A. M., Angers, BB. 15, f- 56 (5 déc
2. A Dijon, Louis XII remarque lui-môme « que les eschevins en vouldroienl faire leur héritaige • (A. M., B. 195, 23 juin 1511). A Chàteaudun, les échevins s*éiirent les uns les autres, mais « ne se veulent départir dud. gouvernement... voulans avoir à perpétuité entre leurs mains les affaires de ladite ville. • Charles VIII réforme la constitution (A. N., JJ. 226 A, n- 365, 30 avril 1494).
3. 11 ne semble pas que ce patriciat urbain ait été très désintéresse. Voir, par exemple, ce qui se passe à Saint-Flour. A. N., X** 4833, f* 370. > Les consulz qui ont receu les deniers les ont appliquez à leur proufOt, s'en sont enrichiz > (5 avril 1492). Ils sont condamnés à restituer 25 000 livres et à 7 000 écus envers le roi. A Lyon ils spéculent dans les fermes. — Il en est de môme dans les villes et gros bourgs où les riches se déchargent de la taille qu'ils mettent sur les gens de petite condition. A Montauban, les consuls s'exemptent eux-mêmes
révoltes éclatent contre les échevins qui essayent de se perpétuer. Plus d'une fois aussi, la bourgeoisie dut consentir à un partage. A Montauban, Nîmes, Valence, les constitutions urbaines réservaient une, deux ou trois places dans le consulat aux petits patrons et aux laboureurs. Ces dispositions libérales furent maintenues; mais ces accords partiels ne firent que pallier leur défaite ^ Artisans ou paysans ne sont jamais qu'une minorité. Ils restent sans influence. Ces concessions même étaient un péril. Elles contribuent à diviser plus nettement la bourgeoisie et le peuple, en séparant leurs représentants comme leurs intérêts. C'est qu'en réalité, entre ces deux classes, Téloignement s'accroît. Partis du même point, elles se sont séparées et ne suivent plus la même route. Entre l'une et l'autre s'élargit l'espace que créent la fortune, les ambitions, les situations, les mœurs en même temps que se rapproche la distance qui sépare le bourgeois du noble.
Cette distance même le bourgeois va la franchir et une dernière étape en l'introduisant dans les fonctions va du même coup lui ouvrir les rangs de l'aristocratie.
Rien ne le prépare mieux que la conquête des offices à cette grandeur nouvelle qu'il entrevoit et qu'il convoite. Six siècles plus tôt, les mêmes causes avaient fait naître la
(A. D., Haute-Garonne, B. 9, f° 486). A Niort, le maire a voulu faire le rôle - par lequel ilz se déchargent et leurs alliez et charge sur qui il leur plaist... » L*assemblée qui doit élire les asséeurs ne comprend que quelques bourgeois (A. N., Z'* 36, î* 149 v, 16 mai 1511). Nous trouvons dans les registres de la Cour des aides un grand nombre de réclamations contre les inégalités de Tassiette locale. « Ce sont ceulx qui sont tenuz plus riches qui estoient deschargez • (Z** 42, f* 108, 30 janv. 1516).
1. A Montauban, au xiv* siècle, sur dix consuls, cinq doivent être de la bourgeoisie, cinq du populaire (A. N., JJ. 222, n« 172). En 1493, les artisans ont deux consuls et les paysans un représentant sur les six membres du consulat (A. D., Haute-Garonne, B. 9, f« 110).
noblesse féodale. Ducs, marquis, comtes, vicomtes, châtelains, avant d'être des seigneurs n'avaient été que des fonctionnaires. A la fin du xv" siècle, c'est également le service du prince qui donne les premiers titres dans l'Etat. Les offices confèrent des privilèges : leurs titulaires tendent à l'hérédité. Voilà l'origine de cette noblesse, monarchique et bourgeoise, qui va prendre place aux côtés de l'aristocratie militaire et jusqu'à la fin de l'ancien régime, progressivement la remplacer.
Cette conquête se fit par les finances et la judicature. Argentier et légiste, c'est sous cette forme que le bourgeois met la main sur les fonctions publiques. Voyons-le à l'œuvre et comment il les accapare à son profit.
Ce sont d'abord les fonctions subalternes, celles d'élu, receveur, trésorier, où il se pousse, avec le secret espoir d'y trouver, à la fois, l'influence et la fortune. On ne peut dire que cette administration financière ait été corrompue. Mais trop d'exemples nous ont montré qu'elle n'était pas tout-àfait intègre. La loi qui punit les exactions les plus criantes est impuissante à les réprimer toutes. Le pouvoir central est si loin et les moyens de piller sont si divers 1 Pour un habile homme, rien de plus facile que de s'entendre avec l'adjudicataire des fermes, souvent un parent, de forcer légèrement le rôle des tailles, de s'exempter soi-même, de majorer les frais d'actes ou de quittances, en un mot, de (( butiner » sur les fonds publics. En 1503, les trésoriers des guerres à l'armée de Naples ont volé ainsi 2 à 300000 livres. Mais ceux-là sont des maladroits; ils ont été découverts et punis. 11 vaut mieux prendre peu et longtemps, traire tout doucement les mamelles gonflées et bienfaisantes, sans faire crier la victime. Ainsi conduite, l'opération est bonne. En Maçonnais, elle rapporte aux officiers de finances 5 à 600 livres qu'ils se partagent annuellement; en Bretagne, aux maîtres des comptes, président et procureur général, en tête, 2 à 3 000 livres de rente qu'ils grapillent sur les deniers des
villes \ On comprend que ces offices soient recherchés, que le titulaire qui les occupe, se retirant après fortune faite, essaye de transmettre aux siens, par survivance ou résignation, ce patrimoine lucratif. En 1512, le receveur du Bourbonnais cède sa charge à son gendre, mais contre paiement de 10000 livres. Quant au commis, en entrant en fonctions, il était pauvre; en quelques années, il est « estimé riche de XX"* francs » ^. A Arras, le receveur de la composition d'Artois, Le Châble, a (( tellement fait et besongné qu'il est mort riche de plus de cent mil escuz ». Il a transmis son office à son fils qui continue ses exactions et ses bénéfices '. A ces exemples, jugez des fortunes qui s'édifient dans le maniement des fonds publics; à plus forte raison, parmi ces privilégiés de la classe bourgeoise que la faveur royale va élever aux plus hautes fonctions des finances et appeler ainsi aux premiers postes de l'Etat.
Rien n'est plus remarquable que l'apparition de ces familles marchandes, qui, depuis Charles Vil jusqu'à François I'% réussirent à concentrer l'administration financière entre leurs mains. Parcourons les listes de ces officiers : généraux de finances, trésoriers de France, receveurs généraux, argentiers. Pendant plus d'un demi-siècle, nous y trouvons toujours les mêmes noms : les Beaune, les Briçonnet, les Ruzé, les Poncher, les Bohier, les Robertet, les Cottereaux, les Hurault; voilà l'oligarchie qui administre la fortune de la France *. Ses origines sont modestes. Tous, ils sortent de
i. A. N., Z'" 36, r 320. Le procureur général contre les officiers de finances du Maçonnais. De 4 5001., le rôle est monté à 6 448 1.(6 mars lolO). Sur les exactions commises en Bretagne, cf. B. N., Coll, Doat^ t. 117, f» 20i (s. d. vers 1523). — A Bayeux, l'élu majore les droits perçus sur la délivrance des fermes, de 12 den. à G écus. (A. N., V** 1043. — 4oct. 1508).