‹ Les origines de la réformeChapitre 139 sur 198 · Luchaire, Alahi le Grande p · texte numérisé non relu

Luchaire, Alahi le Grande p

gnations colossales de 1 000, 2 000, 4 000 livres qu'ils imposent*, tout contribue à rendre cette guerre judiciaire aussi coûteuse que l'autre, quoique moins rapide et moins brillante. Un procès heureux ne réussit pas à vous enrichir; après un arrêt défavorable, vous êtes sur d'être dépouillé.

On peut s'imaginer, par tous ces faits, la détresse financière des nobles. Appauvries par la guerre, diminuées par les partages, les exigences mêmes du rang, leur luxe, leurs divisions, la plupart des familles féodales marchent vers la ruine. Leurs revenus réguliers suffisent à peine à leurs dépenses normales. Qu'il survienne un imprévu, la dotation d'une fille ou d'un fils, un procès, un tournoi, un appel du roi, une guerre, elles sont en déficit. N'ayant aucune épargne, elles n'ont aucune avance; le numéraire leur manque et elles prennent sur leurs terres ou sur leurs meubles pour s'acquitter. En 1486, pour marier son fils à Marguerite de Crèvecœur, un des premiers seigneurs de la Picardie, Jean d'Ailly, est obligé de se dépouiller lui-même : il lui abandonne ses terres de Picquigny, Raneval, Havenas, la vidamie d'Amiens; (juant à Marguerite, elle a 3 000 livres de capital, mais le seigneur de Crèvecœur réclame trois années pour verser la somme*. Pour faire face à leurs procès, Angil-

1. A. N., X*" 1495, r» 171. Condamnation du duc de Bourbon à 2 000 I. d'amende. Elles sont distribuées par la Cour (1" avril 1488). — Id., 1497, f 99. Caution de 10 000 I. exigée d'Ant. de Longueval, bailli d'Amiens (11 fév. 1490). — Id.y 1498, f 30. Consignation de 4 000 écus d'or imjKîsée du seigneur de Bueil (7 janv. 1491).

2. A. D., Somme, E. 111 (9 janv. 1486). Voir également un contrat analogue, celui de Jeanne de (^réquy. Elle reçoit 250 I. de rente sur une terre, 56 écus sur une autre et un capital de 2 500 écus d'or, dont le quart est représenté par une créance. Marguerite d'Ail ly reçoit en dot, en 1516, 20 000 I. réparties ainsi : 2 000 1. aux fiançailles, 2 000 1. trois mois après, 2 000 1. au mariage, 2 000 I. à la mort du père; le reste

bert de Clèves et le seigneur d'Orval sont obligés de vendre leurs terres, le premier, Horoy, pour 10000 livres, le second, les Aix d'Angillon, pour 14000*. Parmi ces bcsoigneux, plus remarquable encore est le sire d'Albret, qui, toujours à court, toujours obéré, détache tour à tour quelques parcelles de ses domaines, ses seigneuries de Périgord ou de Limousin, le comté de Dreux, les pays, les terres de la vicomte de Tartas et prend ainsi 80 000 livres sur son capital ; en 1500, il n'est sauvé de la ruine que par Tintervention du roi^. Par cette détresse des grands, jugez celle des petits. Ceux-ci font argent de tout. Obligé de consigner 1 000 écus au Parlement, le seigneur de Berlectes se démunit de sa vaisselle; il porte au greffe ses tasses, aiguières, une coupe de vermeil, un émail, son bénitier et toutes les vieilles monnaies, ducats, nobles de Bourgogne, ludovicus, angelots qu'il a pu retrouver dans ses coffres'. Ces exemples ne sont pas rares : plus d'un seigneur se libère d'une dette en abandonnant joyaux ou argenterie à ses créanciers.

Aussi bien, pour se procurer de Targent, doivent-ils recourir à l'emprunt. Ils vendent des rentes ou ils hypothèquent leurs terres. Beaucoup même n'ont pas d'autre moyen de régler leurs fournisseurs, de payer l'habit qu'ils portent ou les épices qu'ils mangent *. De ce chef, aux débuts du xvi« siècle,

en rentes 5 p. 100. Les petits seigneurs sont encore plus gênés. E^n 1514, un gentilhomme du Languedoc donne 1 000 1. de dot à sa fîUe : 400 1. payables en trois ans, le reste, par portions de 14 livres {Ret\ hisl, du Tarn, t, VIIl, p. 290).

1. A. N., X=i*f.0 (22 mai 1492). En 1490, le sieur de Bueil étant obligé de consigner 4 000 écus d'or ne peut le faire que par la • vendicion de quelque pièce de ses terres ou seigneuries •.Letf, yniss, de Charles Vlll^ t. 111, p. 80.

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