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gements dans le système ^ Dans certaines régions, le fermage paraissait même si avantageux qu'on Tavait étendu depuis longtemps, à tout le temporel. On « arrente » un évêché, un monastère, une cure. Nous trouvons surtout ces usages dans le Midi, mais ils n'y sont pas exclusifs. En i501, rarchevéché d*Aix est arrenté pour 6 0(K) florins; en 1503, celui de Toulouse pour 11 000 l., Tévéché de Nîmes pour 2700 1. ^. Dans le Languedoc la plupart des prieurés ou des cures sont occupés par un « rentier » qui tient à ferme. Celui-ci, prêtre ou laïque, s'engage à desservir ou à faire desservir le bénéfice, h payer les décimes, les droits de procuration dus h Tévêque; moyennant quoi, sa rente payée, il jouit de tous les revenus, même, semble-t-il, des spirituels. Que ce rentier sous-arrentat à son tour son église, on voit en quelles mains nombreuses peut passer Torganisme clérical. L'Eglise, en développant ces usages, avait cru sans doute y trouver son bien : fixité plus grande du revenu, séparation du ministère et de l'administration. Mais comme la plupart de ces fermiers généraux étaient des laïques, bourgeois, officiers royaux, marchands, le système contribua à les enrichir; comme beaucoup de ces intermédiaires ne songeaient qu'à exploiter le mieux possible, leurs exactions furent, plus d'une fois, imputées aux chefs religieux qui n'avaient pu les" empêcher. L'Église avait eu
1. En Normandie, c'est Tarchevéque de Rouen qui améliore ses terres. A Fresnes, en 1487, il fait répandre sur 103 acres 4 144 hollées de marne et, l'année suivante, 2 076 bottées (L. Delisle, Étude sur la condition de la classe affricole... en Soiinandie au moyen âge, in-8" 1851, p. 267).
2. A. D., B.-du-Rhône, G. 9, f" 40 (archevêché d*Aix). — Toulouse. /</., B. 14, f* 735. — Id, Gard, E. 654. — Quant aux arrentements de prieurés ou de paroisses, ils'abondent. Gard, E. 387, 403, 414, 652, 653. etc. — Aveyron, E. 897, 898. — Le système semble aussi appliqué en Bourgogne (Saint-Jean, A. D., Saône-el-Loire, H. 1221), etc.; dans le Nord (Chàlons, A. D., Marne, G. 252, 1503-1514); en Normandie (K. de Beaurepaire, ouv. cit. y p. 177). Sous Louis XI, Tévèché de Noyon a été arrenté • à quatre cens francs... pour tous fruiz, tant de temporel que de spirituel » (A. N., X*' 4838, f 81),
beau interdire ces usages, les mœurs furent plus fortes que les lois.
Si remarquables que fussent ces progrès de la culture et des revenus domaniaux, ils n'auraient pas suffi cependant à accroître sensiblement la fortune ecclésiastique. Celle-ci doit son extension à une autre cause : la multitude des donations.
De tout temps, clercs ou fidèles s'étaient fait honneur de ces aumônes. Dans le partage de leurs biens, ils faisaient la part de l'Eglise : c'était celle de la prière et de la souffrance. A la fin du xv" siècle, ce grand fleuve des largesses recommence à s epandre et coule plus abondant que jamais. Il semble que dans cette société qui renaît à la vie, au repos, au bien-être, l'homme éprouve le besoin de rouvrir sa main jadis fermée par la misère. Il donne pour lui-même, pour les siens, par charité ou par pénitence. 11 ne compte pas avec Dieu. Ainsi, sur tous les points du territoire, dans toutes les classes sociales, c'est un même élan de générosité. Il faut parcourir les actes innombrables que nous a laissés cette époque pour en comprendre l'extraordinaipe puissance. A Paris, de 1493 à 1503, Notre-Dame touche près de 2000 1. A Rouen, de 1;505 à 1514, les nouveaux acquêts du chapitre dépassent 2 (ÎOO 1. ; ceux de 1517 à 1519, 940 1. A Angers, le nombre de fondations, qui est de 12 seulement entre 1400 et 1450, s'élève à 16 de 1450 à 1500, à 17 de 1500 à 1522. A Troyes, de 1457 à 1520, plus de 35 donations ou fondations sont faites par les évoques ou les chanoines *. A ces dons,
1. Paris, A. N., LL. 126-128. — Rouen, A. D., Seine-Inférieure, G. 3209- 3219. Compte des nouvelles acquisitions. — Angers, A. D., Maine-et-Loire, G. 342. —Troyes. /rf., Aube, G. 2627-2687, et également. Somme, G. 368, 1041, 1044, 1070, 1071, les listes de fondations faites en faveur du chapitre d'Amiens. Couvents, paroisses, chapelles profitaient également de ces libéralités. De 1496 à 1516, 17 donations sont faites aux Blancs- Manteaux en rentes, argent ou terres. Saint-Germain-rAuxerrois reçoit en 1506, 4 000 1. t., en 1512, un hôtel, deux granges, 28 s. par. en rentes et 150 arpents de terres et bois (A. N., LL. 1423. Id. L. 556); Une petite
ajoutez les créations répétées de collégiales, de chapellenies, vicariats, vous pouvez vous rendre compte de la contribution volontaire des fidèles. Chacun d'eux inscrivait l'Eglise sur son testament. On devine la masse de terres ou de rentes qui passent dans le domaine ecclésiastique et contribuent à le reformer.
