Brantôme, III
îl n'était point sans culture. Enfant, il avait été entre les mains d'un humaniste italien, Teocreno, qui lui avait donné le goût des choses de l'esprit. Comme son père, Henri II est en contact avec l'antiquité. Il sait le latin. Il parle bien les deux grandes langues polies du siècle, l'espagnol et l'itahen. A un discours qui lui est adressé en toscan, il saura répondre en cette langue « comme s'il avait été nourri au cœur de la Toscane ». Il tournera même des vers. Sa mémoire est sûre. Le jeune roi retient à merveille le nom des gens qu'on lui présente, comme les affaires dont on lui parle. Egale est son application au travail *. Peu de souverains qui se soient plus attachés à leurs devoirs de rois. Chaque jour, il consacre deux ou trois heures de la matinée ou de l'après-midi à son conseil. Il tient à être informé, se fait lire les dépêches, dicte lui-même ses instructions à ses capitaines ou à ses ambassadeurs. Dans l'âpre lutte où la France est engagée, il est dominé tout entier par ce double souci, le soulagement de ses peuples et le maintien de la dignité nationale. Dès son avènement, il s'est promis à lui-même d'effacer les conséquences fâcheuses des derniers traités conclus par son père avec Charles- Quint. Il tient parole. L'intervention en Italie, la guerre contre l'Angleterre seront tout autant son œuvre que celle de son conseil. Mais ces qualités aimables ou solides ne suffisent point toujours à faire un chef. Il manque à Henri II cette intelligence forte qui prépare l'avenir et cette main ferme qui brusque la destinée.
Ses vues sont courtes, sa volonté est faible. Lui-même sent le besoin d'être entouré. S'il montre parfois des idées personnelles et même une ténacité poussée jusqu'à l'entêtement, combien plus se révèle-t-il flottant, irrésolu! L'atta-
4. Les ambassadeurs relèvent plus d'une fois le fait. Quant à sa religion, elle est celle de beaucoup de ses contemporains, mêlée de superstition et de formalisme. Il croit aux horoscopes et aux devins. Il est « bon catholique, non point bigot, oyant le service de Dieu et ofTice selon ses heures et ses jours sans y inventer aucuns extraordinaires ny cérémonies ». Id.. ibid., 27
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chement, l'habitude, les services rendus le riveront à des conseillers qu'il gardera pendant tout son règne. Il est vrai qu'il n'entend pas être leur jouet. 11 ne se livrera jamais à un seul homme. Son amitié pour Montmorency ne l'asservira pas à sa politique. S'il comprend et partage les grands desseins des Guise, il saura plus d'une fois se prononcer contre eux. Gomme tous les faibles, il est méfiant et il se plaît parfois à opposer les uns aux autres les ambitieux et les politiques qui l'entourent. Il n'en laissera pas moins grandir auprès de lui ces influences contraires, rivales, incapable de les dominer et de les contenir. Voilà la grande faiblesse de ce règne où se dessinent déjà les partis qui, après la mort du roi, sous un roi plus faible encore, déchireront l'unité de la nation...
Quels personnages vont s'agiter autour du roi, jouer es premiers rôles?
Dans cette cour brillante qui partage son temps entre les fêtes, l'intrigue et la politigue, se détachent d'abord deux femmes : l'épouse et la maîtresse, Gatherine de Médicis et Diane de Poitiers.
Mariée en 1533, traitée en parvenue pour sa roture, en petite fille pour sa pauvreté et sa laideur, la dauphine avait d'abord partagé la disgrâce de son mari. Elle vit à l'écart, dans son entourage d'Itahens, de lettrés et d'artistes. Puis sa belle maternité la prépare à la royauté. Dans la mère s'ébauche la souveraine. A deux reprises, en 1553, en 1554, Henri II lui confie la régence. Ge noviciat politique l'initie aux affaires. Elle gouverne avec tact et décision, et on commence à compter avec elle. Malgré tout, elle ne s'impose pas. Son influence reste discrète, et rien ne fait prévoir la souveraine au cœur sec, à l'esprit délié et retors qui se révélera dans l'affreuse tragédie des guerres civiles ^. Combien effacée par le crédit de la grande sénéchale! Diane a