‹ Les origines de la réformeChapitre 120 sur 198 · A. 1)., Gard, E. s. 741 (16 avr · texte numérisé non relu

A. 1)., Gard, E. s. 741 (16 avr

reurs qui lèguent quelques sous de rente ou quelques pièces de terre pour être associés aux prières d'une église ou d'une communauté'.

Par ces dons répétés, la fortune croît toujours. L'Eglise avait eu la sagesse de la placer en rentes plus qu'en terres, de s'assurer par là-même un revenu fixe*. Peu à peu se réparent les ruines, et l'édilice clérical se reconstruit. A la veille de la Réforme, la plupart des paroisses sont restaurées. A Rouen, par exemple, telle paroisse qui a 20 livres en 1462, en a 50 en 1493; telle autre qui a valu 12 à 20 livres, au moment des guerres, en vaut 80 ou 120, en 1500. Nous retrou vons ailleurs les mômes faits. Dans le diocèse de Chàlons, en 1475, un grand nombre d églises rurales sont encore en ruines. En 1523, toutes sont relevées, toutes ont leur patrimoine et leur desservante Dans la plupart des diocèses, Angoulôme, Paris, Limoges, Périgueux, Clermont, jadis dévastés par la guerre, les comptes des décimes, en 1516, ne nous montrent aucune église exemple, faute de revenu. Ce progrès est plus sensible encore dans les évéchés ou les corps religieux. Le revenu de rarchevéché de Rouen, (fui n'était pas supérieur à 3 000 livres, au milieu du xv^ siècle, monte à 11 000 livres en 1476, à 15 000 en 1497, puis, par une progression régulière, à 21 676 livres en 1517, et, par une hausse brusque, à 26 346 livres en 1520*. A Saint Denys, de 4 500 livres en 1489, le revenu de la mense abbatiale monte à 20000 livres en 1520 \ Mais, plus que tous ces exemples, les comptes des décimes sont concluants. En 1490, le décime est

1. Le nombre de ces donalions est très fréquent. Voyez, par exemple, les fondations faites à Notre-Dame d'Argenteuil en 1497, ii98, 1499 (A. D.. Seine-et-Oisc, K. 4020).

2. Lti plupart dos acquisitions faites par lo chafatre de Noire-Dame de Paris, de l.'îOO à 1520, sont des rentes.

3. A. D., Marne. Comparez les visites paroissiales. G. 104. 2o9, 260 (1451. Ii80, 1485 et suiv.);(;.2TÏ (1501); (i. 280(1490); G. 274 (1521).

4. A. I)., Seine-Inférieure. Comptes de l'archevôché. G. 57-100.

5. A. N., LL. 1298, f« 187 V. /(/., 1299, f« 109 et suiv. Comptes généraux.

de 220000 livres; en 1500, de 273 342 livres; en 1518, de 384 743 livres. En vingt-huit années, il s'est élevé d'un tiers. Quelle était, à la veille de la Réforme, la fortune de PEglise de France? En 1502, le procureur général au Parlement déclare que « de présent l'Eglise a les trois quarts du temporel ». L'assertion était excessive*. Mais si on s'en réfère aux chiffres du décime de 1516, en y voyant tout au plus un quinzième du revenu total, on peut estimer à 5 millions de livres environ le revenu ecclésiastique. Or, à la môme époque, le domaine rapporte net 220000 livres; la recette générale du royaume, déduction faite des charges acquittées dans les bailliages, dépasse à peine 5 millions *. On voit la part de l'Eglise dans la fortune publique. Son budget n'est que de bien peu inférieur à celui de l'Etat et sa puissance économique eût été sans rivale si une partie de ces richesses n'avait été gaspillée alors par les désordres intérieurs, les procès, les abus de la commende qui dévorent la plus grosse part de ses revenus.

Sur la puissance économique s'est édifiée la puissance politique : sur la terre, la seigneurie. Au début du Moyen âge, dans la plui)art des villes, l'évéque, le chapitre, les monastères suburbains ont partagé avec le comte la juridiction

1. A. N., X«' 4843, f- 338 v* (Il août). — Machiavel {RUratli dette cose di Francia) eslime la fortune de l*Église aux 2/5 de la fortune publique.