De ces donateurs, le roi jadis a été le plus généreux. Mais à mesure que se constitue l'absolutisme, que grossissent les charges de TËtat, il a mis une sourdine à ses largesses. Seul, Louis XI, par politique et par dévotion, s'est montré pro digue : à la fin de sa vie, il a multiplié les dons de terre ou d'argent, les exemptions d'amortissements ou les immunités fiscales. Charles VIII et Louis XII ont déjà modéré leurs aumônes*. François P*" demande plus à l'Eglise qu'il ne lui donne ^. En réalité, si le roi protège, multiplie les lettres de sauvegarde, concède parfois des franchises de péages ou de gabelles, il est chiche de ses deniers. Ce sont des libéralités privées qui accroissent le patrimoine ecclésiastique et la grande bienfaitrice n'est pas alors la royauté, mais la nation.
Naturellement, parmi des donateurs, le clergé figure au premier rang. C'était d'abord un usage que nul n'entrât (( en religion » sans apporter une dot. Un jeune homme était tonsuré, candidat à l'ordination ou à un bénéfice : il recevait généralement de sa famille une somme d'argent ou une terre; souvent la famille créait elle-même le titre clérical. Un autre se faisait moine : il devait contribuer, par son apport, au
paroisse des environs de Paris touche d'un seul coup 150 1. (A. I)., Seinc-ct-Oise, G. 1034). II serait facile de multiplier les citations.
i. Sur les largesses de Louis XI, cf. A. N., JJ. 220 n** 132 : Sainte- Marthe de Tarascon, et ses dons à Saint-MarUn. Commynes constate ces profli^alités (Éd. de Mandrot, t. IL p. 53). Il évalue à 700 000 1 . les présents en or et en argent du roi : • de terres donna il grant quantité.., aussi il y en avoil trop •.
2. En 1517, il fait figurer à peine 2 000 1. sur la recette du Languedoïl en donations d*argent aux monastères. Or de 1516 à 4518, deux décimes et la croisade lui donnent près de 800 000 1. prélevées sur le revcnn ecclésiastique.
revenu collectif *. Mais ces donations mêmes n'étaient qu'un mince filet dans Tadlux des largesses ecclésiastiques. Evoques, chanoines, curés inscrivaient leur église sur leur testament. Mesurons à quelques exemples l'importance de ces legs. Le cardinal Rolin, évêque d'Autun, a fondé l'hôpital de Beaune; il lègue 1 500 1. à Saint-Lazared'Autun, 2000 1. à Notre-Dame, sans compter une foule de dons particuliers. A sa cathédrale, G. d'Amboise lègue 10000 1. La plupart des donations faites à l'église de Chartres sont dues aux chanoines : celles-ci montent à 400, 500, 1 000 1. sans compter les terres, maisons ou jardins. A Paris, aux dons de capitaux ou de rentes s'ajoutent encore des objets précieux, tapisseries, ornements d'église, pièces d'argent ou de vermeil*. Voici encore le testament d'un petit vicaire de campagne. Il divise son avoir entre l'église, la fabrique, la cure, le couvent de Val-Dieu, les cordeliers et trouve, en outre, le moyen de doter une fille pauvre, de laisser une maison à un jeune homme qui veut être prêtre, de faire vendre ses meubles pour convertir l'argent en usages pieux (1516) \ En fait, la liberté de tester laissée aux clercs séculiers profitait surtout à l'institution ecclésiastique. L'Église le comprit si bien qu'elle essaya d'étendre le même droit aux religieux. Elle ne put y réussir. Les autres classes de la nation, nobles ou praticiens, redoutaient les conséquences d'une pareille mesure. Dans les assemblées préparatoires des coutumes, ils firent, contre les gens d'église, formuler la règle que « religieux et religieuses prof es ne succèdent poin t à leurs paren Is, ni le monastère pour eux »*.
4. A. D., Gard, E. 5i2, 654, etc. (nombreux exemples de donations pour titre clérical). A Paris, les dons faits aux Célestins pour les professions varient de 160 h 800 1. (Ars., n*» 3831, — U91-1499).
2. A. N., JJ. 220, n" 260. —A. D., Seine-inférieure, G. 2148. — Merlel, Cart. de Notice-Dame de Chartres. Nécrologe, — A. D.. Aube, G. 2621- 2687. — A. N.. LL. 127. Délib. du chapitre de Notre-Dame. Voir notamment les dons faits par les chanoines Petit (1501, de Chateaupers (1502), r" it-i et 373, Hu Hefnp;c (1503), f 372.