‹ Les origines de la réforme (volume 2)Chapitre 67 sur 87 · N. Weiss, B. P. F. 1884, p · texte numérisé non relu

N. Weiss, B. P. F. 1884, p

qui, si elle était exécutée, étranglerait l'imprimerie et jetterait sur le pavé nombre de familles. Elle réclame au moins que la Cour permette la correction des livres incriminés où on ne relève que des erreurs partielles i**. Mais il s'agit bien de tolérance! Aucune des mesures prises n'est rapportée. 1^^ Index sera renouvelé et amplifié en 1545 et en 1546. A leur tour, les parlements provinciaux se mettent à l'unisson et prennent des mesures analogues pour leur ressort '^. La chasse aux livres s'organisait dans tout le territoire. Les commissaires-enquêteurs se rendent désormais chez les libraires, parcourent leurs catalogues, les confrontent à l'Index des livres prohibés, font ouvrir les ballots, vérifient les réserves. Cela même ne suffit pas. Au moindre éveil, à la moindre dénonciation, des officiers ou des huissiers pénètrent dans les couvents ou les collèges, ces asiles jusqu'alors inviolés de l'étude, se font ouvrir les cellules des religieux ou les chambres des régents et des écoliers, fouillent les lits et les coffres. Ils ne s'arrêtent même point devant l'inviolabilité du domicile. Ils inspecteront les meubles, feront sonder caves ou jardins, pour découvrir les livres qu'ils cherchent i^. Gare à qui se fait prendre. L'autodafé pour le livre saisi. — A Paris, le 14 janvier 1544, V Institution chrétienne et 14 volumes édités par Dolet sont brûlés en grande pompe sur le parvis Notre-Dame i^. — Pour les personnes, la prison et pis encore. De 1541 à 1544, six libraires ou imprimeurs parisiens sont poursuivis; l'un d'eux, le Noir, est mis à la torture, deux autres condamnés au feu. A Poitiers, le grand éditeur Angilbert de Marnef est inquiété. Un hbraire de Clermont qui a « achapté » des livres à Genève est envoyé à Paris sous bonne escorte ; à Rouen, Richard de la Poterie doit faire amende honorable; un libraire de Baugé est incarcéré; un troisième, de Périgueux, supphcié à Bordeaux. Mêmes poursuites contre les relieurs i*. Encore, imprimeurs et libraires, mêlés à la société locale, en relations d'affaires ou d'amitié avec les

cercles lettrés que fréquentent le clergé et les gens de loi, ont-ils quelque chance de s'en tirer. — Quant aux colporteurs, gens inconnus, qui apportent en France des Bibles ou libellés de Genève, s'ils sont pris, leur sort est bon. On ne ménage pas les fourriers de l'hérésie. Au feu, avec leurs livres ^^

Gomme la chasse aux écrits, s'organise la poursuite des personnes. L'édit de Fontainebleau avait confié aux chambres criminelles le jugement des hérétiques. — Voyons comment ces parlements vont conduire, chacun dans son ressort, l'œuvre de répression.

Ouvrons les registres du parlement de Paris. — De 1540 à la mort de François I^r (mars 1547), et de l'avènement de Henri II à l'édit du 10 novembre 1549, qui modifie la procédure, si nous comptons les procès, les condamnations, les arrêts de mort, et si nous classons ces instances année par année, nous observons que leur chiffre s'élève de 1544 à 1546, et surtout de 1547 à 1549. C'est que, la paix rendue à la France, François I^r songe plus ardemment que jamais à détruire l'hérésie. C'est aussi que le nouveau règne, loin d'adoucir les mesures persécutrices, les aggrave au contraire et les étend.

A Paris même, le parlement est sans cesse en éveil. Dès 1542, il s'est appliqué à briser l'offensive de la chaire, a fait enfermer Landry à Saint-Martin-des-Champs et commence à épurer les couvents contaminés i^. Il ordonne des perquisitions dans les quartiers suspects, met en branle le lieutenant criminel, et obtient des monitoires qui enrôlent curés, vicaires, paroissiens eux-mêmes dans la lutte judiciaire 1'. Mais ce sont aussi ses prisons qui se remplissent et les supplices qui recommencent. Depuis les « placards », les Parisiens avaient été sevrés de ce genre de spectacles. Voici que les bûchers se rallument. En 1541, un artisan de Paris, Claude le Pannetier est conduit au supplice. L'année suivante, ce sont le lieutenant de la Gruyerie de Boulogne,

Jacques Barré, et Geofîroi Le Blond; en 1543, Gilles d'Angers ; en 1545, un ouvrier fourreur, Robert Tentin. Le 3 août 1546, Dolet, déjà arrêté à Lyon, poursuivi, gracié et repris comme « relaps », sera brûlé pour ses « hérésies », ses « séditions » et ses « blasphèmes ». Et cette même année, deux imprimeurs, Michel Vincent et Antoine le Pot, et trois autres artisans, Ghapot, Gopillon, Gresteau monteront sur le bûcher. Ces exécutions se continuent sous Henri IL Un tailleur, Benoit Ramanet, est condamné au feu, en septembre 1547, puis en 1548, Léonard Dupré, de Poitiers, et Sainctin Lyvet, de Meaux. Le 4 juillet 1549, lorsque le roi fait son entrée solennelle à Paris, au milieu des fêtes et des réjouissances, quatre échafauds sont dressés au parvis Notre-Dame, place Maubert, au Val-Sainte-Catherine et au pilori des Halles. En se rendant de l'évêché au Louvre, le roi put être témoin d'un de ces drames, et dut se faire violence pour contempler « cet affreux spectacle ».

De Paris, passons au ressort. Même activité et mêmes rigueurs. Dès l'édit de Fontainebleau, la cour, saisie des procès pour hérésie, multiplie arrêts et[ condamnations. Elle se fait rendre les prisonniers d'Église, comme à Orléans, retient les causes des prêtres et oblige les évêques à « bailler vicariat» à ses conseillers. Mais elle s'attaque surtout aux groupes organisés, à ces « conventicules » qu'il faut détruire, comme à Coulommiers. Elle fait défense aux habitants de faire « aucunes assemblées et dogmatizer ». Comme à Corbigny, elle somme le bailli de disperser les réunions ; comme à Poitiers, elle envoie commission au sénéchal, pour informer contre les « tenans des doctrines nouvelles ». — Ce n'est là qu'une entrée de jeu. Dès 1545, le Parlement, investi du pouvoir d'enquête, organise la poursuite dans tout le ressort. H n'est que temps, car plus que jamais l'hérésie pullule. Partant, des commissaires .sont choisis au sein de "e cour, qui iront enquêter et procéder sur place : Sanguin à Meaux, Thérouenne à Amiens, Corbin et Leroux à Sens,

Gayant à Orléans-Blois, des Asses en Touraine, Bourgoing en Bourbonnais, Montmirel en Poitou. Désormais, nul refuge où ne s'abattent le regard et la main des magistrats.

Comment ils opèrent, nos registres en témoignent. — Regardons vers l'Est. Dans la région Meldoise, où malgré les poursuites, les condamnations, l'hérésie a reparu, dès 1542, des luthériens sont arrêtés; l'un d'eux est brûlé. En 1546, le commissaire réussit à surprendre le groupe. Coup de filet superbe. 60 personnes sont appréhendées, et, comme il faut un exemple, 14 sont condamnées au feu, 4 au bannissement, les autres à des peines diverses; 4 seulement sont élargies. — En Picardie, où s'installe Thérouenne, enquêtes et poursuites se succèdent à Amiens. En 1549, à la suite des « conventicules occultes qui se commettent de jour en jour », plus de 21 personnes sont incarcérées et une véritable terreur plane sur la ville. Mais le Parlement fait informer à Ribemont, à Chauny, à Noyon, où le lieutenant, Laurent de Normandie, ami de Calvin, menacé d'arrestation, devra prendre la fuite. Mêmes rafles en Champagne, province frontière, où plus qu'ailleurs s'impose la surveillance. A Troyes, Sézanne, Châlons, Vitry, Reims, Château-Thierry, des hérétiques sont arrêtés. A Langres, en 1548, un autre nid de « dévoyés » se découvre. La plupart des adeptes sont pris au corps; 18 montent sur le bûcher, les autres sont condamnés à des peines diverses. L'année suivante, à Sainte-Menehould, 15 hérétiques sont poursuivis et 3 livrés aux flammes. — Au Sud, sur la frontière de la Champagne et de la Bourgogne, c'est enfin la grande métropole de Sens où les commissaires ont réveillé le zèle des officiers locaux. En un an, 13 inculpés sont déférés à la Chambre criminelle.

Regardons maintenant vers le Centre, dans cette région de la Loire où l'hérésie s'est implantée. Là surtout, s'accuse la répression. Les rôles sont encombrés. Dès les premiers mois de 1546, Bourgoing parcourt le Bourbonnais et le Nivernais. Il passe à Montluçon, Bourbon l'Archambault,

Saint- Pierre-le-Moutier, Nevers, Gorbigny. Nous le suivons comme à la trace aux mandats d'amener qu'il décerne. Plus d'une vingtaine d'accusés, parmi lesquels l'abbé de Saint-Léonard de Gorbigny, le lieutenant de Saint-Pierre, des femmes, un avocat. Sur tout le cours de la Loire d'ailleurs, entre Nevers et Orléans, à La Gharité, Sancerre, Gosne, Gien, on découvre des hérétiques.

