XII PREFACE
plus juste envers la France qui a voulu rester catholique. Et peut-être fmira-t-on par se convaincre que, si le protestantisme a échoué en France, ce ne fut point par des causes fortuites, ni par l'oppression brutale de la force, mais pour des raisons profondes qui tiennent à notre génie comme à notre histoire.
« Contre ces détracteurs du passé qui mettent leur gloire à médire de leurs aïeux, contre ces admirateurs de l'étranger qui croient équitable de dénigrer leur patrie, on comprendra mieux pourquoi la France, par un effort de raison et de volonté, a choisi sa voie, et, tout en établissant, la première en Europe, la liberté de conscience, a sauvé son unité morale.
« Est-il besoin de dire que l'auteur n'est qu'un historien? Il n'a pas à prendre parti. Exposer les faits, décrire et analyser les doctrines, pénétrer les hommes, faire comprendre les forces en présence et les ressorts qui les poussent, voilà ce que nous nous somrnes proposé de faire. Qu'une telle histoire soit possible, nous le croyons : à une condition toutefois, et c'est de l'aborder directement, comme de front, par l'étude impartiale des documents, et de tous les documents.
« Mais l'impartialité de l'histoire appelle des comparaisons. Il est de mode de dénoncer l'intolérance de la France au xvi^ siècle, comme si elle avait été la seule à verser le sang, et de laisser dans l'ombre les supphces ou les massacres de l'Angleterre de Henry VIII et d'Edouard VI. Hélas! le fanatisme et la violence ne sont point le crime d'un peuple ou d'une rehgion. Ils sont le fait de la nature humaine. Ils ont des fauteurs dans tous les temps, dans tous les
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pays. Et la libre pensée compte les siens, comme la croyance, étant humaine. Nous n'avons qu'à ouvrir les yeux et à regarder autour de nous, pour voir ce que l'humanité a fait du droit, de la justice, de la liberté, de tous ces grands mots et de ces belles idées dont nos oreilles plus que nos âmes sont pleines.
« Les grandes convictions, quand elles n'ont pas le contrepoids de la culture ou de la charité, entraînent toujours l'homme à refuser la contradiction. C'est à l'historien de juger les hommes, leurs doctrines et leurs actes, sans injustice et sans passion, avec le seul souci de la vérité. »
La vérité : telle fut, en effet, la seule passion de cet historien, qui fut par surcroît un grand homme de bien. Sa tâche était-elle remplie? Humainement on est tenté de répondre : non. Mais il a laissé dans les esprits, plus précieuse encore et plus durable que tous les livres, une trace qui n'est pas près de s'efïacer.
Jacques Chevalier.
2 mars 1935.