STATUTS DU CERCLE DE VÉRONE DE LA LIGUE DE
Art. i*'. Le Cercle de Vérone provoquera des fondations de bibliothèques, d'écoles pour les enfanta, de cours public pour les adultes, de salles de lecture, etc.
Art. 2. Il soutiendra et travaillera à faire prospérer les institutions de ce genre qui existent déjà.
Art. 3. Il s'abstiendra de tout ce qui pourrait avoir une couleur de polémique politique ou religieuse.
Art. 4. Sont membres du Cercle soit les maîtres, soit les souscripteurs pour une cotisation mensuelle qui ne pourra être momdre de 10 centimes.
Art. 5. Sont considérés comme maîtres, tous ceux qui se présentent pour enseigner quoi que ce soit, d'accord avec le comité.
(i) M. Alessandro Malliani m'a écrit de Bergame, le i4 février, qu'à cette date le Cercle comptait 119 membres, et disposait de 674 fr. de cotisations anuuelles. U s'était donné, pour premier but, la fondation de Bibliohèques populaires à Bergame et Uans les localités les plus importantes de la province.
Art. 6. Le cercle de Vérone proToque et appuie, par tous les moyens possibles, la création dans les communes de la province d'autres cercles indépendants mais se donnant un but identique, de façon à constituer une grande Ligue italienne, quand on en aura lait autant dans les autres provinces.
Dans son discours à rassemblée de fondation, le professeur Angelo Garbini, dont le nom figure en tète de la liste des promoteurs du cercle et qui en a été nommé le président, s^explique sur ces deux derniers articles en homme qui se nad parfaitement compte des conditions pratiques d'existence et du vrai champ d^action d'une Ligue de renseignement :
Les Cercles des communes, dans une province, se mettront en relation avec celui du chof-lieu. Les Cercles des chefs-lieux de province se mettront en relation avec celui de la capitale. Uu lien de correspondance rattachera seul tous les Cercles entre eux, chacun conservant son entière liberté d'action. Et voilà notre Ligue italienne de renseignement I
Et plus loin :
Mais, me direz-vous, d'où vous viendront les maîtres ? Où trouverez-vous de quoi les payer ?. Et les locaux ? Et les frais ?
La question est sérieuse. J'y répondrai d'un seul mot.
Nos maîtres seront tous les bons citoyens qui s'entendront avec le Cercle pour enseigner gratis ce qu'ils savent à ceux qui voudront l'apprendre.
La dame qui, le dimanche, enseignera à lire, à écrire, & coudre, ou bien le dessin, l'arithmétique, l'histoire, à quelques pauvres filles du peuple, cette dame sera pour nous un membre honoré du Cercle, une maîtresse bien méritante. L'&rtisan qui réunira, dans son atelier, le dimanche, d'autres arti-
sans moins habiles, ou des jeunes gens» et leur enseignera, par exemple, à fabriquer une serrure élégante et solide, cet artisan sera pour nous un professeur distingué (1)
Pour nous, seront maîtres au même titre le professeur de lettres et de sciences et le fabricant
(1) Ces paroles de M. Angelo Garbinîme rappellent ce que m^écrivait au mois de mars, le docteur Damel, le président de notre nouveau Cercle de Calais :
« Je suis préoccupé de mettre en pratique l'idée sui- Tante : donner aux individus qui n*ont pas appris de métier, et qui sentent l'état d'infériorité où les tient ce manque de profession, le moyen d'acquérir un état en consacrant à son apprentissage les heures que le travail journalier peut laisser libres.
« Il s'agit pour cela d'obtenir des divers métiers, sut» ceptibles de s y prêter, de réserver dans leurs ateliers une -ou deux places, où tout membre du Cercle de la Ligue pourrait sur la recommandation du Comité, ou d'une Commission ad hoc, venir, à ses heures de liberté, travailler avec l'aide des conseils des ouvriers de l'atelier. Le patron, en réalité, rendrait ainsi grand service à peu de frais ; les ouvriers s'habitueraient â s'entr'aider, ce serait un nouvel élément de bonne harmonie sociale. Cette perspective de pouvoir se donner un métier de leur ehoix, serait un puissant et salutaire stimulant à tous les gens qui n ont pour vivre d'autre ressource que la domesticité à perpétuité, ou les gains aléatoires du manœuvre.
« L'apprentissage ouvert à qui veut prendre un peu do temps sur son repos, sur les heures données à l'inaction ou au plaisir, l'apprentissage gratuit, et pour hommes, et pour femmes, offert h l'âge où le poids du passé pèse durement sur ceax qui ont été privés d'instruction professionnelle, à l'âge où Ton comprend, où l'ont sent, où Ton a encore la force nécessaire pour se rattraper aux branches, offert i la seule condition de vouloir avec énergie et ténacité, voilà ce que je voudrais créer, et ce qu'il faut créer, m
d*allumette8, ails acceptent Tun et lautre de travaUler à Tinstruction de notre peuple.
Nous aurons ainsi des maitres qui ne nous coûteront rien, et ils fourniront eux-mêmes les locaux nécessaires, soit chez eux, soit dans leurs ateliers. Le Cercle pourrait en fournir à la rigueur, au moyen de la cotisation payée par ses membres, et, soyez-en bien sûrs, la place ne manquera jamais à ceux qui auront la bonne volonté d'enseigner.
1* Giovanni Bednarovits, prêtre, agriculture^ florieuUure, arboriculture^ vitictUlure ;
2*Giiiseppe Ferrari, instituteur communal, géométrie ;
3* Giovanni Baselga, prêtre, lecture élémentaire j calcul et géographie physique ;
4* Giuseppe Ferez, instituteur;
5* Emilia Benati, institutrice, langue frau" çaife ;
6* Teresa Metz, rentière, langue allemande ;
7* Nicoio Guarise, prêtre, lecture^ écriture, calcul et géographie ;
8* Antonio Bonazzi, prêtre :
9* Giuseppe Facci, langue française ;
10* Giuseppe TofToietti, employé, sténographie ;
11* Laura Scopoli, propriétaire, langue ita-tienne et française ;
12* Docteur Genno, ar^vA^notre;
13* Bosio Lorenzo, professeur, l'enseignement qu'il conviendra au Comité de lui assigner.