Dans le pays Ghartrain, le Vendômois, la région Blésoorléanaise, de 1540 à 1548, procédures et arrestations se succèdent. Ghaque année apporte son contingent. En 1548, la Gour envoie de nouveaux commissaires, Ant. Le Goq et Pierre Hotman. Geux-ci font des coupes sombres, même parmi les notables. A Orléans, l' officiai, le théologal, le bailH, Jérôme Groslot, sont poursuivis. A Blois, des officiers royaux sont inquiétés. A Beaugency, Hotman coffre, à tort et à travers, l' officiai, le lieutenant, le procureur, le greffier, le prieur de Baulle, des prêtres, des avocats, des marchands. Deux siècles et demi plus tard, les représen tant s du Gomité de Salut public ne feront pas mieux. Gette fois, le commissaire abuse. Le Parlement casse ses décisions et relâche la plupart des prévenus,

La répression s'étend jusqu'en Auvergne, à Riom, Glermont, Issoire; plus loin encore, dans le Lyonnais, ou en plein cœur du Plateau Gentral, à Aurillac, Mauriac et Salers. Ici cependant, la justice n'a guère devant elle que des cas isolés... Mais avançons vers l'Ouest; le nombre des localités où la justice informe, des suspects dont elle s'empare, prouve le progrès de la doctrine. Maine, Touraine, Anjou sont devenus des centres de contagion. Les Grands Jours tenus à Angers, en 1539, consacrent une partie de leurs séances au jugement des hérétiques. Plus atteint encore est le Poitou : on enquête et on arrête à Poitiers, Ghatellerault, Loudun, Fontenay-le-Gomte, Ruffec, Niort. Mais sur les côtes, de Luçon à Marennes, la gravité du péril est extrême, car l'agitation religieuse se greffe sur une agitation politique,

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et ces provinces troublées deviennent une proie offerte aux incursions de l'ennemi. En 1544, trois hérétiques, dont une femme, sont suppliciés à La Rochelle. Le lieutenant général, Cl. d'Angliers, est mandé avec son substitut à la barre du Parlement. La cour dessaisit les officiers locaux et confie au lieutenant de Fontenay-le-Comte la mission de faire place nette. En conséquence, en 1545, Ranzay opère à La Rochelle. 118 personnes sont arrêtées parmi lesquelles des officiers royaux, des clercs, des notables, bourgeois et marchands, des artisans. 25 sont condamnées à mort. Et de 1545 à 1547, dix autres prévenus seront frappés de la même peine. Nulle part la répression ne fera plus de victimes en si peu de temps.

Ainsi, de la Somme ou de la Meuse à l'Océan, au Plateau Central, c'est-à-dire dans une moitié de la France, la répression bat son plein. Dans 150 villes ou localités, la justice a pris au collet des hérétiques de tout âge, de toute condition, des femmes, des enfants et les a traînés devant elle. Voilà pour la première cour du royaume. Les autres vont-elles suivre? régler sur Paris leur attitude? Les édits de Fontainebleau et de Lyon avaient été enregistrés dans tous les ressorts sans remontrances et sans délai. Quelle en sera l'apphcation?

Dans trois parlements au moins, Bourgogne, Dauphiné, Normandie, l'empressement est médiocre et le zèle intermittent.

En Bourgogne, dès 1534, le parlement de Dijon a ordonné des enquêtes à Beaune. Après 1540, on ne relève plus de traces de son activité. Dans la province, il est vrai, l'hérésie ne réussit point à s'implanter. L'ensemble est indemne. Villes et gouverneurs font bonne garde. A Dijon même, l'échevinage suffit à préserver la ville. — En Dauphiné, la situation est différente. A Grenoble même, surtout dans le corridor du Rhône, Vienne, Valence, Romans, Montélimar, lieux de passage, et jusqu'aux portes du Gomtat, des

centres protestants se sont créés. En 1541, le parlement a condamné au feu un sacramentaire de Romans, Rostaing. Mais pendant sept ans il ne juge que 11 cas d'hérésie, sur lesquels il prononce 5 acquittements et 6 amendes honorables. Aussi bien, en 1546, les gens du roi l'incitent à agir, et sur leurs instances, il donne commission aux présidents et conseillers pour informer à Grenoble et dans les autres villes du ressort en raison de la « tépidité » des juges locaux... Mais il continue à s'abstenir. Trois ans plus tard, à la suite du voyage du roi en Dauphiné, il se réveille, envoie des commissaires à Valence, Montélimar, Die, Romans, et prononce deux arrêts de mort, par contumace. Huit hérétiques sont envoyés à Grenoble. Ils s'en tireront avec des peines légères. Le parlement abandonne aux juges locaux la poursuite de l'hérésie, surveillant surtout les tribunaux d'Église. Il semble moins soucieux d'extirper les hérétiques que d'arrêter les empiétements des ofEciaux ou des inquisiteurs sur la justice du roi.

En Normandie, mêmes fluctuations. Si officiers locaux, inquisiteurs, promoteurs rivalisent de zèle, l'activité des magistrats est médiocre. Le parlement a pu sévir dans l'affaire des placards : c'était une sédition. Mais dans cette province où la justice ecclésiastique est si fortement organisée, la cour surveille, parfois réforme, rarement intervient elle-même. Çà et là, seulement quelques arrêts dans ses registres. En 1540, le roi la suspend; il envoie des conseillers choisis avec soin, tenir les « Grands Jours » à Bayeux avec des ordres précis pour l'extinction des hérésies. Le parlement réintégré continue à agir avec mollesse. En 1542, une scène met aux prises à l'audience gens d'Église et magistrats, les premiers reprochant aux seconds de les abandonner à eux-mêmes, les seconds au clergé de ne point surveiller les prédicateurs. Sur l'injonction du Chancelier, le parlement prend cependant des mesures contre la diffusion des mauvais livres, envoie des commissaires au Havre, à Dieppe,

à Caen, condamne quelques hérétiques qui lui sont déférés. Dans l'hiver de 1546, il prononce même deux sentences capitales. Mais le roi est « mal content «. Par ses lettres du 19 avril, il tance ses légistes, ordonne la création d'une chambre criminelle spéciale pour procéder contre l'hérésie. Trois mois plus tard, le Premier Président avertit la Cour que le Conseil a l'œil sur cette compagnie « bigarrée » où les uns sont pour Dieu et « les autres gauches ».

Ces alternatives de rigueur ou de modération se retrouvent dans le parlement de Guienne. En 1535, il est entré résolument dans la lutte, a épuré le collège de Guienne, condamné huit personnes à une procession publique avec amende honorable. Trois ans plus tard, il fait informer à Agen; un ancien religieux, Jérôme Vindocin, est brûlé dans cette ville. La cour hésite cependant à entrer dans la voie où le gouvernement la pousse. Elle en sera, trois ans après l'édit de Fontainebleau, à consulter François I^r sur les peines à infliger. Mais l'agitation protestante à Bordeaux, aux portes mêmes de Bordeaux, dans l'Entre-Deux-Mers, à Sainte-Foy, l'oblige à sévir. Le régent de Sainte-Foy, Aymon de la Voye, est arrêté, conduit à Bordeaux où, après une longue instruction et la mise à la torture, il périra sur le bûcher. En 1542, le Parlement envoie des commissions judiciaires en Agenais, en Gascogne, jusque dans le pays basque. Des arrestations sont opérées à Gréon, la Sauve^ Monségur, Tonneins, Bazas, Condom. Un second sacramentaire est brûlé à Bordeaux. Puis trois années où la répression sommeille. Peut-être le voisinage de la petite cour de Nérac, l'influence de Marguerite et d'Antoine de Bourbon, gouverneur du pays, ne sont-ils pas étrangers à cette éclipse. En 1546, à Bordeaux, comme à Rouen, comme à Grenoble, nouvel accès d'énergie. L'intervention du parlement s'étend en Périgord où, à Sarlat, 19 personnes sont prises au corps^ à Périgueux, un hbraire est arrêté, — en Saintonge où l'hérésie a gagné Marennes, Saint-Just^ Oléron^ Arvert,

Hiers-Brouage. — Mais à la fin de 1546, le parlement a dû fuir devant la peste. A son retour, il reçoit une mercuriale du nouveau roi qui se plaint de son peu de « diligence ». Quelques mois plus tard, impliqué dans la révolte de la Guienne, le parlement sera suspendu et une commission spéciale chargée de la guerre à l'hérésie.

Bourgogne, Dauphiné, Normandie, Guienne, sont des pays de coutumes. Dans les provinces de droit écrit, Languedoc, Provence, à Toulouse, à Aix, l'esprit est différent. Dans ces milieux de légistes imprégnés des traditions impériales et des maximes du droit romain, les juges ne sont guère préparés à tolérer une diversité de croyances. Il semble aussi que, comme en Languedoc, les souvenirs de l'albigéisme, comme en Provence, la lutte contre les tendances autonomistes, aient pesé plus lourdement qu'ailleurs sur leur attitude. Dans l'unité religieuse, ils défendront l'unité de la nation.

