‹ Les origines de la réformeChapitre 165 sur 198 · A. 1)., Marne, Reims, G. 292, f · texte numérisé non relu

A. 1)., Marne, Reims, G. 292, f

les différences qu'elle présente, voilà son caractère commun et distinctif. — Ces unités morales commencent enfin à prendre place dans les institutions publiques. Aux Etats généraux de 1484, pour la première fois, les communautés de villages sont représentées. Quelques-unes également, aux débuts du XVI* siècle, vont envoyer des mandataires aux assemblées de coutumes. Ceux de Rosay, de Dampnemarie et Chaulmes figurent à la réunion de Melun en 1506. En 1508, rassemblée du Maine comprend les procureurs des communautés de Sablé, Beaumont, Vienny, Lucé et neuf paroisses'. Ce n'était là assurément qu'une exception. La plupart des délégués du tiers état sont encore des représentants des villes ou des praticiens, mais le nombre de ces procureurs ruraux va s'accroître, et au milieu du xvi« siècle, la plupart des communautés auront leurs mandataires. Ce fait seul nous prouve la force grandissante de l'institution, le développement de ce régime qui tendait partout à s'établir; mais ces progrès ne furent que la conclusion naturelle des faits sociaux que nous avons signalés, l'épanouissement de la puissance économique qui, avec la terre, était venue entre les mains des paysans.

Les oscillations sociales ressemblent aux oscillations géologiques. A Texhaussement d'une classe répond l'abaissement d'une autre. Nous avons constaté ce fait dans les populations rurales ; il est plus visible encore dans la population urbaine. Les progrès de la bourgeoisie ne font qu'accentuer la misère du peuple; salariés et artisans forment déjà un prolétariat dont la masse et la pauvreté vont en grandissant.

A cette classe d'hommes, il a manqué d'abord ce qui a fait

i. Coût, gén., 111, p. 429. IV, p. 521.

la force de la bourgeoisie et du paysan : la protection royale. Par instinct, par système, légistes et souverains lui sont hostiles. Dans cet élément populaire, ils ont senti une résistance à Tordre de choses qu'ils rêvent d'établir. C'est que, dans un ordre politique fondé tout entier sur la hiérarchie des intérêts, la masse est toujours l'inconnue redoutable dont on ne peut calculer la poussée ni prévoir les directions. Sur elle, pas de prises régulières ; avec elle, pas d'institutions durables : ne possédant rien, n'ambitionnant rien, elle échappe à toutes les séductions dont le pouvoir dispose. Irréfléchie et spontanée, elle obéit à toutes les impulsions que les meneurs lui donnent. Telles sont les forces de la nature qu'il faut enchaîner si on ne veut être brisé par elles. Aussi bien, le plus démocrate de ces rois, Louis XI» les trouve-t-il contre lui. A chaque pas du pouvoir absolu et unitaire, à Bourges en 1474, au Puy en 1477, à Limoges en 1480, c'est le petit peuple qui regimbe*. En Bourgogne, lors de l'annexion, ce sont des gens « de petits estais », vignerons et artisans, qui se soulèvent. Alors que la bourgeoisie riche appelle la domination française, le prolétariat urbain s'entend avec l'Autriche. Contre ces tentatives, la répression a été terrible. Exécutions en masse, expulsions, suppression du droit de suffrage, Louis XI n'a rien épargné ; on comprend qu'il déteste ces gens de basse naissance, ouvriers de discordes, braillards et meurt-de-faim, sans racines, sans attaches à Tordre établi et qui ne subissent qu'en grondant la rude discipline du pouvoir absolu. Sous des formes plus douces, ses successeurs pensent de même*. En modiflant le régime démocratique des villes, ils prennent leurs sûretés. Ils né sont pas seule-

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