Le Bulletin annonce que cinq professeurs de V/nstitut industriel de Vérone, et tout le personnel enseignant de V Ecole technique^ se sont mis à sa disposition, et il fait suivre cette annonce de la
mention d^une oflre trop touchante pour que je puisse la passer sous silence.
Cest un homme du peuple, Dominico Ter* tuan, qui écrit au Comité, que n^ayant rien à donner, et voulant cependant être pour quelque chose dans une œuvre si utile à son pays, il s^engage à faire gratuitement le service de la salle pour toutes les leçons du soir qui seront données par Tentremise du Cercle, à laCasaPellegrini.
Le 8* bulletin, daté du 31 mars, contient le compte-rendu de la première année d'exercice du Cercle, présenté quatre jours auparavant, par M. Angelo Garbini, à rassemblée générale du 27.
Il témoigne surabondamment de Taccueil sympathique qu^il a rencontré dans toute la population. La Chambre de commerce, la Société ouvrière, la Société Véronaise du corps enseignant, laLogemdÇonniqueilr^a, la Banque nationale et la Banque populaire, le Comité Y éronais de TAssociation médicale italienne, se sont fait inscrire sur les listes de souscriptions. La municipalité a mis à sa disposition, pour les cours du soir et du dimanche, les salles d^école et leur matériel d^enseignement. La députation provinciale lui a procuré les modèles de machines pour ses classes de mécanique. Les grandes librairies de la ville lui ont fait des remises considérables, et tous ses fournisseurs lui ont ouvert des crédits dés son entrée en campagne.
14 établissements d'instruction, fondés par lui dans Tannée, fonctionnent déjà sur différents points de la ville, et quelques-uns, comme
MOUVEMENT EXTÉRIBUK 611
VEcole supérieure ouvrière, V Ecole des conscrits illettrés, la Conférence d'hygiène possèdent loiis un groupe de professeurs : TEcoie supérieure ouvrière en a six. Des cours d^allemand, d^anglais et de français ont été ouverts par le cercle, le dernier avec un tel succès, qu'au bout de quelques semaines il a fallu en ouvrir un second. Un Jardin denfwUs, d'après la méthode Frœbcl a été créé sous le patronage du cercle. A la demande du syndic de Vérone, G. Gamuzzoni, les ligueurs Yéronais ont établi des cours de lecture, d'écriture et de calcul dans la caserne des pompiers de la ville, dont la plus grande partie est illettrée, dit la lettre du syndic, et leur professeur. Aiessandro Bisofil, se prépare à les initier aux notions scientifiques qui pourront les guider dans leurs luttes avec les incendies.
L*écoIe de floriculture, ouverte par notre éminent associé Bednarovitz, est-il dit dans le compte rendu, a été peu fréquentée pendant Thiver, mais un grand nombre de nos concitoyens la suivent depuis qu'elle a été transportée dans le jardin mis gracieusement à la disposition ,du professeur, par M. Menepirgelli.
De nouvelles écoles d'adultes, pour les femmes illettrées, non comprises dans les 14 institutions mentionnées au compte-rendu, sont annoncées comme devant s'ouvrir, sous peu de jours, dans le quartier St. Zeno, ainsi qu'un cours de chant, que M. Giuseppe Rogger va commencer à l'école élémentaire de la Casa Giusti. Les écoles de femmes seront dirigées par M*"*' Teresa Scrinzi et Luigia Lonardi.
Mes connaissances ne sont pas bien étendues, écrivait M** Teresa Scrinzi dans sa lettre d offres de services au comité, laquelle se trouve au commencement du bulletin, mais le dévouement que je me sens au cœur pour mes compatriotes me donne le courage d*enseigner ce que je sais aux femmes qui sont plus ignorantes que moi.
L^action du cercle ne s^ëtait pas exercée seulement à Vérone ; elle avait aussi rayonné dans la province où deux cercles se trouvaient fondés le 31 mars, à Valpolicella et à Vigasio, et le- dernier avait organisé déjà ses cours dont voici le programme :
Agriculture^ Lucani Bartolommeo.
Géographie^ id.
Système métrique^ id.
Histoire^ Solari Gio Batta.
Mécanique^ Montemczzi Bartolommeo.
Hygiène^ D"" Giuseppe Piccolboni.
Pour une première année, c'est assurément bien travaillé, et parmi tous nos cerclesde France, je n^en vois pas un qui puisse se vanter d^avoir fait autant en aussi peu de temps. Il n^cn est aucun, il faut le dire à leur décharge, qui ait eu la partie aussi belle. D^ennemis, m^écrivait M. Angelo Garbini, plus de deux mois après la fondation du cercle, d^ennemis nous n^en connaissons point, et sHls attendent encore un peu è se montrer, ils se présenteront certainement trop tard. Il est permis de croire qu^il ne sVn est pas présenté, car il n^y a pas de trace de luttes dans les huit bulletins du cercle Yéronais, à moins que leur intelligent rédacteur n'ait eu le
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bon esprit, s^il s^est produit des attaques, de les considérer comme non avenues ; et, de fait, elles n^auront pas été bien dangereuses.
La grande Ligue italienne serait déjà en bonne yoie d^organisation si Ton avait travaillé partout comme à Vérone. Mais les institutions de ce genre ne se fondent pas du premier coup dans un pays, et nous étions moins avancés en France, après un an, qu^on ne Test en Italie.
