‹ Les origines de la réforme (volume 2)Chapitre 9 sur 87 · CHAPITRE I LA FORMATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE I LA FORMATION

I. Venfance. — Noyon. — Le milieu familial. — L'éducation première et la formation morale. — Le départ pour Paris. — J. Calvin à la Marche et à Montaigu.

II. La formation intellectuelle. — Philosophie et dialectique. — Séjour à Orléans et à Bourges (1528-1531). — L'étude du droit et des humanités. — Le retour à Paris (1531-1532). — Les débuts littéraires. — Commentaires sur la Clémence. — Ce que Calvin emprunte à l'antiquité. — Morahsme et pohtique.

III. Vévolution religieuse (1530-1534). — ■ Les miUeux réformistes. — Influences érasmiennes. — Le ghssement vers l'hérésie. — Gérard Roussel (août-novembre 1533). — Le manifeste de Cop. — Fuite de Paris et séjour en Saintonge. — Rupture définitive (février-mai 1534). — L'adhésion pubhque à la Réforme. — Le départ et l'exil (décembre 1534).

IV. V initiation théologique. — Voyages et séjours de Calvin : Bâle, Ferrare, Genève (1534-1537), Strasbourg (1537-1541). — Formation du système calviniste. — Les matériaux. — La Bible. — Le droit canon. — Les Pères. — Les maîtres protestants. — Luther et la première Institution. — Contact avec la Réforme radicale. — Calvin et Zwingli. — A l'école de Bucer.

V. En quoi consiste l'originalité de Calvin. — Fusion des éléments doc*

trinaux de la Réforme. — Le néo-cathoUcisme. — Retour à l'universahsme chrétien et à l'idée d'autorité.

Jean Calvin naquit le 10 juillet 1509 à Noyon ^ Serrée autour de sa cathédrale et comme ensevelie dans la verdure

î. Les documents que nous possédons sur la première période de la vie de Calvin peuvent se classer ainsi :

a) Documents contemporains : Registres (fragments) du chapitre de Noyon. Livre des procureurs de la nation de Picardie à Orléans. Corres-

de ses jardins et de ses avenues, la vieille cité garde aujourd'hui encore le charme discret des petites patries qui se survivent. Au xvi® siècle, elle était une capitale, celle du Vermandois. L'autorité royale y était représentée par un lieutenant, un substitut, un avocat, un receveur. Mais le personnage important était l'Évêque. Grand propriétaire, comte, pair de France, siégeant de droit au Parlement, celui-ci faisait grande figure, même dans le royaume. Autour de lui gravitait tout un monde de clercs et de moines : quarante-deux prébendiers, quatre paroisses, deux abbayes qui achevaient de donner à la ville sa physionomie un peu austère de cité ecclésiastique. Jadis, elle avait eu ses révo lutions. Le mouvement communal y avait soulevé des tempêtes : les bourgeois contre les clercs, le peuple contre les bourgeois. Au xvi^ siècle, cette agitation s'est bien assoupie. L'ère des turbulences démocratiques est close. Dans l'enceinte où ne vibre plus que le son des cloches, la vie s'écoule paisible, monotone, à peine troublée par de petites querelles, celles du chapitre et de l'évêque, et modérément égayée par les pieux spectacles qu'offre l'Eglise : offices, processions, prédications et parfois « mystères ». C'est dans ce cadre que grandira le futur réformateur.

La maison paternelle s'élevait non loin de la cathédrale, sur une petite place, dans la paroisse Sainte-Godeberte ^. Ces « Cauvin » étaient de petite origine. Le grand-père

pondance avec Daniel. Premiers écrits de Calvin (préface à V Antapologie. Commentaires sur le De Clementia de Sénèque).

b) Souvenirs personnels de Calvin : lettre à Sadolet (1539); préfaces aux Commentaires sur la 11^ Epître aux Corinthiens (1546), au Livre des Psaumes (1557). Controverse contre Westphal (1556),

c) Documents biographiques postérieurs à Calvin. Les vitae de Bèze et Colladon (1564-1575). L'Histoire ecclésiastique (1580). Le livre de Bolsec De J. Calvini... vita, moribus, rébus gestis (1577). Les traditions recueillies par Florimond de Rémond, Desmay et Levasseur au début du xvii« siècle. Les textes de cette dernière catégorie doivent être contrôlés avec soin. Ils sont tendancieux. Les vitae elles-mêmes présentent des inexactitudes et des assertions contradictoires. Une étude critique de tous ces documents est encore à faire.

2, Lefranc. La jeunesse de Calvin. Cette maison n'existait plus à la fin du xvi« siècle. Celle qui fut construite sur son emplacement a été détruite pendant la dernière guerre.

avait été batelier à Pont-FÉvêque. Deux de ses fils s'étaient établis à Paris comme serruriers. Plus ambitieux et plus instruit, l'aîné, Gérard, va gravir un échelon dans la vie sociale. Etabli à Noyon, il entre dans cette basoche ecclésiastique qui se rattachait au corps religieux et vivait à ses dépens. Dès 1483, nous le voyons greffier de Foffîcialité. Ce titre commence sa fortune, qu'affermit un beau mariage. Vers 1496, il épouse Jeanne Le Franc, la fille d'un riche hôtelier de Cambrai, retiré à Noyon. Un an plus tard, Gérard est admis à la bourgeoisie. Le voici bientôt procureur fiscal, secrétaire de l'évêché, procureur du chapitre, bref une manière de personnage. Adroit, retors, rompu aux affaires, unissant à la rudesse primitive de l'artisan la souplesse de l'homme de loi, il ne laisse pas de jouer un rôle. On l'appelle aux assemblées de l'échevinage. Son savoir, ses fonctions, l'ont mis en rapports avec les grandes familles du pays dont il devient le conseiller. Il est surtout l'homme de confiance des Hangest dont deux membres, Charles et Jean, occupent de 1502 à 1575 le siège épiscopal. Le fils du batelier de Pont-l'Évêque saura se servir de ces relations pour pousser les siens.

De son mariage, il avait eu quatre fils. Jean était le second. Ce que furent ses années d'enfance, nous le savons mal. Le chef d'Eglise qui a gardé un souvenir ému de sa petite patrie, qui pleure sur les ruines de sa ville saccagée à deux reprises par les Impériaux, ne fait qu'une allusion discrète au milieu familial^. Il parle de sa mère. Il l'accompagnait aux processions, dans ses pèlerinages aux églises ou à l'abbaye d'Ourscamp, aimait à porter des cierges ou à coiffer de fleurs les statues des saints *. Nul doute que Jean Calvin n'ait dû à cette piété maternelle le premier éveil

3. Noyon fut ruiné à deux reprises par les Impériaux pendant les guerres de Henri II, en 1552 et en 1557. Sur les sentiments de Calvin, cf. ses lettres du 19 nov. 1552 et de septembre 1557. (Corpus Reformatorum, Opéra Calvini, XIII, n° 1674; id. XVI, n° 2701.)

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