‹ Les origines de la réforme (volume 2)Chapitre 13 sur 87 · Id., ibid · texte numérisé non relu

Id., ibid

10. Calvin à Daniel, C. R., X'^ n° 5. La découverte du contrat de mariage de Daniel a permis à M. Th. Dufour de dater avec certitude cette lettre, Calviniana, in Mélanges offerts à M, Emile Picot.

nistes, un acte de foi très simple aux vérités essentielles de la religion. Rien ne montre que, dans cette période de sa vie, il ait songé à rompre avec l'Église, ni même avec l'état ecclésiastique. En 1531, il avait permuté la cure de Marthéville avec celle de Pont-l'Évêque. En mai 1532, après la publication de son livre, il retourne à Orléans. Il y séjourne une année (jusqu'à juin 1533), comme substitut annuel du procureur de la nation de Picardie et il accomplit les devoirs religieux que lui impose sa charge. En juin 1533, il quitte Orléans, séjourne à Paris et se rend à Noyon ou, le 23 août, il siège dans la communauté des Chapelains et prend part à des prières publiques ^^ contre la peste. Lui-même, jetant plus tard un regard en arrière sur sa jeunesse, a défini cet état d'âme, en disant qu'il avait « quelque goût de la piété ». Et il définissait ainsi ceux qui, détachés de la scolastique, aspiraient, au sein même du catholicisme, à une rénovation spirituelle et un réveil religieux.

Cette mystique un peu vague, dégagée de tout théologisme, n'en était pas moins un danger. Et déjà, dans le cercle de Marguerite et de Gérard Roussel, s' affichait un éclectisme quelque peu inquiétant. On y rencontrait des catholiques fervents qui ne songeaient qu'à épurer l'Eglise, des novateurs qui aspiraient à la détruire. On y parlait librement de la grâce et des réformes. On y lisait Lefèvre et Erasme, mais aussi certains traités de Luther et les « commentaires » de Bucer, son traducteur. Cet évangélisme très large, qui entendait être orthodoxe, se montrait accueillant à un évangélisme qui ne l'était plus. Or, dès son retour à Paris (septembre 1533), Calvin est pris par ces milieux.

Il arrivait en pleine fièvre, dans une ville toute frémissante encore des prédications de , Roussel et des ripostes de la Sorbonne. Guerre de placards et de libelles, où pour la pre-

11. Lefranc. Jeunesse de Calvin,- pièces justificatives, p. 200.

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ifiière fois Calvin prend parti. Il se met à l'école de Roussel, « notre Gérard ». Il envoie ses opuscules aux amis d'Orléans, il s'indigne des farces représentées à Navarre contre Marguerite et son aumônier. Il ne manque point d'avertir Daniel des mesures prises contre les « insulteurs ». « Ce' n'est point d'un zèle de ce genre qu'était animé Hélie qui veillait sur la maison de Dieu^^. » Enfin, le 1®^ novembre, il va être mêlé à un acte décisif. Son ami Nicolas Cop vient d'être nommé recteur. En prenant possession de sa charge, Cop prononce un discours qui est une véritable déclaration de guerre aux théologiens et aux doctrines traditionnelles sur la valeur des œuvres et la nature de la Foi.

Bien curieux, ce manifeste qui met en émoi l'Université, le Parlement, le gouvernement lui-même. Calvin l'a-t-il rédigé? Sinon auteur, au moins complice. Le soir même du scandale, Cop avait pris le large. Ne se sentant pas en sûreté, Calvin s'éloigne à son tour. Que contenait donc ce discours séditieux? Rien n'éclaire mieux ce flottement, cette inquiétude d'une génération qui, détachée des vieux théologiens, s'en allait, comme à la dérive, vers d'autres aflirmations. Cop avait pris pour thème les Béatitudes. Daïis son exorde, il invoque la Vierge et voilà qui est très catholique. Il parle de la « philosophie chrétienne », raille les « sophistes », fait appel à l'union et dénie à la force le pouvoir de la réaliser. Pures formules érasmiennes que n'eût pas désavouées du Bellay, l'évêque de Paris. Mais à la fin, émergeaient d'autres idées : « La loi dicte des ordres; elle menace; elle presse; elle ne parle point de bienveillance. L'Evangile au contraire n'emploie ni les menaces, ni les commandements... il enseigne la miséricorde... » Ou encore: « La seule grâce de Dieu remet les péchés. Paul démontre par beaucoup de raisons que la réconciliation, la justification ne dépendent pas de notre dignité propre ou de nos

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