D^autres initiateurs, que ceux dont j^ai donné plus haut les noms, se sont mis en avant sur un grand nombre de points. Les cercles de Milan et de Turin, fondés par MM. Portalupi et Cesare Revel, ont deux organes officiels dans VAwenire deW hiruzione et CEducatore del Popolo que rédigent leurs fondateurs. A Ancône, M. Cesare Rosa a entamé Torganisation d^un cercle de la Ligue italienne, au mois de septembre dernier, et M. Pio Lazzarini, le promoteur delà Bibliothèque populaire de Russi, m^annonçait, au commencement de mai, son intention de provoquer à Ravenne une réunion publique, où serait préchée la Ligue de la Romagne.
Les bulletins du cercle Véronais mentionnent les démarches faites pour organiser des cercles :
A Palerme, par le comte Eugénie Floritta di Bandazzo, et M. Crispo, directeur de VUmani^ tario ;
A Termini-Imerese, par Calagero Battaglia;
A Vicence, par M. le docteur Battista Rczzara,
A Camerino, par H. Giovanni Zanoni;
Dans la province de Bellune, par MM. Maddalozo et Cima.
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Il se fait là, évidemment, un mouvement sérieux qui finira par trouver sa voie. S'^il la cherche encore, c^est qu^il avait été devancé. On n^avait pas attendu en Italie la prédication de la Ligue pour travailler au développement de Tinstruction populaire, et ce sont précisément les essais antérieurs qui ont fait parfois obstacle, comme il est arrivé chez nous, à Faction des Cercles.
C^est du reste un obstacle dont il est facile de prendre son parti ; car Pétiquette ne fait rien à Tœuvre : Pimportant, c^est qu^elle s^accomplisse.
Dans le quatrième bulletin du Cercle véronais, on cite la réponse faite à Pinvitation de quelques membres du comité par le docteur Alexandre Casalini, de Rodvigo, qui déclare, et avec raison, la création d^un Cercle de la Ligue italienne superflue dans la ville où il existe déjà une SodéU d'instruction mtUuelle et d'éducalion populaire^ f dont les statuts sont conformes à ceux de la Ligue, 1 et le bulletin dit avec non moins de raison que cette Société est le Cercle de Rovigo fait d^avance, en s^appuyant de Pexemple de notre Cercle mulhousien qui s^appelle, en soustitre. Société des Amis de l'Instruction popu-laire.
Quand il a été question, pour la première fois, de la Ligue à Turin, on a présenté aux promoteurs les statuts imprimés d^ne Association nationale italienne^ qui fixait son siège provisoire à Turin, et qui aurait été, de fait, la Ligue italienne, si elle avait réussi, comme Pannonce son
programme, à instituer par toute Pltalie des comités locaux se donnant pour but :
A. De provoquer la crécUion d'écoles élémentaires dans les commwies qui n'en ont pas^ et de soutenir celles qui existent.
B. De fonder des écoles du soir et du dimanche pour les adultes.
C. De donner des prix aux élèves qui se seront le plus distingués dans les écoles élémentaires instituées par l'association ou les communes.
D. D'étudier les moyens de relever la condition
des maîtres élémentaires.
L'instruction qui sera donnée dans les écoles de TAssociation, ajoutaient les statuts, portera sur renseignement de la lecture, de récriture, du calcul, de la morale et des devoirs sociaux, sur les notions les plus simples de Thygiène et des sciences naturelles, et sur les exercices de gymnastique.
La Ligue n^avait rien de mieux à dire. II ne restait plus qu^à le faire.
Le jour où nous avons fait notre cercle» m*écrivait de Plaisance, au mois de mai 1869, M. Carlo Fioruzzi (1), j'ignorais que plusieurs jeunes gens
(1) M. Carlo Fioroizi a eu l'obligeance de me donner communication de son rapport du 21 février 1869, à la Société des salles d'asile de Plaisance^ dont il est le président. Ces salles, entretenues uniquement par des contributions Tolontaires qui se sont montées à près de 13.000 fr. en 1867, recetaient 594 enfants à la lin de cette année.
Il exite en Italie une grande association qui s'étend sur tout le royaume et qui s'est donné pour but de créer des salles d'asile dans les campagnes; mais je n'ai pas de renseignements sur les résultats obtenus par elle.
nous avaient prévenus, en fondant une société dite des Bons Amis^ pour rétablissement d*une bibliothèque populaire qui a déjà commencé à fonctionner.
Je viens de recevoir d'une ville italienne cette explication de Pinsuccës d'un cercle qu'on y avait essayé, explication qui n'est pas nouvelle pour moi, je dois le dire. Je la donne pour ce qu'elle vaut :
On m*a dit qull reste bien peu à faire ici, après ce qui a été fait par la mairie. Il y a des bibliothèques populaires, des écoles du soir, des écoles de dessin pour les ouvriers, des asiles pour l'enfance, des cours publics de mathémathiques et d'autres encore; bref, il resterait bien peu à faire pour la Ligue, si elle vivait.
C'est juste ce que j'ai répondu plus d'une fois aux gens trop pressés de déclarer qu'ils n'ont plus rien à faire. Les dévoués qui se mettent en avant et rencontrent cette fin de non-recevoîr, peuvent s'appliquer ce que je disais dans le Bulletin de novembre 1868, à propos des ligueurs Rémois, entravés dans leur organisation sous prétexte de surabondance d'action municipale. C'est aussi vrai eu Italie qu'en France, et c'est bien là ce qu'on s'est dit à Vérone, où la mairie n'est certes pas plus inactive qu'ailleurs (1) :
(1) M. Piglia, le directeur de la Banque oatioaale de Bergame, m*a écrit une lettre qui contient de curieux renseignements sur ce qui se fait et ce qui ne se fait pas dans son pays. Us me paraissent concluants pour établir ropportunité, comme aussi la possibilité d'une organisation sérieuse de la Ligue italienne :
« Pour un motif ou pour un autre, il est un fait :
MOUVEMEKT EXTÉRIEUR 617
Ils considèrent comme leur devoir de citoyens de travailler au développement de Tinstruction populaire dans leur ville, et Ton est tenu à Faction per» sonnelle quand on a conscience de ce devolr-là. Ce qui se fait à côté de vous ne vous en décharge pas.