Dès les débuts de la crise, à Toulouse, comme à Paris, le parlement a pris en main la résistance. Comme à Paris, il s'est imposé à la justice ecclésiastique et a fini par se l'assujétir. On devine avec quel empressement il usera des pouvoirs que lui confère la loi nouvelle. Dès 1539, il avait décerné prise de corps, à Lombez, contre 39 personnes. De 1540 à 1549, le nombre des poursuites qu'il ordonne, des procès qu'il juge, ne s'élève pas à moins de 200. Et enfin, comme à Paris, il opère en grand et par coupes dans les localités infestées. A Ganges, les consuls, plusieurs habitants parmi lesquels un bachelier en droit et un notaire, sont arrêtés. A Beaucaire, à la suite d'une information faite par le sénéchal, 14 habitants sont ajournés, 5 réussissent à fuir. La Cour condamne au feu trois des coupables et brûle en efiigie les contumax. A Uzès, 37 personnes sont prises au corps et transférées à la Conciergerie; 10 autres ont pu s'enfuir, mais on leur fera la chasse. A Marvejols, mandat d'amener contre 29 personnes, 3 monteront sur

le bûcher. Perquisitions et arrestations ont lieu à Castres, Narbonne, Béziers, Millau, Montauban. A Toulouse, 24 habitants défilent à la barre. Bref, dans tout le ressort, 18 condamnations capitales par arrêt de la cour seront un exemple à quoi les amateurs de nouveautés feront bien de réfléchir.

Le parlement de Provence ne le cède en rien à celui du Languedoc. Avant même l'édit de Fontainebleau, il s'est jeté à corps perdu dans la lutte. Étrangers pour la plupart à la province, les juges n'ont rien à ménager. En moins de quinze mois, à Marseille, Digne, Apt, Perthuis, Toulon, Forcalquier, plus de 60 personnes sont arrêtées, emprisonnées et condamnées. Mais le grand péril est celui des Vaudois. Ces communautés de paysans, échelonnées le long de la Durance, déjà persécutées sous Louis XII, avaient vécu en paix pendant vingt ans. Leur adhésion à la Réforme française, l'agitation qui la suivit, déchaînèrent la persécution. Déjà en 1533, l'inquisiteur de Roma avait terrorisé le pays. Le gouvernement le rappela. Mais en 1535, le parlement d'Aix réclame des poursuites, et en présence de la fermentation, rend, le 18 octobre 1540, le fameux arrêt dit décret de Mérindol qui condamne à mort par défaut le baile et 21 habitants, et ordonne que la population tout entière soit expulsée.

Mesure terrible, dont le retentissement fut énorme dans la Réforme française. Cette fois, la royauté recule. A la Cour, dans leur pays, les Vaudois avaient des défenseurs. Par ses lettres du l^r février 1541, François I^r ajourna l'exécution. 11 accorda un délai aux Vaudois pour rédiger leur confession de foi et abjurer leurs erreurs. Quatre années se passèrent. Les gens de loi négociaient, les gens d'Église discutaient. Ce fut un échec. La douceur même de Sadolet, la modération du Premier Président Chasseneux se heurtaient à une conviction inébranlable. Cependant l'effervescence se propageait. Des croix étaient brisées, des religieux attaqués. Le parlement se décida enfin à recourir à la force

et, à la mort de Chasseneux, les instances du nouveau Premier Président, Maynier d'Oppède, arrachèrent l'adhésion royale. On profita du passage des bandes qui descendaient du Piémont. Le 13 avril, des commissaires du parlement se mirent en route pour sommer les malheureux de se soumettre. Avertis par les seigneurs locaux que les Vaudois se fortifiaient à Mérindol et à Cabrières, que ceux des villages voisins s'étaient enfuis avec leurs armes, une expédition militaire fut vite résolue. Pendant que le sieur de la Garde marchait sur Cabrières et la Motte, d'Oppède arrivait avec des troupes à Villelaure et Lourmarin. Le 16 et le 17, les deux villages furent brûlés. Les bandes s'emparent de Mérindol, abandonné par ses habitants. Le village est rasé. Tout ce qui restait de ces populations s'enfuyait devant les bandes. Une partie s'enferma à Cabrières. On les somma de se rendre. Mais du haut des remparts, les assiégés narguaient et injuriaient les commissaires. On leur répondit à coups de canon. La brèche ouverte, la soldatesque s'y engouffra. Quelques habitants furent pris. Les autres s'enfermèrent dans le château et^ acharnés à mourir, se firent massacrer. Tout le pays fut mis à sac. 22 villages détruits, un millier de victimes, telle fut la conclusion de l'épouvantable drame qui consterna l'Europe protestante et dont le roi lui-même eut horreur.

Le jug'ê ne connaît que la loi. Mais dans les limites mêmes que la loi lui impose, elle laisse une large place à son initiative et à sa liberté. Il dirige la procédure^ pèse les témoignages, apprécie le délit et se prononce sur la peine. Dans ce rôle, il relève surtout de sa conscience et de ses lumières. Il se montrera indulgent ou cruel, fera preuve d'arbitraire ou de justice. — Cherchons donc comment nos parlements

ont appliqué la loi. « C'est chose merveilleuse », dira Farel, « comment ils enraigent après le sang des justes, ne désirant que la mort d'iceulx. Voyre aucuns mesmes d'entre eulx font l'office de bourreaux en tourmentant horriblement les pauvres qu'ils peuvent tenir entre leurs mains. Comme si par force et tourmentz l'on debvoit tirer les gens à Jésus. » Et près d'un demi-siècle plus tard, l'auteur de F « Histoire ecclésiastique » parlant des premières années du règne de Henri II, écrit à son tour : « Les feux furent allumés plus que jamais; et surtout la chambre du parlement de Paris, qu'on appeloit la chambre ardente, en envoioit au feu autant qu'il en tomboit entre ses mains. » Ainsi il semble que la France soit devenue une vaste geôle éclairée par la lueur des bûchers. — Scrutons et lisons avec soin les documents. Peut-être, sur l'œuvre répressive, jetteront-ils un jour quelque peu différent.

Suivre les hérétiques à la trace, surprendre leurs « conventicules », découvrir leurs noms comme leurs refuges, saisir leurs papiers, retrouver leurs complices, telle est la première tâche de la justice. Tâche malaisée. Dans les grands centres, nos « mal sentans » se cachent. Rien de plus facile à Paris, à Lyon, à Rouen, au milieu d'une population composite, au fond des quartiers populeux où grouillent toutes manières de gens et gens de tous pays. Boutiquiers qui vivent de leur négoce, artisans, débardeurs qu'absorbe leur travail, loqueteux qui courent après l'aumône, truands qui ne songent qu'à leurs rapines, ne s'inquiètent guère des opinions d' autrui. Pour peu que nos « luthériens » tiennent leur langue, n'affectent point de « manger chair es jours prohibés », se découvrent ou s'effacent devant une procession, ils ont grand'chance de passer inaperçus. Dans les campagnes, peu ou point de routes. Les communications sont lentes, l'accès est souvent difficile. C'est à peine si les édits du roi y sont connus. Que l'hérétique trouve un abri discret, un ami sûr, et s'abstienne de dogmatiser, quel moyen de

le découvrir? Aussi bien police royale ou police religieuse, procureurs, prévôts, sergents, inquisiteurs, promoteurs, sont-ils plus d'une fois dans l'embarras. Si l'hérétique ne se dénonce pas lui-même par quelque attentat public ou quelque scandale retentissant, ils ont beau enquêter dans les villes, parcourir les bourgs et les villages, ils risquent de trouver buisson creux. Force leur est de s'assurer des habitants. Dans cette chasse à l'hérésie, les vrais auxiliaires de la justice, les voici : les petits curés, vicaires, paroissiens qui sont tenus par la loi ecclésiastique et la loi civile de dénoncer les propos, les attitudes, les allées et venues de voisins ou de passants suspects. Qu'ils parlent, s'ils ne veulent être frappés des mêmes peines : tout dénonciateur ne sera pas dénoncé et aura le quart des confiscations.

Le système est dangereux, car il favorise l'espionnage ou les inimitiés locales, et, sous couleur de zèle, éveille les appétits. — Mais nul autre moyen de surprendre l'hérétique. Celui-ci est-il pris? Il est conduit au sénéchal ou au bailli qui commence à instruire, et de là, sous bonne escorte, aux prisons du parlement.

Pour lui, point de régime spécial. Notre Conciergerie conserve encore quelques-unes des cellules qui, avant d'abriter les victimes de l'intolérance politique, ont accueilli celles de l'intolérance religieuse. L'une d'elles a hébergé Berquin. A vrai dire, les cachots sont infects. Un peu de paille pour s'étendre et à peine un filet de lumière. En temps de peste, il faut « vuider » les prisons, tant la malpropreté favorise la contagion. Et la nourriture est sommaire, souvent malsaine : du pain et une cruche. Somme toute, cependant, la contrainte n'est ni inflexible ni continue. Les prisonniers ont quelque liberté. Surveillés, ils ne sont pas au secret. Ils peuvent se rassembler sous le préau et communiquer ensemble. A Rouen, un religieux réunira un auditoire et fera un prêche. A Lyon, les cinq étudiants captifs reçoivent des invités et trouvent moyen d'échanger des lettres

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avec le dehors; leur correspondance avec Calvin sera même un des documents les plus touchants de la Réforme. Qu'on s'étonne que quelques-uns de ces captifs aient réussi à s'enfuir! Le Parlement d'ailleurs veille à ce que ses prisonniers soient traités humainement, et s'il surveille avec soin les grands coupables, il se montre plus indulgent pour les petits. Maint religieux est enfermé dans un couvent : à Paris, à Saint-Martin-des-Ghamps, aux Chartreux, à Saint- Victor. D'autres prévenus, en raison de leur âge, sont internés chez un huissier. Il en est qui sont dispensés de la cellule. Combien d'autres, élargis provisoirement, reçoivent la ville « pour prison », à charge de se représenter en temps utile ou à la moindre semonce!

