Cf. I, XVII
Que sur ce déterminisme se soit entée une morale, que cette morale ait créé une discipline de la volonté, et, conviant l'homme à l'effort et à la lutte, soit devenue un des leviers les plus puissants d'action qu'ait connus le monde, une telle inconséquence serait inexplicable si on s' an tenait aux doctrines que nous venons d'analyser. Mais restreindre à cette métaphysique la pensée religieuse de Calvin serait la mutiler. Elle est une des pièces maîtresses de son système, non la seule. La religion n'est point seulement à ses yeux une vérité, mais une vie; un message de salut, mais une règle de conduite. Dieu nou^ apprend à la fois ce qu'il est pour nous, et ce qu'il veut de nous. Le témoignage de cette volonté souveraine est la Loi.
Nulle idée dont Calvin soit plus pénétré. Dès 1536, il la met en relief et comme en vedette dans sa première Institution; dès 1539, il lui donne toute son amplitude. Comment y fut-il conduit? Sans doute, par son éducation intellectuelle, son tempérament de juriste, son sens de l'ordre, mais aussi la part de plus en plus grande qu'il fait dans son œuvre à l'Ancien Testament, et sa notion même de la puissance divine. — Dieu nous gouverne par sa Loi. — Loi intérieure d'abord, et non écrite, gravée dans nos âmes, qui nous enseigne la distinction du Bien et du Mal, éveille notre conscience et nous contraint à nous juger. Loi écrite et positive, véritable code de nos actes, qui prescrit nos devoirs, énumère nos fautes, édicté des sanctions. C'est le Décalogue. Or, cette Loi qui contient les préceptes et les vengeances de Dieu nous a été « baillée pour nous enseigner parfaicte justice, qui est de nous reigler et de nous conformer à la volonté divine ». Elle est immuable. L'homme sait désormais et pour toujours ce qu'il doit faire et ce qu'il doit éviter
pour rendre au Seigneur son « deu ». Elle est universelle, commune à tous les siècles et à tous les peuples, si claire qu'elle est comprise de tous, si complète que l'humanité ne saurait rien y ajouter et rien en retrancher. Voilà l'impératif catégorique, la règle absolue qui s'impose à notre vie.
Principe rigide qui consacre l'identité de la religion et de la morale, car la loi morale n'est autre que la loi divine, et son obligation comme sa sanction n'ont pour fondement que la volonté de Dieu. Une morale indépendante ? Sur quoi s'appuierait-elle? La raison? Le stoïcisme l'a prétendu. Mais en dehors du. sensible, la raison n'affirme rien qu'elle ne se contredise. La nature? Rabelais l'a affirmé. Nous entendons bien ce qu'il y a de plus élevé, de plus noble dans la personne humaine. Vivre conformément à sa nature est la vertu. — Mais cette nature, nous savons ce qu'elle vaut. Quelle apparence d'édifier sur les sables mouvants, ou sur un cloaque, une loi générale, infaillible, qui nous contraigne et qui nous juge? « Les philosophes ne parlent que de la dignité naturelle de l'homme, quand il est question de lui monstrer quel est son devoir. » L'homme est incapable de connaître le bien comme de connaître le vrai. Nous voici au rouet.
Point de règle morale sans religion. Et Calvin ajoute aussitôt : Pas de religion sans une règle morale. Dans ce siècle croyant, le réveil du rationalisme était encore moins redoutable que les débordements de la mysticité. Luther s'était complu à dissocier la Loi de f Évangile. L'homme justifié, renouvelé par la foi, échappe à la contrainte. Le Christ l'a affranchi. Soumis à la grâce, nous n'avons plus besoin de « pédagogue ». A leur tour, poussant à fond cette antithèse, libertins et anabaptistes enseignaient que le chrétien régénéré est illuminé; qu'il doit suivre la vocation de l'Esprit et laisser Dieu agir dans son âme. Voilà donc la morale livrée aux fantaisies du sens individuel et nos peu-
chants érigés en juges de nos actes. Cette théorie menait loin, à la suppression de la moralité. Ces «. abusans » de l'Évangile étaient le fléau de l'Évangile. Et en dénonçant le dévergondage moral, fruit du désordre intellectuel, les adversaires de la Réforme avaient-ils tout à fait tort? Ce péril, Calvin l'a compris. Il élève la digue, et il met toutes les ressources de sa dialectique à rétablir les rapports de la Loi et de l'Évangile, à montrer le lien intime qui les unit.
