A. D., Sarthe, E. 13i (Comptes de
3. A. N., Q'. 496. Comptes de la seigneurie (1489-1490;, f» 278» v% 278», 280 v", 281, 284 v". — 11 y a des justices qui rapportent moins encore. Celle de Chaast (Aube) • peut valoir en tous droiz, par communes années... six solz huit deniers >. (A. D., Aube, Ë. 569.)
ticiens, c'est plus par amour-propre que par intérêt et le grand profit qu'il en tire est surtout la satisfaction de sa vanité. — Plus lucratifs sont les leudcs, péages, travers, produits des étaux, halles, foires et marchés. Dans le budget seigneurial, ils forment le plus gros apport et ils progressent, comme le commerce lui-môme. Mais de ces droits, une foule de petites seigneuries rurales ne profitent pas. Quant aux autres, les charges imposées au maître, l'obligation d'entretenir les ponts et les routes, les revisions ordonnées par la couronne, les contestations des marchands, les arrêts de justice qui abattent les péages illicites ou réduisent les tarifs immodérés... tout contribue à en affaiblir le rendement. 11 est clair que la terre a cessé d'être le soutien de la puissance seigneuriale. Réduit à ses seuls revenus (sauf les hauts feudataires qui possèdent un comté ou des villes), le noble de petit ou de moyen état, justicier, châtelain, baron, ne peut que vivre, médiocrement, chichement. S'il veut paraître, s'arrondir, simplement se relever, il lui faut d'autres ressources. Il n'a pas, comme l'Eglise, les donations; comme le bourgeois, peut il avoir le commerce? De cet expédient, un certain nombre de gentilshommes s'accommodent. Plus intelligents ou moins scrupuleux, ils vont chercher la richesse où elle se trouve et disputer a la classe marchande son monopole. Quelques-uns exploitent directement leur terre, vendent leurs blés ou leurs vins, envoient leur bétail aux foires, spéculent sur les bœufs ou les chevaux, accensent ou afferment des terres qu'ils cultivent*. D'autres se font praticiens, plaident ou consultent, prennent à ferme des offices de judicature, des greffes, des aides ou impositions publiques*. D'autres enfin se font industriels
1. Nous trouvons dans les registres des généraux des aides un certain nombre d'exemples de ce fait.
2. B. N., Fr. 14368, T 181 v*. Lettre au roi demandant de - tenir et exccrccr estât et office de judicature et de postuHer en toutes courts et juridicions » sans déroger. — En Bourgogne, les nobles « se avancent. .^
ou commerçants, créent sur leurs domaines des moulins à drap ou à papier, une verrerie *. Ils produisent et exploitent. En Languedoc, en 1501, la dame de Clermont spécule sur les draps qu'elle fait vendre en Espagne, malgré les prohibitions, et sur les blés qu'elle amasse et envoie hors de la province*. Son exemple est suivi par un certain nombre de gentilshommes. En Provence, des nobles de vieille famille, comme les Pontevès, s'associent à d'autres nobles pour faire le commerce, commanditent des chaussetiers, achètent, vendent comme simples roturiers ^ En Champagne, le nombre de ces nobles marchands devient si considérable, qu'un article doit être inséré dans la coutume pour les autoriser à tenir fiefs, même s'il vivent « marchandement et roturièrement * ».
De ces exemples, on peut conclure que la noblesse ne répugnait pas absolument à tout autre métier que celui des armes.... Mais ces tentatives, isolées, furent sans résultat. Elles avaient contre elles le préjugé général qui créait déjà entre la noblesse et la marchandise un abime. Un noble peut sans déroger vendre lui-même les produits de sa terre, les vins de son cru, tirer parti de ses moulins; mais acheter
de prendre et par leurs gens serviteurs et autres interposites personnes... occultement lesd. Termes ». Charles VIII interdit ces usages. A. D., Côte-d'Or, B. 403 (23 mai 1490).
i. L'existence de ces moulins à draps, à papier ou à cuivre, est signalée dans un certain nombre de reconnaissances et de terriers. A. N., P. 65*, n* 2759. — Aveyron, E. 493 (Nant. 1511). En Provence un grand nombre de seigneurs ont des moulins à huile.