Procès-verbaux et enquêtes sommaires des autorités locales transmis au greffe, le duel s'engage. Le prisonnier comparaît devant les commissaires, plus rarement devant la Chambre criminelle. La première question qui se pose est celle de son identité. Son nom, son âge, sa profession. Est-il clerc ou laïque? S'il se dit d'Éghse, les juges réclament les registres d'ordination de son diocèse. S'il est constitué « es ordres sacrez », il peut être renvoyé à son évêque, mais plus d'une fois aussi la cour réclame pour ses membres un vicariat épiscopal.

Ces préliminaires sont longs : ils durent souvent des mois. Les incidents réglés, on arrive au fond. Cette fois, l'étau se resserre. L'hérétique est investi. Il lui faut faire face. Et il est seul pour défendre sa liberté, sa vie peut-être, contre l'accusation qui l'étreint.

Nous possédons quelques-uns de ces débats. Nous voudrions y retrouver les idées, les attitudes, jusqu'à l'accent même de ces hommes que le conflit religieux jetait les uns contre les autres. Combien de ces grimoires presque indéchiffrables ne sont que de simples notes prises à la course par un greffier indifférent! Devant les juges d'Éghse, l'occasion était belle pour les novateurs de défendre leur foi,

de discuter celle de leurs juges. Le procès devenait un vrai tournoi théologique : le prétoire se transformait en auditoire. Doctrines, textes, affirmations se heurtaient violemment. Les juges voulaient confondre l'hérétique, l'hérétique réfuter son juge. Rien de pareil chez nos légistes. Nul temps à perdre chez des hommes qui n'ont pas à discuter des dogmes, mais à appliquer la loi. Questions et réponses tournent dans le même cercle. L'accusé a-t-il proféré les propos, commis les actes qu'on lui impute? Observe-t-il le Carême, les Quatre-Temps? Fait-il ses Pâques? Depuis combien de temps? Va-t-il à confesse? Fréquente-t-il les gens de la secte? S'il peut montrer un brevet d'orthodoxie, il est sûr d'être élargi. Mais la plupart du temps, il se défend, ergote, s'excuse, ou nie. Aux juges de le pousser, de le presser, pour faire sortir la vérité.

Ils ont une arme terrible, la torture. Dans la procédure criminelle, l'usage en est courant. Mais il semble que, dans ces procès d'opinions, le Parlement hésite à l'employer. Il lui répugne de forcer les consciences. Sur 370 détenus qui, de 1540 à 1546, défilent devant sa barre, 24 seulement sont soumis à la question. En réalité, la Cour s'en tient à la procédure inquisitoriale. Elle juge sur pièces. L'accusé est invité à nommer ses témoins. Si la loi interdit de lui faire connaître son dénonciateur, il peut du moins, aux faits allégués, opposer des faits contraires. Si les juges lui refusent un avocat, ils lui laissent toute liberté pour se défendre. Il faut le dire à l'honneur de ces légistes. La loi est inhumaine : leur justice n'est pas arbitraire. Ils veulent frapper fort, mais frapper juste. L'hérétique a toutes les garanties que l'époque reconnaît aux accusés. Il peut récuser des témoins, faire vérifier des preuves, réclamer des suppléments d'enquête. Quant à ces juges, on peut voir avec quelle rigueur ils pèsent les témoignages, confrontent les témoins, scrutent les dépositions. Malheur au faux témoin ou au délateur calomnieux! L'un et l'autre sont sévèrement punis

par l'amende, des dommages intérêts, la prison, le bannissement, même les galères. « Nous jugeons librement, écrit en 1544 le conseiller Fumée à Calvin, nous ne laissons pas accabler un innocent par la justice : autant que nous le pouvons et que cela est permis au milieu d'hommes hostiles à la vraie religion, nous absolvons et justifions les accusés pour la foi. » En tout cas, nulle procédure exceptionnelle contre eux. L'arrêt du parlement de Rouen qui décide qu'en cas de partage des voix on n'appliquera point aux hérétiques la sentence la plus douce est une mesure particulière à la Normandie.

Ce scrupule des formes, nous le retrouvons dans la procédure des appels. Le Parlement qui stimule les évêques ou les officiers locaux n'entend pas leur lâcher la bride. Il réprime les abus de pouvoir. Découvre-t-il une irrégularité, une illégalité, nulle hésitation à casser les sentences. Plus d'une fois, il exige un supplément d'enquête. Ailleurs, à la demande de l'accusé, il dessaisit les juges comme partiaux et suspects. Le procureur d'Ainay, Alexandre Macault, s'étant plaint que le substitut de Poitiers l'avait cité sans raison, « supposant contre vérité crime d'hérésie », la procédure est mise à néant, et l'affaire renvoyée au sénéchal de Fontenay-le-Comte. A Lyon, un charpentier jugé par l'inquisiteur et le vicaire de l'archevêque est, malgré son « appel comme d'abus », livré au bras séculier, comme (i relaps et récidivé en hérésie ». La cour informée casse la sentence, rend le prisonnier à l'archevêque, avec ordre de le faire comparaître devant d'autres juges. Plus d'une fois enfin, la Cour qui réforme la sentence l'adoucit. Elle commuera la peine de mort en amende honorable et en bannissement : nos légistes voient plus haut que les juges inférieurs. Moins sensible aux influences, aux petites passions locales, elle n'entend servir que l'intérêt public. Telle est la part du Droit. Dans quelle' mesure les magistrats feront-ils celles de la modération et de la pitié?

Les peines qui frappaient l'hérétique étaient de deux sortes : les unes spirituelles, véritables pénitences qui ne châtiaient que son orgueil; les autres, temporelles, qui le frappaient dans ses biens et dans son corps. Mais nul code pénal n'en avait ajusté l'application. Aux juges d'apprécier : ils restent maîtres de la sentence. Celle-ci dépendra d'éléments très divers. Les circonstances d'abord. Dans les années où l'hérésie « pullule », où le gouvernement insiste, la sévérité de la peine s'aggravera en raison du nombre des délits. Entre les accusés eux-mêmes, des distinctions sont nécessaires. Le laïque sera frappé moins durement que le prêtre, et, parmi les laïques, le simple « dévoyé » trouvera plus d'indulgence que le « dogmatisant », l'égaré que le séducteur. Distinguons encore entre les cas. De l'erreur simple au blasphème sacramentaire et aux attentats sacrilèges, il y a plus que des nuances. Tenir des propos « mal sonnans » sur les observances ecclésiastiques, le jeûne, le célibat des prêtres, ou encore sur le purgatoire, le culte des Saints, c'est sans doute dévier de l'obéissance due à l'Église, ou de l'adhésion réclamée par la doctrine. Mais combien plus grave la négation de l'Eucharistie, surtout s'il s'y joint l'outrage! Sur ce point lui-même, le roi s'est prononcé. Au parlement de Guienne, qui le consulte sur les peines à infliger aux hérétiques, il déclare en plein conseil « qu'il vouloit et entendoit qu'aucun des « Sacrament aires » ne fût admis à abjurer, mais, comme les dogmatisans, fût puni de mort ». La même peine est, naturellement, réservée aux sacrilèges et aux relaps.

Dans l'échelle des peines, les juges peuvent choisir. Et comment ils choisissent, leurs arrêts en témoignent. Qu'on en juge à quelques chiffres. A Paris, en 1543, sur 42 arrêts prononcés par le parlement, nous relevons : 20 amendes honorables, 8 libérations conditionnelles, 14 acquittements; en 1546, sur 122 sentences, 7 amendes honorables, 64 élargissements sous condition, 6 acquittements; — de mai 1548

à mai 1549 (celle de la Chambre ardente), [sur 152,63 amendes honorables, 1 élargissement conditionnel, 24 acquittements] ^.

On le voit, la proportion des peines spirituelles et des élargissements est la plus forte. Deux tiers au moins des prévenus s'en tirent à bon compte. Qu'est l'élargissement conditionnel? Une libération déguisée, comme notre loi de sursis. La justice garde le coupable sous la main : s'il récidive, elle saura où le reprendre. S'il reste tranquille, il a toutes les chances de n'être pas inquiété. Quant aux peines spirituelles, souvent elles se traduisent par une messe à entendre, ou un sermon, un cierge à offrir, un désaveu des propos incriminés. Plus pénible, l'amende honorable. Le condamné doit se présenter devant l'église de sa paroisse, et là, tête nue, en chemise, la corde au cou, lire devant son curé une formule d'abjuration. — Dernier souvenir de l'épreuve publique que l'Église imposait jadis à ses pénitents.

Le cas est-il grave? Le châtiment moral ne suffit plus. Voici les peines fiscales et corporelles. Quelques-uns des condamnés peuvent être frappés d'une amende : 200 livres. Cette peine est assez rare. Le roi n'entend pas faire argent des hérétiques. Il préfère un exemple. Pour ceux-ci, le fouet. Les coupables, même des femmes, sont conduits par les carrefours et fustigés. Peine surtout réservée aux adolescents à qui on donnera une correction sévère avant de les rendre à leur famille. De plus coupables sont bannis, les uns pour un temps, les autres pour la vie, hors de la province, du ressort ou du royaume; et presque toujours au bannissement perpétuel s'ajoute la confiscation. La cour en effet préfère l'exil à la prison. Restent les cas « exécrables ». Pour ces derniers, la mort.