2. Si Ton s'en tient au chitTre du décime de 1516, le revenu total eût été alors de 3 800 000 livres. Mais ces chitTres eux-mêmes sont trop faibles. 11 faut remarquer qu*un certain nombre d'églises étaient exemptes. De plus, si nous comparons les taxes aux revenus partiels que nous donnent certains comptes ou pouillés, nous voyons combien elles sont inférieures au 1/10 du revenu. Rouen, qui, en 151C, dépasse 20 000 livres, n'est taxé qu'à 700; Cluny, pour le même revenu, à la mémo somme; Meaux, pour 2 200 livres, à 120 livres. 11 faut noter que le décime portail ou sur le 1/10 ou sur le 1/20 du revenu. Nous avons pris une moyenne pour évaluer ce revenu lui-même.

royale : dans un grand nombre de localités, bourgs et villages, les abbayes et collégiales, propriétaires primitifs, ont exercé l'autorité souveraine. A la fin du Moyen âge, nous retrouvons ces enclos privilégies : alors que les grands fiefs ont disparu, résorbés dans Tunité, la plupart ont réussi à se maintenir.

Leur petitesse même les a défendus contre les coups de force des légistes ou de la couronne. Jamais TÉglise n'avait pu réussir à se tailler en France, comme en Allemagne, de véritables Etats. Si riches que fussent un archevêque de Reims, un évêque de Langres ou de Bcauvais, ducs, comtes et pairs de France, leur pouvoir ne se comparait pas à celui d'un archevêque électeur de Mayence, d'un évêque d'Augsbourg, d'un abbé de Fulda propriétaires de véritables principautés. La féodalité française avait été surtout laïque. Comtés et duchés étaient tombés entre les mains des maisons féodales; contenue par ces puissances, celle des prélats n'avait pu s'étendre au delà du cercle étroit de leur ville ou d'un certain nombre de bourgs. C'est cette faiblesse des seigneuries ecclésiastiques qui les a unies au pouvoir royal; elles ont cherché en lui un allié, comme lui-même trouvait en elles un appui. Ainsi, dès le xi" siècle, le roi n'a pas craint de les étendre : il a donné à l'évêque tout ce qu'il pouvait enlever an feudataire laïque trop indépendant. Au wV" siècle, il a réussi à s'y faire place. Par les contrats de pariage, il est devenu, dans une foule de villes, le coseigneur de l'évêque ou du chapitre et ses officiers ont pris place aux côtés de leurs ofiiciers. Dans ces conditions, il n*a aucun intérêt à détruire ces petits groupes ; il les conserve, au contraire, comme un bien de famille, un enclos indivis, 011 son pouvoir est reconnu, représenté, et où, deux fois sur trois, en moyenne, il choisit lui même son associé.

L'oîuvre d'unité (|ui a fait disparaître les grands fiefs a donc respecté les seigneuries erclésiastiques. Si, h Mende en 14G9, à Clermont en 1480, Louis XI a affaibli le pouvoir

seigneurial de Tévéque en octroyant aux habitants une charte de consulat, ce ne sont là que des actes isolés, destinés à récompenser des services*. Partout ailleurs les privilèges politiques de TEglise sont intacts. Dans les villes, révéque, le chapitre, les monastères ou collégiales partagent la juridiction avec le roi et les corps municipaux. Ils en ont Texercice et les droits utiles, les amendes, les confiscations, les taxes sur les métiers, les marchés, la circulation, la vente, etc. A Paris, Tévêque est seigneur de l'île Saint-Louis, du faubourg Saint-Marcel, de la Ville-rEvêque. Il perçoit, une semaine sur trois, la ferme des droits sur le blé, sur les animaux à pied fourchu ou à pied rond, sur le poisson de mer, la quincaillerie, la friperie, la pelleterie, les toiles, les draps, les grains, les cuirs, les péages du Petit-Pont et de Charenton. Saint Germain a toute justice sur son bourg et sur la rivière entre le Chàtelet et la Tour de Nesle; dans cette enceinte, le produit des foires, marchés, corporations, les fourches patibulaires , le gibet , les exploits et les amendes*. A Reims, Tarchevêque est duc et seigneur de la ville. Il a « bailly, prévôt, vicomte, douze eschevins et plusieurs sergens... ». Il nomme à l'office de mesureur du grenier à sel, perçoit les taxes sur les étaux et les nouveaux bourgeois, donne des lettres de maîtrise. De ce chef, il lève un minot sur chaque muid de sel, fait vérifier les poids et mesures, touche les produits des marchés ou des foires. Dans leur quartier, le chapitre, Tabbé de Saint-Remy, Tabbé de Saint-Nicaise ont pareille juridiction, « chacun endroit soy toutes justices, haulte moyenne et basse et toutes leurs cours et auditoires... »'. Or, ces souverainetés d'église se retrouvent partout : à Beauvais, à Châlons, à Langres où révéque est comte et pair de France; à Albi, à Rodez, à Mcnde où, comme haut seigneur, il confirme le consulat et

Page 1