‹ Les origines de la réforme (volume 2)Chapitre 42 sur 87 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

meilleur estât de police... » Mais, en raison même des défauts des hommes, « l'espèce de supériorité la plus... seure, est que plusieurs gouvernent, aidans les uns les autres, et s'advertissans de leur office, et si quelcun s'eslève trop haut, que les autres luy soyent comme censeurs et maistres ». Gouvernement idéal. N'a-t-il pas reçu l'approbation de Dieu même, qui l'a constitué en Israël, au lendemain même de son établissement en Judée? Nous tenons ici tout le système politique de Calvin, celui qu'il appliquera à son Église, le gouvernement de Conseils appelés à se contrôler, à se modérer les uns les autres; ce gouvernement, c'est une oligarchie.

Dans FÉpître envoyée à François I^^ en 1536, avec V Institution chrétienne, Calvin disait au roi : « Ceste doctrine... est tous les jours diffamée envers vous; c'est asçavoir qu'elle ne tend à autre fin sinon que tous règnes et polices soyent ruinés, la paix soit troublée, les loix abolies, les seigneuries et les possessions dissipées; brief, que toutes choses soyent renversées en confusion ^... » La morale privée ou publique de Calvin sera une magnifique protestation contre ces calomnies. Morale simple, claire, pratique, morale austère aussi, mais qui ne demande que des vertus possibles, change l'homme intérieur sans toucher à ses intérêts, et se propose d'épurer l'État sans jeter bas sa structure et ses cadres. On comprend qu'elle puisse trouver audience dans les élites et que son conservatisme un peu hautain puisse rallier une aristocratie éprise de libertés, une bourgeoisie amoureuse d'ordre. Le moralisme de Calvin sera une des grandes forces d'expansion de sa doctrine et en explique, partiellement au moins, les progrès dans les hautes classes de notre nation.

Page 1