Parmi les institutions qui viennent d^ètre citées comme existant déjà dans cette ville suffi-
c*est que les populations lombardes féaitiennes, du temps des Autrichiens, étaient beaucoup plus instruites que les Italiens sous la domination des autres gouvernements.
. « Le gouTernement autrichien avait même déjà depuis 1818 onvert des écoles publiques bien organisées pour les filles.
« Ici donc, après la délivrance du pays, le terrain pour rinstruction du penple était déjà passablement bien préparé, et, abstraction faite de ce que le pays a fait ou négligé de faire pendant ces premières dix années de liberté, il résulte des statistiques publiques que les provinces de la Lom hardie et celles du Piémont donnent de 300 à 373 illettrés, quelquesunes même 400 sur 1000 habitants; tandis qu'en Toscane on en compte 600 sur 1000 et, en Sicile, 900 sur 1000. Quant aux provinces vénitiennes, je n'ai pas là-dessus de renseignements positifs.
« Parmi les provinces de la Lombardie, celle de Bergame présente, sous ce rapport, des données satisfaisantes, ce qui du reste, doit être attribué aussi au système de culture de son territoire.
« Dans la plaine, la culture en grand des terrains met d'ordinaire, entre le propriétaire et le cultivateur, une troisième classe, celle des fermiers qui, naturellement, veulent tirer le plus grand avantage possible de leur industrie, et le plus souvent, sont durs vis-à-vis des colons, dont l'existence devient par là bien misérable sous tous les rapports.
« Là où de telles conditions existent, le paysan est presque toujours indifîéreut à ce que les terres qu'il
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samment éclairée, il en est une que la Ligne italienne aura d^autant plus beau jeu à propager qu^ellc Taura trouvée en pleine voie de prospérité : c^est la Bibliothèque populaire.
Saluons la Ligue à Florence! Elle y est déjà presque formée, sous le nom de Société iUUiemne
est obligé de culiiver prospèrent ou non, puisqu'il n^est qu'un Simple ouyrier, dont la rétribution ne suffit pas pour satisfaire aux besoins les plus urgents de la rie matérielle et parce qu'il peut qoiUer d'un jour à l'autre son mailre pour aller où le trarail de ses bras lui sera mieux payé.
a Par contre, dans la Haute-Lombardie les fermiers wanî quelques exceptions n'existent pas, et les pajaans wnlpour mum dire las «aeftfiwi des propriélaiiBS des terres quHs eoUiveiit.
c Ici les produits de Tagricaltiire «mt partagés de moitié entre le propriétaire et le colon, et par ce système, il arrite quelquefois que celui-ci se trouve proportionnellement mieux que son maître, car il faut aussi prendre en considération que c'est sur ce dernier seul que retombe la charge des impôts de toute nature sur les immeubles.
« Cette catégorie de cultivateur jouit donc^ dans la Haute-Lombardie, d'une certaine aisance relative, ei vous savez bien, Monsieur, que là où il y a un peu de bien-être matériel, les conditions morales et intellectuelles sont toujours meilleures que là où r^e la misère.
« 11 existe à Bergame une société industrielle qui, en iS60, avait ouvert gratuitement des écoles du soir et du dimanche pour des ouvriers adultes; eh bienl ces écoles ont été fréquentées pendant deux ou trois ans; mais, dans la suite, le nombre des écoliers a diminué à un tel point que la Société a dû renoncer à son œuvre philanthropique, parce qu'elle finissait par dépenser son argent inutilement.
n Si ces écoles pour apprendre à lire et à écrire, se
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paurla propagation des BihUothèqttes populaires.
M. Antonio Bruni, qui m^ëcrivait cela aumois^ de juillet de Tannée dernière, a eu Thonneur de donner le signal par la fondation de la Bibliothèque populaire de Prato en Toscane, qui remonte à la fin de 1861. U est resté depuis le propagateur infatigable, presque seul d^abord, de Pins- .titution dans son pays, et son nom est un de
sont ponr ainsi dire éteintes faute d'écolîera» crile du dessin appliqué aux arts et métiers, institué* par la même société, tit encore d'une rie assez prospère. D'après les renseignements que j'ai pu recueillir, il résulte que, dans les campagnes de la province de Bergame, les écoles du dimanche sont encore passa* blement fréquentées, et, dans quelques communes, on donne une certaine solennité aux examens de la fin de l'année, comme cela arrite d*une manière édifiante dans le tillage d'Almenno San-SaWatore, à 5 kilomètres de Bergame, à l'occasion de la distribu* tion des primes aux jeunes gens qui se sont le plus distingués dans Tépreute à laqueUe ils ont été soumis par la commission d'examen. C'est alors qu'a lieu la plus belle fête du village ; c'est une solennité civile à laqueUe prennent part les autorités et les notabilités du pays, et cet exemple devrait être suivi partout ici, car il est nécessaire de faire naitre ces occasions pour mettre en évidence, sous les yeux du peuple l'importance de Tinstruction.
« Le gouvernement italien consacre une somme annuelle à récompenser un certain nombre de maîtres des écoles élémentaires du royaume, et à donner des prix aux enfants qui ont bien profité de Tinstruction; mais ce qu'il fait à cet égard est encore peu, et il faudrait que les difiérents corps constitués, administrations provinciales et communales, institutions de bienfaisance, etc., prissent une plus forte iniUative pour tout ce qui a rapport à l'instruction primaire.
