A. M. Dijon, B. 168, 92 V
acheter des blés en Bourgogne a au prouffit du pauvre peuple ». Ces opérations. sont renouvelées en 1506, en 1507 *. Le blé ainsi réuni était porté au grenier municipal, distribué gratuitement aux pauvres ou vendu, au prix d'achat, aux habitants. Comme ces mesures elle-mêmes pouvaient être insuffisantes à écouler les provisions faites, il était interdit aux boulangers d'acheter ailleurs qu'au magasin public*. Ces procédés n'étaient pas sans péril. Aussi ne furent-ils jamais qu'un expédient, non un système. Les villes cherchent beaucoup plus à assurer la vie économique par des services surveillés, réglementés, que par un monopole municipal.
De même que les villes protègent contre une liberté illi mitée le bien-être des habitants, les Etats, à leur tour, entendent défendre celui de la province. L'unité avait eu beau souder entre elles toutes les régions du royaume, clic n'avait pas réussi à supprimer leurs antagonismes. Il n'avait pas suffi de faire tomber les barrières pour fondre les intérêts. Le Languedoc voulait avoir le trafic du Levant; il réclamait la suppression des foires de Lyon qui entraînaient peu à peu la ruine de Montpellier. Bordeaux entendait accaparer le commerce des vins et fermer la Garonne h ses concurrents du Languedoc, de la Guienne, de la Gas-
1. A. M., BB. 19, f« 138 (19 août). L'exporlalion des blés de Bourgogne et de Dauphinc avait été interdite. Id., BB. 24, f* 299 (22 févr. 1501). BB. 25, f' 31, f 170.
2. Voir dans les archives municipales de Dijon un curieux traité entre la ville et deux marchands. Ceux-ci devront, pendant trois ans, fournir le grenier municipal « de froment et de bledz bons, loyaulx et souffîsans... • ils seront tenus de « faire apparoir • au maire « de Tachât desdits bledz... ensemble des fraiz du charroy et aultres... •, dont ils seront remboursés : pour assurer la vente, la ville interdira aux boulangers d*acheter au marché, chez l'habitant, chez les négociants, directement ou par des tiers, mais seulement au grenier public. (A. M., G. 258, 10 nov. 1509.) — A Amiens, on abat les fours des boulangers qui refusent d'acheter les blés de la ville (B. M., BB. 15, T 130, 27 nov. 1487).
cogne. Troyes revendiquait le monopole des foires franches. Chacun de ces pays, sous le bien général, poursuit toujours son bien particulier et, s'il réclame la liberté, ce n'est pas celle des autres. Dans la question du blé, cet égoïsme régional devenait intransigeant. Pour assurer ses subsistances, chaque province prétendait rester maîtresse de la « traite », être seule autorisée à permettre ou à interdire l'exportation. A maintes reprises, en Languedoc, en Normandie, en Pro-
vence, en Bourgogne, ce vœu est formulé par les Etats. C'est une des attributions qu'ils réclament et, forts de l'appui des villes et même des parlements*, ils déclarent que la traite ne peut s'ouvrir ou se fermer qu'à leur demande. Bien entendu, presque toujours ils n'exercent leur droit qu'en faveur de la prohibition. Sauf la Provence, ({ui se prononce à maintes reprises, en 1482, en lo03, notamment, pour une mesure « generallc et libérable », la plupart des provinces multiplient les défenses. En Languedoc, de 1495 à 1509, la traite n'est permise que deux fois du 24 avril 1503 au 27 août 1504, du 5 mai 1506 au
22 septembre 1507. En 1502, les Etats songent même à la restreindre entre les sénéchaussées : de l'une à l'autre elle n'est tolérée que « par terre et non par eau », ce qui est en
diminuer singulièrement le cours. En 1512, les Etats reviennent au système prohibitif; l'année suivante ils prétendent même « qu'on fortifie » l'interdiction '; Nous retrouvons ces mêmes mesures en Normandie, où, chaque année, la prohibition est proposée par les États '. En réalité, les provinces entendent garder leur autonomie économique, dussent-elles même relever les barrières détruites par l'unité. C'est que la
i. En 1507, le parlement de Toulouse n*enregislrc les lett. pat. autorisant la traite que sans préjudice du droit des États «Ten fixer Touverture et la clôture (A. D., B. 13, f* 240, 3 mars).