A. N., JJ. 220, n» 37i. — Id., 2H, n
2. /</., ihid.j 210, n« 235. — Id., 222, n- 115. — Id., 223, n» 71.
3. Id., ifnd., 210, n' 82. — Id., 217, n» 187. — Id., 222, n» 301 et 227, n" 87. Tous ces règlements sont de la fin du xv" siècle. — Dans quelques corporations, on exige une caution. A. M., Dijon, G. 3. Tisserands de toile (29 avr. 1408).
4. Les maîtres majorent souvent ces droits et devoirs. Cf. A. N., X** 141» l, f* 123, un arrêt du Parlement qui interdit aux potiers d'étain de lever autre chose • que les droiz et devoir* contenus es ordonnances ««
il n'est pas toujours sûr de pouvoir s'établir : s'il n'a pas d'avances, ses lettres ne luidonneut qu'un titre. En fait, il est condamné neuf fois sur dix à végéter dans sa condition.
D'autant plus que par une inégalité nouvelle, le statut corporatif, si dur à l'artisan étranger, est favorable au fils du maître. Contre le premier, se multiplient les exclusions; au second, s'offrent tous les avantages. Là où le nombre des apprentis est limité, le maître peut apprendre le métier à tous ses fils ; parfois, ceux-ci ne sont même pas astreints à la durée et aux conditions de l'apprentissage. En tous cas, dans tous les métiers, dispense est faite en leur faveur de la totalité ou d'une partie du chef-d'œuvre et des droits. Généralement, le premier est remplacé par un demi-chef-d'œuvre, un simple examen professionnel; parfois même supprimé, quand le fils travaille avec son père ou chez un autre maître de la ville. Des seconds, il est exempt; tout au moins ne les paye-t-il que réduits de moitié ou d'un tiers*. Les mêmes dispenses sont accordées au gendre du maître et, si la veuve qui continue le métier se remarie, à son successeur. — Visiblement, la maîtrise tend à se perpétuer dans les mêmes familles. Quelques métiers même, comme les fabricants de fer de la vallée d'Aure, les bouchers, à Paris, Poitiers, Limoges, Tours, Saintes, Evreux, Rouen, etc., ont formulé cette exclusion complète des étrangers : nul ne peut être reçu maître s'il n est fils de maître, s'il n'a épousé sa fille ou sa veuve'. On voit à quelles conséquences aboutit le mouvement
1. Par exemple, à Dijon, le fils du maître est dispensé du chef-d'œuvre chez les boulangers, les serrurierh, les pâtissiers, les cordonniers, etc. Dans d'autres corporations, on lui demande un chef-d'œuvre réduit (A. M., G. 3). C'est d'ailleurs l'usage le plus fréquent.
2. A. N., JJ. 231, n» 119 : ■ que nul n(^ seroit du mestier... excepté les filz des ferrons et ceulx qui cspouseronl leurs filles -. Ces privilèges remontent à Charles VI. — Pour les bouchers, cf. A. N. JJ. 210, n«78; 217, n"' 24, 187 et JJ. 221, n» IDU; 225, n» 127, etc.. Au xiV siècle, il ne semble pas que les bouchers aient encore obtenu partout ce monopole. Dans les statuts de la boucherie d'Angers, en 1359, il n'en est pas question. A Paris, au contraire, l'hérédité est déjà établie en 1381 (Fagniez, Doc, relatifs à l'histoire de l'industrie et du commeivey L II, p. 119).
corporatif : la formation d'une oligarchie industrielle qui s*empare des produits comme des bénéfices du travail.
Aussi bien, entre le patron et Tartisan, les distances s'accusent et les conflits commencent. Contre ces exclusions formelles ou déguisées, celui-ci n'a plus d'autre ressource que d'obtenir des lettres de maîtrise du roi, de la reine, d'un grand. Mais ces concessions, exceptionnellement données, jamais gratuites, souvent contestées, ne font au monopole des maîtres qu'une brèche insuffisante. C'est la justice que va saisir l'ouvrier de ses griefs. A Tours, en 1496, les compagnons chapeliers portent leurs doléances jusqu'au trône; seize d'entre eux, à l'occasion de la naissance du dauphin, demandent au roi la permission de s'établir; autrement ilsn'ont, eux, leurs femmes et leurs enfants «qu'à aller mendier leur vie » ou à émigrer '. A Paris, de 1490 à 1493, les ouvriers tondeurs en draps requièrent au Parlement que les maîtres les reçoivent « à ouvrer aud. mestier si... ils ont esté trouvé suffisants et qu'ilz aient paie les droiz ». A Rouen, en 1493, les charcutiers, valets ou apprentis, réclament une modification des statuts qui leur permette d'arriver à la maîtrise-; en 1504, six compagnons, pour y être admis, intentent procès aux maîtres de la boucherie; en 1507, ce sont les pigniersqui demandent par arretde justice àouvrer pour « avoir leur vie... eulx, leurs femmes et enfants' ». A Lyon, en 1511, le monopole des maîtres devient si intolérable et si nuisible aux intérêts mêmes de la population que la ville demande la suppression des métiers jurés, la liberté du travail, le droit pour tous les ouvriers étrangers de s'établir. Si l'organisation corporative