» A Bergame, il existe déjà, je crois, depus quatre
ceux qui méritent de figurer aux annales de ce qu^on peut appeler la Renaissance Italienne.
C^est surtout dans ces quatre dernières années que ridée des bibliothèques populaires a fait son
ans un comité pour la ditîusion de rinstructioD populaire, et il y a à peu près un mois qull a finalement donné aigne de vie en annonçant dans les journaux les primes qu'il avait distribuées à quelques maîtres de la campagne.
« Il y a à Bergame un club ou Casino des ouvriers, auquel j'appartiens, dont le but est de se réunir le soir pour vouer quelques heures à la lecture, se communiquer réciproquement ses propres idées et pour organiser de temps à autre des fêtes de famiUe auxquelles prennent part les femmes et les enfants des associés.
« Cette société possède déjà une petite bibliothèque qui s'e§t formée de dons, et maintenant il vient de se constituer une société par actions pour instituer une bibliothèque populaire.
« Vous voyex donc, Monsieur, qu'ici les éléments nécessaires pour la diffusion gratuite de Tinstruction dans le peuple ne manquent pas ; mais ce qui lait encore défaut, c'est la volonté constante de s'instruire de la part du peuple, en même temps que les instructeurs eux-mêmes, de leur côté, sont peut-être un peu tièdes dans l'exercice de leur ministère. Il est donc nédessaire de donner de l'impulsion à tous en général, et présentement Ton ne peu atteindre ce but que moyennant des sacrifices pécuniaires.
« Maintenant, la situation dans la plupart des provinces est encore telle, que non-seulement il faut rémunérer extraordinairement les instituteurs qui obtiennent de bons résultats, mais qu'il faudrait encore payer le peuple pour le forcer en quelque sorte à s'instruire.
« C'est dans ce sens qu'entend exercer sa sphère d'action le Cercle de Bergame de la Ligue de renseignement qui s'est constitué ici. »
IIOUVEMENT EXTÉRIEUR 621
chemin en Italie. Dues la plupart à Pinitiative privée, elles se comptent à Fheure quHl est par centaines, et ont trouvé partout un concours empressé dans les administrations communales et provinciales, dans le gouvernement luimême qui en a subventionné un grand nombre. Chaque jour voit s^en former de nouvelles. La faveur publique est acquise d^avance à qui voudra y mettre la main, et il y a là, pour les cercles de la Ligue, un champ d^action, grand ouvert devant eux, quUls n^auront pas même épuisé quand chaque village aura sa biblioihèque.
Il restera encore à y joindre le complément naturel de la bibliothèque : les lectures publiques, avec, commentaires explicatifs, pour faire connaître et comprendre les livres qu^elle contient. C'est là surtout que trouvera à s'exercer l'action personnelle des ligueurs, c'est par là que s'organisera le plus facilement et le plus utilement cet enseignement mutuel des citoyens les uns par les autres, qui doit être le dernier mot d'une Ligue de l'Enseignement.
Ces lectures publiques ont été instituées dés le commencement, et avec le plus grand succès, par le docteur Alberto Errera, à la Bibliothèque populaire de Venise, fondée en 1866.
Les lectures en commun, m'écrivait-il Tannée dernière, ont été une conséquence de la bibliothèque circulante (i). Les ouvriers y accouirent en foule, tout fatigués qu'ils étaient du travail de la journée,
(1) On appelle en Italie Bibliothèques circulantes celles dont les livres sont emportés au dehors par les lecteurs.
quelques-ans même dans leur costume d*atelier et avec leurs outils. Enfants, jeunes gens, vieillards, prêtaient la plus sérieuse attention aux lectures qu*on interrompait quelquefois par des demandes d*explication. On nous en adressait aussi par écrit. C'est ainsi que nous avons eu & leur parler de la machine à vapeur de Stephenson, du mariage civil, de notre système électoral. Les livres dont on avait parlé et dont on avait lu des fragments étaient tout de suite demandés et lus avec ardeur. Plus d'une fois on aperçut dans la fbule des hom« mes importants de Venise, venus là de leur chef; des dames distinguées avaient promis de s'associer aux promoteurs de ces lectures publiques, et* Ton pensait déjà à en établir de semblables pour les femmes.
Tout ce récit est au passé. (Test qn^l n^ivait malheureusement qu^à rappeler un souvenir.
L*affluence des auditeurs était si grande, ajoute le narrateur, que la municipalité s'effraya de ces réunions et en défendit la continuation.
Je ne puis, d^ci, me faire juge de cette me* sure municipale; mais je n^en appelle pas moins Patlention des ligueurs de tous les pays sur une pratique dont Pinstruction me parait de la plus haute importance, et qui est à la bibliothèque ce que le sel est à Taliment.
Cette bibliothèque de Venise esl ouverte aux paysans des environs. Ils viennent y prendre des livres c qui pénètrent ainsi^ dit la lettre, dans les endroits les plus rebelles à la civilisation, et reviennent parfois en bien mauvais état; mats cela leur vaut mieux encore que de meubler des rayons poudreux. »
J^ajouterai que ces livres circulent aussi dans les hôpitaux et les prisons de Venise, et je nW-
blierai jamais Faccenl avec lequel le docteur Alberto Errera me disait, sur le quai des Esclavous, en me montrant les murailles de la citadelle qui se dressaient devant nous de Pautre côté du port :
Voyez-vous, Monsieur, j*ai été enfermé là-dedans, du temps des Autrichiens, et je sais ce que c'est que de se voir, sans livres, entse quatre murs. Ma première pensée a été pour les prisonniers, quand nous avons fondé, mes amis et moi, notre bibliothèque populaire.
n n'y a pas qu'à Venise qu'on peut avoir de ces souvenirs-là et qu'on devrait les utiliser de cette façon.