Châtiment terrible que le bûcher, et que rend plus effrayant

1. [Ces derniers chiffres, que fournit la documentation de l'auteur, n'étant pas encore transcrits par lui à la suite des autres, ne sont produits qu'avec les réserves qui s'imposent]»

encore l'appareil du supplice. Les juges tuent en grande pompe. Si le condamné est prêtre, il sera d^abord dégradé, Une tribune est élevée devant le parvis de l'église, où prennent place l'évêque et son clergé. Le prêtre y est conduit, revêtu des ornements sacerdotaux et tenant les vases sacrés. On lui enlève ces vases, on lui racle le pouce et l'index de ces mains qui ont offert le Sacrifice, on lui rase la tête pour en effacer la tonsure, signe de sa vocation, on le revêt d'habits laïques, et c'est cette loque humaine qu'on jette, comme une épave, au juge séculier. Il n'a plus qu'à rejoindre ses frères d'infortune. Le dernier acte est prêt. Hissé sur un tombereau, l'hérétique est conduit au supplice. Souvent la route est longue. Le cortège traverse la ville au milieu d'une populace avide du spectacle. Parfois, le condamné exhorte la foule; parfois aussi il s'entretient avec le prêtre qui l'assiste : une controverse s'engage, la dernière, où presque toujours il ne cède pas. Souvent, il murmure un psaume ou une prière. Ordre était donné, s'il persistait dans ses « blasphèmes », de lui couper ou de lui percer la langue. Après quoi, il monte au bûcher.

Le feu, telle est en effet la peine suprême. Dans ce siècle d'humanisme et de progrès intellectuel, la législation barbare de Rome et du Moyen Age n'a pas changé. Des femmes même n'échappent point au bûcher. De qui a osé s'élever contre la vérité et blasphémer contre Dieu, rien ne doit survivre. Le feu consumera les livres, le procès, le coupable. Mais il était très rare que le condamné fût livré vivant aux flammes. Presque toujours, il y a un adoucissement à son supplice. S'il se résigne ou s'il se repent, il sera étranglé d'abord et le feu ne détruira qu'un cadavre. L'abjuration en présence du bûcher ne sauve pas, en effet, de la mort. Et telle était la foi de ce temps que ceux mêmes qui rentraient alors dans le giron de l'Éghse, se jugeaient dignes de mourir pour l'avoir abandonnée. En livrant leur corps, ils sauvaient leur âme, Nous avons^ encore la confession

La KEPRESSIOX légale 345

d'un pauvre petit curé de campagne supplicié en 1540. ■Quelle résignation et quelle humilité!

Décidément, ces croyants, quels qu'ils soient, ont rendu un superbe témoignage à la valeur de l'esprit, car ils savent mourir.

Édits, ajournements, condamnations, quels résultats avaient-ils donnés? En dépit des digues, le flot monte toujours. L'hérésie continue à s'infiltrer dans les esprits. Cette crue régulière, presque irrésistible, le gouvernement royal la constate. « Y a », écrit François I^r dans ses lettres de Lyon, « quelque mauvaise semence d'erreur, qui pullule et s'accroît de jour en jour. » Dès son avènement, Henri II signale également ces progrès. Il s'indigne et il s'inquiète. Il pousse ses parlements à tenir la main « roide » et l'une de ses premières mesures législatives est une interdiction d'imprimer, de vendre aucun livre d'Écriture Sainte, s'il n'a été lu et approuvé. Règlements et défenses trahissent l'amertume découragée du pouvoir. A la propagande publique, il n'a réussi qu'à substituer une propagande occulte, non moins intense et plus eflicace. Henri II lui-même en fait l'aveu. « Comme feu soubz cendre, les hérétiques se sont nourris et entretenus soubz couvertes dissimulations en leurs erreurs et damnées opinions. »

Vouloir extirper une doctrine, quand cette doctrine est une foi vivante, faire violence à une idée, quand cette idée, pour des motifs différents, s'impose à une foule d'esprits et soulève des milhers d'âmes, est la pire des illusions. Au moins lorsqu'on se sert de la force, faut-il que la force possède tous ses moyens. Une terreur légale n'a chance de réussir qu'en devenant une terreur effective. L'ne répression n'est efficace qu'à la condition d'être rapide, uniforme,

générale et continue. Tel n'est pas le cas. Si rigoureuse, si inflexible que nous paraisse cette répression, que de fois est-elle désarmée ou entravée!

Par la procédure d'abord. Les moyens d'action font défaut. Pour quelques « mal sentans » qu'on découvre et qu'on capture, combien échappent! Les mailles du filet sont trop lâches, et la plupart passent à travers. Pas de police organisée, s'étendant, comme de nos jours, à tout le territoire. Il a fallu requérir le concours des habitants. Mais si l'hérétique ne se dénonce pas lui-même par des propos ou des gestes publics, il n'est pas sûr que ses voisins le dénoncent. On ne trahit point généralement ceux qui vivent auprès de soi, auxquels on est uni par des habitudes, des services, le long frottement d'une vie presque commune, même quand on ne partage pas leurs opinions. Il s'établit ainsi entre gens d'un même quartier ou d'un même village une complicité secrète. Et puis, tout le monde n'a pas une âme de délateur.

Mais ce sont aussi les procès qui s'éternisent, et les lenteurs énervent la répression. Soyons sûrs que les L500 à 2.000 luthériens qui, de 1540 à 1550, défilent devant la justice ne sont qu'une petite minorité. Les délinquants se réfugient dans les maquis de la chicane, réclament des enquêtes, multiplient les appels. Pour défendre sa croyance, sa liberté ou sa vie, toutes armes sont bonnes. Tel va de juridiction en juridiction pour revenir après un circuit interminable à son point .de départ. Tel autre réclame l'audition de 50 personnes, ce qui «évidemment ne se pourroit accorder ». Or, à faire venir les témoins, à accumuler et vérifier les preuves, à enquêter sur place, les frais sont énormes; souvent l'argent manque, les mois s'écoulent et parfois les années. Un procès d'hérésie commencé en Dauphiné, en 1544, dure encore en 1548. Le procès des inculpés de La Rochelle ordonné en 1545 n'est pas fini en 1549, « faute de procureurs », dira Lizet. En réalité, sauf dans les cas

LA REPRESSION LKGALE 347

(( énormes », attentats, flagrants délits, les juges sont-ils si pressés de conclure? Sous les verrous, les hérétiques sont inoffensifs. Peut-être vaut-il mieux les tenir que les punir. En attendant, les prisons sont pleines, et dans cet encombrement, plus d'un prisonnier réussit à prendre le large, avec la complicité d'amis, de partisans, et parfois du geôlier lui-même. A Rouen, en 1553, ce sont les prisonniers euxmêmes qui « rompent » la Conciergerie pour en faire évader un « luthérien » et ses adhérents.

En second lieu, cette justice boiteuse, qui s'attarde, a ses caprices. Tous ne sont point égaux devant elle. Et à ceux qui lui échappent, parce qu'elle les ignore ou les néglige, s'ajoutent ceux qu'une intervention puissante lui soustrait.

Première catégorie : ces privilégiés dont le roi se réserve le jugement. On sait comment François I^r a enlevé Berquin au parlement de Paris, Il usera encore de son droit d'évocation en faveur de ceux qui l'entourent et qui le servent ou des familiers de sa famille. En 1543, au plus fort de la tourmente, il déclare net au parlement de Guienne qu'il entend que « si aucuns personnages, serviteurs de la reine de Navarre, étaient chargés du crime d'hérésie, la cour n'en entreprît aucune connoissance, mais... envoyât audit seigneur et à Messieurs du Conseil Privé... » — Encore ces exempts sont-ils en petit nombre. Mais une autre catégorie « pullule », ces étrangers, soldats, marchands, écoliers. Allemands, Italiens, Suisses, Anglais, qui s'établissent ou circulent dans notre pays. Bon nombre d'entre eux sont « luthériens ». Le Parlement même s'inquiète. Appelée à vérifier les lettres autorisant les Volzer d'Augsbourg et d'autres bourgeois de Nuremberg, de Berne, à faire dans notre pays le commerce de l'argent, la cour n'enregistre qu'avec remontrances. Elle rappelle que les bénéficiaires sont « demourans es lieux et villes non obéissans à l'Église romaine ». Mais la France a besoin de ces étrangers. Ils travaillent à la défendre, à accroître son savoir et sa richesse.

Et ils peuvent venir protégés à la fois par les traités, leur gouvernement et le nôtre.' Qu'ils dogmatisent, la justice est désarmée. Car si elle agit, c'est un conflit en perspective. En 1542, le parlement de Rouen a pris un Écossais, Hamilton. En gens avisés, les présidents consultent le roi. Sur l'ordre de la cour, Hamilton est relâché et renvoyé dans son pays. A Agen, un neveu de Mélanchthon, André, est arrêté, conduit à Bordeaux sous bonne escorte, pour avoir propagé le luthéranisme dans les écoles. Grand tapage en Allemagne. Le duc de Saxe a écrit. Charles-Quint commence à exploiter l'affaire. Bonne aubaine, qui convaincra les princes protestants que la France leur prodigue son or et ses caresses, mais maltraite leurs sujets et les fait « brûler ignominieusement ». Bon gré mal gré, le roi devra capituler. Sur un ordre, Marguerite de Navarre avertit l'archevêque et le parlement de surseoir. Finalement, sur une nouvelle injonction, André Mélanchthon est élargi. Autre incident avec le comte de Montbéliard. Des émigrés rentrés en France avec des livres prohibés sont arrêtés à Sézanne. Mais parmi ceux-ci se trouve un sujet du Comte. Ce dernier et ses officiers réclament le coupable. Les autorités locales en réfèrent au roi. Ici encore, pour « certaines considérations », François ordonne de libérer le prisonnier.

