Id., X»' 1497, r 303 (10 juill
est à lui seul appelé à statuer sur une centaine de ces affaires V Baronnies, seigneuries, simples fiefs sontw criés » et, au nombre de créanciers qui s'abattent sur la proie, on devine la détresse de la victime. C'est une véritable expro priation. Quelquefois Tacquéreur est encore un noble, plus puissant et plus riche — plus souvent, il est Thomme d'une autre classe : un financier, comme Beaune, Legendre, Ruzé ou encore ce Bohier qui acquiert ainsi les seigneuries de la Chesnaye ( 1504) et de Chenonceaux (1512) ; un praticien, comme ces avocats au Parlement, du Tillet et Ollivier; un marchand, comme Morin d'Amboise, ou la veuve Pompon de Paris qui fait vendre la seigneurie de Montrésor. — C*est la dépossession légale d'une partie de la noblesse qui commence. Nul fait historique n'a été moins bruyant; aucun n'a été plus considérable pour l'histoire de la société*.
Cette déchéance, les nobles la constatent et s'en émeuvent. Ils ont été assez clairvoyants pour percevoir les causes inté Heures et profondes de destruction, les fissures et les craquements de l'édifice vermoulu qui les abrite. Quelques-uns, les plus forts, essayent de corriger le mal. Par des acquisitions habiles, des échanges heureux, ils travaillent à concentrer leurs terres, appliquent à leur gestion les mêmes règles que le roi applique à son gouvernement. Tels le duc de Bourbon, la comtesse d'Angouléme qui arrondissent leurs domaines et administrent leur apanage comme un
1. Parlemenl. X*" 1492 el suiv. Les adjudications deviennent plu s rares après 1500. — Cf. dans X»** 9534, des rouleaux contenant des procédures d'adjudication.
2. Nombreux exemples dans les registres du Parlement. Cf. notammentX»-1509, f- 53.— /rf., 1514,f89. -/</., 1497, r'303v% et 1498, f-3D. — Id., 1500, f" 117. Quand il n'y a pas dêpossession judiciaire, il y a très souvent mutation par vente entre des mains bourgeoises. Cf. Luchaire, ouv. cit., p. 65. Ce sont des marchands qui achètent une partie des maisons ou terres du sire (PAlbret. Quelques seigneurs, pour éviter la saisie ou la vente forcée, donnent leurs biens à un couvent ou (i un chapitre qui se charge de les nourrir, leur donner une pension et payer leurs dettes (A. D., Cher. E. 1717, f" 22, 27 avril 1505).
véritable Etat*. D'autres font entendre leurs doléances aux assemblées locales. En 1484, les nobles ont demandé que leur service de ban et arrière-ban fût payé; ceux de Provence, qu'il ne se fît que dans le pays*. En Provence, dès 1464, les Etats s'inquiètent du nombre des procès qui divisent les fortunes et affaiblissent les seigneuries : ils interdisent aux nobles de porter aucune cause devant la cour avant de l'avoir soumise à deux arbitres. Cette proposition est renouvelée en 1491 et en 1494'. Un peu plus tard, en 1516, ils défendent contre la Chambre des comptes d'Aix leurs droits d'investiture et protestent contre les saisines données par les maîtres rationaux à leurs vassaux ou censitaires sans leur consentement. En 1517 et en 1520, les mêmes Etats se préoccupent de rémiettement des terres : ils réclament que les « légitimes » des familles nobles soient payées en argent, non en domaines ou seigneuries*. Ces réclamations devaient ôtre aussi vives dans le Nord, dans les assemblées de coutumes où les nobles ne défendent pas seulement contre les officiers royaux leurs privilèges judiciaires, leurs droits de confiscation ou d'aubenage, mais contre les bourgeois ou praticiens leurs droits fonciers. En Champagne, en 1494,
1. Lecoy de la Marche, Invent, des titres de la maison de Bourbon, N* 7043. Acquisition de Bourbon-Lancy (13 déc. 1488). N* 7065. Achat par le duc des seigneuries de Cariai, Murai, Turlande, Ch&tcauncuf. 11 abandonne en paiement le comté de l'Isle-Jourdain et diverses terres du Limousin (2 mai 1489). N* 7256 et 7296. Acquisitions à Moulins (11 mars 1495, 10 avril 1496). Autres exemples d'acquisitions de rentes ou terres (/</., n" 7133, 7137, 7168, 7175, etc., n* 7221). Mandement du duc à ses baillis, juges et autres offlciers du Beaujolais d'aliéner son domaine (avril 1494). — Toutes ces opérations ont pour but de créer un Kiai com[>act.
2. Masse li n, Joufiia/, p. 667. — A. D., Bouches-du-Bhône, B. 49. Articles présentés au roi, a. 19 (janv. 1482).
3. A. I)., Bouches-du-Rhône, C. 2056, f« 263. Les États de 1491 demandent qu'on étende l'arbitrage aux dilTérends entre les nobles et leurs sujets. Id., B. 49, V 362 (États du 23 mars 1494).
4. Id., Étais du 12 sept. 1517 (C. 2056, f* 299). Même réclamation aux États du 7 déc. 1520 : a. 18.
en 149G, en 1307, ils s'opposent à la rédaction de la coutume. Ils demandent la suppression de la noblesse maternelle : il leur est însuppoftable de penser « qu'un écorcheur, fils d'écorcheur, un porcher » soit gentilhomme. Ils prétendent aussi que toute terre, tenue sans titre, soit présumée tenue à charge de cens*. A Chartres, en 1508, le seigneur d'Iliers s'élève contre le principe nouveau de la représentation *.
Mais doléances et résistances sont vaines. Elles se heurtent aux volontés du roi, aux doctrines des légistes, à l'intérêt public, à celui d'un grand nombre de nobles eux-mêmes, cadets de famille ou petits feudataires, qui ne révent qu'à s'émanciper, au mouvement social tout entier qui dissout les organismes anciens. 11 ne reste aux grands, pour se refaire, que deux ressources. La première est d'enlever quelque héritière noble ou d'épouser quelque roturière riche, dont le père, praticien connu, gros marchand ou fermier des deniers publics a les écus suffisants pour se faire pardonner son origine. A cette opération, quelques-uns se résignent*. La seconde est de se mettre au service du roi, d'obtenir une charge à la cour, d'être inscrit sur la liste de ses pensionnaires, de ses hommes d'armes, de s'assurer par son dévoue ment, sa servilité même, un secours dans sa détresse, une dot pour ses filles, un bénéfice pour ses fils, en un mot, la
i. Cout.gén., 111, p. 286.