On le voit si l'Italie a pu s'inspirer, pour son travail de régénération, de ce qui s'est fait dans les autres pays, elle a aussi déjà des exemples à leur donner.
Le premier de tous, c'est une dose de morgue sociale moins forte qu'ailleurs, laquelle y rend plus facile le contact personnel d'une classe à l'autre et permet la communication intellectuelle de s'établir plus librement entre l'ignorant et celui qui désire l'instruire. L'Italie ne serait pas en reste avec nous si nous pouvions lui prendre cette aisance de rapports et ce ton de bonne humeur entre les classes, qui font un chemin si commode à l'enseignement mutuel.
Le mouvement d'instruction populaire qui a surgi, au lendemain de la délivrance, dans ce beaux pays, si longtemps à la tète de la civilisation européenne, a pour lui trois grandes choses :
Le sentiment universel et tçës-vif de sa nécessité;
63 i BULLETIN DE LA UGUE
La liberté de jeu laissée à Pinitiative personnelle par les institutions. — L^incident vénitien est le seul cas de prohibition venu à ma connaissance depuis six ans que je suis en correspondance avec ritalie ;
Le concours des femmes mieux assuré peutêtre à la Ligue italienne qu^à aucune autre ( 1).
Avec cela, le sTiccès ne saurait être douteux.
Nous prouverons» m'écrivait un de ceux qui ont mis leurs noms sur les listes des premiers cercles, nous prouverons que ritalie n*est pas encore la terre des morts.
C^est tout prouvé déjà.
(1) Aux écoles publiques ouvertes à Vérone, par Mmes Luigia Bonardi et Teresa Scrinsi, il faut ajouter un cours de langue française, fait à une centaine de jeunes filles par Mme Ëmilia Bennati, et l'école du dimanche, tenue par Mme Angelina Beltrami à la Com d'fndustria, pour « là couche infime de la population Yéronaise, dit le Bulletin, où rignorance, la corruption et la misère se disputent un lamentable triomphe. »
Je n'ai trouvé Tannée dernière, à Parme, qu'une seule institution d'instruction populaire, une école professionnelle de filles, établie dans les bâtiments, deve« nus disponibles, d'un ancien couvent, par une société de dames qui vont y donner elles-mêmes des leçons.
Je suis chargé en ce moment par une dame de Venise, Mme Adèle délia Vida Levi, de lui procurer nos tableaux de salles d'asile, pour Taider dans les leçons qu'elle donne au Jardin d'enfants fondé par son initiative. C'est enfin d'une dame de Padoue, Mme Rosa Piazza, que m'est revenu le premier écho de notre campagne en laveur de Tinstruction obligatoire, à laquelle elle s'est associée en traduisant une de nos publications. La préface qu'elle a mise en tête est iin plaidoyer aussi sensé que couisageux, qui était de taille à se présenter tout seul, au lieu d'être un modeste introducteur
Le progrès poursuivi par la Ligue anglaise, une loi rendant Pinstruction primaire obligatoire et non sectaire, ce progrès a été réalisé en Autriche par la loi du 14 mai 1869 ( I ). Il n^y ^ plus là d^efTorts à faire de ce côté, sauf toutefois ceux qui pourront être nécessaires pour vaincre les résistances à Papplication de la loi.
Reste à organiser Faction privée pour venir en aide à Faction publique, et c^est commencé déjà.
(1) Voici les dispositions capitales de la loi aulrichienne du 14 mai 1869 :
Art 2. Toute école populaire dont TEtat, le pays ou la commune, paient, en tout ou en partie, les frais dlnstallation ou d*entretien, est une institution publique, et comme telle doit être accessible à la jeunesse, eans distinction de croyances religieuses.
Art. 20. Les parenvs ou leurs représentants ne peu- ▼ent laisser leurs enfants ou leurs pupilles privés de rinstruction qui est prescrite pour les écoles populaires publiques.
Art. 21. L'obligation de fréquenter Fécole commence avec l'accomplissement de. la sixième année, et dure jusqu'à quatone ans accomplis.
Art. 24. Les parents ou leurs représentants, ainsi que les propriétaires de fabriques ou d'élablissemenls d'industriels, sont responsables de la fréquentation régulière des enfants soumis à lobligation de fréquenter récole, et ils peuvent être contraints à Taccomplissement de ce devoir par des moyens coërcitifs. Les mesures spéciales à prendre à ce sujet sont déterminées par la législature de chaque pays. •
Art. 48. Nul ne peut être nommé à un emploi d'iiifr» tituteur, s'il n'a obtenu les certificats exigés par la loi,
La Ligue trentine, que j^annonçais dans le Bulletin du 15 février 1869, s^est faite à Trente, le 19 mars suivant, moi présent. Je citerai, parmi ses premiers adhérents :
Auguste Panirza, Massimiliano Àmbrosi, Francesco Âmbrosi, Pietro Larcher, Felice Monauni, Sigismondo Manci, Michèle Fazolari.
La Ligue trentine s^en est tenue jusqii^à présent aux bibliothèques populaires.
J*ai essayé, m'écrit M. Auguste Panizza, d*ou* vrir dans notre bibliothèque un cours de géographie et des conférences sur Féconomie politique; mais je n'ai pas trouvé le terrain préparé. Ce fut un échec auquel je ne m'attendais pas.
Du reste, la bibliothèque populaire de Trente va grand train, et trouve maintenant une puissante rivale dans celle de Rovereto. Celle-<ù fonctionne depuis peu de mois, possède déjà 1800 volumes, touH donnés gratuitement, compte 137 membres honoraires, qui paient 2 florins (5 fr. par an), et environ 400 membres effectifs, qui paient 2 cents (5 centimes) par semaine.
