Schefer, ChrestomMhie persane, II
chant de révolte contre le Coran, contre les bigots, contre l'oppression de la nature et de la raison par la loi religieuse. L'homme qui boit est pour le poète le symbole de Thomme émancipé : pour le mystique, le vin est plus encore, c'est le symbole de Tivresse divine. Dans les protestations d'Avicenne, le médecin et le libre penseur parlent tour à tour. Voici la part du médecin :
Le vin est l'ennemi de l'ivrogne et l'ami de l'homme sobre.
A petite dose, c'est de l'antidote; à forte dose, c'est du poison.
Un vin généreux nourrit l'esprit, la chose est sûre; car en vérité sa couleur éclipse la couleur de la rose.
De goût amer, comme le conseil d'un père, mais aussi utile : permis aux gens d'esprit, interdit aux sots.
Le bigot devait froncer le sourcil en lisant ces ver.s ; mais que devenait-il en lisant la suite ?
Est-ce la faute du vin, si c'est un sot qui le
boit et s'il s'en va à Taveugle dans la nuit: Nous, c'est vers Dieu qu'il nous guide.
Le de'cret de la religion le permet au sage, si celui de la raison le défend aux ânes.
Bois sagement d'un vin pur, comme Bou Ali '; aussi vrai que Dieu existe, ton être en deviendra Dieu même.
Le blasphème à peine voilé ne pouvait échapper à des yeux d'inquisiteur. Les accusations d'impiété pleuvaient autour de lui sans Témouvoir :
Avec ces deux ou trois sots, si sots qu'ils s'imaginent qu'ils sont tout l'esprit du monde, fais l'âne :
Car de ces gens-là telle est l'ânerie que quiconque n'est pas un âne, ils l'appellent mécréant.
Ailleurs il repousse avec une indignation insolente, qui est un nouveau blasphème, cette accusation d'impiété: n'a-t-il pas la foi suprême, celle de la science, et si lui est un mécréant, oia sera donc le vrai croyant?