Luchaire, Alain le Grandy p
VÀ.
maîtres d'hôtel, six panctiers, six échansons, sept écuyers tranchants, six écuyers d'écurie, trois de cuisine, quatre valets servants, un médecin, un confesseur, deux chapelains et un clerc de la chapelle, deux officiers d'armes, quatre chevaucheurs d'écurie, deux barbiers, deux fourriers, deux sommeliers de l'échansonnerie, deux sommeliers de la bouche, huit officiers, douze valets de pied, deux huissiers de salle; bref, plus d'une centaine de personnes occupées à servir ou à faire figure, et, en sus, les officiers de l'administration ducale, les trois maîtres des comptes, le bailli, le vicomte, le receveur de la chambre aux deniers. Cinq ans plus tard, ce personnel ne suffit pas. Le comte a dil, par économie, diminuer le nombre de ses panetiers. Mais il a accru celui de ses chambellans, de ses échansons auxquels s'ajoutent les pages, valets, maîtres d'hôtel, demoiselles d'honneur de la comtesse*. C'est en raccourci la maison royale; encore n'est-il pas sur que celle de Louis XI ait tant de figurants coûteux et inoccupés.
Si, dans les grandes seigneuries, ces frais sont déjà lourds, à plus forte raison dans les petites, baronnies, châtellenies, justices, composées seulement d'un certain nombre de villages. Car l'exemple est contagieux. Comme les comtes ou princes du sang, les hobereaux de province veulent à leur tour cet appareil de la puissance. Le moindre d'entre eux, s'il n'est réduit à quelques livres de revenu, a toujours son écuyer, son page, son chapelain, ses laquais ou valets en armes qu'il traîne à sa suite. En outre, comme les services domestiques, les nobles ont multiplié les offices seigneuriaux. L'éparpillement même de leurs domaines leur en fait une nécessité. Dans chacune de ses terres, le seigneur doit avoir SOS représentants, bailli ou châtelain, receveur, viguier, vercliers, sergents. Souvent, pour maintenir ses prérogatives judiciaires, a t il encore un juge d'appel. 11 est vrai, pour
i. De SouUrait, tnvenl. des litres de Severs^ p. 47) 517.
diminuer les frais, il confie parfois deux ou trois offices à un praticien de Tcndroit qui est déjà son procureur; ailleurs, il charge son chapelain de tenir ses comptes. Mais ce cumul n'enraye pas les dépenses. Tels quels, les frais de représentation, d'administration restent énormes * — et ce gouffre va encore s'élargir de toutes les dépenses d'entretien ou de luxe que les grands jugent nécessaires à leur condition.
De ce progrès matériel ils ont voulu leur part et ils recherchent tout ce qui rend la vie plus brillante et plus commode. Dans le vieux manoir féodal, le noble se sent mal à Taise. 11 lui faut un peu de ces élégances que suggère le bien-être, de ces raffinements que crée la richesse : refaire ses tours ou SCS salles, garnir ses meubles ou ses murs avec des tapisseries, se vêtir lui même de velours ou de soie, mettre sur sa table de la vaisselle, des coupes, des nefs d'argent, voir sur sa femme ou ses filles les pierres précieuses qui annonciMil le rang et la fortune. Par suite, leurs dépenses sompluaires sont énormes. En l;)i4, le sire d'Albret a dans ses coffres, à Nérac, 1 10 draps de toile de Hollande ou de Nérac, 208 serviettes (( a ovraige de Venise ou de Paris », quantité de nappes, courtines, etc. ; sa femme ne possède pas moins de 21 robes de velours, satin, drap d'or, nombre de perles, de chaînes d'or et d'argent, deux rubis, un diamant, une émeraude. Voilà pour leur usage. Quanta l'agrément il se traduit par l'entretien des haquenées, chiens, faucons, tiercelets, émerillons, par les banquets, tournois, jeux de paume, danses moresques. La petite ville de Nérac est une capitale^... il faut bien y prodiguer les attractions et les distractions pour y retenir la noblesse voisine et faire figure de
1. En 1503, un des barons du Languedoc, celui d'Aubais, se plaint de ces dépenses : « Kl combien que les chnsteaulx, places, rentes et revenus dessusfllls soiont en assez bon n<»mbre, toutesfois elles sont dislîncles et sépan^es les unes ;iux autres,., tellement qu'elles costent plus a lever et recueillir cliascun an que ne valent et n'y sçaurions vivre (si) n'avyons de biens ailleurs • (A. D., Gard, E. 121,28 fév. 1504).