L'essai tenté infructueusement à Trente pîir M. Auguste Panizza a mieux réussi à une dame d^Agram, M*""* Marie Fabliovié, qui a courageusement accepté la mission de provoquer Fètablisment d^une Ligue croate, et a déjà entretenu plusieurs fois les lecteurs du Napredak des résultats obtenus en France par la nôtre.
Elle m^écrivait le J 1 novembre 1869 1
Après de longues délibérations et préparations, voilà qu'enfin on vient de commencer chez nous un cours d*études pour les dames. Durant tout Thiver on donnera une leçon par semaine, et on se propose même de continuer le cours au printemps, 8*11 est assez ft*ôquenté. 11 n*j a point encore de système, car on parle une fois de Dante et de ses œuvres, une autre fois on fait quelques expériences de chimie, et tout y est encore traité surtout comme amusement; mais c'est pourtant un commencement dont il faut nous tenir contents.
Et le 20 janvier de cette année :
On a terminé les vingt conférences, qui ont été assez suivies. Le président de TAcadémie, M. R&cki, m'a dit qu'elles seront reprises du mois de mars à Tautomne. On y introduira un système.
Il serait imprudent, j^en conviens, de chanter trop tôt victoire. L^idëe de la Ligue est encore bien nouvelle en Croatie ; mais je connais plus d^une ville de France où Ton se contenterait du commencement d^Agram, et rien ne dit que le mouvement d^enseignement populaire par Finitiative des citoyens ne se trouvera pas organisé, une volonté de femme aidant, dans les campagnes de la Croatie, avant de Tètre dans celles de la Bretagne.
Ce n^est pas le seul exemple qui pourrait nous venir de ces régions du Danube, que nous sommes habitués à considérer comme des nids de barbares.
Tai lu dernièrement un conte de fées :
Dans un pays qui touche à TOrient, au bord du Danube, les chefs du peuple délibéraient ensemble sur les écoles et sur le nombre de florins que le gouvernement proposait d'y consacrer.
Un député se lève, et propose de doubler la somme.
Un autre va plus loin, et se déclare prêt à voter un emprunt.
Un troisième fait une motion plus radicale. Il demande que carte blanche soit donnée au ministre des écoles.
La motion est adoptée, et un crédit illimité est ouven.
Voilà où en sont les Hongrois I
J^emprunle cela an discouis prononcé ces jours-ci à la Société d^enseignement profes* sionnel du Rhône, par M. Charles Robert, le second de M. Duruy dans ce glorieux et laborieux ministère, durant lequel il s^est trouvé constamment aux prises avec le fameux mot de VHarp»g (m de Molière:
Faire bonne chère avec peu dCargenU
Cette largesse, sans compter, du Parlement hongrois est d^un effet d^autant plus marque dans le discours de M. Charles Robert, qu^un peu plus haut, invoquant le souvenir de documents officiels qu^il a eus entre les mains, et les étayant de témoignages qu^on ne peut pas révoquer en doute, il rappelle le fait, déshonorant pour notre pays et trop bien prouvé désormais, de ces misérables qui osent bien défendre à leurs métayers d'envoyer les enfants à Técole, et, comme le dit énergiquement la brochure de M. Rozy en faveur de Tinstniction obligatoire, citée par Torateur, c dans leur petit fief, décrètent Pignorance obligatoire. •
J'aurais voulu en voir un soutenir sa thèse devant le seigneur galicien, un vrai seigneur
avec fief en règle, qui, le mois passé, a fait le voyage de fiebîenheim tout exprès pour venir causer avec moi de Torganisation d^une Ligue de renseignement en Galicie. Les possesseurs du sol n^ont pas peur là-bas de le voir cultive par des mains intelligentes. Ils ont encore présentes à la mémoire les horreurs de cette année néfaste (1846), où ils ont vu les bêtes brutes dont parle Mirabeau se transformer pour eux, sur un signe, en botes féroces (1); et, à défaut de ce souvenir sanglant, qui ne m^a pas paru influer plus quHl ne convenait sur Pesprit de mon visiteur, le sentiment de ce qu^ils doivent à la patrie suffirait, j^imagine, pour leur inspirer la ferme résolution de la peupler d^hommes.
L^affaire est trop neuve pour que le comte Ladislas Fedorowicz ait pu me donner déjà des nouvelles de la Ligue galicienne, quMl se propose de fonder avec ses amis.
Je n^ai rien appris non plus de la Ligue tchèque, dont il est question en ce moment à Prague, mais l'éveil est donné dans le monde slave. On y comprendra bientôt que c^est la meilleure voie où puisse s^engager le patriotisme, et que nous sommes arrivés à une époque où plus un peuple est instruit, plus il compte.
Les Tchèques de Prague ont sous les yeux un
«(1) Ceux qai veulent que le paysan ne sache ni lire, ni écrire se sont fait sans doute un patrimoine de son ignorance; et leurs motifs ne sont pas difficiles à apprécier. Mais ils ne savent pas que lorsqu'on fait de l'homme une béte brute, on s'expose à le voir à chaque instant se transformer en béte féroce. »
bel exemple qui leur est donné par l'élément allemand de la population.
Une Ligue allemande s^est formée Tannée dernière à Prague, et son secrétaire, le docteur Holzamer, a bien voulu m^envoyer le rapport suivant sur cette Société qui poursuit, m^écrivaii- 11 au mois d'avril, le même but que la Ligue française.
Association allemande pour la propaçaiion des connaissances utiles en Bohême.