2. A. D., Haute-Garonne, C. 2276, V 4 v°. Protestation des États du Puy, 14 sept. 1501. • Plusieurs seigneurs, nobles, marchans et autres de moindre estât... avaient faict grandes cumulations et amas (de blés) et s'elTorcent de les conduire et vendre à Télranger. »
3. De Hibbes, La société provençale à la fin du Moyen âge, p. 331.
4. Coût, gén.^ III, p. 240. • Toute personne noble peut acquérir et tenir fîefs et terres nobles... supposé qu'elle ne vive noblement et qu'elle vive marchandement ». Devant la Cour des Aides, les nobles commerçants soutiennent que « quant ung noble faict acte derrogant, son privilège n'est extainct mais différé ». A. N;, Z*' 44, f* 53 (9janv. 1518).
pour revendre est œuvre roturière. Tout bénéfice acquis par ces moyens lui semble suspect. S'il trafique, il déroge et il met son point d'honneur, non à être riche, mais à vivre en noble. De ce chef, la plupart restent étrangers au grand mouvement qui enrichit alors la France. Ceux même qui y prennent part en sont vite détournés par Thostilité jalouse ou les défiances qu'ils sèment autour d'eux. Ils cèdent peu à peu devant la volonté du roi qui a interdit aux nobles la ferme des revenus publics*, les efforts de la bourgeoisie marchande qui s'efforce de les rejeter dans leur oisiveté. Pour y réussir, celle ci a un moyen sûr : déclarer incompatibles la marchandise et la noblesse, réclamer l'inscription aux tailles des nobles marchands, les faire taxer devant les élus ou les généraux des aides comme contribuables*. Cette théorie admise par les cours souveraines enraya le mouvement qui entraînait la noblesse vers les affaires. Menacés de déchoir, inquiétés dans leur privilège dont le premier, l'exemption de l'impôt, était le plus honorable, les nobles préférèrent s'isoler dans leur condition. Ce ne furent pas seulement eux-mêmes qui s'éloignèrent du commerce, ce fut la bourgeoisie marchande qui les en écarta.
Ainsi privée du moyen de s'enrichir, la vieille aristocratie féodale végète et dépérit. Quand tout change, progresse autour d'elle, elle demeure immobile. Or, quand une fortune
1. Interdiction aux nobles d'afTermer les revenus publics (Â. D., Côte-d'Or, B. 403. 23 mai 1490).— Lett. roy. portant que les nobles sont sujets aux droits établis sur le vin vendu, en détail, en taverne (Isambert, XI, p. 463, 22 sept 1506). Les fermiers poursuivent les nobles qui font le commerce des blés et des vins sans vouloir acquitter les droits.
2. Nombreux exemples dans les registres des généraux des aides de ces dénonciations et de ces réclamations. Louis XI, novateur en tout, pensait établir « que chacun qui voloit user de merchandise le peust faire... sans desroguer à noblesse » (6. M., Amiens, Bfi. 14, f* 100). Il n'en eut pas le temps. L*idée contraire prévalut. En 1313, le procureur général aux aides soutient que le service militaire seul exempte lei* nobles de la taille (A. N., Zi' 39, T 238« 25 mai 1513);
n'augmente pas, elle décline. De fait, avec la dépréciation de l'argent, en 1520, avec 500 livres de rente, un gentilhomme est moins riche qu'avec 300 livres en 1500. S'ils vivent de leurs domaines, comme leurs ancêtres, la plupart des nobles seront bientôt ruinés; dans la richesse générale, ils ont toutes les chance» de s'appauvrir et, dans Tabondance universelle, ils sont exposés à mourir de faim.
Ce fléchissement du revenu va s'aggraver encore par les charges nécessaires qui pèsent sur eux et les charges volon taires qu'ils s'imposent. Aumônes, dons, fondations, entretien de chapelle ou d'église, voilà une première part prélevée sur leur budget. C'est l'héritage des ancêtres, une dette de famille, c'est aussi l'assurance qu'ils contractent eux-mêmes pour leur salut*. A cette prime vont s'ajouter, à la fin du xv* siècle, les contributions municipales ou publiques aux quelles ils devront se soumettre. C'est que si ancien, si reconnu que soit leur privilège, il ne les défend pas contre les envahissements de la fiscalité : celle des villes ou celle du roi. Vainement, ils ont voulu esquiver les aides ou tailles octroyées aux premières pour leur entretien ou leur défense, le paiement des dons ou des emprunts. Lettres patentes, arrêts des parlements, des généraux des aides ou du Grand conseil les astreignent à payer. En 1513, le procureur général aux aides soutient que les nobles ne sont exempts que pour
1. Un très grand nombre de donations ou de fondations sont faites par des seigneurs. Ceux-ci constituent également des rentes en faveur des églises. A la longue ces libéralités deviennent très onéreuses et la terre seigneuriale est grevée. En 1520, les nobles de Saintonge constatent que par ce moyen • beaucoup de bonnes maisons estoient deslruites •. Hs réclament la faculté de rachat pour toute rente générale, non stipulée perpétuelle {Coût, gén., t. IV, p. 869). — En Auvergne, dans la rédaction de la Coutume, les nobles et le tiers avaient fait limiter le droit de donation au quart de l'héritage, /^., p. 1222, 30 juillet 1510.
