‹ Les origines de la réforme (volume 2)Chapitre 31 sur 87 · Id., III · texte numérisé non relu

Id., III

œuvres ne peuvent soutenir le regard de Dieu. Que valentelles devant Lui? — Rien. — Elles n'existent pas. Leur attribuer un mérite serait nous glorifier : nous glorifier, Lui ravir sa gloire. Si nous comptons pour quelque chose, Dieu cesse d'être tout.

Entre Dieu et l'homme quelle relation possible? Infinie est la distance : celle qui sépare la sainteté de l'injustice, la perfection du non-être, le Tout du rien. Ce contraste, Calvin s'y plaît, s'y enfonce. Dieu sera d'autant plus grand que l'homme est plus petit. Notre déchéance révèle sa gloire — et aussi sa miséricorde. A quoi pourrions-nous prétendre? A la damnation. « Tout homme est en soy perdu et désespéré ^^ '^^^ ». Mais c'est ici que se révèle un autre mystère. Ce Dieu qui ne nous doit rien, nous donne tout. Sa justice est désarmée par sa bonté. Dieu est bon, et sa bonté est « tellement liée à sa divinité qu'il ne luy est pas moins nécessaire d'être bon que d'être Dieu ^* ».

Ouvrons les Écritures. L'histoire de l'humanité n'est que la longue suite des bienfaits de la Providence. C'est elle qui, après la chute, adoucit le châtiment par la Promesse. C'est elle qui, dans la ruine lamentable de la nature, laisse debout quelques vestiges de raison et de moralité. Elle encore qui, multipliant dans le peuple élu les faveurs, les xhortations, les préceptes, le conduit comme par la main vers une alliance nouvelle. Le Rédempteur attendu, annoncé, deviendra désormais le centre de l'histoire. Les temps sont accomplis. Le Christ est né. Il nous apporte la plénitude de la vérité et de la grâce. En nous faisant connaître la volonté du Père, il nous donne les moyens de l'accomplir. En instituant les sacrements, il offre une aide à notre faiblesse. En s'ofîrant, en mourant pour nous, il expie pour nous. Sa justice s'est substituée à la nôtre et

13 bis. Inst. chrét., col. 292. « Nous sommes tellement corrompus en toutes les parties de nostre nature, que pour cette corruption nous sommes à bonne cause damnables devant Dieu. » Id., col. 333,

U. Id., II, 3, 5,

il crée en nous une vie nouvelle. Pour devenir sien, que nous faut-il? La Foi ^^.

L'homme perdu par le péché, sauvé par la miséricorde, appelé par la pure libéralité divine, voici donc tout le christianisme de Luther, ou, pour mieux dire, le fonds même du Christianisme intégré dans la métaphysique calvinienne. Et ne trouve- -on pas dans ces raccourcis vigoureux comme l'annonce de Pascal et un écho de saint Augustin? Mais Pascal s'élèvera de l'étude de l'homme à la nécessité de a grâce. Et saint Augustin retrouvera par la grâce la liberté. A leur tour, après les paradoxes tranchants du Serf arbitre^ les Chefs de la Réforme se rapprochaient peu à peu de la doctrine traditionnelle. En Allemagne comme en Suisse, commençait une réaction contre le déterminisme. Mélanchthon était l'âme de ce mouvement. Il avait reconnu dans la Confession d'Augsbourg que l'homme au moins dans le domaine rationnel et les choses indifférentes use de son libre arbitre. Les éditions nouvelles des Lois avaient appuyé sur cette doctrine. De son côté, Bullinger avait admis que l'homme régénéré par la foi et les œuvres peut disposer de lui-même. Calvin devait-il se prêter à ces compromis? Peut-être, s'il fût resté, comme dans la première Institution^ le théologien du péché et de la grâce. Mais à mesure que sa théologie se précise, sa pensée se fixe sur la notion de l' Infini. Son déterminisme se rattache beaucoup moins à sa psychologie qu'à sa théodicée. Ce n'est point de l'intérieur de l'âme humaine, mais des hauteurs de l'absolu qu'il aborde le problème de notre valeur et de notre destinée.

Sur la doctrine du péché et de la justification, toute la Réforme était d'accord. Mais la question n'est plus là. Reconnaître à l'homme, même régénéré, une faculté qui lui soit propre, c'est encore trop lui concéder. Dieu avant

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