Luchaire, Alain le Grande p
L'ÉVOLUTION SOGLVLE. 405
souverain. Mômes fêles et mêmes dépenses à la petite cour féodale des Bourbons. En 1495, la duchesse achète un rubis balais et deux pointes de diamant au prix énorme de i40(X) livres*. Ses revenus lui permettent cette bagatelle, mais d'autres ont les mêmes fantaisies qui n'ont pas le même argent : tel, à Nevers, en 150;'), Angilbcrt de Clèves (jui achète pour sa femme un diamant de 2 300 écus d'or couronne — près de 4 500 livres — ce qui élargit un peu plus le chiffre de ses dettes'; tel encore ce petit seigneur d'Anjou, qui s'engage sur ses biens envers un trésorier du roi pour l'achat d'un diamant, d'une grosse et petite émeraude et d'un rubis. Contre ces goûts et ces besoins, les édits sont insuffisants. D'ailleurs avec Charles VIII, Anne de Bretagne, surtout François I", la cour elle-même donne le ton. Les prodigalités royales encouragent les dépenses des sujets. C'est une émulation universelle'. On multiplie les joutes, les danses, les festins; on a besoin de s'amuser, de faire ripaille, et l'exemple est suivi par tous. A ce train, on devine où l'on va et l'on va vite. En 1510, Canossa écrivait que la « marchandise » allait manger la fortune des nobles, et (jue la petite noblesse ne pouvait échappera la ruine, ne pouvant faire autrement que de vivre comme la cour *.
1. Lccoy de la Marche, Inv. des litres Je la maison de Bourbon ^ n' 7259 (*22 avnl liyS).
2. Soutirait, Inv. des lilres de Nevers^ p. 414. Jacqueline d'Ainy, comtesse de Nevers, possède, en 1497, 400 marcs de vaisselle d'argent (t(i., p. 598). Cf. d'autres achats du mùmc genre : A. D., Maine-et-Loire, E. 3023 (1501). — Les dépenses en banquets sont inimaginables. En 1503, le comte de Dunois, en Lombardie, tient table ouverte, • à tous vcnans... à toutes heures du jour... et la avoyent loy de repaistre tous ceulx qui la main jucques au plat pouvoyent estandre... et si la table estoit de gens trop empeschôe, à plaine terre... estoyent estanducs nappes,., et là... repeuz les survenans • (J. d'Auton, Chr,, il, p. 120).
3. Voir par exemple les fêtes données au roi à Moulins par le connétable de Bourbon (Marillac. p. 168). Le connétable est déjà endetté et a dépensé à la guerre 100 000 1.
4. Trallalo del Governo.., XXL f 7i, • gli alteri genlilhuomini che non hanno luogo in corte ne pensione del Re, vogliono seguitare... l'uso della corte e è impossibile far altrimente... » Canossa ne voit
Enfin, il ne suffit pas aux nobles de dépenser pour euxmêmes, ils dévorent de plus une partie de leurs biens en frais inutiles de procédure, d'instances, de chicanes. La multiplicité des procès est leur fléau. Comme jadis, entre ces féodaux la guerre est à Tétat permanent, mais la guerre juridique, conduite par les hommes de loi, à coups d'exploits et de sentences, dans Tauditoire des baillis ou devant les chambres des parlements. Cette guerre, tout la provoque : Tenchevêtrement des seigneuries, le mauvais ordre des chartriers, l'absence de titres, Tobscurilé ou l'incertitude de la coutume, les conflits nés des partages, les prétentions rivales de voisins besoigneux qui cherchent à arrondir leurs domaines ou leurs revenus. Nous avons vu quel profit tira la couronne des innombrables procès de succession. En 1500, le sire d'Albret est impliqué dans plus de soixante-dix affaires, à Bordeaux, Toulouse, Paris, Rouen, contre ses pairs, contre ses sujets, contre l'official de Périgueux, pour la nomination d'un maître d'école, contre l'archevêque d'Auch, pour sa juridiction sur l'Armagnac, contre les consuls de Limoges, pour sa justice dans la ville \ etc.. Celui-là est riche, a de grands domaines et de nombreux droits. Mais à son exemple, les seigneurs plaident toujours et partout. Il n'est pas de familles féodales en vue, les Rohan, les Laval, les Chabannes, les Clermont, un peu les Silly, les de Brosse, les Villequier qui ne passent une partie de leur vie et ne dispersent le meilleur de leur fortune à ces luttes interminables. Quelle que soit l'issue des procès, elle est toujours mauvaise. Les lenteurs, les complications de la procédure, la multiplicité des appels, des évocations, l'impossibilité souvent de se faire rendre justice, de terminer rien, une armée de solliciteurs, procureurs, qu'il faut entretenir, les petits cadeaux qu'il faut donner, enfin l'hostilité à peine déguisée des gens de robe, les amendes ou les consi-
d'autrc moyen d'enrayer celle ruine que des édils sompluaires. Tel est aussi Favis de Seyssel.