qui se passe dans le monde entier. La bibliothèque contient en outre des livres d'histoire, de voyages, etc. Comme U y en a, parmi les paysans, qui ne savent pas lire, ils se font souvent entre eux la ieclure d'un de ces livres à haute voix.

« La salle est ouverte tous les soirs de 6 heures à 9 heures, depuis le l**" novembre jusqu'au 1*' mars. En été, elle n'est ouverte qu'une fois, parce que les gens du village ont, presque tous, un petit jardin qu'ils cultivent le soir, quand leur ouvrage est terminé. »

A Barcelone, des tentatives ont été faites ; une commission a même été nommée, au mois de novembre, dans VÀteneo Obrero^ pom* examiner la question de la Ligue. J^ignore quel aura été le résultat de ses délibérations (1). Il est difficile de se mettre résolument au travail pacifique du progrès qnand on sent le sol trembler sous soi.

Il ne faudrait pas s^imaginer, du reste, qu'ail ne se soit rien fait en Espagne pour rinstniction du peuple dans ces derniers temps, ni qu^une race aussi énergiquement trempée soit demeurée inactive depuis un an et demi qu^elle respire Tair de la liberté, si chargé dWages qu'elle Tait trouvé.

Une lettre de M. Jacquin, qui avait accepté la mission d'organiser le mouvement de la Ligue

(1) Il s'est formé à Barcelone une Société det atnit de VinstrucUon, qui a pour président don Ramon Arabia, et pour secrétaire don Pablo Servady Elias. L'on m'a envoyé le programme des prix qu'elle ofTre pour être décernés dans sa session annuelle de 1871. Ils consistent en trois médailles d'or accompagnées d'un diplôme d'associé honoraire, pour les ouvrages suivants qui sont mis au concours :

4* Une Histoire de Barcelone^ écrite pour les en* fants ;

2* Un Traité élémentaire de géographie, contenant des données historiques et commerciales sur les divers Etats du globe ;

3« Un Traité d'économie politique à la portée des enfants. On donnera la préférence, dit le programme, à celui qui exposera le plus simplement et le plus clairement le système d'économie politique qui convient ticullèrementàr£spagne. a

dans les provinces Basques, contient des détails que je crois de nature à rassurer sur Ta venir d^un pays qui a de trop belles pages de son histoire pour ne pas se remettre au niveau des autres^ maintenant qu^il est rendu à lui-même.

... Heureusement les esprits commencent & se calmer» et Ton voit se manifester un penchant universel & pousser en avant avec énergie Tinstruction du peuple. Une foule de pétitions arrivent à la Chambre pour demander renseignement obligatoire, et j*08e espérer que notre Constituante ne se séparera pas sans avoir proclamé et inscrit dans La loi renseignement primcdre obligatoire et gratuit.

En ce qui regarde cette petite contrée du pays basque, il y a eu lieu de se féliciter des résultats obtenus cet hiver. Les écoles d'adultes viennent de se fermer au 15 mars pour se rouvrir en automne. Ilyena dans toutes les villes et dans tous les villages. Les ouvriers les ont fréquentées en assez grand nombre et ont beaucoup profité de renseignement. L'hiver prochain nous ajouterons à Fécole la bibliothèque populaire, et nous entamerons une campagne de lectures publiques.

Dans cette ville, où la présidence de la commission dlnstruction m'a été confiée, je suis arrivé à ce résultat que PAS UN des enfants compris dans r&ge de trois ans à douze ans ne manque de firéqueuter Técole. Pour les adultes, j*ai eu cet hiver trois écoles bien montées et assez bien fréquentées.

Combien il y a-t-il de villes en France ayant des commissions d^instruction qui puissent en dire autant?

Le président de la commission de St-Sébastien m^écrivait le 18 janvier :

A mon retour d*Egypte, j'ai voulu entamer l'étap

blissement immédiat de la Ligue Basquo. Les amis auxquels y ai parlô de l'affaire ont trouvé convenable d'ajourner, pour le moment, un travail en règle. La raison en est que l'agitation morale causée par la révolution est encore si forte que nous risquerions de voir la politique s'emparer de notre œuvre pour la gâter. Il faut attendre que ce tourbillon passe pour pousser sérieusement, au miieu du calme des esprits, cette œuvre bienfaisante.

Je ne forme qu^un vœu pour PEspagne, c^est qu^on y fasse partout, en attendant Porganisation de la Ligue, se qui s^est fait sans elle dans le pays Basque.

Le premier Cercle de la Ligue italienne a été fondé à Bergame, le 21 mars 1869, dans une réunion présidée par M. Luigi Luzzati, à la suite de la séance dMnauguration de la Banque populaire de Bergame.

La Provincia di Bergamo du 25 mars publiait son acte de naissance, ainsi formulé :

Comité de la ligue itauenne pour l'instruction populaire.

Une société est formée à Bergame sous le titre de Comité bergamasque de la Ligue italienne pour l'instruction populaire.

Elle se donne pour but de répandre autour dP elle l'instruction par tous les moyens possibles.

Elle n'est f œuvre d^aucun parti et sUnterdit toiUe polémique^ politique ou religieuse.

Une commission provisoire est chargée :

1* De recueillir les adhésions et les cotisations de première mise ;

2*/)« préparer un projet de statuts qui sera soumis à la première assemblée générale ;

3* De convoquer cette assemblée en temps op^ porlun.

La commissionprovisoire se compose de MM :

Camozzi Vertova, sénateur, syndic de Bergame ;

Teodoro Frizzoni ;

Luigi Palma ;

Comte Carlo Lochis ;

César Ginoulhiac ;

Elia Zerbini ;

Comte Battista Agliardi ;

Giuseppe Piglia ;

AJessandro Malliani.

Des réunions semblables ont eu lieu, dans les derniers jours de mars 1869, à Padoue, Venise, Bologne, Plaisance et Turin. L'idée de la Ligue italienne y a été acclamée, et les premières signatures y ont été mises sur les listes des Cercles locaux.

Je citerai seulement quelques noms :

Padoue. MM. Luigi Luzzati, Antonio Tolomei, F. Frizzerini, E. Morpurgo, N. Francesco Marzolo, Carlos Bressan, G. Tomassoni, Maso Trieste.

Venise. Gustave Koppel, Antonio Berti, Giorgio Politeo, Sébastiano Franceschi, Michel Trêves, Alessandro Pascolato, Enrtco Castelnuovo, Giovanni de Breganzo, Alberto Errera.

Bologne. Benedetto Osima, Ferdinando Berti

606 SDLLETIN DE LA UGUE

Mantovano Orselli, Augusto Àglebert, Leonidas Carpi, Aristide Baya, Dominico Rossi.

Plaisance. Carlo Fionizzi, Giacomo Ferrari, Giovanni Pavesi Negri, Luigi Lupi, Severino Brigidini, Francesco Gioja, Vincenzo Rovera, Emilio Nerva.

Je suis sans renseignements sur ces premiers nés de la Ligne italienne, qui n^ont encore rien publié à ma connaissance ( 1 ) En revanche, j^ai beaucoups de détails à donner sur le Cercle de Vérone, qui s^est constitué le mois suivant, et qui en est déjà à son huitième bulletin.

Voici le commencement de ses statuts, votés à rassemblée de fondation, le 12 avril 1869 :

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