Cf. Histoire ecclésiastique (1580), t. I, p
sur les villes impériales « qui ne sont de langue germanique » : Metz, Toul, Verdun, et Cambrai i".
Ces concours militaires que TAllemagne luthérienne nous apportait, nous les trouvions également chez les Suisses. Là encore, la guerre était une industrie nationale. François I®^ avait heureusement renoué avec les Cantons la vieille amitié, un moment rompue au début de son règne. La France leur avait accordé des privilèges économiques : en échange, ceux-ci lui donnent des hommes. Henri II continue cette politique. En 1549, son ambassadeur Morelet resserre l'entente avec les confédérés. Le traité de Soleure (7 novembre) met à notre disposition 8 à 10.000 hommes de pied, excellents soldats, sous promesse d'une pension de 25.000 écus d'or « par quartiers » et d'avantages commerciaux. Les deux pays assuraient une égale protection à leurs nationaux, messagers, marchands et pèlerins ". Seuls Berne et Zurich, malgré les démarches de Calvin, avaient refusé d'entrer dans le pacte. Genève n'y figurait point. Mais sa neutralité bienveillante nous était assurée. Seul service qu'elle pût nous rendre. Entre la Seigneurie et le Gouvernement royal, les rapports étaient étroits. Henri II ménageait la République qu'enserraient nos possessions de Bugey et de Savoie. En 1547, il avait fait le meilleur accueil à son envoyé. Ami Perrin, partisan décidé de l'entente avec la France. Malgré les propos malveillants de nos ennemis, nous avions tout intérêt à respecter et à défendre la liberté de Genève. En 1553, nous devions même, à sa demande, reporter aux limites du Lyonnais et de la Bourgogne la ligne douanière établie aux frontières de la Savoie et du Bugey i-. C'était accorder à Genève une zone franche
iÛ. Du Mont, Corps diplomatique, IV, § 3, p. 31.
11. Du Mont, IV, § 2, p. 3,48. En 1551, un nouveau traité étend les privilèges accordés aux Suisses {Id., ibid., § 3, p. 24).
12. Sur les rapports avec Genève dans cette période, cf. Arch. d'Etat, . t. I, 59, n° 1400 (Ambassade d'Ami Perrin à Paris (20-29 juillet 1547). En 1549, le président du parlement de Savoie, Pell isson, avertit Genève de
et lui assurer le libre accès à Chambéry comme aux foires de Lyon.
La chaîne de nos alliances s'étendait. Au Nord, nous pouvions compter sur le Danemark, que le traité du 29 novembre 1541 avait uni à la France. Plus intime encore était notre entente avec l'Ecosse. Dans la guerre contre Henri VIII, Jacques V avait courageusement combattu à nos côtés; et à sa mort, sa veuve, Marie de Lorraine, avait continué la lutte en se mettant sous la protection de la France. Mais l'appoint décisif était l'Angleterre. Si nous voulions, au Nord comme au Midi, dominer la mer, isoler Anvers et les Pays-Bas de l'Espagne, nous ne pouvions nous passer d'elle. Nous étions dans l'alternative de l'avoir pour alliée ou pour ennemie.
François I^r l'avait compris. Après le traité d'Ardres, il s'était rapproché de Henri VIII et, à la mort du roi, du Protecteur Somerset i^. Henri II avait continué ces avances. Mais Charles-Quint travaillait. Et entre l'Angleterre et nous persistaient des points de friction tout prêts à s'envenimer. Henri II ne se résignait point à la perte de Boulogne, que nous avait enlevé le traité d'Ardres. Surtout il entendait protéger contre les ambitions anglaises l'indépendance de l'Ecosse. Or, entre les deux pays la guerre continuait ^K En 1548, une armée anglaise, conduite par un transfuge, Lennox, et renforcée d'Ecossais rebelles, envahissait les comtés. L'Angleterre y soudoyait la propagande protestante. Le gouvernement de Londres ne cachait pas son intention d'unir les deux pays par le mariage de la petite reine, Marie Stuart, avec le jeune Edouard VI. « Vous assu-
préparatifs du gouverneur du Milanais, Ferrante Gonzague (/d. 60, n° 1444). En 1551, notre ambassadeur auprès des Ligues, Morelet, avertit Genève d'un complot dirigé contre elle (Id. 60, n° 1439).
13. Caiendar, Edouard VI, n°8 13, 22, 46 (14 février, 15 mars 1547). Projet de traité entre Edouard VI et François I".
14. Calendar, n° 68 (6 mars 1548). Visées de Henri II sur Boulogne. Henri avait une carte de tous les ports et lieux de débarquement {Id, n° 70). Id, ibid. n° 73. V^otton au conseil. 'Préparatifs du roi décidé à ne pas abandonner les Ecossais (18 mars). Id.) ibid, n'»" 60, 122.
rerez le roi d'Angleterre, écrivait Henri II à son ambassadeur, que je suis tenu pour mon devoir et par obligation à la protection, défense et conservation dudit royaume comme du mien propre ^^. » Le roi se décida à agir. Avant même que la paix ne fût rompue, notre gouvernement envoyait aux Ecossais des vivres, de l'argent et des troupes. Une escadrille française, contournant la côte, mouillait à Dumbarton et enlevait Marie Stuart. Le 13 août 1548, la petite reine débarquait à Roscofî et était fiancée au dauphin, le futur François IL En septembre 1549, la guerre était officiellement déclarée. Elle fut courte. L'Angleterre n'avait ni alliés, ni troupes, ni argent. Serck, Jersey occupées, Boulogne investie, elle céda. En février 1550, Boulogne était restituée à la France, moyennant une indemnité de 400.000 livres. L'Ecosse devait être comprise dans la paix ^^. De nouveau se fit jour l'idée d'un rapprochement. Nous avions envoyé à Londres M. de Langeac pour régler les clauses d'une çntente entre l'Angleterre et l'Ecosse. Les deux rois s'écrivirent et se comblèrent d'amitiés. Henri reçut l'ordre de la Jarretière, Edouard le collier de Saint- Michel. Catherine de Médicis ayant mis au jour un fils, le duc d'Angoulême (le futur Henri III), le roi d'Angleterre fut son parrain. L'année suivante s'ébauchait un projet d'union entre Edouard VI et une fille de Henri II, Elisabeth de France. Après bien des marchandages sur la dot, le traité de mariage fut conclu ^^ Jamais l'intimité des deux cours n'avait paru plus étroite. Mais ces politesses n'étaient point des promesses. Le mariage ne se fit point, pas plus que l'alliance. Au fond, aucun des deux pays ne la désirait.