Non, le Christ n'a pas abrogé la Loi. Il l'accomplit au contraire. Cette liberté chrétienne qu'il nous apporte n'est que la suppression des observances et des rites particuliers au judaïsme.
Elle est encore l'affranchissement de ces « reigles », inventions et traditions humaines : célibat, vœux, abstinences, toutes disciplines extérieures qui, d'abord volontaires, sont devenues une « tyrannie intolérable » pour les consciences. Mais la Loi morale demeure. Dieu n'a pas retranché une syllabe de ses préceptes. Il les a même étendus, soumettant à sa règle non seulement le dehors, mais le dedans; nos actes, mais nos sentiments, nos pensées les plus secrètes. La Loi reste ainsi la règle qui nous dirige, le frein qui nous préserve, le juge qui nous condamne; elle nous fait mesurer notre impuissance et nous assigne nos devoirs; elle harcèle, aiguillonne le chrétien qui a reçu, par la Grâce, les forces nécessaires pour réaliser en soi la volonté de Dieu.
Justification, sanctification. — Deux états indissolublement unis dans l'œuvre divine en nous. L'homme justifié doit se sanctifier. Notre adoption ne change point, en effet, d'un seul coup, comme par miracle, notre nature. Erreur des spirituels qui dans Vhomo novus de leurs chimères suppriment de l'homme l'humanité. La nature survit, même sous la grâce. Notre vie nouA^elle ne ressemble point à cette transmutation de métaux que se flattaient de découvrir les alchimistes. Elle commence, se poursuit, s'intensifie. « Nous reconnaissons Dieu comme naissant dans ses élus,
et croissant de jour en jour... Que les fidèles n'oublient pas qu'ils sont en route ». Notre existence n'est qu'un combat; notre régénération, qu'une lente conquête. « Platon dit quelquefois que la vie d'un philosophe est méditation de mort. Nous pouvons dire plus véritablement que la vie d'un Chrestien est uneestude et une exercitation perpétuelle.» Si nous voulons être parfaits, comme le Christ nous y invite, efforçons-nous de devenir de jour en jour meilleurs.
Mais comment? En changeant de vie. Nous sanctifier est d'abord nous convertir. Conjointe à la foi, engendrée par elle, quoique distincte d'elle, la pénitence, cette conversion, achève en nous l'œuvre de la foi.
Suivons Calvin dans cette analyse, une des plus belles parties de sa théologie. Avec quelle finesse, quelle richesse d'aperçus il sait nous décrire ces étapes spirituelles qui, des bas-fonds de la nature, nous mèneront aux cimes! Au point de départ, le regret de nos fautes et l'horreur du péché. L'homme commence à se haïr, à se reconnaître misérable. Dans la frayeur de 1' « ire » de Dieu, il se jette à terre et se frappe la poitrine. Et voici qu'(( humilié, espovanté », abattu, il entrevoit une lueur. Au milieu de ses gémissements, une voix lui parle de miséricorde. C'est Dieu même qui se révèle. En sa présence, l'âme se sent consolée. Elle respire, se relève, reprend courage. — Cette certitude ne lui laisse plus aucun repos. La « droicte voie » est enfin ouverte où nous allons entrer résolument. Que nous faut-il pour la suivre? « Nous mortifier », c'est-à-dire rejeter de nous tout ce qui est nôtre, nous dépouiller du çieil homme, de notre nature, de notre moi. Disons-nous donc : « Nous ne sommes point nostres, mais appartenons au Seigneur. Nous ne sommes point nostres, pour tant que nostre raison et volunté ne dominent point en noz conseils, et en ce que nous avons à faire. Nous ne sommes point nostres; ne nous étabhssons donc point à ceste fin, de chercher ce qui nous est expédient selon la chair, Nous ne sommes
