‹ Les origines de la réformeChapitre 155 sur 198 · W., ibid., Normandie, PP. 20, f- 328 v · texte numérisé non relu

W., ibid., Normandie, PP. 20, f- 328 v

3. /r/., ibid., Languedoc et Guienne. PP. 45, n« 381. Arch, hist, de la

part des fiefs nobles sont entre les mains des gens de justice. Cette invasion des fiefs, des justices, des seigneuries par les gens de robe se retrouve partout.

Par là s'achève la conquête de la noblesse. Le rêve de ces bourgeois, influents ou riches, se trouve accompli. Les voilà seigneurs et gentilshommes. A leur tour, ils ont le tortil du baron ou la couronne du comte, leurs sujets, leurs officiers, leur banc à Téglise, leurs piliers et fourches patibulaires. Et sous leur nom nouveau s'entrevoit à peine le nom d'origine, celui du grand -père, drapier, apothicaire ou praticien, comme sous les tourelles du manoir, a disparu le souvenir de la boutique ou de la chambre primitive, berceau de la maison. Quelles furent les conséquences, sociales ou politiques, de cet envahissement? Il semble d'abord que, grâce à lui, la noblesse ait été reconstituée. Désagrégée par les guerres, par la ruine, la vieille forteresse voit se fermer ses brèches et se réparer ses pertes. Ces nouveaux venus portent avec eux l'argent et l'influence. Ils ont redoré le blason à moitié effacé par le temps; dans les vides trop nombreux, ils ont implanté des familles neuves, pleines de sève et de vie, qui, avec la noblesse rurale, resteront une des forces de la France *. Mais ils ont contribué aussi à l'isoler du reste de la nation, comme ils s'en isolaient eux-mêmes. Ils auraient eu, ces anoblis, un rôle social à remplir. Ils auraient pu, par leurs origines, rapprocher l'aristocratie de la masse, lui maintenir sa suprématie, en laissant tomber ses privilèges, de la caste fermée qu'elle commençait à être, la ramener au rôle de classe édu-

Saintonge, XIX, p. 130. Achat de la seigneurie de Pisani par H. de Tonrelies, conseiller au parlement de Bordeaux. — Bretagne, B. N., Coll. Doat, t. 117, f 202 V.

1. Entre les deux aristocraties, cependant, la fusion est lente h se faire. Cf. A. N., Z>* 37, f 102, un curieux exemple de ces haines dans un procès de tailles. Un des adversaires déclare que Tautre a se touIdroit bien fere gentilhomme... et de fait a esté marry de ce que on ne tient autant de compte de sa femme qui est flile d'un marcschal, qu'on fait des femmes desd. défendeurs h (21 mars 1511).

catrice. Ce rôle, le pays s'y attendait peut-être. Une distinction tendait à s'établir entre les « nobles vivant noblement » * et les anoblis, les premiers, seuls exempts, en échange du service des armes, les seconds, toujours imposés, en échange du droit de continuer leurs affaires ou leurs offices ^ Une telle solution eût préparé peu à peu Tégalité civile. Mais la royauté ne s'y prêta pas et les nouveaux nobles la combattirent. En entrant dans la noblesse, ils prétendaient en avoir tous les privilèges. Ils entendaient aussi s'affranchir de toutes ses charges. SHls aspiraient à être gentilshommes, ce n*était pas pour servir TEtat, mais pour se séparer du peuple dont ils étaient venus.

Le mouvement social qui avait fait entrer la bourgeoisie dans la noblesse fut donc sans résultat pour la fusion des classes. En étendant le nombre des privilégiés, il rendit la taille plus lourde : en se dispensant eux-mêmes des charges militaires, du ban, de l'arrière-ban, les anoblis rendirent le privilège plus odieux. Par là s*élargit le fossé qui s'était creusé entre les ordres. La royauté seule profita de ces divisions. Bourgeoisie et absolutisme s'étaient élevés ensemble. L'une a grandi par lui, comme l'autre s'est affermi par elle. En ouvrant la noblesse à ces représentatants du tiers, le roi a scellé l'alliance. Ces parvenus lui devaient tout. Ils s'attà-

4. Louis XI avail prétendu soumettre à la taille les anoblis non • vivant noblement ». Sée, Louis XI et les villes, p. 358. Cette distinction fut maintenue par la couronne et les généraux de la justice des aides.

2. Anoblis ou roturiers possesseurs de fiefs sont les premiers à se soustraire aux ban et arrière-ban. Ceux qui ont payé finance se prétendent exempts par rachat (Masselin, Journal, p. 680). Quant aux autres, presque toujours, comme à Saintes, Bourges, Fontenay, etc..., ils ont obtenu Texemption avec le droit de franc-fief. Â Paris, en i512, Louis XII ayant voulu convoquer les bourgeois, ceux-ci s'y opposent. Naturellement beaucoup de ces anoblis, anciens marchands ou procureurs, continuent leur trafic ou leur pratique. Ils demandent et obtiennent lettres du roi à ce sujet. Cf. Bernier, Procès-verbaux.,, du conseil, p. 5. Permission de marchander à Jean et Arm. Vigouroux de Rodez.

chèrent d'autant plus à l'absolutisme, qu'en le servant, ils se servaient eux-mêmes. Dans cette conquête des classes, le souverain a calculé juste, et le dévouement de ces nouveaux fidèles a été d'autant plus grand qu'il est tenu par ces deux appâts : la puissance qu'il donne et l'orgueil qu*il satisfait.

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