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CHAPITRE II

I. Comment se propage la doctrine. — La propagande spontanée. — Rayonnement des premiers groupes. — La propagande organisée. — L'action des émigrés. — Neuchâtel et Genève. — Les influences étrangères.

IL La prédication. — Importance de la chaire dans la vie sociale. — Comment la Réforme tente de s'en emparer. — L'agitation protestante de 1542 à 1545. — Prédications hérétiques à Paris. — Mesures prises contre les prêcheurs.

III. Le théâtre et la chanson. — Goût du peuple pour le théâtre. — Les drames rehgieux. — Infiltrations protestantes. — Farces et moralités.

— Pièces anticatholiques. — Rouen. — La chanson évangéhque.

— Premiers recueils.

IV. Le livre. — L' « art nouveau » au service de la Réforme. — Liberté de la profession. — Imprimeries clandestines. — Livres français imprimés à l'étranger. — La contrebande des livres. — Les colporteurs. — Les libraires.

V. La littérature protestante. — Son origine. — Ses manifestations. —

Les Bibles françaises et leurs abrégés. — Les traités mystiques. — La littérature doctrinale et polémique. — Violence de la controverse.

VI. Les « propos scandaleux ». — Dans la famille, dans les réunions, sur la place publique. — Agitation qu'ils provoquent. — Une ville en émoi : Agen. — La propagande par le fait. — Troubles portés au culte. — Bris d'images et attentats.

VIL Nonchalance et infériorité de la défense. — La nation catholique abandonne à l'État le soin de la protéger.

Les ouvriers sont prêts. Par quels moyens travaillentils à l'avènement de l'Évangile? Quelles formes revêt cette propagande qui, peu à peu, s'insinuera dans toutes les fibres de la France? — Et d'abord est-elle spontanée ou

organisée? L'œuvre d'individus isolés n'obéissant qu'à l'impulsion de leur conscience Ou au contraire une action concertée et dirigée, comme un orchestre qui obéit au geste impérieux de son chef?

Prenons-la à ses débuts. Entre les premières voix qui annoncent la doctrine nouvelle, nul accord préétabli. Dans l'ambiance déjà créée par l'évangélisme, il suffit qu'un Luther trouve un écho. Des âmes sont prêtes à recevoir le message dont les sonorités se prolongent entre les murs des écoles, sous la voûte des églises ou au fond des cloîtres. Détachées de l'ancienne théologie, avides d'émotions ou d'inspirations nouvelles, ces âmes cherchaient leur voie. L'appel du « petit moine » les soulève et les entraîne. Il les jette dans l'action et des convertis fait aussitôt des apôtres. Ces ouvriers de la première heure, nous les connaissons : Lambert à Avignon, Farel à Paris, Meigret à Lyon, Sebiville à Grenoble, bientôt suivis par un Le Clerc à Meaux, un CaroH à Alençon, un Fr. du Gouldray dans le pays de Caux, un Caturce dans la région toulousaine. Ces semeurs d'hérésie n'ont de commun que leur mystique, leur enthousiasme, leurs négations. Point n'est besoin de mot d'ordre. Chacun d'eux se croit investi d'une délégation divine. « L'Évangile, avait dit Lambert, se propage sans maître. » En réalité, ces autodidactes n'ont qu'un maître : l'Esprit qui appelle, inspire et dirige les siens.

Cette génération spontanée se continue. Pendant longtemps encore la « vocation » sera une inspiration individuelle. Le moine dans sa cellule, le marchand, l'artisan dans son échoppe, le régent dans son école, subitement illuminés, se transformeront en catéchistes. A leur voix, quelques adhérents sont réunis et un groupe se constitue. —

Et à leur tour ces petites ruches essaiment. La propagande s'élabore dans leur sein. De la cellule primitive se détachent des prédicants volontaires, hardis et résolus, qui, enrôlés dans les rangs de 1' « Évangile », travailleront à le répandre. Des compagnons de Meaux propagent l'hérésie en Thiérache et sur les confins de la Champagne^; des étudiants de Paris, à Orléans; d'Orléans et de Lyon, à Montpellier 2. Les persécutions même qui dispersent ces foyers multiplient la contagion. Fugitifs ou proscrits, autant d'apôtres qui porteront leur foi dans des milieux jadis indemnes. Les régents qui ont quitté Paris après l'affaire des placards introduisent la Réforme à Bordeaux, puis à Agen. Quand, en 1546, le Parlement détruit la communauté évangélique de Meaux, trois de ses membres, Mangin, Pouillot, Goujon, se réfugient, l'un à Fère-en-Tardenois, l'autre à Aubigny, le dernier à Senlis. Soyons sûrs qu'ils ne seront pas inactifs. Dès leur arrivée, un mouvement « luthérien » se dessine dans ces localités ^.

Propagande par rayonnement, dont l'intensité et l'efficacité sont prodigieuses. C'est sous cette forme surtout qu'avant l'emprise de Genève 1' « Évangile » se propage. Si la filiation de tous ces groupes nous était connue, nous pourrions suivre, comme pas à pas, la marche de l'hérésie. Mais les documents nous manquent. Tout est mystère dans cette activité. Le prédicant s'enveloppe d ombre. Nul journal de route qui nous renseigne sur ses étapes. Sommesnous même sûrs de connaître son véritable nom ou son identité? Tel ce Lelièvre, ancien prêtre, qui se fait appeler tantôt Antoine Deschamps, tantôt Séraphin d'Argences, qu'on croit ordonné à Lyon et qui parcourt les régions de la Loire jusqu'à la Meuse. Nous trouvons sa trace à Angers, à Blois, à Bourges, à Sens, à Langres où finalement

1. B. P. F., 1" S., t. VIII, 1859. O.Douen. La Réforme en Picardie.

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