‹ Les origines de la réformeChapitre 156 sur 198 · LES CLASSES POPULAIRES · texte numérisé non relu

LES CLASSES POPULAIRES

Diversité de leur condition. Elle s'accuse à la fin du Moyen âge. 1. Les non libres. Progrès vers la liberté. ~ Non-existence du servage en Normandie, He-dc-France, Languedoc. — Affranchissements en Bourgogne; en NiTcrnais, en Champagne, dans la Marche, etc. — Dispositions plus faTorables aux serfs insérées dans la coutume

11. Les paysans libres. Deux causes favorisent leur progrès : leur organisation en communautés, le développement de la culture. — Diminution des charges et redevances. — Extension des ûommunia,

— Mode de l'exploitation du sol : baux temporaires ou perpétuels.

— Les atTrairements. — Influence de ce régime. Le paysan participe à la richesse générale. — Il voit grandir son influence politique. Les communautés de villages.

m. Le prolétariat urbain. — Salariés et artisans. Leur condition devient pire. — Hostilité du pouvoir royal. — Influence du système flscal : il contribue au renchérissement de la vie. — Fixité des salaires. — Instabilité d'une partie de la population ouvrière.

IV. Accroissement du paupérisme. Efforts pour y remédier. — Les confréries. — L'assistance légale. — Inefficacité des remèdes. Symptômes de désordres et de misère. — Épidémies et révoltes.

— Un essai de communisme en 1514.

AU-DESSOUS de la bourgeoisie, à la première et plus large assise de TÉtat, s'étend en couches profondes la masse du peuple. Lui-même n*est pas un tout homogène; mainmortablcs, paysans libres, artisans des Tilles en forment les éléments. Quelle part, à son tour, allait-il prendre au relève-

ment du pays? Qui, dans ses rangs, devait en profiter? — A la fin du xv*' siècle, lious constatons un double fait : la condition des classes rurales s'élève, celle du prolétariat urbain s'amoindrit.

La première forme du progrès social fut Tascension régulière des non-libres vers la liberté. Ce n'est pas là un fait nouveau. Il a commencé avec le xi® siècle, dans l'Europe théocra tique et féodale, et s'est accéléré au xiii**. Le servage disparaît alors du domaine royal ou de certaines provinces la Normandie, le Dauphiné, le Languedoc, le Maine, l'Anjou, une partie de rile-de-France, la Provence. Dans ces régions, les coutumes ne le mentionnent même plus; elles ne connaissent que deux classes d'hommes : les nobles et les roturiers. Mais, interrompu par la guerre de Cent ans, le mouvement libérateur n'a pu avoir toutes ses conséquences. La mainmorte existe encore, au xv"^ siècle, en Bourgogne, en Champagne, dans certaines régions du centre, le Berry, TAuvergne, le Bourbonnais. Là, dans une foule de seigneuries, le vilain est toujours l'homme de corps taillable à volonté, attaché à la tenure qu'il ne peut ni vendre ni engager à sa guise, incapable de se marier, de disposer de ses biens, de disposer de lui-même sans la licence du maître. Ces chaînes trop lourdes vont s'alléger à leur tour ; dès la seconde moitié du xv« siècle, l'œuvre d'émancipation est reprise et se continue.

En Bourgogne, elle recommence avec les ducs et se poursuit sous l'occupation française. Prissey, Island-le-Saussois, Rouelles (1479), Richebourg (1483), Chevigny (1484), Grignon, Lanthes, Terves (1491 ), Bussy le Grand, Arceaux (1494), Couches (1496), Saint-Michel de Tonnerre (1514), Vaurois (1518), Larçon (1523), voilà un certain nombre d'affranchis-

sements collectifs qui nous sont parvenus *. Mêmes progrès en Champagne. Dans ce pays où le servage était plus répandu encore et comportait une foule de degrés, les mesures libératrices se succèdent, œuvre des seigneurs laïques ou du clergé. Colaverdey est affranchi en 1470, MaroUes en 1487, Arzillières en 1519; quelques années plus tard, Thonnance et Suzannecourt *. Dans le Centre, avant la fin du xv* siècle, le seigneur de la Tremoille a accordé la liberté à Sully : d'un seul coup, 119 personnes, hommes ou femmes, changent de condition ^ A Guéret, les habitants se prétendent libres depuis Charles YII : il n'y a plus parmi eux que quelques serfs isolés; en 1500, dans toute la Marche, on ne rencontre que des mortaillables, tenanciers perpétuels qui peuvent se marier et disposer de leurs biens, mais le servage a disparu ^ Ainsi se répètent dans toute la France ces dispositions libérales. Le seigneur a aboli la mainmorte, reconnu aux habitants le droit d'acquérir, de succéder, de disposer de leur personne ou de leurs biens, supprimé le formariage, le droit de suite, la taille arbitraire, en un mot, transformé le serf en personne humaine. Les affranchissements individuels ne sont pas moins nombreux. Nous en trouvons en Bourgogne, en Bourbonnais, en Berry, et ces actes bienfaisants eussent été plus répandus encore si la royauté, pour des raisons fis*

1. Qarnier, Chartes de Bourgogne, 11, p. 627, 631, 632, 638, 639, 6U, 6io, 6B3. /rf., p. i62. — A. D., Côle-crOr, B. 2105. — /rf., Yonne, H. 2163, (30 avril 1514).

2. A. D., Aube, E. 425 (1470). — E. 41 (3 déc. 1187). — Marne, E. 253, 280 (1519-1520). G. 156, f» 96 (24 fév. 1519). L'abolition ne fut définitive qu*en 1538. — Un grand nombre d'afTranchissements sont faits également par Tévéque de Troyes (A. I)., Aube, G. 487-493). Dix-sept alTranchissements sont indiqués en 1492 (G. 489).

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