Ainsi, dans l'œuvre pénale, une brèche est faite. Et celleci n'est pas la seule. Vues de loin et comme en bloc, les persécutions semblent témoigner d'une lutte sans merci, implacable, contre les hérétiques. Observons de près et en détail : il est facile de se convaincre que la répression n'est ni continue ni générale. Comme des individus, il y a, en France, des îlots privilégiés.

Nulle uniformité, nous l'avons vu, dans la conduite des parlements. Il y a des années où, comme en Normandie, en Guienne, leur action se relâche. Dans le ressort de Paris même, la répression, active en 1540, se détend en 1541. Elle s'accuse en 1543, pour fléchir en 1544, et de là s'ag-

grave dans les années suivantes. De 34 procès en 1543, le chiffre va s'élever jusqu'à 200 en 1548. Un seul système, celui des Grands Jours, eût pu intimider les populations et exercer une surveillance efficace. Aussi bien, la royauté les eût voulus annuels. Mais la politique extérieure, la guerre contre l'Angleterre et l'Empereur donnent à François I^r bien d'autres soucis. Pas de Grands Jours, dans le ressort de Paris, après ceux d'Angers (1539) et de Poitiers (1543); dans le ressort de Rouen, après ceux de Bayeux; en Guienne et en Languedoc, pendant toute la fm du règne. C'est seulement sous Henri II que le pouvoir central s'efforcera de rendre régulière l'institution. — Partant, il y aura toujours des enclos où l'on respire, où les « mal sentans » peuvent, pour un temps au moins, se mettre à l'abri. Il en est d'autres même, où ils sont à peu près sûrs de n'être ni surveillés ni inquiétés. Dans les provinces savoyardes nouvellement conquises, un gouverneur intelligent, libéral, comme G. du Bellay, saura brider le zèle des magistrats et entretenir la paix. A Lyon, sous l'épiscopat du cardinal de Ferrare, Hippolyte d'Esté, les dissidents sont en repos. Comment leur faire la chasse dans cette ville cosmopolite qui vit de l'étranger, et s'enrichit par la banque, par le livre, par les arts mécaniques? Il faut bien fermer les yeux. Nulle ville de France où l'esprit soit plus tolérant. On y éditera, malgré les défenses de la Sorbonne, jusqu'en 1546, la Bible en français, des traductions des psaumes, des traités mystiques qui ont un léger parfum d'hétérodoxie. Nos évangéliques y ont leur centre. Calvin s'y fait adresser ses lettres sous le nom de M. d'Espeville. Une foule d'émigrés s'y retrouvent, s'y concertent avant de passer à Genève ou à leur retour de Genève. Quand Baduel est obligé de quitter Nîmes, en 1548, c'est à Lyon qu'il se retire et il y enseignera pendant plus d'un an sans être inquiété. Les pouvoirs publics ignorent ou feignent d'ignorer cette propagande qui se fait presque ouvertement.

Ces lenteurs, ces inégalités, ces défaillances dans la répression, le parti intransigeant les dénonce. Il en rend responsables la mollesse et l'indulgence des magistrats. Et assurément, ce régime de contrainte n'avait chance de réussir que par l'accord unanime de ceux qui avaient la charge de l'appliquer. Or, sur une foule de points, les pouvoirs locaux se dérobent, les rouages subalternes n'obéissent pas ou obéissent mal à la main qui les conduit.

Pour quelques agents dociles, zélés, vrais dénicheurs d'hérésie, un Pincé à Angers, un Doyneau à Poitiers, un Morin, le lieutenant criminel de Paris, combien d'autres, tièdes, indifférents sinon hostiles! L'édit de Fontainebleau, qui a retiré aux officiers locaux le droit de juger les hérétiques, leur enlève tout intérêt à ces poursuites — et cela est humain. Par surcroît, lieutenants généraux ou particuliers ont presque tous des attaches locales. Qui sait si parmi les suspects ne se trouveront pas des parents ou des amis? Le plus sûr est encore d'attendre. Les procureurs généraux ont beau les dénoncer, les gourmander. Le roi lui-même menace. Ils restent sourds, ferment les yeux ou se croisent les bras. Aux édits comme aux injonctions ils opposent cette force qui a raison de tout : l'inertie.

Révoquer ces tièdes? Le Gouvernement n'y songe pas. Le Parlement n'a qu'un moyen d'être obéi, les dessaisir. Il leur substitue les officiers du bailliage voisin ou ses propres membres. Mais c'est instaurer le désordre légal. On devine aisément que ces officiers évincés mettront tout en œuvre pour entraver l'action de leurs remplaçants. A Chinon, en 1542, la poursuite des « luthériens » est confiée au bailli de Tours. « Mais les officiers du Roy, dont aucuns sont, à ce que l'on dit, parens et alliés de ceux qui sont soupçonnez, réclament le droit d'information et empeschent que les officiers de Tours ne passent oultre. » A Chauny, le sergent royal et le procureur chargés de faire une enquête sur un nommé Hersy se heurtent à l'opposition du substitut, dont

Hersy a épousé la fille. A La Rochelle, les poursuites ordonnées par la Cour restent sans résultat. Elle mande à Paris le lieutenant Claude d'Angliers et le substitut Hugues Pontard. Ceux-ci sont tancés vertement, et la Cour confie l'instruction au lieutenant de Fontenay-le-Comte, Ranfray. Naturellement, les officiers locaux protestent. L'agitation gagne la province et entre les gens de loi de La Rochelle, Cognac et Fontenay-le-Comte une véritable bataille judiciaire s'engage qui aura des échos au parlement. Dans le Nivernais, situation plus trouble encore. La Duchesse a fait publier un monitoire à la requête du procureur général contre les gens de Corbigny, et le lieutenant de Nevers est chargé de poursuivre. Mais les parents des accusés ont suscité contre cet officier le lieutenant général de Saint- Pierre-le-Moutier et son substitut. Celui-ci, sous couleur de procéder contre les suspects, conclut au contraire à leur décharge. Là aussi ce sont de beaux duels à coups d'exploits entre les officiers de Nevers et de Saint-Pierre-le- Moutier ou de Corbigny. Le Parlement est obligé d'intervenir et d'instruire lui-même le procès.

Incohésion, incohérence, rivalités de pouvoirs ou de personnes, tel est trop souvent le spectacle que nous offrent les fonctionnaires royaux. Ce n'est plus la lutte contre les hérétiques, c'est une mêlée au sujet des hérétiques. Dans cet enchevêtrement de juridictions, chacun défend ses droits, cherche à empiéter sur le voisin, ménage ses relations ou étend son influence. Une des grandes causes de l'échec, la voilà. Or, si mal servis par leurs subalternes, les parlements ne trouvent pas davantage un appui dans les municipalités. Comme les officiers royaux, maires, consuls, échevins ne s'associent qu'en hésitant, et non sans réserves, à la politique de répression.

Nous avons conservé un certain nombre de délibérations municipales de ce temps. Il est curieux que, dans la plupart, la question religieuse ne trouve presque aucune place.

Quelques villes comme Ageïi, Dijon, investies de la justice criminelle, prennent contre l'hérésie des mesures de sûreté. Elles surveillent les livres, les libraires, les colporteurs, arrêtent quelques habitants compromis ou expulsent des étrangers suspects. Que d'autres semblent ignorer la « contagion »! Si nous n'avions que les procès-verbaux de leurs conseils pour nous renseigner sur l'hérésie locale, nous ne saurions à peu près rien. Consuls ou échevins se renferment strictement dans leurs attributions. Ces bourgeois scrupuleux gèrent les intérêts de leur cité. Ils parlent finances, voirie, travaux publics, écoles, police; de l'agitation religieuse, pas un mot. L'ignoraient-ils donc? Par les hommes d'Église qu'ils fréquentent, les officiers royaux qui siègent dans leurs rangs, ils sont informés. Cependant ils croient ou feignent de croire que l'hérésie n'existe pas. Des faits divers ne créent pas un danger public. Domaine réservé aux gens d'Église ou aux gens de loi. A eux de défendre la religion ou d'appliquer les édits.

Pas d'affaires. Tel semble le mot d'ordre. Ces bourgeois prudents et réahstes redoutent le bruit. Ils savent d'abord que, plus que toutes les autres, ces disputes religieuses risquent de diviser les habitants. Or, plus que jamais, la France en guerre avec l'Anglais ou avec l'Empereur a besoin de « concorde » et « d'union ». Mais ils ont aussi besoin du roi et ils savent que le roi voit d'un mauvais œil les villes où ont pris pied des hérétiques. Il les tient pour responsables et impute à leur négligence ou à leur indifférence les progrès de l'hérésie. S'il est dans leurs murs des « mal sentans », le plus simple est donc de faire le silence. Leur tactique sera de dissimuler ou de réduire le mal. Rien ne témoigne mieux de cet état d'esprit que quelques délibérations. A Nîmes, le procès retentissant de Bigot et de Baduel a mis à nu toute la force du mouvement luthérien. Le premier consul, Denys de Brueys, se plaint en Conseil général que la ville « a esté et est encore sans raison... diffamée de la secte... Il ne s'agit

LA HKPKESSIUA LiJ.ALE 353

que de quelques gens particuliers non estans habitans de ladite ville », Mais ce bruit <( pourroit être cause que le roy avoit de la présente ville maulvais contentement, qui sera chose grandement... dommageable ». Le consulat députe donc à la Cour pour « remontrer lesdictes choses n'estre vrayes ». Même attitude à Amiens où a opéré le commissaire du parlement, J. de Thérouenne. Rentré à Paris, que peut-il dire, sinon que « ledit crysme règne encore en ceste ville »? Là-dessus, l'échevinage s'émeut. Il écrit au chancelier, au connétable, au Parlement pour leur certifier que « grâces à Dieu le bruict et encores moins le faict n'est tel... ». « Et povez vous asseurer que tiendrons la main de tout notre pouvoir à l'extirpacion de l'hérésie. »

La crainte d'être diffamés, d'être brimés, menés en laisse, dépossédés sous prétexte de défense religieuse par le pouvoir central et ses légistes; nous tenons ici la clé de toutes ces résistances, ces atermoiements, ces silences, presque des complicités, qui sourdement opposent les uns aux autres, dans l'œuvre répressive, les différents pouvoirs appelés à la poursuivre. Et ainsi, tandis que sur les tréteaux se déroule la sombre tragédie avec ses tirades officielles et son dénouement accoutumé, derrière la scène se joue une autre pièce, moins émouvante, mais non moins passionnée, le conflit de l'esprit de liberté contre l'esprit unitaire, et des franchises locales contre la centralisation publique et l'emprise envahissante de l'État.