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la taille royale, mais que « par toutes les villes franches quolirscumque le Roy demande don ou cmprunct les nobles y sont comprins et y contribuent ))^ Sous une autre forme, rimpot les guette : l'aide perçue par le fermier sur la vente de leurs vins, s'ils ne peuvent justifier qu'ils sont de leur cru; l'imposition foraine, sur le transit de leurs produits, s'ils n'ont exemption par lettres vérifiées; la taille, en Lan guedoc, sur les terres roturières qu'ils achètent ou qu'ils possèdent^. Ils ont essayé sans succès de s'affranchir de la gabelle. En loKî, François I" « a vouUu que toutes manières de gens quelzques privilégiez quilz soient allaissent prendre du sel au grenier et défendu de n'en bailler sans payer son droit )) '. Bref, comme l'Eglise, la noblesse est rançonnée de mille manières. A ces contributions ajoutez maintenant les services : l'obligation de se rendre près du roi, à son entrée à Paris, à son sa(!re, à tout appel, de s'équiper pour le ban ou de lever des gens de guerre*. On voit les charges fiscales qui pèsent sur elle. A ces charges quelques-uns se ruinent. En tout cas, il n en est aucun qui ne risque de s'appauvrir '\
Pour faire face à ces dépenses, il eût fallu soi-même dépenser peu, vivre en bourgeois qui compte et qui contrôle, se retrancher le superflu et se faire gloire d'être économe
1. A. N., Z»* 3y, f- 238. Le procureur général aux aides, 25 mai 1513*
2. Procès faits k des nobles par les fermiers des aides ou de Timposition foraine (A. N., Z»- 40, f 259. — Id., 41, f 28, ibid., f» 94. — /d., 43* r 130,20 févr. 1516).
3. Journ. d*un Bourgeois de Paris^ p. 46. CalaL des actes de François /", n* 560 (4 déc. 1516).
4. A. N., X«* 134, f- 159 v. Mention de nobles du Poitou et d'Anjou, qui se rendent auprès du roi - ut céleri nobiles... in novo ingressu », 21 juin. 1500. En mars 1518, François I" écrit aux gentilshommes de Touraine. Anjou, Poitou, Bretagne de se rendre au Iwtptéme du dauphin (KK. 289, f' 697).
5. Kn 1493, M. do fiuise a si bien dépensé pour le roi qu*il • ne lui scroit... possi!)le de se plus honnorablement entretenir... » si le roi ne vient à son secours (ML miss, de Charles F///, t. III, p. 336).
Aux nobles, un tel effort est impossible. Par leur vanité, leur luxe, leurs divisions, ils prêtent eux-mêmes les mains à leur ruine et, aux causes économiques ou politiques qui la préparent, s'ajoutent les causes morales qui vont la consommer.
De leur fonction, la plupart n*ont retenu que Téclat extérieur et postiche, les titres et le décor, tout ce qui flatte la prétention nobiliaire et Torgueil de commander. Presque tous se croient de race ancienne, voire royale. Le comte de Ligny se targue d'avoir pour origine le roi Balthazar, un des trois mages qui vint à Bethléem. Un aventurier italien, Boffiie de Juge, qui doit sa fortune à Louis XI, peut faire soutenir sérieusement par son avocat qu'il descend de la famille des (( Asscregii... qui furent les plus grands et nobles à Rome » '. De ces généalogies, plus ou moinç fabuleuses, leurs histoires sont pleines. Naturellement, à des parchemins aussi solennels, il faut un cadre assorti. Les nobles le veulent magnifique. On mesure l'importance du maître au train de sa maison; par suite, un grand seigneur doit avoir, non seulement sa suite d'agents utiles qui travaillent et rapportent, mais son cortège de parasites qui figurent et dépen sent. En 1500, le sire d'Albret a maître d'hôtel, chapelains, écuyers, valets de chambre, pages, fauconniers, clercs de la dépense, contrôleurs de ses deniers; à son tour, la dame d'Albret, comme chacun de ses enfants, a sa maison, son confesseur, des valets de chambre, un secrétaire, un page, un couturier, un laquais, un tambourin, sans compter les serviteurs ou filles de charge attaches à la personne. Par ces faits, vous avez l'idée de l'entourage d'un grand *. Voyez encore la petite cour d'un comte de Nevers, sous Louis XI : quatre pages, dix écuyers de corps, six chambellans, cinq
1. Jean d'Aulon, Chron. lll, p. 311. — X»' 4851 f« 239 (14 fév. 1510) « ... fut extraie! a familia Asserigiorum qui furent les plus grans et nobles a Rome... ».