Le sentiment de Tinsufflsance de notre instruction populaire, en face des exigences croissantes des temps modernes, existe aujourd'hui dans toutes les classes de la société. Le désir d'apprendre et de s'instruire se manifeste toujours plus activement au sein même des classes les plus négligées jusqu'ici. Pénétrés de la conviction qu'il est du devoir des amis du peuple de donner satisfaction par tous les moyens possibles à cette aspiration vers l'instruction, quinze allemands (1) de Prague se sont réunis pour former une Association aUe^ mande pour la propagation des connaissances utiles en Bohême,
Les moyens pour arriver au but de rAssodation sont :
Fondation de bibliothèques populaires ;
(1) Voici leurs noms qui figurent sur V Appel au peuple allemand en Bohême, daté du 24 mars 1869 :
Franz Dietb. IV Orkert.
Richard Ritter de Dotzauer. D' Ludwig Schlesinger.
Jac. Goldschmidt. D' F. Schmental.
D' Holzamer. John Sludl.
Franz Klutschal. Adolphe Schwab.
IV Kuh. ly A. WeichowOn.
John Liehlein. D^ F. Weiner.
D' J. Nake.
HODVEMENT EXTÉRIEUR 631
Propagation des ouvrages convenables;
Publication de ces sortes d'ouvrages ;
Création de conférences publiques;
Etablissement de maîtres ambulants.
La langue adoptée par TAssociation pour son enseignement est l'allemand.
Les membres de la Société doivent payer annuellement au moins 1 florin. Ont le titre de membres fondateurs ceux dont la cotisation annuelle s*élève à 25 florins, au moins.
L'Association est dirigée par un comité de 18 membres, et soutenue dans son activité par 250 cor* respondants dans la province.
Constituée le 14 mars 1869, elle comptait à la fln de Tannée 1766 membres, et en compte en ce moment au delà de 2000.
La première année ont été fondées 4 bibliothèques populaires; plusieurs sociétés d'instruction ont été soutenues parle don, ou Tacquisltion à bas prix, de livres utiles.
Une commission, nommée à cet effet, a fait rédiger par des hommes spéciaux une série de conférences, lesquelles ont été autographiées et envoyées aux correspondants de la Société pour être lues en public. Plus de 300 conférences ont été données de cette façon Thiver dernier.
De plus, la Société a fait des sacriflces considérables pour organiser un service de maîtres ambulants, et elle a envoyé des maîtres de Prague en plusieurs endroits pour y faire des conférences.
Du 14 mai 1869, date de la fondation, au 31 décembre de la même année, les recettes se sont élevées au chiffre de 3410 florins. Celui des dépenses a été de 1437 florins.
L'Association a publié un commentaire sur la nouvelle loi de l'instruction publique, une biographie de l'empereur Joseph II, une instruction sur la protection des plantes et des oiseaux, des extraits des conférences du professeur Vogt, et un catéchisme de la nouvelle Constitution autrichienne. Ces ouvrages ont été distribués gratuitement, ou
vendus au prix coûtant aux membres de TAssociation. Elle en a répandu de cette façon dans le pays 90.000 exemplaires.
Les tentatives faites à Vienne poor y provoquer rétablissement d^une Ligue fonctionnani à la façon de celle de Prague n^ont pas encore abouti; mais ce n^est assurément que partie remise. L^instruction est trop en honneur dans la race allemande, et c^est un besoin trop généralement senti par le peuple autrichien, pour quHl ne fasse pas tourner à son profit la liberté de mouvement que lui assurent ses institutions nouvelles. A côté, ou plutôt au delà des écoles primaires, si bonnes, si bien fréquentées qu^elles soient, Paction privée des citoyens pour faire descendre dans les masses populaires les connaissances et les aspirations, qui demeurent cantonnées, si je puis m^exprimer ainsi, dans les couches supérieures de la société, sera longtemps encore nécessaire, même dans les pays les plus instruits, le sera toujours, à mieux dire.
Cest ce que n^a pas bien compris le correspondant qui m^écrivait de Dresde, le 31 janvier :
Dans un pays où l'instruction est depuis si longtemps obligatoire, et où les écoles sont aussi nombreuses et aussi bonnes qu'elles le sont ici, la Ligue ne saurait prendre racine.
Sur une population de 156.000 habitants, il y avait» fin septembre dernier» entre 22 et 23.000 enfants» de six à quatorze ans, recevant Tinstruction dans les écoles à Dresde. Ajoutez à ce nombre les enfants élevés dans les écoles supérieures» qui reçoivent rinstruction soit chez eux, soit dans les établissements privés, puis toute cette jeunesse qui fréquente les écoles du dimanche» les cercles des ap*
prentis, ceux des ouvriers d'arts et métiers, et vous aurez la totalité de ^eux qui cherchent Tinstruction.
Quant aux bibliothèques, il y en a partout. Chaque établissement, chaque cercle a la sienne, adaptée aux besoins de ses membres.
Ce qui revient à dire que le terrain est trop bien préparé pour que la Ligue puisse y prendre racine, que le gros de la population est trop bien en mesure de recevoir renseignement secondaire, supérieur même, — pourquoi pas? — pour quMl y ait lieu de faire appel aux dévouements qui s^of friraient à le lui donner.
Le docteur Durre, de Weinheim (Bade), qui a consacré sa vie aux questions d^enseignement, et qui s^est fait Thistorien de notre mouvement dans les principales revues d^Education de TÀllemagne, m^écrivait le 28 février :
Je crois que l'organisation d'une Ligue, semblable à celle que tous avez établie, rencontrerait de grandes difficultés en Allemagne. Malgré cela, je ne cesserai de demander des sociétés formées d'hommes non instituteurs, dans le but de soutenir les efforts des instituteurs.
Ces sociétés-Li, c^est la Ligue, et P Allemagne, qui nous devance encore de si loin sur le terrain de rinstruction populaire, ne nous à pas attendus, il s^en faut, pour en produire.
On pourra en juger par cette lettre de mon ami, le docteur Noideke, le directeur de Pécole supérieure de filles de Hanovre :
Vous me demandez des renseignements sur les écoles de notre province qui doivent leur origine à l'initiative privée. Les voici :