‹ Les origines de la réforme (volume 2)Chapitre 33 sur 87 · Inst. chrét., III, 23, 8. col. 495. Id., ibid · texte numérisé non relu

Inst. chrét., III, 23, 8. col. 495. Id., ibid

mal voulu de Dieu est voulu pour une fin utile et bonne, et qu'il sert à manifester la corruption de la nature et la gloire de son auteur.

Le nœud se resserre qui enlace et supprime toute valeur humaine. L'homme ne peut rien... Pas même agir sur sa destinée? D'avance, Dieu a choisi pour lui. La notion de la Providence s'achève par celle de la prédestination.

Nous touchons ici à l'une des idées maîtresses du système, celle que Calvin a le plus âprement soutenue. Comment y fut-il conduit? Par le souvenir du stoïcisme? Il s'en est défendu et nous verrons comment il a prétendu s'en dégager. Si la doctrine dont il avait trouvé dans Zwingli et Luther les éléments eut sur lui une telle emprise, c'est que nulle ne répondait mieux à son fonds d'absolu, et aussi à cette conviction que seule elle pouvait donner à sa théorie du salut une inébranlable assise. « Jamais nous ne serons clairement persuadez... que la source de nostre salut soit la miséricorde gratuite de Dieu, jusques à ce que son élection éternelle nous soit quant et quant liquide, en ce qu'elle nous esclaircit... la grâce de Dieu, en ce qu'il n'adopte pas indifféremment tout le monde... mais donne aux uns ce qu'il dénie aux autres^". » Cette doctrine est la clé de voûte de son système. Il s'y enferme, il s'y retranche, comme dans une forteresse où la gloire souveraine de Dieu S3ra à l'abri. Formulée dans V Institution de 1539, la doctrine se développe en 1543, dans son traité du Libre Arbitre. Dix ans plus tard, elle met Calvin aux prises avec Bolsec et c'est alors qu'il écrit son livre sur la Prédestination. La Théorie s'amplifie encore dans la dernière refonte de V Institution pour prendre place dans les confessions de foi ^^

Que nous enseigne-t-elle? « Nous appelions Prédestination le conseil éternel de Dieu, par lequel il a déterminé

• 20. Insi. chrét., III, 21. <' De l'élection éternelle, par laquelle Dieu en a prédestiné les uns à salut et les autres à condamnation. »

21. Confession des Églises réformées de France, dite de La Rochelle (1559), art. xii.

ce qu'il vouloit faire de chacun homme f,. » Ainsi, suivant la fm à laquelle nous sommes créés, (.{ Il nous ordonne à vie éternelle ou éternelle damnation. .)> Ne disons point que Dieu, de toute éternité, connaît notre élection ou notre perte. De toute éternité il veut que les uns soient appelés, les autres rejetés; ceux-ci prédestinés à la vie, ceux-là à la mort. Un décret nominatif fixera à jamais notre bonheur ou nos souffrances. Ainsi notre sort n'est pas lié à des possibles. Dans notre salut ou notre perdition, Dieu ne consulte que lui-même. Sélection arbitraire? Disons plutôt secret admirable « car il n'y a nulle doute que ceste variété ne serve à son bon plaisir ^^ ». Ce n'est point notre vie qui fixe sa sentence, c'est sa sentence qui décidera de notre vie. Nous ne sommes pas élus parce que nous croyons et que la foi nous justifie. C'est parce que Dieu nous élit qu'il nous donne la foi, la justification et la grâce. « Ceux qu'il a préordonnez, il les a appeliez; ceux qu'il a appeliez, il les a justifiez 2*. )) Pareillement les réprouvés. Ils ne sont point rejetés pour leurs péchés. Ils pèchent parce que Dieu les condamne. Il a pu leur présenter, comme à tous les hommes, sa « miséricorde » par l'Évangile. Si leurs oreilles entendent, leur cœur n'écoute point; si leurs yeux reçoivent quelque rayon de lumière, leur âme reste dans les ténèbres. Dieu les prive de l'intelligence de sa vérité et de la sanctification de son Esprit. Il les délaisse à leur nature, les endurcit, les aveugle. Leur infidélité est la racine de la révolte. Les voici sous « la Seigneurie du Diable », chargé d'exécuter l'inflexible décret de leur damnation ^^.

Cette doctrine impitoyable qui heurte notre sentiment de la justice et de la bonté divine, avec quelle souplesse, quelle variété d'arguments, d'observations, Calvin l'expose! Il la cherche dans l'Écriture, où tant de fois le texte sacré

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