point nostres : oublions-nous donc nous-mesmes tant qu'il sera possible, et tout ce qui est à l'entour de nous... Nous sommes au Seigneur; vivons et mourons à luy. Nous sommes au Seigneur : que sa volunté donc et sagesse préside à toutes noz actions. Nous sommes au Seigneur : que toutes les parties de nostre vie spyent référées à luy, comme à leur fin unique. 0 combien a profité l'homme, lequel se cognoissant n'estre pas sien, a osté la seigneurie et régime de soymesme à sa propre raison, pour le résigner à Dieu! ^ » Voilà « la première entrée à l'obeyssance de la Loy ». Nous n'avons plus qu'à suivre. C'est alors que Dieu agit en nous. La pénitence porte ses fleurs et ses fruits qui sont nos œuvres.^ Nous devons lutter encore, car le péché ne disparait qu'avec la mort. Mais nous sommes prêts. L'Esprit nous rend « vainqueurs au combat ». Il nous libère de la servitude. L'image du Créateur que nous portons en nous est réparée. « Notre vie est devenue une harmonie parfaite entre la justice divine et notre obéissance ». « Retirés de nousmesmes, nous sommes convertis à Dieu. »
Nous devions nous arrêter sur ces pages de haute spiritualité. Voilà enfin un rayon de lumière qui filtre dans la sombre métaphysique de Calvin. Le réformateur devance ici le XVII® siècle, et les mystiques catholiques et Port- Royal ne parleront guère différemment. Par quel détour prodigieux Calvin est-il revenu à la théologie de l'action, de l'effort, des œuvres, et a-t-il intégré le morahsme chrétien dans son déterminisme? Mais poursuivons. Comme les grands docteurs de la tradition, Calvin ne se borne pas à nous inciter à la pénitence. Il nous incite à la « pratique ». Dans cette route, en effet, si dure qu'elle soit, nous ne sommes pas seuls. Dieu ne nous « allaite » pas seulement de vaines paroles. Il vient à notre aide. Il nous donne les moyens d'agir. Ces moyens sont les sacrements.
1. III, VII, 1. La somme de la vie chrestienne, où il est traité de renoncer à nous-mesmes,
Purs symboles, avait dit Zwingli, et avec lui Farel. Les sacrements ne sont qu'un signe extérieur qui témoigne de notre adhésion à l'Évangile. — Figures, répond Calvin, mais non « figures vaines, vides et mortes » puisque « au signe est joincte la vérité ». Le Baptême nous annonce la rémission des péchés et notre justification; la Cène nous « testifie » que « le Seigneur nous veut nourrir et repaistre en nous communiquant sa chair et son sang ». Et ainsi les sacrements sont à la fois un mystère et « l'instrument extérieur et visible d'une action intérieure et invisible ». Il ne suffit pas, en effet, « que la Foy soit seulement commencée en nous... Mais il faut qu'elle soit nourrie et entretenue, pour qu'elle croisse journellement ». Les sacrements nous portent cette « pâture » de vie. Les refuser est se priver de la grâce; les bien recevoir, trouver la voie qui nous conduit directement à Jésus « pour chercher en luy salut et bien ».
Cette spiritualité donne à la doctrine sacramentaire de Calvin une place à part dans la Réforme. Entre le rationalisme de Zwingli et le littéralisme mystique de Luther, elle est un compromis. Et ce compromis, c'est surtout dans la doctrine de la Cène que Calvin le propose. Pas de doctrine, avec celle de la prédestination, à laquelle il se soit plus fermement attaché. Ici encore nous sommes au cœur de son système, ou, pour mieux dire, de sa vie religieuse. Si Calvin se refuse à admettre une présence « réelle » du Christ, qu'elle soit une « transsubstantiation » ou une « consubstantiation », il affirme une communication véritable de son humanité. L'Eucharistie ne nous est point seulement figurée, mais « donnée ». En partageant le pain et le vin, nous sommes « participans au corps et au sang du Seigneur ». L'âme se nourrit de sa chair, comme notre corps du pain matériel. Le Christ « s'insère en nous, comme nous nous insérons en lui ». Union réelle, effective. Car « combien que Jésus Crist nous soit communiqué, et par le Baptême et par l'Évangile, toutes fois ce n'est qu'en partie
et non pleinement. La Gène seule nous le donné ». Et « Je ne doubte pas qu'il ne nous fasse participans de sa propre substance, pour nous uhyr aVec soy en une vie ». Cette doctrine de la « manducation spirituelle », Calvin la développe, la défend, dans les éditions successives de son livre, ses discours, ses lettres, multipliant les comparaisons et les définitions. Il sent bien que sa doctrine morale s'y trouve engagée.
