Ibid
la puissance, de lui résister, malgré les mains indignes qui l'exercent. L'obéissance doit être entière, « soit qu'il faille se soumettre aux ordonnances », « soit qu'il faille payer imposts », ou « porter quelque charge publique qui appartienne à la défense commune... ». Et elle restera silencieuse. Il n'appartient pas aux fidèles de critiquer, de dénigrer, de « s'entremettre » sans mandat des affaires publiques... » « S'il y a quelque faute en la police qui ait besoin d'être corrigée, ils ne doivent faire escarmouche et n'entreprendre d'y mettre ordre. » Qu'ils en réfèrent « au supérieur ». Cette soumission volontaire et réfléchie s'étendra même aux hommes pervers. Certes, la tyrannie est un mal. Il est un péché plus grand encore, la sédition. Le peuple n'a pas le droit de révolte. Il peut réclamer justice, non se faire justice. Résister aux mauvais princes est uniquement permis aux corps constitués pour modérer le pouvoir : ils s'acquittent ainsi de leur office. En un seul cas la révolte est légitime : l'infidélité du prince qui persécute ses sujets et les veut détourner du service dû à Dieu '.
Une autorité éclairée et juste, une loi certaine et équitable, une obéissance réfléchie, tel est l'ordre que Calvin assigne, au nom de l'Écriture, à la société civile. Et si sa théologie ne se prononce pas sur les formes diverses qu'elles peuvent revêtir, on sent bien vers quel régime le poussent ses préférences. Il a trouvé devant lui la royauté. Elle est « de droit divin », puisque Dieu l'a instituée en Israël. Il ne condamne pas la démocratie, bien qu'il s'attache surtout à en dénoncer les dangers et les désordres. Son idéal est surtout un gouvernement tempéré, celui même dont Strasbourg et Genève lui offraient des modèles. Il éc-rira dans son Institution chrétienne de 1543 : « C'est vaine occupation aux hommes privez, lesquelz n'ont nulle authorité d'ordonner les choses pubhques, de disputer quel est le