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CHAPITRE I

I. De France en Chine; Hong-kong, Chang-haï et Pékin. — IL Retour à Chang-haï et rencontre de M. Simon. L'escadre anglaise et la mission scientifique Sarel et Bla kiston. — III. Notre voyage à Han-kéou.

Entraîné par mon amour des voyages, je me rendais en Egypte en 1858 et je m'y trouvais au moment du passage du général Cousin de Montauban et de son état-major.

Je lui fus présenté par un ami commun, celui même qui m'avait déterminé à venir dans ce pays.

Je me rencontrai donc là avec les officiers, dont je partageais l'enthousiasme pour l'Ex-

trême Orient. Cet enthousiasme me décida à prendre la malle anglaise à Suez pour me rendre à Hong-kong. Après un séjour dans cette ville, je m'acheminai sur Chang-haï, où m'attirait une affaire commerciale engagée avant mon départ.

Cette affaire ayant été liquidée très rapidement, je devins disponible et, grâce aux facilités que le général Cousin de Montauban voulut bien faire mettre à ma disposition, je me rendis à Pékin avec le corps expéditionnaire.

Je me trouvai donc dans cette ville les 25 et 26 octobre 1860 au moment de la signature des traités.

C'est en revenant de Pékin à Chang-haï, avec l'intention de regagner l'Egypte, que j e rencontrai , à X Impérial Hôtel, tenu par un compatriote, M. Eugène Simon, chargé d'une mission en Chine par le Ministère de l'Agriculture et du Commerce de France.

M. Simon fit tous ses efforts pour me dé-

tourner de mon projet de revenir en Egypte, et, grâce à l'enthousiasme général qui existait alors en faveur de la Chine, il parvînt à me décider à demeurer dans le pays et à remonter le Fleuve Bleu avec lui.

Ses projets de voyages m'avaient paru du reste très séduisants; il devait d'abord se rendre à Han-kéou, puis passer quelques mois dans le Se-tchuen, pour de là gagner la Mongolie et revenir par Pékin.

Notre voyage allait être facilité par ce fait qu'à ce même moment la marine anglaise organisait une expédition pour ouvrir le Fleuve Bleu au commerce étranger et pour déterminer les trois ports qui, aux termes des traités de Pékin, devaient être accessibles sur le fleuve.

La suivre nous offrait un gage de sécurité parfaite. Aussi M. Eugène Simon demandat-il à l'amiral Hope deux passages qui lui furent accordés.

Les Anglais tenaient d'autant plus à montrer immédiatement le cas qu'ils faisaient d'un traité, que, pour eux et pour tous, il était évident que la plus grande partie de la

population de la Chine et les lettrés en particulier se montraient très hostiles aux conventions signées. Vu cet état de choses, le Royaume Britannique voulait, jusqu'à un certain point, affirmer sa puissance par l'importance des forces navales dont il pouvait disposer. C'était un moyen de s'assurer si le traité était bien connu dans l'intérieur de l'empire, de le faire connaître, dans le cas contraire, et de montrer aux gouverneurs et aux populations qu'il entendait le mettre à exécution sans délai.

L'escadre était composée des navires suivants : YAtalante, portant le pavillon de l'amiral, le Centaur, le Waterman, le Bouncer, le Coromandel, YHavoc, le Banterer, le Cooper, le Snake et de petites canonnières.

Le premier objet de l'expédition était, nous l'avons déjà dit, d'ouvrir le fleuve au commerce, ce qui nécessitait l'adjonction de consuls appelés à séjourner dans les nouveaux ports et l'envoi d'une délégation de quelques membres de la Chambre de Commerce de Chang-haï, ainsi que la présence d'une mission chargée de faire le levé hydro-

graphique du fleuve. Elle était composée de cinq ingénieurs ou officiers, placés sous les ordres du commandant Ward. Enfin, une autre mission devait chercher une voie de communication entre les Indes et le Yûn-nân, c'est-à-dire réaliser le rêve qu'Albion caressait depuis un demi-siècle. Or, ce n'était pas là le moins important aux yeux des négociants de la Grande-Bretagne.