Ainsi, dans cette restauration morale, nul élément que Calvin n'entende tirer de l'Écriture. Et c'est encore à la Bible qu'il demandera sa morale pratique, la règle de nos droits ou de nos devoirs, ceux de l'individu, ceux de l'État.
Il écrira dans V Institution: «Sobriété, justice, piété, telle est la somme de nos devoirs... Quand ces trois vertus sont conjoinctes ensemble d'un lien inséparable, elles font une perfection entière. » Il définit en trois mots ce que nous devons à nous-mêmes, au prochain, à Dieu. Ailleurs, il dit encore :• « Nous dépouiller de nous-mêmes, ne chercher que les choses que Dieu requiert de nous. Lui rendre et donner aux autres ce que sa Loy nous demande... » Morale très élevée, très humaine, qui se réclame du Décalogue et qui répond aux plus hautes aspirations du stoïcisme. Calvin la résumera encore dans ce précepte qui lui est cher : le renoncement. Mais prenons garde que cet idéal n'est déjà plus celui des grands siècles chrétiens. Le renoncement qu'ils proposaient à l'homme n'était point seulement l'humilité de l'esprit, mais l'immolation de la chair. Privations physiques, macérations, jeûnes, pratique de la pauvreté et amour de la souffrance. Autant de disciphnes qui flagellaient le corps pour libérer notre âme, de mortifications créatrices de vertus surnaturelles qui ont le plus élevé audessus d'elle-même l'humanité. Le renoncement de Calvin n'est pas l'ascétisme. Il entend discipliner la nature non la mutiler.
C'est ainsi qu'il nous laissera la libre disposition des biens
naturels. Ne sont-ils pas « des dons de Dieu »? Les anathèmes lancés contre la richesse au nom du message évangélique ne se répéteront plus. Nous pouvons librement posséder et acquérir. Sachons seulement acquérir avec justice et possédons en repos. — Pas de retranchements non plus aux plaisirs légitimes. « Il n'est pas défendu de se divertir, d'aimer la bonne chère, de se plaire à la musique, de boire du vin. » A vrai dire, dans ce domaine, la vieille morale chrétienne n'avait jamais édicté de prohibition. Elle s'était bornée à dresser au-dessus de ce régime moyen, accessible à tous, un idéal supérieur, et de recommander cet idéal comme la perfection évangélique. Mais cette hiérarchie, Calvin ne l'admet plus. Ces avantages, tel l'usage des viandes ou celui du mariage, ne sont point des privilèges, ou, si l'on veut, des concessions faites à notre faiblesse. Ils sont un droit, et ce droit, nul homme ne saurait le ravir à l'homme. Ne disons point encore qu'ils sont contraires à la perfection. La perfection évangélique n'est pas un genre de vie, mais un état d'âme. Ce que Dieu nous défend, ce n'est point l'usage, mais l'abus. Bornons-nous donc à n'user qu'avec discrétion, sans vanité, sans prodigalité, sans arrogance, bref, à jouir de la vie « en bonne conscience ». — Le Christ ne nous commande pas de quitter tout, mais de nous servir de tout modérément.
Principe nouveau dans la spiritualité chrétienne, qui formera r « honnête homme », non le Saint, et préparera beaucoup plus à une discipline des mœurs qu'au don de soi-même et à l'héroïsme du sacrifice. — Mais cette conception de la morale individuelle se prolongera dans la vie sociale et ne sera pas sans influence sur ses transformations.
