‹ Les origines de la réforme (volume 2)Chapitre 69 sur 87 · Roniier, ouv. cit., I, p. 376, etc · texte numérisé non relu

Roniier, ouv. cit., I, p. 376, etc

alors cinquante ans. Par quel philtre tient-elle ce jeune roi? Son grand art fut de ne pas vieillir et de se faire désirer. Intelligente, pleine de tact, soucieuse des convenances et supérieurement calculatrice, elle ne s'affiche pas. Vêtue comme une veuve de noir et de blanc, elle met une coquetterie à cacher son pouvoir et sa fortune ^. Et surtout, elle sera pour le souverain la grande animatrice. C'est auprès d'elle qu'il se dérobe au souci des affaires comme à la mélancolie de sa nature. C'est à Anet, dans ce château que Philibert Delorme a édifié pour elle, que Diane se plaît à recevoir celui qui s'avoue son « serviteur » et se flatte de n'avoir jamais « connu qu'un Dieu et qu'une amye ». Avec ses bassins, ses eaux vives, le jaillissement de ses fontaines et le mystère de ses forêts, cette solitude est bien faite pour la volupté et pour le rêve... L'enchanteresse eut-elle une influence politique? Chercha-t-elle à la conquérir?... En réalité, rien dans ses lettres, dans sa conduite, ne laisse entrevoir un rôle qui sera, deux siècles plus tard, celui d'une Pompadour. Le roi l'entretient parfois de ses affaires, lui fait lire les dépêches, peut-être sollicite ses conseils. Elle ne se pique point de diplomatie ou de tactique. La seule influence qu'elle exerce est l'appui donné à ses amis. Elle soutiendra les Guise contre Montmorency. Elle recevra d'eux le mot d'ordre, leur révélera les secrets utiles '. Tout leur parti gravite autour d'elle. Mais c'est moins s'emparer du pouvoir qu'assurer sa fortune. La magicienne prenait ses sûretés contre la vieillesse et l'oubh. Toute sa vie n'a qu'un but : garder son chevalier.

Les politiques, les voici : ces chefs des grandes familles qui siègent au conseil et sont associés par le roi au gouvernement.

6. Sur Diane, cf. Brantôme qui lui est plutôt favorable. « Cœur grand et noble », dit-il. L'éloge paraîtra excessif. En revanche, les protestants

'ont détestée. Ils la rendent responsable de la persécution religieuse.

7. Brissac est nommé gouverneur de Piémont par l'influence de Diane de Poitiers contre l'avis de Montmorency. Alberi, Relazioni... I, t. IV p 79.

Nouveau roi, nouveaux ministres. Le premier conseiller en titre, le plus ancien en âge est le connétable, Anne de Montmorency ®. Singulière fortune que celle de ce petit baron du royaume qui doit sa carrière à la fois à la faveur de François I^^ et à sa disgrâce! Son dévouement, sa bravoure, ses hauts faits d'armes à Marignan, à Pavie où il est pris aux côtés du souverain, l'avaient signalé à l'attention. Le titre de maréchal, l'ofTice de grand maître, récompensèrent ces services. Entre temps, il avait arrondi ses terres. A Montmorency, à Ecouen, s'étaient peu à peu adjoints Damville, Villiers-le-Bel, Taverny, Conflans, Beaumont, Fère-en-Tardenois, l'Isle-Adam, Valmondois, Nogent; tout un petit état entre Oise et Seine, dont Chantilly, commencé vers 1530, deviendra la capitale. Une de ses sœurs avait épousé Guy XVI, comte de Laval. L'autre, veuve du baron de Conty, Gaspard de Coligny, seigneur de Châtillon. Luimême s'était marié à la fille du bâtard de Savoie, Madeleine. Le voici apparenté à la famille royale. En 1538, après la belle défense de la Provence, François I^r lui donne l'épée de connétable. Et pendant trois années, il laisse la direction de la politique entre ses mains.

Une disgrâce éclatante faillit lui casser les reins. Résolument, il se tourna vers le dauphin et attendit. Le nouveau règne le rendit plus puissant que jamais. Il revenait en ^maître avec ses idées, ses préférences et ses rancunes. Brave, loyal, mais aigri, brutal, arrogant, sûr de l'amitié confiante, presque respectueuse, du roi qui l'appelait son père. Montmorency voit s'ouvrir à son ambition des perspectives indéfinies. Son fils avait épousé une fille naturelle de Henri, Diane de France. Ses neveux, les Châtillon, lui apportaient la force que donnent la jeunesse, le talent et les services. Ainsi étayé, il entend dominer tout et il veille avec une àpreté jalouse à n'être point dépossédé. Nulle

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