1. A. N., JJ. 227, n« 232 (sepl. 14%). Le roi leur accorde le droit de s'établir.
2. A. N., X»* 1497, f» 134 v (îi mars 1490). — Id., 1500, f. 231 v" (8 juin 1493).
3. A. D, Seine-Inférieure. Écliiquier. Dictums, 1503-1504 (22 mai 1504). Id., Conseil, 1507-1508 : Les ])eignicrs réclament • estre permis de ouvrer... pour ce affin qu'ilz puissent avoir leur vie pour eulx, leurs femmes et enlTans » (28 janv. 1507).
est favorable au bon goût> à la valeur marchande, à Tart professionnel, toutes choses auxquelles le public a intérêt, elle n'a pas réussi à ramener l'harmonie sociale. C'est qu'elle fait du patronat une caste fermée : l'artisan n'y entre que comme le bourgeois dans la noblesse, par privilège. Encore avec de l'argent, l'acquisition d'un fief, l'exercice d'une charge, le bourgeois a-t-il toutes les chances de devenir gentilhomme. Avec ses bras, sa bonne volonté, son travail, l'ouvrier est presque assuré de ne jamais être un bourgeois, car il a contre lui le plus grand vice social du temps : sa pauvreté*.
En donnant naissance à la bourgeoisie industrielle, la corporation avait cependant maintenu entre ses membres une certaine égalité économique. Deux faits y contribuaient: la division du travail, la réglementation de la concurrence qui fermaient au petit patron l'espoir comme le profit des grandes entreprises. 11 n'en fut pas de même de la bourgeoisie marchande. Contrairement au petit patronat, elle vit à l'état individualiste. Les seules corporations qu'elle crée, merciers, drapiers en gros, épiciers, n'imposent à leurs membres aucune entrave : le marchand est libre de son temps et de son trafic. Contrairement aussi à l'activité industrielle qui reste spécialisée, l'activité commerciale s'étend dans tous les sens. Le marchand ne se borne pas à vendre sur place un produit déterminé; il est l'intermédiaire qui se procure, qui débite les produits les plus divers. 11 vend tout ce qui s'achète, il achète tout ce qui se vend. 11 trafique sur tout : étoffes, bois, fers, objets de luxe, etc. Dans ces conditions nulle entrave à ses progrès indéfinis. Grâce au développement des besoins, du bien-être, des échanges, il va capter
1. Voir également sur ces faits : Hauser, Ouvriersdu temps passé(p. 121). Paris, 1900. — Boissonnade, ouv. cit, (II, p. 79) dont les conclusions sont analogues.
à son profit toutes les sources de la richesse et sur les ruines des uns, la médiocrité des autres, les grandes fortunes commencent à s'établir.
Ce fut une première force pour la classe marchande que d'avoir, par la nature même de ses affaires et grâce au régime économique, le capital argent à son service. La commandite et l'association le lui donnèrent. Dès la seconde moitié du XV® siècle, les actes de cette nature se multiplient. D'une part, l'absence d'institutions de crédit, la prohibition du prêt à intérêt ne laissaient au riche qu'un moyen de faire fructifier ses capitaux : l'entreprise commerciale. Des nobles, des bourgeois aisés, des villes, des églises placent leur épargne dans des fonds de commerce. Comme celles de Michel Gaillard à un marchand de Troyes ou d' Ymbert de Batarnay aux Médicis, ces avances s'élèvent parfois jusqu'à 20 000 livres ou 10 000 écus d'or '. D'autre part, les relations nouvelles établies entre les provinces et dans l'Europe, entre les Etats, l'internationa lisme grandissant des échanges et de la banque rendaient plus fécondes les opérations communes. Des marchands 'd'un même centre, de villes, de pays différents, s'associententre eux à partage égal de pertes ou de bénéfices. Un des premiers, Jacques Cœur avait compris la force de ces usages et dès 1439, aux débuts de sa carrière commerciale, avait eu « compaignie et pratique avec plusieurs marchands des autres pays et diocèses » ^. Au xv" siècle, la plupart des grandes maisons marchandes se constituent sous cette forme, notamment les Beaune, les Briçonnet à Tours, les du Peyrat à Lyon. A Paris, sous Charles VIII, Jean de Poncher a pour associés Marc
l.A. N., X1M496, ^ 212 (24 juin. 1489). — Ymberl de BaUrnay a confié aux Médicis, en 1478, ces 10 000 écus d'or • pour les meUre en bonne et loialie marchandise à moitié gaing et moitié perde entre luy et nous • (De Mandrol, p. 361). De 1491 à 1493, cette somme lui rapporte 1 600 écus soleil.