Certes, nul n'a flagellé avec plus de vigueur que Calvin les vices de son temps. Il faut lire dans son Traité contre les libertins ^ la satire amère et forte des abus inhérents
2. Contre la secte phantastique et furieuse des Libertins qui se nomment spirituel? (1545).
à chaque condition ou à chaque profession : l'amour, du gain, la mauvaise foi, la passion du luxe, « cette fournaise » de cupidité qui dévore le siècle. Contre ces désordres, il ne cesse de prêcher le retour aux vertus communes : la probité, la simplicité, la bienfaisance, le contentement de son sort. Mais nul aussi par sa théorie de l'indifférence des biens extérieurs n'a autant contribué à affermir le principe utilitaire sur lequel repose cette société. Depuis deux siècles, l'ordre nouveau, fondé par la bourgeoisie sur les ruines de la féodalité, se constituait par le contrat de rente et le commerce de l'argent. L'essor des grandes entreprises et de la Banque avait créé le capitalisme. L'Église avait été impuissante à enrayer le mouvement. Au moins, par sa doctrine, avait-elle maintenu un frein. Un doute subsistait sur la légitimité des moyens de s'enrichir. Le prêt à intérêt était encore contesté. Dans ce procès engagé contre l'argent, l'instance restait ouverte; la force morale gardait un titre. Calvin abaisse la barrière. Il tient pour indifférentes les formes des contrats : simples moyens dont se servent les hommes « pour gagner leur vie ». Il ne reprend même point les réserves que faisait Luther sur le prêt à intérêt, et il se prononcera avec force pour la liberté de la propriété individuelle. — Moyen détourné d'attaquer l'institution ecclésiastique comme aussi l'idéal égalitaire des « spirituels », le communisme des couvents, ou le communisme des « prophètes ». Il en vient même à nier, contre toute évidence, le collectivisme volontaire des premiers chrétiens. A ses yeux, l'inégalité des fortunes est dans l'ordre, comme l'inégalité des conditions.
Il est déjà significatif que Calvin ait puisé dans son moralisme biblique les règles supérieures de l'économie sociale. C'est également à la Bible qu'il demande sa notion de l'État. Il trace une politique tirée de l'Écriture Sainte avant Bossuet.
Pour la Réforme, l'œuvre était urgente. Luther n'avait
vu dans l'État qu'un ennemi ; l'anabaptisme, qu'un usurpateur. Le « parfait » régénéré par la Grâce ne peut user du glaive, ni imposer la loi. Société politique, société spirituelle, Calvin peut encore les distinguer : il ne les oppose plus. L'État est nécessaire. Car l'homme, né pour vivre avec les hommes, a besoin d'une puissance publique et de lois. L'État est légitime. Car il est conforme à la volonté divine. Et la Bible en main, Calvin en définira les « parties », le gouvernement, la législation, la composition.
Tout corps possède une tête. Toute société humaine appelle un gouvernement, « un magistrat ». Or, quelle que soit sa forme, la « puissance publique a été instituée de Dieu pour l'ordre et le bien communs ». Retenons cette formule. (( L'autorité n'est point une délégation du peuple. Le magistrat a charge et commission de Dieu. » Il est son vicaire ^. Et cette source du pouvoir lui confère tous les droits qu'exerce le pouvoir. Légitime, l'impôt. Pour le bien de tous, le magistrat pourra lever deniers sur les terres ou les personnes. Le Christ même a payé et fait payer le tribut. La seule limite au droit est l'abus. La puissance publique ne peut « fouler » ni écraser sans justes causes les peuples malheureux. — Légitime, la force. Le magistrat est investi du pouvoir de juger et de punir. Le glaive lui est confié pour appliquer les lois, protéger les biens et les personnes, réprimer les violences et châtier les délits. Mais que la force soit armée au service de la justice. Une sévérité excessive est non moins coupable qu'une trop grande faiblesse. Le prince qui ne permet rien fait moins de mal à l'État que celui qui tolère tout. — Légitime, la guerre. Dieu a dit, il est vrai : « Tu ne tueras point. » Mais Dieu ne lie pas les mains aux gouvernants qui frappent pour se défendre. La Bible retentit des batailles livrées par le peuple élu. Jéhovah s'est nommé lui-même le Dieu des Armées. Toute