Dès 1826, en effet, et pendant l'intervalle qui s'est écoulé jusqu'en 1860, plusieurs missions anglaises étaient parties des Indes pour pénétrer jusqu'à la frontière chinoise ; mais, toujours, leur projet avait échoué.

Cette fois-ci, le nouveau traité et l'expédition de l'amiral Hope semblaient devoir en faciliter l'accomplissement. Aussi, ce dessein faisait-il l'objet de toutes les conversations que l'on tenait à bord, et en particulier sur le Cooper, où étaient le plus grand nombre de passagers et où nous nous trouvions, M. Simon et moi.

Les Anglais avaient donc pleine confiance dans l'expédition et, lorsqu'on se rappelle l'appareil imposant qu'elle déploya, on

comprend qu'elle n'ait pas manqué d'un certain prestige. On ne parlait que de son énorme matériel et, surtout, des canots démontables pouvant être portés à dos de mulets. En un mot, cette tentative offrait toutes les garanties possibles de succès.

L'expédition comptait parmi ses membres le lieutenant colonel H.-A. Sarel, le capitaine Blakiston, de la Royal Artillery, le docteur Alfred Barton, Schereschewsky , interprète de la légation russe à Pékin, qui l'avait autorisé à prêter son assistance à la mission anglaise. Elle était accompagnée de quatre cipayes et de quatre Chinois.

Le 11 février 1861, l'escadre quitte Changhaï.

Nous remontons le fleuve lentement, afin de permettre à la mission hydrographique de faire son travail et, après plusieurs échouages, nous atteignons Tching-kiang , à l'embouchure du canal Impérial et à 155

milles marins de Chang-haï. Cette ville fut choisie comme un des trois ports devant être ouverts au commerce, et Ton y établit un consul qui dut résider sur le navire de l'escadre, désigné pour y stationner.

Ceci fait , nous reprenons notre route et , le 24 février, nous arrivons à Nankin, capitale des rebelles Taï-ping, à 45 milles au dessus de Tching-kiang. La ville était en ruines depuis longtemps, et la fameuse tour de porcelaine, complètement détruite. Il fallut nous arrêter, afin d'obtenir du chef des rebelles le libre passage des navires étrangers devant Nankin. Nous y laissons le Centaur, chargé de faire respecter les conventions prises et, après six jours de pourparlers, nous continuons notre route.

A 236 milles au-dessus de Nankin, nous rencontrons Hou-kéou, à l'entrée du lac Poyang. Non loin de ce lac, renommé pour la beauté de ses rives, se trouvait autrefois la célèbre manufacture impériale de Kin-titching. On sait que cette manufacture fut incendiée il y a plusieurs siècles, mais les ouvriers ont fondé un certain nombre de

fabriques privées, qui sont encore aujourd'hui entre les mains de leurs descendants.

C'est là que, quelques années plus tard, un de nos compatriotes, Paul Champion, étudia la fabrication de la porcelaine.

A Hou-kéou, F amiral craignant que YAtalante ne puisse remonter plus haut, nous le laissons devant la ville comme station naire, et la mission scientifique passe alors avec nous sur le Cooper.

Kiou-kiang se trouve à 15 milles au dessus. On en fait le second port ouvert au commerce. En conséquence, on laisse encore un navire stationnaire sur lequel on installe un consul.

Enfin, le 11 mars, juste un mois après avoir quitté Chang-haï, nous arrivons à Han-kéou, terme officiel de l'expédition et troisième port dont l'accès est permis aux étrangers.

Dès le lendemain de notre arrivée, l'amiral présenta la mission scientifique au viceroi, et il nous recommanda également, M. Eug. Simon et moi.

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