2. Cf. L. Guiraud, Recherches et conclusions nouvelles sur le prétendu rôle de Jacques Cœar (Paris, Picard, 1900). Nous connaissons quelquesuns de ces associés, Janosso Bucelii et Paulet Dandrea.
Binet, Jacques le Roy, Jean, François, Adam et dermaîn Briçonnet. Ainsi entre ces grandes familles bourgeoises, il y a des relations étroites d'affaires et de société*. A leur exemple, une foule de petits marchands ont recours à Tassociation pour étendre le chiffre et le rayonnement de leur négoce. Ils apportent à Tentreprise un fonds commun de 1 500, G, 8, 10, 20 000 livres *. Grâce à ce système, ils peuvent multiplier leurs facteurs ou leurs entrepôts, se créer des correspondants, fréter des chalands ou des navires, s'assurer, dans toutes les grandes villes ou les grandes foires, des débouchés. Le développement de la lettre de change et de la banque internationale acheva d'étendre leurs opérations. Désormais, ils peuvent jeter sur le marché, intérieur ou étranger, le réseau de leurs agents, de leur argent, de leur trafic*.
Aussi bien, la seconde moitié du siècle voit-elle éclore tous ces gros trafiquants, vrais spéculateurs et brasseurs d'affaires qui vont drainer toutes les richesses du travail et du sol. Ce qui distingue le marchand de cette époque, c'est qu'il est surtout, comme on l'appelle, (( l'accapareur ». Il opère sur des masses qu'il concentre entre ses mains. A Lyon, ce sont, dès 1485, les du Peyrat qui essayent de détournera leur profit le commerce des épices et qui sont assez forts pour tenir en échec les privilèges d'Aigucs-Mortes. En li89, c'est un pelle-
1. Spont, ouv. cil., p. 16. A. N., X»' 1506, T 126 (12 mai 1501), procès en règlemenl de comptes.
2. Ces documents sonl fréquents dans les archives de notaires Cf. A. I)., Cher. E. 1717 V 276 (16 déc. 1508). Contrat entre un marchand de Bourges et un marchand d'Alhi. Autres contrats, /e/., 1214, f 42 (5 déc. 1489), celui-ci est conclu pour cinq années; l'apport est fait en marchandises et en espèces. — Id., 1717, f" 115 (22 aoiU 1506). — A Cordes, des marchands s'entendent avec ceux de Sauve terre pour rachat du pastel et la vente dans le Berry {Rev. du Tarn, 2* série, t. XIV, p. 112, 113).
3. Jacques Cœur a ainsi des comptoirs à Paris, Tours, Montpellier, Beaucaire, Marseille. Les Poncher ont des entrepôts à Tours et Lyon. Les gros marchands de Lyon ont eux-mùmes des facteurs dans les villes et foires du Dauphiné (A. D., Isère, B. 2906, f» 446). Les du Peyrat ont un comptoir à Venise.
lier, Comte, qui a réussi à avoir le monopole des fourrures du Levant. Celui-ci a obtenu du roi de Naples a que toute la pelleterie de la Romanic, laquelle vient la pluspart du royaume de Naples », lui soit livrée. Par ce moyen, il a déjà fait monter et enchérir les prix, et, pour assurer son trafic, il fait emprisonner, en Italie, ses concurrents'. Par cet exemple jugez de l'âpreté des spéculations. A Toulouse, un de ces trafiquants, Roquette, a centralisé tout le commerce des draps de Roussillon et de Catalogne *. Dans le Nord, c'est un marchand de papier qui devient le grand fournisseur des universités, des librairies de Flandre ou d'Allemagne. A Paris, le commerce des vins est entre les mains « de quatre à cinq gros marchands » qui prennent tout; celui des vins de l'Oise et du Beauvaisis est devenu la propriété de quelques négociants d'Arras qui en tirent chaque année des quantités énormes '. — Mais c'est surtout sur le sel et le blé, ces deux denrées les plus nécessaires à la vie, que s'étendent ces monopoles. Pour assurer le rendement de ses gabelles, l'État a luimême favorisé le premier, accordé à un ou plusieurs marchands le fournissement privilégié; dans le Nord, à des bourgeois de Troyes, Amiens, Beau vais, etc.; dans l'Est, à la société du tirage du sel de France et d'Empire *. Cette dernière, composée de marchands lyonnais, est une puissance. Elle ne se contente pas seulement d'exercer son monopole sur les villes riveraines du Rhône et de la Saône, elle prétend l'étendre