Et c'est enfin l'Église qui ne s'associera qu'avec réserve à l'œuvre répressive des légistes, où elle voit une atteinte au grand principe de la séparation des pouvoirs et à ses propres libertés.

Que l'État chrétien ait le pouvoir de défendre la foi, qu'en

CALVIN. "^o

France surtout pareille tâche ait été dévolue à son chef, investi par le sacre d'un caractère religieux, presque sacerdotal, — sur ce principe évêques et théologiens sont d'accord. Mais sur la nature et l'étendue de cette intervention, les divergences commencent.

Deux questions se posaient.

— Jusqu'à quel point la force matérielle doit-elle être employée? Et, si les mesures de coercition sont nécessaires, à quelle autorité les confier? — C'est ici que, dès le début de la crise, les deux courants, intransigeant et réformiste, vont être aux prises. Pour l'emploi de la force et l'écrasement complet de l'hérésie, les tenants des vieilles méthodes; pour les mesures de pacification, les esprits pénétrés par l'humanisme.

Une lutte sans merci, des châtiments inexorables, tel est, on le devine, le programme des premiers. Il a trouvé son interprète, après Beda, dans un maître de la Sorbonne, devenu évêque d'Avranches, Robert Cisseau. En 1541, Gisseau écrit un traité sur « l'usage des deux glaives dans l'Église »; le titre en indique l'esprit. Cisseau est un partisan convaincu de la rigueur. Il écrira : « Si on veut que cette maladie, telle qu'un cancer, ne se répande, c'est une œuvre excellente de piété de se montrer cruel. » Maxime implacable qui rappelle les anathèmes de Luther contre les paysans révoltés et les sophismes des terroristes de tout temps et de tout pays.

Est-elle l'opinion générale? D'autres voix se font entendre, plus pénétrées de la douceur de l'Evangile. Évêques ou théologiens réformateurs, penseurs religieux, touchés par le souffle de la culture nouvelle, un du Bellay à Paris, un de Selve à Lavaur, un du Chastel à la Cour, et à leur tête le plus illustre, l'ami d'Érasme, Sadolet, qui, appelé par Paul III au Sacré Collège, préfère son évêché à la Curie, son devoir aux honneurs et, enfermé à Carpentras, passe des années de sa vie à enseigner, à visiter, à réformer son

peuple, en vrai pasteur d'âmes. En 1541, il s'est jeté entre les Vaudois et le pouvoir. Il obtient l'ajournement de la sentence de mort, plaide non coupable, excuse ce qu'il ne peut absoudre et écrit à Rome qui lui donne plein pouvoir. « J'userai de ce pouvoir s'il est nécessaire. Mais je ferai en sorte qu'il ne le soit pas. Les armes dont je me sers paraissent plus faibles et moins redoutables. En réalité, pour ramener les âmes perverties, elles sont autrement puissantes. Ce n'est point par la terreur et les supplices, mais par la Vérité, par la mansuétude chrétienne, que je tire de leur cœur encore plus que de leur bouche la confession de leurs erreurs. » Un demi-siècle plus tard, François de Sales ne trouvera pas de plus nobles accents.

Tout un groupe de prélats est animé de cet esprit. Ils ne croient point à la vertu de la force. A son emploi répugnent la délicatesse de leur conscience comme la culture de leur esprit. « Les évêques, dira du Chastel, ne sont point des bourreaux. » La répression doit être surtout une correction. Veiller, s^occuper sans fracas des hérétiques, les reprendre sans les accabler, se défier des prédications bruyantes qui réfutent moins l'hérésie qu'elles ne la propagent, de la publicité qu'assure un procès 'retentissant ou un supphce théâtral, telle sera leur méthode. Ce qu'ils redoutent pardessus tout, c'est l'agitation et le bruit. Comme ils connaissent bien la nature humaine ! Nous avons vu du Bellay recommander la prédication de l'Évangile et interdire à des prêcheurs de transformer la chaire en une tribune. Le Cardinal de Bourbon, archevêque de Sens, un des premiers personnages du royaume, ne pense pas différemment. A la Sorbonne qui lui signale dans son diocèse des hérétiques restés impunis et des livres pernicieux presque tolérés, il riposte avec hauteur « : Je ne sçay point qui vous a faict ce rapport. Mais je sçay bien qu'on y a procédé plus légèrement que prudemment. Quant à la diffusion des livres, il me semble que de vostre eosté on y debvroit prendre

garde... » Ces prélats judicieux parlent comme nos consuls et nos échevins.

Politique d'apaisement, mais qui, pour réussir, appelait une politique de réformes. Dans cet état de fièvre, d'échauffement mystique qui exaltait les âmes, la douceur n'avait chance d'être accueillie que comme messagère de rénovation morale. Séparée d'un programme positif, elle risquait de passer pour une faiblesse. Or, ce fut le malheur de ces esprits cultivés de ne pas comprendre ni calculer la force du mouvement religieux. Ils le considérèrent comme une éruption passagère et superficielle. En 1551, un homme aussi averti que le cardinal du Bellay en est encore à croire que l'hérésie est moins redoutable à Rome que le gallicanisme des parlements. Mais ce qu'il faut dire aussi, c'est que, dans l'aversion pour les rigueurs, n'entre pas seulement un sentiment de pitié pour les victimes. Les chefs religieux n'admettent point qu'au nom de son intérêt, les légistes dépouillent l'Église d'un de ses droits essentiels, le jugement de l'hérésie.

« A quel titre, avait dit l'archevêque de Bordeaux, Gramont, au président Lizet, les laïques jugent-ils de l'hérésie?... )) Singulière situation! Les deux grands corps qu'unit une cause commune, clergé et parlement, sont sourdement hostiles. Ils ont besoin l'un de l'autre et s'observent comme des rivaux. Ils se concertent et en même temps ils se redoutent. L'Église a le sentiment très net que, sous couleur de défendre la foi, la justice royale menace la justice ecclésiastique, que le concours de l'État n'est jamais gratuit et qu'à se faire protéger on risque d'être dépossédé. D'où le malaise qui paralyse la répression. Dans cet état d'esprit, en effet, les conflits ne peuvent manquer d'éclore. — Conflits de compétence. L'édit de Fontaine bleau a bien tenté de définir les attributions, de concilier les droits. Mais si les légistes veillent jalousement à ce que l'Éghse ne sorte pas de son domaine, eux continuent à

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entrer dans le sien. Ils acceptent les appels de ses procédures, cassent les sentences des officiaux ou des inquisiteurs, et renvoient aux juges séculiers. Presque toujours aussi ils soutiennent les officiers locaux contre les cours épiscopales. Et ici, nulle différence entre les cours souveraines. A Grenoble, à Bordeaux, à Rouen, comme à Paris, des arrêts enlèvent des hérétiques constitués « es ordres sacrez », prêtres ou religieux, à leurs juges naturels, lors même qu'il ne s'agit ni de rébellion ni de sédition, mais de matière « pure spirituelle ».

— Conflits fiscaux. Poursuites et procès des hérétiques coûtent cher. Qui paiera? Point de doute pour nos légistes. Puisqu'ils travaillent pour l'Église, à l'Église de faire les frais. Par suite, émoluments des commissaires, coût des procédures, transfert et entretien des prisonniers sont mis à la charge des évêques. Ces derniers sont taxés : 200 livres sur l'évêque de Chartres, pour le procès des hérétiques de Blois; 200 livres sur l'évêque d'Amiens, pour les exploits du commissaire Thérouenne. Dans le ressort du Parlement de Guienne, la tonte est générale : 50 écus sur l'archevêque de Bordeaux, « oultre ce qu'il a cy devant baillé »; 70 livres sur les évêques d'Agen et de Saintes; 60 livres sur celui de Limoges; 50 livres sur Bazas, Périgueux, Sarlat, Condom, Dax, Aire; 40 sur Bayonne; quitte aux évêques à « recouvrer » sur les condamnés. Mais les évêques trouvent le procédé impertinent et la créance douteuse. Ils regimbent. A l'État, qui instruit et juge, de financer. Il est vexatoire qu'après les avoir dépouillés de leur juridiction, on leur prenne leur argent. — Protestations vaines. Qu'ils payent, ou leur temporel sera saisi.

