Aux rois de Perse, de Constantinople et des Turcs
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le voile de ta face et montre ta beauté, atin que je n"'en emporte pas le regret jusqu'au jour de la résurrection! » Son cœur a feuilleté bien des fois le livre de l'amour, sans jamais trouver de visage, que ce beau visage, qui fût digne d'amour. Malade, il s'en va trouver le médecin, lui confie sa peine cachée, demande le remède :
11 m'a dit : N'ouvrir la lèvre que pour l'amie.
Je lui dis : De quoi me nourrir: 11 me dit : Du sang de ton cœur.
Je lui dis : De quoi m'abstenir : 11 médit : Des biens des deux mondes.
Mais est-il fait pour elle? La grâce descendra t-elle sur lui! Oui, plus que la grâce : la prédestination de l'amour.
«• Les niariages sont écrits au ciel », dit le proverbe juif, et Yamî, l'amante védique, dit à Yama : « Dans le sein maternel, les dieux nous ont faits Tun pour Tautre. » On nous dit, il est vrai, que dans ce monde de tous les jours, tel que Dieu Ta fait un instant qu'il se négligeait, n'im-
porte qui peut aimer n'importe qui et en être aimé; peut-être au fond sagesse suprême pour assurer la continuité des choses et le pot au feu de Tunivers. La poésie n'en est pas encore là et veut croire à Téleciion suprême. Mais quand Pâmante est la vérité éternelle et que Pâmant est l'âme divine dans sa forme mortelle, l'élection est de toute éternité :
Avant que les dieux eussent dressé la voûte du firmament, avant qu'ils eussent bâti le palais céleste de cristal, quand je dormais encore en paix dans la Cite du Néant, leur main avait déjà imprimé ton nom sur le mien.
Alors que n'existaient encore ni ces étoiles, ni le firmament, que ni les eaux, ni l'air, ni le feu, ni la terre n'existaient encore,
Déjà j'avais proclamé le mystère de l'Unité.
Ni ce corps, ni cette voix, ni cette pensée n'existaient encore.
On voudrait savoir sur quelles lèvres mortelles tour à tour le vieux derviche lut le mystère divin ; à quelles roses il aspira le parfum céleste et, comme la statue
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de Condillac, devint parfum de rose. Le nom de ses Zuleika et de ses Leila prendrait place près des Mary, des Emilia, des Madonna de Shelley ; on entendrait l'éternel dialogue de tous les héros de la Légende divine, de Dante et de Béatrice, de Pétrarque et de Laure, de Shelley et d' Antigone, de Faust et d'Hélène :
(( — T'ai je rencontrée dans les réalités d'ici-bas, ou es-tu le rêve de Tâme malade ?
— Tu m"as rencontrée dans les réalités d'ici-bas. et je suis le rêve de ton âme malade. »
Ainsi se passa la vie de l'ascète, célébrant, en action ou en rêve, ce qu'un jeune poète anglais, à neuf siècles et mille lieues de là, appelait naguère, en un vers digne de Shelley ou de Keats,
Le culte de lame au temple de la chair, SoiiVs wursliip at the temyle of the Jlesh '.
Ainsi, dans sa cellule ou au désert, le vieux derviche persan disait :