Sur plus d'un point, la répression de l'hérésie devenait ainsi une opération fiscale, au détriment du clergé. Au fond, dans la rude bataille, continue la lutte intestine des deux alliées, justice ecclésiastique et justice royale. Et par un détour inattendu, l'hérésie fait renaître le pro-

bîème de la séparation des pouvoirs qui est le principe même des relations du Christianisme et de l'État. A la fm, le roi s'inquiète, tiraillé à la fois par ses légistes et ses évêques, incapable de prendre parti et de choisir entre deux méthodes qu'il se flatte de concilier; auprès de lui, dans son Conseil, l'Eglise n'était pas sans défenseurs. Il avait besoin de ses subsides. A son tour le parti ecclésiastique ne manquait pas de lui représenter que, si l'hérésie se propageait, seul en était la cause l'effacement des autorités religieuses. François I^r dut songer à des concessions. En 1543, il lui avait fallu demander cinq décimes à son Église. Par les lettres du 20 juillet, il interpréta Fédit de Fontainebleau, en renforçant les pouvoirs d'enquête des inquisiteurs et des ofFiciaux, et autorisa le juge d'Église à ne renvoyer devant le juge royal, que dans le cas où l'hérésie se compliquerait de blasphème ou serait elle-même « claire et manifeste ». En 1546, un nouvel édit, celui de Sancerre, attribua aux évêques et aux ofîiciaux la connaissance des « crimes d'hérésie qui leur seraient renvoyés par les officiers royaux ».

En réalité, rien n'était changé. La réaction venait trop tôt. Jamais, au contraire, l'activité des parlements ne fut plus forte qu'à la fin du règne de François I^^ et pendant les deux premières années de son successeur. Mais la politique obtint ce qu'auraient cédé les principes du droit. En 1549, obligé de reprendre la lutte contre Charles-Quint, par là même de traiter avec les luthériens d'Allemagne et de rançonner son Église, Henri II doit donner des gages. Il adoucit la persécution, livre aux tribunaux les bourreaux des Vaudois, Guérin et d'Oppède. Il abandonne enfin à l'Église le jugement de l'hérésie.

L'édit du 10 novembre est un renversement complet de la politique de 1540. Qu'a-t-il étabU? — 1^ La recherche et l'instruction de l'hérésie sont maintenues aux officiers royaux. Baillis, sénéchaux, juges présidiaux, leurs lieute-

nants généraux et particuliers « cognoistront cumulativement et concurremment ainsi que les cas s'offriront... des matières concernans lesdicts crimes et hérésies ». — 2^ Le jugement appartient aux gens d'Église. Tout hérétique devra leur être renvoyé. Mais, conformément aux principes, si à l'hérésie simple s'ajoutent la sédition, le scandale, ou une « commotion populaire », au délit commun « le cas privilégié », le procès sera fait par les juges royaux et les juges d'Éghse « ensemblement ». — 3° L'Église est armée du pouvoir d'exécution. Elle pourra désormais décerner les décrets de prise de corps, faire saisir les prévenus hors de son prétoire, sans le concours du bras séculier Bien plus, celui-ci sera mis à son service. Il devra lui assurer^ la force armée à toute réquisition, saisir les biens des défaillants jusqu'à ce qu'ils se soumettent. — Enfin 4° Le parlement ne garde plus que la compétence d'appel, et encore dans les procès que les juges royaux et juges d'Église ont jugés de concert.

La revanche de l'Église était complète. Les parlements avaient dû s'incliner et dès le 30 décembre, date à laquelle l'édit est enregistré, les applications commencent. Les Conciergeries s'ouvrent et les inculpés d'hérésie sont rendus aux évêques. Le parlement de Paris donne l'exemple. Le 30 décembre, 5 hérétiques sont renvoyés à l'archevêque de Reims; le 8 janvier 1550, 49 aux évêques de Tours, Poitiers, Soissons, Noyon, Châlons, Orléans, Troyes, Paris, Chartres, Le Mans, Clermont et Nevers. Les transports se continuent pendant les mois suivants. La cour arrache même aux griffes de ses commissaires les inculpés d'Amiens, de Blois, de Beaugency. — Bref, près de 90 personnes qui échappèrent presque toutes aux peines corporelles qui les menaçaient. Le Parlement refuse même de recevoir les hérétiques qu'on lui envoie. Lîn sergent de Bourges, ignorant l'édit royal, se présente au guichet de la Conciergerie avec un convoi : c'est lui qu'on enferme. On ne le libère

qu'à la condition de repartir avec ses prisonniers et de les ramener à Bourges à ses dépens.

Des mesures semblables furent appliquées par les parlements provinciaux. Grâce à cette législation nouvelle, les « frères » purent respirer. Nombre d'accusés avaient été élargis. Ils profitèrent de leur liberté pour attaquer et faire condamner leurs diffamateurs. D'autres, retenus encore dans les prisons royales, réclament et obtiennent leur renvoi devant les évêques. Visiblement, une détente s'opérait. Le régime de terreur organisé par les commissions parlementaires semblait fini. A Paris même, la seconde Tournelle, cette « chambre ardente » abhorrée des luthériens, était supprimée. De tous ces hérétiques qui défilent devant la justice ecclésiastique, un seul, Claude Thurier, d'Orléans, est livré au bras séculier (17 mars 1550). — Changement de juridiction, qui n'est point toutefois un changement de politique. La royauté maintient toujours l'hérésie hors la loi, et elle n'entend point que cette modération s'interprète comme une faiblesse. Dès le 9 janvier 1550, par ses lettres de Fontainebleau, Henri II a pris soin de préciser sa pensée. « Je ne veulx pas que les procès et poursuites des luthériens et héréticques demeurent aulcunement retardez ne qu'il y soit usé d'aucune négligence, mais que l'on continue plus vivement que jamais... Car vous sçavez comme j'ay cella à cueur. » Le 11 février, de nouvelles lettres annoncent des sanctions contre les « juges présidiaulx négligens à l'inquisition, poursuicte, punicion et extirpacion des personnes entachées du crime d'hérésie... ». Conformément à ses ordres, les procureurs généraux continuent à informer et, dans tous les cas qui leur sont réservés, les parlements à sévir. Trois hérétiques sont encore condamnés au feu, directement ou sur appel, par le parlement de Paris et celui de Chambéry. Les partisans des nouvelles doctrines se sentent si peu en sûreté, que l'exode vers Genève s'accélère. Calvin ne se faisait pas d'illusion sur une orientation

nouvelle de la politique religieuse. Malgré les jugements optimistes, il écrit à Farel : « Sois assuré que la férocité de la bête n'est en rien adoucie, et que chaque jour de plus en plus nos frères sont opprimés, bien loin de sentir un adoucissement quelconque à leur sort. »

C'est que, pas plus que les supplices, la douceur n'aura raison de la foi nouvelle qui garde ses espoirs, ses colères, et a puisé dans la lutte même le sentiment de sa force. Elle aussi n'entend point désarmer, jusqu'au jour où, devenue libre, elle s'érigera en maîtresse. Aux mesures d'apaisement répondent des provocations nouvelles. A Paris, le 7 décembre 1550, à Notre-Dame, après vêpres, un furieux se précipite, l'épée à la main, sur la statue de la Vierge et la crible de coups. A Bonny, un religieux, Fr. Bocquin, appréhendé par les sergents de l'évêque d'Auxerre, ameute les habitants : l'escorte est attaquée et le moine prend la fuite. A Lyon, malgré les édits, deux cents personnes se rassemblent pour lire la Bible « à la mode de Genève », puis, en masse, descendent dans la rue, en chantant des psaumes. Des ouvriers imprimeurs se mêlent au cortège. Le consulat s'émeut. Est-ce une nouvelle « rebeine »? — Le parti intransigeant a beau jeu pour reprendre ses avantages. C'est en vain que le roi « avoit espéré que les délinquans se pourroient plus facilement convertir et réduire par la douceur des punitions ecclésiastiques... » Il s'est trompé. On ne compose point avec l'hérésie : on la supprime.

Une nouvelle évolution était en germe dans ces idées. L'édit de Châteaubriant (il juin 1551) devait marquer le retour à la manière forte. Il unissait tous les pouvoirs et codifiait toutes les mesures dans une lutte suprême contre l'hérésie.

Quel est le bilan des supplices? — Aux chiffres ^ des condamnations à mort prononcées au parlement de Paris, à Rouen, à Grenoble, à Bordeaux, à Toulouse ^, à Aix, à Chambéry, marquant la part des cours souveraines, de 1540 à 1549, à « l'extirpacion » des hérétiques, si on ajoute les exécutions faites dans la période qui précède et celle qui suit, les sentences capitales des baillis ou sénéchaux non déférées aux parlements, on constate, d'après le total des victimes, sur une population de 20 millions d'habitants et sur un espace de quarante années, que, somme toute, la France chrétienne, en un tiers de siècle, a fait monter moins de condamnés sur le bûcher que la France révolutionnaire en seize mois sur l'échafaud.

Rigueurs dangereuses, qui préparaient une atmosphère de représailles et de haines dont sortiront les guerres civiles. Rigueurs inutiles, car elles n'ont servi que l'hérésie. La persécution sera toujours la plus puissante des propagandes. De ces obstinés, la loi fait des martyrs. Leur exemple parle plus haut encore que leurs conseils. Il met le sceau de la mort à leur message. Combien, dans ces foules qui assistent émues et silencieuses au châtiment, s'en retourneront avec un sentiment d'admiration pour les victimes, de curiosité pour leur croyance! Ils voudront savoir à quelle source puisent ces âmes qui vont à la mort en souriant et en priant.

1. [Ces chiffres auraient trouvé ici leur place. L'auteur l'avait réservée. Des dossiers constitués par ses recherches per.sonnelles dans les archives des parlements il comptait revoir toutes les pièces pour fixer cette répartition et ce total, en précisant ses références.]

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